V oracle de Zeus thébain
Les données. — L'origine thébaine de ce qu'Hérodote nous apprend de l'oracle thébain est assurément plus ardue à dé-
(i) Ou « l'amie de celui qui fait le silence » c'est-à-dire du dieu des Morts Osiris, comme traduit M. Erman {La Religion égyptienne, trad. Vidal, p. 112).
(2) Voir à ce sujetMASPERO, Etudes de mythol. et d'archéol. êgypt.,\\ : La déesse Miritskro et ses guérisons miraculeuses, p. 402 sqq.; le passage cité se trouve p. 4°5. Cf. id., Hist. anc, II, p. 537-538.
(3) D'après Mariette (Dendérah, Texte, p. 91, note 2), « les serpents qui ne font jamais de mal aux hommes dont parle Hérodote (II, 74) et Élien (GVII1, 2), et qu'on nourrissait à Thèbes selon le premier de ces auteurs, devaient être des Agathodaemons ». Dans chaque temple égyptien il semble que l'on ait nourri un serpent qui passait pour le bon génie du lieu (cf. id., 1. 1., p. 91). Peut-être même en était-il ainsi dans les maisons particulières (Maspero, Etudes de mythol. et d'archéol. égypt., II, p. 4u-412)* Si je préfère voir dans ce qu'HÉRODOTE rapporte des cérastes un souvenir con-
montrer. Il y avait en Egypte, afïirme-t-il, un « mantéion» de Zeus (1). Ce mantéion était certainement à Thèbes, puisque « le procédé divinatoire était à peu près le même à Thèbes d'Egypte et à Dodone » (2). Enfin, à l'en croire, c'est bien à Thèbes, non ailleurs, qu'il a puisé ses renseignements relatifs à cet oracle. « Au sujet des deux oracles dont l'un est en Grèce et l'autre Libye, voici le récit que font les Égyptiens. Les prêtres de Zeus thébain [me] racontèrent que deux femmes consacrées [au service du dieu] avaient été enlevées par des Phéniciens ; que, suivant ce qu'ils en avaient appris, elles avaient été vendues, puis conduites l'une en Libye, l'autre chez les Grecs, et qu'elles avaient été les fondatrices des premiers oracles dans ces deux pays. Je leur demandai d'où ils tenaient des informations si précises ; ils répondirent qu'ils avaient fait une longue recherche de ces femmes sans pouvoir les trouver; mais ils en avaient appris dans la suite ce qu'ils m'en rapportaient. C'est là ce quey'tfi ouï dire aux prêtres de Thèbes » (3). L'historien ajoute que les prêtresses de Dodone ne racontaient pas les choses tout à fait de la même manière : suivant elles, deux colombes, envolées de Thèbes, avaient gagné la Libye et Dodone, et avaient commandé d'une voix humaine qu'on y établît des oracles de Zeus ; toutefois il ne croyait pas que les deux traditions fussent inconciliables (4).
Position de la thèse. — Ces données paraissent déconcertantes. Eh quoi ! il y aurait eu à Thèbes d'Egypte des procédés de divination à peu près semblables à ceux de Dodone? Mais, s'écrie-t-on, après une telle assertion, il est impossible d'admettre qu'Hérodote ait visité Thèbes (5). Des
fus des serpents consacrés à Maritsakro, c'est que l'expression icepl ©Y)ëaç, qui s'applique à merveille à la nécropole, ne laisse pas supposer que l'historien ait vu des serpents dans des maisons particulières ; ce fait, semble-t-il, l'aurait frappé, et comme il était d'observation facile, il n'eût pas permis la confusion entre des couleuvres inoffensives et les redoutables vipères à cornes.
(i)II, 83. — (2) II, 58. -- (3) II, 54-55. — (4) II, 55-57.
(5) A. H. Sayge, The ancient Empires of the East, Herodotos I-III, p. i5o, n. 3.
prêtres de Zeus thébain auraient raconté cette légende attribuant à des femmes enlevées par des Phéniciens la fondation des oracles deZeusAmmon et de Zeus dodonéen ? Mais ce serait encore une preuve « qu'Hérodote n'a pas visité Thèbes...Il a probablement entendu cette histoire à Dodone, et quand il fut en Egypte, il en profita pour poser des questions tendancieuses à ses guides, qui répondirent suivant ses préventions » (1). On a même prétendu que ces questions tendancieuses n'avaient jamais été posées, et que nous sommes ici en présence purement et simplement d'un mensonge de l'historien (2).
Cette critique est trop sommaire.
Une chose frappe dès l'abord : Hérodote a été déconcerté lui-même par l'étrangeté de la légende : c'est ce que montre l'interrogation : « Gomment êtes-vous si bien informés ? » En outre il a pensé que ses lecteurs n'éprouveraient pas une moindre surprise, d'où son insistance à bien marquer la qualité de ses informateurs : c'est un récit des Egyptiens, les prêtres de Zeus thébain en sont les auteurs, il les a interrogés lui-même, ceux-ci lui ont répondu, enfin c'est ce qu'il leur a ouï dire à Thèbes. Certainement s'il avait su leurs noms il les auraitcités, car il a donné à la même occasion ceux des prêtresses de Dodone avec lesquelles il s'était entretenu à ce sujet : elles s'appelaient Proménia, Timarété et Nicandra. Évidemment on ne peut de ce langage tirer rien de décisif en faveur de sa véracité ; néanmoins ce ne sont pas là les manières d'un imposteur qui glisse furtivement un mensonge, c'est apparemment l'assurance d'un honnête homme qui ne craint pas de faire sonner bien haut ses autorités. En consé-
(i) A. H. Sayce, 1. 1., p. i58, n. 7.
(2) Panofsky, De historiae Herodoteae fontibus, p. 22-23. Gutsghmid, De rerum sEgyptiacarum scriptoribus Graecis ante Alexandrum magnum, dans le Philologus, X, i855, p. 6^9, croit que ce sont les prêtres de Thèbes qui ont inventé cette histoire « in majorem sEgyptiorum gloriam ». Bien que les opinions qui nient le voyage d'HÉRODOTE à Thèbes soient seules examinées ici, la suite de la présente discussion montrera ce qu'il faut penser de cette hypothèse.