FORMATION DE MEMBRANES SUPERFICIELLES SOLIDES
qui s'échappe d'une cellule dans un milieu aqueux prend une forme sphérique, Quincke en avait conclu que le protoplasma est entouré d'une couche de graisse ou d'huile. La légitimité de cette hypothèse résulte du fait que toute cellule contient des gouttelettes de graisse ou d'huile, qui doivent, comme l'albumine, former une couche mince à sa surface. Quincke a signalé que, relativement à la diffusion, les couches d'huile ainsi formées possèdent les propriétés des membranes semi-perméables (1).
H ans Meyer et Overton ont découvert en même temps et indépendamment l'un de l'autre que tous les anesthésiques ont une propriété commune : à savoir une solubilité relativement granàe dans la graisse ou les combinai-; sons voisines : lécithine, cholestérine. H. Meyer et Overton ont même montré que les anesthésiques les plus actifs sont ceux dont la solubilité dans la graisse est la plus grande, ou, d'une façon générale, que l'action biologique des différents anesthésiques est parallèle à cette propriété physique (2).
Le caractère chimique des substances considérées ne doit jouer, dans l'action des anesthésiques, qu'un rôle secondaire ou même nul, car des corps chimiquement inactifs peuvent être des anesthésiques très puissants, pourvu que le quotient de leur solubilité dans Thuile par leur solubilité dans Teau soit très grand (3).
Un nouveau fait qui s'accorde avec les précédents, c'est que les cellules de l'organisme animal qui subissent les premières et le plus fortement Tinfluence des anesthésiques sont précisément celles qui possèdent la teneur la
(1) Quincke, Silzungsber. d, Berl. Akad, der Wissenschaften, p. 791,
(2) Overton, Studien iiher die Narkose, léna, 1901.
(3) n faut cependant considérer que V '« inertie chimique » de ces corps n'a pu être vérifiée que pour certaines réactions et qu'ils peuvent peut-être devenir actifs dans l'organisme, par exemple en présence de certains ferments.
plus élevée en lipoïdes (lécithine et cholestérine), à savoir les cellules nerveuses.
Meyer et Overton se représentent donc que Taclion des anesthésiques est produite par une dissolution de ces substances (alcool, chloroforme, etc.) dans lesl écithines et les cholestérines des cellules, dissolution qui modifie les propriétés physiques de ces cellules. — Dès l'époque qui a suivi la découverte de Faction anesthésique de Téther, l'attention s'était portée sur cette propriété des anesthésiques. Von Bibra et Harless admettaient que Téther, le chloroforme agissaient en dissolvant la graisse des cellules; ils supposaient, en outre, que la graisse ainsi dissoute diffusait en dehors des cellules. Overton montre que cette dernière partie de l'hypothèse est inexacte. Si on anesthésie des cellules vibratiles ou d'autres cellules végétales en les plaçant dans de Teau additionnée d'un peu d'éther ou de chloroforme, l'anesthésie disparaît assez vite quand on replace ensuite les cellules dans de l'eau pure. Cette disparition rapide de rahosthésie serait impossible si elle résultait d'une diffusion de la graisse au dehors des cellules. Au contraire, ce fait s'accorde bien avec l'hypothèse d'après laquelle l'éther, le chloroforme, l'alcool, etc., agiraient, soit en modifiant les propriétés physiques des lipoïdes des cellules, soit en déterminant des modifications chimiques passagères. — L'action des anesthésiques, comme, dans beaucoup de cas, celle des électrolytes, détermine des phénomènes réversibles : c'est précisément ce qui fait l'importance théorique et pratique de ces deux ordres de phénomènes.