LIMITES DE LA DIVISIBILITÉ DE LA. SUBSTANCE VIVANTE
Les fragments les plus petits qui soient capables de former un squelette (stade pluteus) sont ceux dont la masse est comprise entre un quart et un huitième de celle •de Tœuf entier (1).
On peut, au lieu d'opérer immédiatement après la fécon- >dation, attendre que Tœuf ait commencé à se diviser, et isoler un des blastomères des premiers stades de la segmentation : on trouve alors, comme l'ont montré Driescli et d'autres expérimentateurs, qu'un blastoraère du stade 2 ou du stade h peut encore donner un pluteus normal, mais qu'un blastomère du stade 16 ou même du stade 8 ne le peut pas (2). Mais il n'est plus aussi facile d'interpréter ces expériences dans le sens d'une divisibilité limitée de la substance vivante, car il se peut qu'il se fasse, au fur et à mesure de la segmentation, une différenciation structurale et chimique entre les cellules, qui cesseraient ainsi d'être équivalentes.
L'ensemble de ces recherches"permet d'admettre, cependant, que la divisibilité de la substance de l'œuf est très limitée et que, plus un fragment est petit, plus son développement s'arrête vite. On comprend, d'après ces expériences, pourquoi un organe qu'on a broyé n'est plus <5apable de vivre ni de fonctionner : les fragments qu'on obtient ainsi sont d'un ordre de grandeur inférieur à celui qui est nécessaire pour la vie.
Si nous nous demandons maintenant pourquoi les fragments de l'œuf ne peuvent être inférieurs à une taille minimum, il y a peut-être lieu de nous reporter, à ce sujet, à une observation de Boveri. Même avant de se segmenter.
(1) J. LoEB, Pfîùgers Archiv, vol. LIX, p. 379, 1894. — Boveri indique, pour le plus petit fragment capable de vivre, une taille plus petite : un vingt-septième environ de celle de l'œuf.
(2) Voir, pour la bibliographie des nombreux travaux qui ont suivi ceux de Driesch : E.-B. Wilson, The Cell in Development and Infieriiance, New- York, 1900.
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l'œuf de Strongylocentrotas livîdus, d'après Boveri, est divisé en trois zones optiquement différentes, et dont Tune correspond au lieu de formation des micromères (fîg. 6) (1). On peut admettre que ces trois zones contiennent des substances chimiques différentes et que les seuls fragments qui puissent se développer sont ceux qui contiennent des matériaux empruntés aux trois zones, ce qui exclurait, naturellement, les fragments trop petits. — Il se peut bien qu'il y ait souvent, à l'intérieur même de la cellule, des différences de structure importantes pour la dynamique des phénomènes de la vie.
La grandeur de la plus petite masse de substance capable de
FiG. 6 (d'après Boveri). — . . , , . • . i
Structure de l'œuf d'our- Vivre Varie énormément suivant les Zi7'et pXiasm: ^^pèce». Le plus petit fragment d'œuf est divisé en trois zones, d'oursiu qui puisse atteindre le stade pluteus est encore visible à Toeil nu : il est donc bien des fois plus grand que des bactéries entières, qui pourtant doivent aussi pouvoir être divisées.
Quelques auteurs ont parlé de « molécules albuminoïdes mortes » ou « vivantes » ; ils admettent qu'une différence dans la position d'un radical ou d'une chaîne latérale de la molécule albuminoïde pourrait être la cause de la différence entre la substance morte et la substance vivante.
Les faits que nous venons d'étudier permettent de juger de la valeur de ces hypothèses. Quand nous constatons que la grandeur des plus petites parties capables de vivre est variable suivant les organismes, mais qu'elle ne descend pas, chez Toeuf d'oursin, au-dessous des limites de
(1) Boveri, Die Polariiàt des Seiigeleies. Verhandl. der phys.-med. Gesellschaft. Wurzbourg, vol. XXXIV, 1901.