VI-VI1. ÉLÉPHANTINE. SYENE
mais un historien, ait reculé devant un voyage difficile dans un pays fort éloigné de l'Egypte, où son histoire n'avait rien à gagner, où en tout cas la protection des Perses ne pouvait plus être pour lui d'une efficacité absolue.
Dans ces conditions, il n'est pas assuré qu'il soit descendu à Syène même, c'est-à-dire sur la rive droite du fleuve, en face de l'île, car il aurait sans doute été conduit à jeter un coup d'oeil sur les premiers rochers de la cataracte, et une courte excursion lui aurait permis d'être moins dépendant du témoignage d'autrui. Remarquons en outre qu'il n'a nommé les « pierres d'Éléphantine » qu'à propos de sa visite à Sais (1), enfin que, s'il avait pris langue à Syène, il est assez vraisemblable qu'il n'eût pas ignoré le nom particulier de ce faubourg. Nous sommes ainsi amenés à penser qu'il ne séjourna pas longtemps à Éléphantine. L'examen de ses données au point de vue de leur origine ne fait que confirmer cette conclusion.
Il n'en est guère que trois en effet qui paraissent provenir de là.
D'après notre auteur, les crocodiles n'étaient pas sacrés par toute l'Egypte. Les riverains du lac de M œris et les Thébains leur rendaient un culte, mais les gens d'Eléphantine les pourchassaient et ne craignaient pas d'en manger la chair (2). Si ces derniers sont les seuls nommément désignés parmi les contempteurs des crocodiles, quand en réalité la même répulsion se manifestait aussi ailleurs (3), c'est que vraisemblablement l'historien a obtenu ce renseignement à Eléphantine même.
Il y a lieu de reconnaître la même origine à cette donnée que les Perses tenaient garnison à Éléphantine. Ce n'est pas qu'Hérodote n'ait pu recevoir cette information en quelque autre endroit, notamment à Memphis ; mais il semble bien ne l'avoir rapportée qu'après en avoir constaté personnelle-
(i) II, i75. -(2)11,69.
(3) Voir Wiedemann, Herodots zweiles Bach, p. 3oo-3o2.
ment l'exactitude. Parlant des Egyptiens qui passèrent en Ethiopie, il s'exprime en ces termes : « Sous le règne de Psammétichos, des Egyptiens avaient été mis en garnison dans la ville d'Eléphantine contre les Ethiopiens, à Daphnae pélusienne contre les Arabes et les Assyriens, enfin à Maréa contre la Libye. Encore maintenant les Perses ont des garnisons dans les mêmes places où il y en avait sous Psammétichos, car il y a des garnisons perses à Eléphantine et à Daphnae » (1). Puisque les Perses avaient des troupes dans les lieux mêmes où Psammétichos en avait posté, pourquoi omet-il de citer Maréa? Si l'on considère que ni son témoignage ni son itinéraire ne nous permettent de croire qu'il se soit rendu à Maréa, tandis qu'il déclare expressément être allé à Daphnae et à Eléphantine, on croira qu'il a nommé seulement ces deux villes parce que là seulement il s'est rendu compte par lui-même que les Perses y tenaient réellement garnison (2).
Enfin Hérodote a décrit le Nil depuis la première cataracte jusqu'au pays des Automoles, c'est-à-dire pendant un espace de quatre mois de navigation et de route, au milieu duquel se rencontrait la grande ville de Méroé(3). Sans entrer dans le détail, on peut dire que, si les différentes distances supputées par lui ne nous fournissent pas des points de repère suffisamment précis, du moins sa description rend assez exactement différents aspects du Nil vers la première cataracte et à partir de la seconde (4). C'est à Eléphantine,
(i) II, 3o.
(2) Stein et Krall expliquent autrement ce passage cTHérodote. Voir la discussion instituée plus haut à ce sujet, p. 3, note l\.
(3) II, 29-3i.
(4) La première cataracte est probablement la partie qu'HÉRODOTE a décrite d'Eléphantine à Tachompso. — A partir de la seconde jusqu'à la cinquième le Nil est encombré d'îles et de gros rochers, notamment dans la « Vallée des pierres » (Batn el Hadjar) de Ouady Halfa à Dal-Narou (cf. Caillaud, Voyage à Méroé et au fleuve Blanc, I, p. 32.8-358). Le cours du fleuve de la cinquième cataracte au gros village de Chendy, dans les environs duquel se trouvait Méroé (à mi-distance entre le point où l'Atbarah se jette dans le Nil et Khartoum), est beaucoup plus facilement nayigable (cf. les cartes de Caillaud, Voyage à Méroé, Atlas, II, pi. XLV-L). Ainsi