III-IV. CHEMMIS ET NEAPOLIS
tre Héphcestos dans Ptah, Artémis dans Bastit, Léto dans Outit, Héraklès dans Khonsou, pour ne prendre que des exemples (1), on se persuadera facilement que les Grecs de Chemmis ont pu voir dans leurs jeux gymniques des jeux aussi égyptiens que grecs. On comprend de la sorte comment Hérodote a été amené à invoquer ici l'autorité des indigènes : loin qu'il y eut là supercherie, s'il eût attribué ses renseignements expressément aux Grecs de Chemmis, il eût établi entre eux et les Égyptiens, au point de vue religieux, une distinction que toute sa relation des choses d'Egypte nie énergiquement.
C'est parce qu'elle ne montre pas pourquoi Hérodote a transporté des Grecs aux Egyptiens la responsabilité de ses informations que la troisième explication donnée de son récit est incomplète. Elle paraît de plus inexacte, en tant qu'elle fait de Néapolis un quartier grec de la ville de Chemmis. On est d'abord fortement tenté d'adopter cette hypothèse, puisqu'on a démontré ci-dessus qu'une colonie grecque devait s'être établie dans la cité du dieu Minou. Toutefois elle est exclue par le texte même de notre auteur, car il a situé cette ville près de Néapolis, ce qui indique deux localités distinctes, indépendantes, et c'est de la première seulement, non de la seconde qu'il rapporte les rites d'apparence grecque établis en l'honneur de Persée. Néapolis, on l'a vu plus haut (2), ne peut avoir été située sur l'emplacement des villes actuelles de Qénéh ou de Qouft, à 143 et 163 kilomètres au sud de Chemmis. 11 faut y voir bien plutôt la localité qui devint un peu plus tard la célèbre Ptolémaïs d'Hermias, aujourd'hui Menchîyeh, à 10 kilomètres seulement au-dessus, d'Akmîm. Au temps de Strabon, « Ptolémaïs était la plus grande ville de la Thébaïde ; elle n'était pas inférieure à Memphis, et son administration municipale était de forme grecque » (3). Elle fut fondée par Ptolémée Soter, mais sur l'em-
(i) Voir dans C. Sourdille, 1. 1., la conclusion de chacun des articles consacrés aux dieux dont a parlé Hérodote, et p. 386. (2) Voirpaçe i53. — (3) Strabon, XVIÏ, i. !\i.
placement d'un village dont le nom copte (Psôï) rappelle le nom égyptien (Souit) (1). Or Ptolémée n'a pas choisi sans raison cet emplacement pour y fonder sa ville grecque; il y a lieu de supposer en cet endroit, dont les textes antérieurs ne nous apprennent rien, l'existence d'un établissement grec important, qui aura servi de centre au développement de la cité, comme un comptoir grec voisin de Paprémis est devenu Péluse (2), comme un établissement grec attenant au bourg de Rhakotis précéda la fondation d'Alexandrie (3). C'est de cet établissement alors récent qu'Hérodote nous a sans doute rapporté le nom grec, « Néapolis», à dix kilomètres, c'est-àdire prèp de Ghemmis.
S'y est-il arrêté? Gomme il n'y a rien recueilli, on peut considérer cette station comme douteuse; en tout cas, il est peu vraisemblable qu'il y soit demeuré bien longtemps. Beaucoup plus probablement c'est à Ghemmis qu'il a fait quelque séjour. On a là-dessus son témoignage formel, et l'on vient de voir qu'il n'y a, malgré les apparences, aucune raison de le récuser. Du reste si, comme il est à présumer, Hérodote s'est arrêté non au hasard, mais là seulement où il avait chance d'obtenir quelque information, il devait avoir le désir de visiter la ville de Persée. La légende du héros grec était répandue depuis assez longtemps déjà en Egypte, car les fouilles de Défennéh ont exhumé, entre autres documents grecs datant de la XXVIe dynastie, un fragment de vase sur lequel le type archaïque de la Méduse est nettement figuré (4) : où l'historien se serait-il mieux renseigné sur cette
(i) Hégatée a donné le nom égyptien de la ville sous la forme Suis (fragm. 274, Mûller-Didot, Fragmenta historié, graec, I, p. 18). Sur ilToXs[i.aïcç ï| cEp[xeîou (Ptolémée, IV, 5.3 1), voir l'ensemble des renseignements recueillis par Mûller-Didot, Ptolemaei Geographia (vol. I pars 2a, 1901, p. 720-721). — (2) Voir plus haut, p. 98-95.
(3) On a découvert à Gabari, faubourg au sud-ouest d'Alexandrie, près de l'antique nécropole de Rhakotis, de la poterie grecque remontant au vie siècle (cf. A. H. Sayce dans Academy, II, 1891, p. 461). Alexandre a donc fondé sa ville grecque sur l'emplacement occupé déjà par une communauté grecque.
(4) Fl. Pétrie, Tanis, II, pi. XXVI, 10, figure reproduite dans Mallet, Les premiers établissements des Grecs en Egypte, p. 63.