‹ La durée et l'étendue du voyage d'Hérodote en ÉgypteChapitre 84 sur 93 · VI-VII. ÉLÉPHANTINE. SYENE · texte numérisé non relu

VI-VII. ÉLÉPHANTINE. SYENE

constitué par ces deux parties à sa connaissance pareillement dénommées, la ville d'Eléphantine.

Hérodote n'a donc pas su que la ville appelée « Syène de Thébaïde » par le trésorier d'Athèna n'était autre que la localité sans aucun doute aperçue par lui en face de Vile -d'Eléphantine. Il en résulte nécessairement que, dans sa pensée, Syène se trouvait ailleurs. En quel endroit? Il n'importe pas essentiellement ici de le déterminer (1). Remarquons seulement qu'Éléphantine était pour lui et est bien réellement à l'extrémité septentrionale de la cataracte, qu'il a par suite nécessairement supposé Syène plus au sud, mais à une courte distance. Elle se trouvait encore ainsi dans la « Thébaïde », c'est-à-dire dans Y Egypte supérieure : si Zeus Ammon avait déclaré qu'apppartenaient à l'Egypte tous ceux qui buvaient aux eaux du Nil au-dessous d? Eléphantine (2), l'oracle, en s 'exprimant de la sorte, avait moins songé à la dernière localité qu'à la dernière cité importante, à la capitale du premier nome, car, au témoignage de notre auteur, encore à douze schènes au-dessus, l'île de Tachompso était habitée pour moitié par des Egyptiens (3). La conclusion est facile à tirer. Si Hérodote n'a pas opposé au scribe de Sais un démenti formel, s'il a discuté son récit, du reste avec beaucoup de bon sens, en se contentant d'en rejeter les parties non pas effectivement fausses mais seulement invraisemblables, ce n'est pas qu'il ait menti en affirmant être allé jusqu'à Éléphantine; c'est que, n'étant pas allé au-delà, et s'étant mépris sur le site de Syène qu'il aperçut sans le savoir, il n'a pu invoquer le témoignage de sa propre expérience (4).

De la sorte disparaît la grande raison pour laquelle on a nié la réalité de son voyage jusqu'à la cataracte; de la sorte disparaissent également les deux raisons accessoires par où

(i) Il suffit en effet qu'il n'ait pas cru avoir vu Syène, pour qu'il n'ait pu contrôler les assertions du prêtre saïte.

(2) II, 18. — (3) II, 29. — (4) La méprise s'explique d'autant mieux que, d'après l'itinéraire qui sera fixé au dernier chapitre du présent ouvrage, sa conversation avec le Saïte a eu lieu seulement après son voyage en Haute Egypte.

l'on a prétendu appuyer la même thèse : à savoir la méprise par l'effet de laquelle il a mentionné les carrières d'Éléphantine au lieu des carrières de Syène, et la désignation d'Eléphantine comme « ville » et jamais comme « île ». Il reste encore, contre la réalité du voyage, un argument qui ne semble pas avoir été invoqué, mais qui, à première vue, ne manque pas d'une certaine force.

Hérodote s'est vivement intéressé au Nil ; notamment il s'est enquis du cours du fleuve dans la région située immédiatement au-dessus d'Eléphantine, et il en a décrit d'après ouï-dire la physionomie (1). Or Eléphantine est à la cataracte, elle en est la partie la plus septentrionale ; la cataracte s'étend sur une longueur qui ne dépasse guère cinq ou six kilomètres, et pour en parcourir à pied les abords d'un bout à l'autre, quatre heures suffisent largement, y compris le temps du retour. N'est-il pas étrange que le voyageur, désireux comme il le fut de raconter le spectacle singulier offert par le Nil en cet endroit, et après avoir tant fait que de venir si loin, se soit contenté d'interroger sur ce qu'il lui était si court et si facile de connaître par lui-même ?

La réponse qui saute à l'esprit tout d'abord, c'est que la dernière garnison perse se trouvait à Eléphantine (2) et qu'au-delà le pays, où rôdaient déjà des Ethiopiens nomades (3), n'était plus sûr. Toutefois cette réponse n'est guère satisfaisante, car la protection de la garnison perse s'étendait bien aux environs immédiats de la ville. La véritable raison pour laquelle Hérodote n'alla pas plus au sud est plutôt la suivante: il a été induit en erreur sur l'étendue de la cataracte. D'après son témoignage, pour en effectuer la traversée, — navigation au reste dangereuse, — il ne fallait pas moins de quatre jours; le parcours en était de douze schènes, soit de 128 kilomètres (4). On comprend qu'ainsi informé, Hérodote, qui en somme était non pas un explorateur

(i) II,29. - (2) II, 3o. - (3) II, 29.

(4) Ibid. Le schène comprenait 60 stades (Hérod., II, 6) de 177 mètres 60 (voir ci-dessus, pages 106-107).

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