‹ La durée et l'étendue du voyage d'Hérodote en ÉgypteChapitre 77 sur 93 · V. THESES. — CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

V. THESES. — CONCLUSIONS

taient aux regards qu'une suite de murailles, écran de pierre protégeant de la curiosité profane la sainteté du lieu. En outre tout l'édifice était entouré à distance d'un énorme mur de briques qui ne laissait guère apercevoir que le sommet des pylônes. L'entrée de cette enceinte n'était sans doute pas toujours interdite à l'élément laïque, ni même celle de la première cour péristyle ; mais les gens du commun, a fortiori les étrangers, n'y pouvaient certainement pas pénétrer en tout temps et à volonté : ce qu'Hérodote sait du temple égyptien montre qu'il n'en a vu qu'exceptionnellement les abords immédiats. A ceux qui les considéraient de l'extérieur, ces monuments n'offraient donc qu'une apparence uniforme, et il était impossible d'en remarquer quoi que ce fût, à moins qu'on ne se contentât d'en distinguer la masse plus ou moins considérable, ou de noter à leur sujet une impression d'ensemble forcément imprécise. C'est pourquoi, sur le plus grand nombre, par impossibilité d'en rien dire là où il ignorait le nom de la divinité adorée, Hérodotea gardé le silence. B. A Thèbes, comme dans les autres cités de l'Egypte, les monuments étaient à peu près exclusivement d'ordre religieux, et l'on vient de rappeler qu'il n'était guère possible à l'étranger d'en prendre une idée nette et exacte. Il n'y avait donc alors rien qui fût de nature à y attirer normalement de simples touristes (1) : cette sorte de voyageurs n'apparaîtra que plus tard, quand la politique suivie par les Ptolémées aura peu à peu atténué l'exclusivisme du sacerdoce égyptien. Si, au témoignage d'Hérodote, il s'était formé une classe d'interprètes en Egypte (2), c'était assurément dans le Delta. Là les Grecs abondaient pour les besoins de leur commerce; toutefois, entre deux affaires, accessoirement, parce qu'ils

(i) Hérodote nous dit bien que, parmi les nombreux Grecs qui suivirent Cambyse en Egypte, quelques-uns n'avaient pour but que de voir le pays (III, 13g). Mais c'était surtout la Basse Egypte qui attirait les Grecs; au reste le seul fait que ces simples touristes aient cru devoir accompagner l'armée pour satisfaire leur curiosité indique qu'en temps normal les voyageurs de cette sorte étaient assez rares.

étaient d'esprit curieux, ils se promenaient autour d'un ou deux monuments (1) et à l'occasion se faisaient conduire aux plus prochaines pyramides, en écoutant des légendes appropriées. Il n'en pouvait être de même à Thèbes; pour des raisons déjà indiquées (2), les Grecs qui hasardaient un si lointain voyage étaient relativement peu nombreux, et comme ils n'espéraient pas y voir quelque monument analogue aux pyramides dont la forme seule pût satisfaire leur curiosité, ils n'avaient sûrement pas pour but d'y contempler des temples où leur présence n'était pas admise. Il ne s'est donc pas développé à Thèbes à cette époque une classe de gens destinés à renseigner des touristes sur les particularités delà ville, son histoire ou ses légendes. Les informateurs d'Hérodote, tels qu'ils nous apparaissent à travers ses données, furent des Grecs établis dans le pays, égyptianisés dans une certaine mesure, et plus précisément des prêtres d'un oracle grec, peu soucieux, en tout cas ignorants des annales gravées sur les pierres de temples à peu près inaccessibles. Voilà pourquoi notre auteur n'a mentionné aucun des grands pharaons thébains en tant que thébains, et pourquoi les constructions ou réparations faites à Thèbes parles rois mêmes dont il a parlé n'ont pas été connues de lui.

G. Si les monuments dont nous allons admirer aujourd'hui les ruines sur le site de l'ancienne Thèbes étaient, en leurs parties essentielles, inabordables au temps d'Hérodote, — on a dit plus haut le peu qu'il aperçut du grand temple d'Amon, le seul dont il a eu la chance de franchir quelques pylônes (3), — si d'autre part on n'y rencontrait pas, comme

(i) Encore les drogmans qui les conduisaient se montraient-ils peu informés sur les temples. AMemphis, qui regorgeait de ces édifices, Hérodote a décrit, le plus souvent au moyen de vagues épithètes, l'extérieur du temple d'Héphœstos (II, 99, 101, 108, 110, 121, i3(3, i53, 176); il a donné quelques détails sur la « cour » d'Apis (II, i53); il a mentionné un temple d'Isis (II, 176; cf. 122?) et un temple des Gabires (III, 37); au sujet du téménos de « Protée » il fut laissé dans une telle ignorance, qu'il a pu y supposer le culte d'Hélène, fille de Tyndare (II, 112).

(2) Voir plus haut, p. 208.

(3) Voir plus haut, p. 193-196.

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