V. THÈBES. — CONCLUSIONS
rafraîchissait pas à un flot toujours renouvelé de compatriotes : c'est pour eux que Parrivée d'un voyageur grec qui ne fût pas poussé par un esprit exclusivement mercantile était un sujet d'étonnement, et c'est sans doute pourquoi la venue d'Hécatée à Thèbes laissa dans leur esprit un souvenir qui vivait encore quand notre auteur y passa (1). Ces Grecs, fondus plus intimement qu'ailleurs dans le gros de la population, pouvaient mieux connaître non-seulement la langue, mais encore les croyances des indigènes, et ayant perdu davantage de leur mentalité propre, étaient moins capables de les déformer. Cette exactitude supérieure au point de vue égyptien et ces traces relativement faibles de mentalité grecque, voilà justement ce que nous présentent les renseignements dont nous nous occupons ici : c'est donc dans la Haute Egypte, n'en eût-il pas lui-même indiqué le lieu d'origine, et plus précisément, puisqu'il nous l'assure, à Thèbes, qu'Hérodote les a le plus vraisemblablement reçus.
Voilà terminé le long examen des textes d'Hérodote qui concernent Thèbes. Il en ressort les conclusions suivantes.
1° Il ne suffit pas que le nom de Thèbes figure dans telle ou telle donnée de l'historien pour que nous la déclarions originaire de cette cité. Le périmètre de la Thébaïde, le contingent militaire fourni par elle, les distances qui séparent la ville soit de la mer ou d'Héliopolis, soitd'Eléphantine, soit des Oasis libyennes, l'expédition de Gambyse contre les Ammoniens et les Ethiopiens, le rôle d'« Oasis » comme « île des Bienheureux » et sa colonisation par des Samiens, la distinction établie entre Zeus thébain et Zeus libyen, la coutume des sectateurs d'Amon de s'abstenir des béliers et des brebis, la légende de Zeus se montrant à Hérakles revêtu de la toison
(i) Hérodote (III, i3g), en rapportant que beaucoup de Grecs vinrent avec Cambyse en Egypte, indique clairement que le plus grand nombre avait pour but d'y faire le commerce, et que la minorité seule y avait été conduite par le désir de voir le pays.