CONTRIBUTION A LA THEORIE DE L ACTION DES FERMENTS
suffît d'une si petite quantité de la substance « toxique » pour rendre inactive une grande quantité du catalysateur, cela tient à ce que cette substance agit en formant une couche insoluble, très mince, à la surface des particules métalliques (1).
On peut donc admettre provisoirement que Faction des ferments produits par les organismes est due à ce qu^ils forment avec certaines substances des combinaisons instables, qui sont rapidement décomposées. Cette hypothèse permet de comprendre qu'une petite quantité de ferment puisse . transformer une quantité de substance théoriquement illimitée et que, cependant, la vitesse de la réaction augmente (dans le cas du dédoublement de la graisse, par exemple) avec la concentration du ferment. Elle nous aide encore à nous expliquer la spécificité des diastases. Tandis que le platine agit comme catalysateur positif dans beaucoup de réactions, la lipase de la graisse de ricin, par exemple, ne peut former que le triglycéride de Tacide oléique. C'est que, les ferments étant des combinaisons organiques compliquées, le nombre des réactions intermédiaires dans lesquelles ils peuvent entrer est forcément bien plus restreint que pour les métaux (2),
(1) Ce dernier point peut être vérifié par Tétude comparée du cas de l'argent et de celui du thallium. Tous deux accélèrent la décomposition de l'eau oxygénée. Mais l'acide cyanhydrique forme avec l'argent une combinaison insoluble dans l'eau, avec le thallium une combinaison soluble. Kastle et Lœvenhart ont trouvé que, comme on devait s'y attendre d'après leur hypothèse, l'acide cyanhydrique arrête la décomposition par l'argent et n'arrête pas la décomposition par le thallium. — C'est également à la formation d'un dépôt superficiel insoluble qu'est dû l'arrêt de l'action du platine.
(2) Nous avons déjà dit plus haut que la vitesse des réactions déterminées par la lipase, la trypsine et les autres ferments est toujours bien moindre in vitro que dans l'organisme. Cela semble tenir à l'in* tervention, dans l'organisme, de corps auxiliaires de l'action des ferments. Exemple : l'action de la bile dans le dédoublement des graisses, action qui, d'après Hevvlelt, serait due à la lécithine : l'addition d'un peu de lécithine à de la lipase accélère énormément la digestion des graisses.