C. SOURDILLE
gation étaient nécessaires pour aller de la mer au lac (l)r quand par ce chemin, à compter d'après ses propres mesures, quatre jours devaient suffire (2) ; il n'eût pas cru que le canal se dirigeait droit vers l'ouest, quand la direction générale en était réellement vers le nord (3) ; il n'eût pas avancé que le Nil coule dans un seul lit depuis les cataractes jusqu'à Kerkasore (4), quand en pleine inondation le Bahr Yousouf aurait dû rejoindre le canal allant de Memphis à la mer par les pyramides (5) ; il n'eût pas affirmé que, suivant la période de l'année, l'eau coulait par un canal unique soit du fleuve dans le lac soit du lac dans le fleuve (6), quand une issue du flot vers le nord ne lui eût pas permis de croire à un reflux (7). Cette dernière considération nous dénonce la raison pour laquelle Hérodote, voyageant par eau (8), a suivi pour revenir du Fayoum un itinéraire en apparence aussi anormal : les Egyptiens ayant sans aucun doute utilisé le lac comme régulateur de l'inondation (9), la partie du Bahr Yousouf qui alimentait l'immense réservoir ne pouvait être laissée, au moins en toute saison, en communication directe avec celle qui se déversait dans la vallée, il y avait
(i)ll,4.
(2) Hérodote compte i5oo stades de la mer à Héliopolis (H, 7), et 54o stades par journée de navigation en Egypte (d'après II, 9 ; voir plus haut, p. n4, n. 1).
(3) Voir plus haut, p. i3i-i32. — (4) II, 17; cf. plus haut p. 137.
(5) Il s'agit du canal par lequel Hérodote s'est rendu de C'anope à Memphis en passant par les pyramides (II, 97-98). Voir plus haut, p. 8-9. - (6) II, i49-
(7) Ce reflux ne pouvait se produire dans la réalité : il aurait fallu que depuis l'endroit où le Bahr Yousouf se branche sur le Nil, à plus de 200 kilomètres au sud, jusqu'au lac, la pente de la vallée eût été à peu près insensible. Cette erreur est un indice de plus qu'HÉRODOTE a prêté au Bahr Yousouf une direction générale vers l'ouest (cf. ci-dessus p. i3ii32).
(8) Voir plus haut, p. i35, n. 3.
(9) Cf. Strabon, XVII, 1.37; Diodore, I, 52. Hérodote n'a pas parlé de cette utilisation, mais il a dû la connaître, car il rapporte que le lac avait été creusé de main d'homme (II, i49)- La donnée est inexacte (voir ci-dessus, p. i3-i5); toutefois les Egyptiens ont sûrement entrepris des travaux pour tirer parti de cet immense réservoir. Diodore (I, 62) parle d'écluses qu'on ouvrait à grands frais pour répartir les eaux sur les terres; de ces écluses Hérodote n'a pas dit un mot.