‹ La durée et l'étendue du voyage d'Hérodote en ÉgypteChapitre 63 sur 93 · I1I-1V. G HEM MI S ET NÉAPOLIS · texte numérisé non relu

I1I-1V. G HEM MI S ET NÉAPOLIS

mis qui n'ait paru suspecte. Néapolis, dit-on, ne peut être, d'après la signification de son nom, que Caenopolis (1), aujourd'hui Qénéh ; or Qénéh est à 143 kilomètres d'Akhmîm ; on a songé même à Qouft, l'ancienne Coptos, qui est encore plus éloignée de 20 kilomètres (2) : Hérodote avait-il le droit de dire que Néapolis était proche de Chemmis? Et voici les conclusions que l'on tire de ces données : « Cette ignorance d'Hérodote relativement à la géographie est une preuve de plus qu'il n'est pas allé plus loin que le Fayoum. Les sentiments amicaux des habitants de Chemmis pour les Grecs, comme le sanctuaire de Persée, doivent être des inventions des guides d'Hérodote ; et ceux-ci sont sans doute ces gens de Chemmis auprès de qui il fit son enquête... » (3); ainsi a la description du temple de Persée à Chemmis serait due à l'imagination des indigènes de Chemmis qu'Hérodote paraît avoir rencontrés à Memphis ou dans le Delta » (4). Suivant une autre opinion, l'information d'Hérodote serait un emprunt fait directement à un logographe auteur de généalogies : « il a mis, dit-on, le récit sur le compte des habitants de Chemmis, comme il a menti en attribuant aux prêtres égyptiens la légende du séjour d'Hélène en Egypte » (5). Enfin

(i) KouvY] Tzàlic, dans Ptolémée, IV, 5. 32; quelques mss. donnent Kevy], leçon que les premiers éditeurs ont interprétée ainsi : « Cena vel vacua civitas » (Muller-Didot, p. 724). L'identification de Néapolis avec Qénéh est proposée par Sayce, The ancient Empires of the East, Herodotos I-III (i883), p. 172, note 5; elle se trouve également, sans indication d'origine, dans l'édition de Ptolémée de Mùller-Didot, p. 724 (vol. I pars 2a, 1901).

(2) Voir Heath, dans The Journal of Philology, XV (1886), p. 227-228.

(3) C'est l'opinion de Sayce, Herodotos I- III, p. 172, note 5. — (4) Id. dans The Journal of Philology, XIV (i885), p. 268.

(5) H. Panofsky, De Historiae Herodoteae fontibus, Berlin, 1884 ; Phérécyde y est désigné comme la source p. 6; la citation est empruntée à la page 55 : « [Chemmis incolas] graeco sermone Persei proavos enumerasse et de eius rébus gestis apud Herodotum rettulisse, cogitari prorsus nequit; sed cum Chemmitae deum quemdam colerent, qui cum Graecorum Perseo comparari posset.... aut Herodotus ipse illud finxit, ut fabulam de Aegyptia Persei origine illustraret, aut ante eum mythographus aliquis, eius î 1 le quidem similis, qui Perseum Assyriuin gente fuisse et inde ad Graecos migravisse dixit (VI, 54). Ad Chemmitas autem provocavit quemadmodum sacerdotes Aegyptios de Helena in Aegypto versante si hi narravisse mentitus est. »

une troisième explication a été proposée : Néapolis n'aurait été rien de plus qu'un quartier nouveau de Chemmis, où probablement des commerçants grecs s'étaient établis (1). De ces trois hypothèses les deux premières ne peuvent être adoptées ; la troisième doit être retenue, mais elle est d'abord sûrement incomplète, et en second lieu partiellement inexacte (2).

A la première, en tant qu'elle nie le voyage d'Hérodote audelà du Fayoum, on doit opposer d'abord comme un fait acquis et démontré que notre auteur remonta au moins à quatre-vingts kilomètres plus au sud. Reproduisant l'information des prêtres que l'Egypte est un don du Nil jusqu'au lac de Mœris, il ajoute que, d'après son expérience, il en est de même jusqu'à trois jours de navigation plus loin (3) : cette rectification, donnée explicitement comme personnelle, n'est exacte à un certain point de vue et même ne prend un sens, comme on l'a démontré plus haut (4), qu'à la condition de faire commencer l'apport des eaux à l'endroit où le Nil, pour la première fois en Egypte, se sépare en deux bras, c'est-àdire vers Nag-Hamadiet Farchout, entre Akhmîm et Qénéh. Quant aux arguments tirés directement du chapitre d'Hérodote sur Chemmis et Néapolis, comme l'identification de cette dernière ville avec Kénéh (ou Qouft) n'est qu'une hypothèse, et une hypothèse très contestable, on ne saurait s'en autoriser pour accuser l'historien d'une grossière erreur. D'autre part, soutenir que les « sentiments amicaux des habitants de Chemmis à l'égard des Grecs » et les détails fournis par eux sur le temple et la légende de Persée sont une invention des guides d'Hérodote, c'est là une affirmation gratuite, et même une explication desespérée.

(i) Wiedemann, Herodots zweites Buch, p. 368.

(2) M. Maspero, Hist. anc, in-4°, III, p. 802, et Hist. anc, in-12, 7e éd. (i.qo5), p. 8o3, admet aussi qu'HÉRODOTE est passé à Chemmis, comme on le soutiendra tout à l'heure; il attribue aux interprètes auxquels l'historien y eut affaire (non à ceux de la Basse Egypte comme le veut M. Sayce) le récit concernant Persée.

(3) H, 4-5. — (4) Voir pages i33-i35.

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