VI-VII. KLKPHANTTNE. SYÈNE
ont toujours été deux îles distinctes, celles que les Grecs ont respectivement désignées sous les noms de Philae et d'Eléphantine. L'antiquité classique ne les a pas confondues davantage. On invoquerait en vain l'autorité de Pline, qui place Philae en face de Syène (1): on avoue en effet qu' « au temps de Strabon et d'Aristide, le nom d'Eléphantine appartenait exclusivement à l'île qui est en face de Syène » ; or Strabon vécut sensiblement à l'époque de Pline et eut sur lui l'avantage d'avoir visité les lieux (2). Au reste, si le compilateur s'est mépris sur le site de Syène, il n'a pas confondu les deux îles, car il connaît également Eléphantine, qu'il place précisément plus au nord (3). L'hypothèse ici contestée manque donc de base, comme fondée sur des faits inexacts : si Hérodote s'était trompé sur l'île à laquelle on attribuait ce nom d'Eléphantine, il aurait commis une erreur qu'un voyage dans le pays lui aurait sûrement épargnée, et l'on conclurait à bon droit qu'il a menti en déclarant être allé jusque-là.
Enfin une preuve qu'il n'a sûrement pas nommé Eléphantine pour Philae se tire de son texte lui-même. C'est bien Eléphantine qu'il a écrit dans le passage incriminé : Strabon au premier siècle avant notre ère lisait ainsi (4), et aucune des règles de la critique des textes n'autorise à soupçonner ici
(i) Pline, Hist. nat., V, ch. io s. f. Cf. Jomard, 1. 1., ibid., p. 19. Je ne crois pas, contrairement à ce que semble penser M. Wiedemann (Herodots zweites Buch, p. 1 14)? qu'on puisse rien tirer pour le sujet qui nous occupe du témoignage du mathématicien Timée cité par Pline [ibid.) ; suivant Timée, « le Nil sortirait d'une source appelée Phiala, coulerait dans un lit souterrain, etc. » On a supposé qu'il fallait comprendre ici par Phiala l'île de Philae (Wiedemann, ibid.), mais le fait est d'autant moins certain que Pline connaît ailleurs le nom de Philae (ibid., s. f.), et qu'on ne pouvait guère admettre près de cette île un cours souterrain du fleuve. Je pense qu'il faut reporter Phiala beaucoup plus au sud ; on croyait alors que le Nil, suivant les recherches du roi Juba, après avoir pris sa source en Mauritanie, courait plusieurs fois sous les sables avant d'atteindre l'Ethiopie (voir à ce sujet Pline, ibid., init.).
(2) Voir Strabon, XVII, i. notamm. 49 et 5o.
(3) Pline, Hist. nat., V, ch. 10, fin. Sans doute il place l'île, qu'il appelle « Elephantis », à quatre milles en deçà de la dernière cataracte (près de 6 kilomètres), mais ce n'est pas la seule erreur qu'il ait commise sur la topographie de l'Egypte.
(4) Strabon, XVII, 1. 52. Voir plus haut, p. 219, n. 1.