‹ La durée et l'étendue du voyage d'Hérodote en ÉgypteChapitre 70 sur 93 · V. THÈBES. — 3. LA RELIGION ET LE CULTE · texte numérisé non relu

V. THÈBES. — 3. LA RELIGION ET LE CULTE

de cette statue approchent celle cTHéraklès ; après quoi, tous ceux qui sont autour du temple se frappent en l'honneur du bélier, qu'on inhume dans un coffre sacré » (1). Hérodote ne dit pas que ces informations lui soient venues de Thèbes même, et rien ne prouve que telle en ait été la provenance. Les Grecs pouvaient entendre parler de Zeus thébain, c'està-dire du Zeus égyptien, dans nombre de localités de la Basse Egypte, notamment à Memphis, où il avait un temple (2), dans le nome prosopite (3), le nome gynaecopolite (4), le nome métélite (5), le nome diopolite (6), où il était dieu principal. Au su de tout le monde, il était le dieu de Thèbes, et les rites de son culte étaient partout les mêmes : justement, à l'imitation de la Thèbes du sud, la capitale du nome diopolite s'appelait Ouisit mihit, « Thèbes du nord », Pi-Amoun, « le lieu d'Amoun », ou Nouit{mihil), « la Ville (du nord) » par excellence, et l'on y célébrait le triple culte thébain d'Amoun, de son épouse Maout et de son fils Khonsou. La connaissance de ce dieu, de son histoire, de son culte devait donc s'être largement répandue dans tout le Delta, et il n'est pas surprenant qu'on la retrouve jusque dans la ville grecque de Naucratis. Hérodote lui-même fait à cette expansion une allusion très claire : il attribue le récit et les prescriptions

(i)II, 42.

(2) Cf. Maspero, Hist., anc, III, p. 797 (id., Hist. anc, in-i2,7eédit., 1905, p. 800) d'après le Papyrus SaliierYV ; W. Spiegelberg, Ein Heiligtum des Amon-Re in Memphis, dans le Recueil de travaux relat. à la philol. et à Varchéol. égypt. et assijr ., XXVIII (1906), p. 180-181.

(3) Au sud-ouestdu Delta; c'est \eSapi risit. Le chef-lieu paraît en avoir été Zaqa pour les Egyptiens, Nixiou pour les Grecs. On ignore le site exact de cette ville. Cf. J. de Rougé, Géographie anc. de la Basse Egypte, 1891, p. 17 sqq., et le commentaire de Mûller, Ptolemaei Geographia, Vol. I pars 2a, 1901, p. 707 .

(4) Vers l'ouest du Delta; le chef-lieu en était Khsouou (Xoïs ?). Sur ce nome voir J. de Rouge, 1. 1., p. 26 sqq.

(5) Vers le nord-ouest du Delta ; le chef -lieu en était Sontnojir, dont le site n'est pas connu. Sur ce nome voir J. de Rouge, 1. 1., p. 3o sqq. Cf. le commentaire de Mùller, 1. 1., p. 706.

(6) Vers le nord-est du Delta; le chef-lieu en était Pikhnamoun, Piamoun, Diospolis, dont le site exact est inconnu. Voir J. de Rougé, 1. I., p. 11.") sqq.; cf. le commentaire de Mùller, 1. 1., p. 708 (aux mots EeSswvtyjç jtdtTto TÔ7i;a>v [Sebennytes inferior], et llaxvajjiouvîç).

religieuses rapportées ci-dessus non pas seulement aux gens de Thèbes, mais aussi à « tous ceux qui possédaient un temple de Zeus thébain »; encore prend-il soin de nommer ceux-ci avant ceux-là (1). C'est pourquoi il est possible qu'il ait appris dans la Basse Egypte ce qu'il nous dit de la légende et du culte de Zeus thébain.

Les crocodiles vénérés à Thèbes. — Toutefois il est certains renseignements qui ne paraissent pas avoir été puisés ailleurs qu'à Thèbes. Hérodote nous assure que les crocodiles étaient sacrés pour les riverains du lac de Mœris et pour les Thébains, et il nous décrit complaisamment de quels soins délicats ces animaux étaient l'objet de la part de leurs zélés adorateurs (2). En fait les crocodiles étaient vénérés dans de nombreuses localités (3) au témoignage même de notre auteur (4); s'il n'en a mentionné le culte nommément qu'à Thèbes et près de la « Ville des Crocodiles », c'est que là, suivant toute vraisemblance, il lui a été donné d'en constater personnellement l'existence.

Les serpents à cornes vénérés à Thèbes. — Il est une autre sorte de reptiles dont il a dû entendre parler dans la cité d'Amon. « Il y a près de Thèbes, rapporte-t-il, des serpents sacrés, absolument inoffensifs, de petite taille, qui ont deux cornes sortant du sommet de la tête; on les ensevelit après leur mort dans le temple de Zeus, à qui, dit-on, ils sont consacrés » (5). 11 s'agit ici manifestement de la vipère céraste; elle n'est pas propre à la Haute Egypte, mais elle s'y trouve en nombre particulièrement grand; ce passage de l'historien montre que c'est en Haute Egypte seulement qu'il a été informé à son sujet. Toutefois est-il possible que Tes Thébains lui aient donné cette vipère comme inoffensive, quand c'est le reptile le plus dangereux de la vallée, quand la morsure en est à peu près toujours mortelle? Mais en quelque autre endroit qu'il en ait appris l'existence, par exemple à

(i) II, 42. — (2) II, 69. — (3) Cf. Wiedemann, Herodots zweites Bach, p. 3oo-3ot.

Memphis, — car les cérastes ne sont pas rares dans le voisinage de cette ville, — la même erreur serait tout aussi surprenante.

C'est encore en admettant le séjour de l'historien à Thèbes qu'il est le plus facile d'en donner l'explication. Le culte des serpents était fort en honneur parmi les petites gens qui vivaient dans la nécropole thébaine; ces serpents passaient pour représenter la déesse Maritsakro, « l'amie du silence (1) », dont la chapelle principale se dressait au nord du Ramesséum. « Gomme la plupart des dieux des morts, c'était une divinité guérisseuse. On s'adressait à elle dans les cas où la médecine ordinaire était impuissante, et ses clients consacraient par des ex-voto le souvenir de la faveur qu'elle leur avait accordée » (2). Hérodote a cru inoffensifs des serpents qu'on invoquait comme les représentants d'une divinité bienfaisante, et qui, en fait, de même que toutes les vipères, n'attaquent pas l'homme si elles ne sont d'abord attaquées par lui (3). Ainsi Terreur même par laquelle il déclare inoffensives les vipères à cornes de la région thébaine laisse présumer qu'il a fait à Thèbes quelque séjour.

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