LA PRESSION OSMOTIQUE ET LES ÉCHANGES DE LIQUIDES S
pendant la ou les premières heures, le muscle absorbe de Teau dans les solutions hypotoniques et en perd dans le& solutions hypertoniques ; — il y a là une première catégorie de phénomènes qui sont indépendants, dans une large mesure, de la nature du sel. Mais, au bout cf'un temps plus long, l'influence de la pression osmotique fait place à l'action spécifique de chaque sel. Dans Une solution de NaCl à 0,7 p. 100 ou dans une solution équimoléculaire de NaBroU de Nal, un muscle ne change pas de poids d'une façon notable en 18 heures : l'augmentation de poids, quand elle a lieu, ne dépasse pas, en moj^enne, 7 p. 100 du poids initial. Dans les solutions équimoléculaires correspondantes de sels de K, le muscle augmente de AO p. 100 ou plus de son poids initial; daus une solution équimoléculaire de GaCla, j'ai observé, après 18 heures, une perte de 20 p. 100 (1). Dans toutes ces solutions, le changement de poids avait été insensible pendant la première heure.
Ces faits s'expliquent si on admet que les sels pénètrent dans le muscle, mais beaucoup plus lentement que l'eau, de sorte que le muscle se comporte d'abord comme s'il n'était perméable qu'à l'eau, et ne manifeste que plus tard les effets de la pénétration des sels.
En ce qui concerne l'action spécifique des sels de K, de Na, de Ga sur le muscle, on peut peut-être s'appuyer sur l'action des savons correspondants. Les savons de K sont très hygroscopiques ; ils absorbent Teau en si grandes quantités qu'ils fondent à l'air; les savons de Ca absorbent peu d'eau, les savons de Na occupent une position intermédiaire. L'eau est contenue dans les savons sous une forme telle qu'on peut l'en faire sortir par une pression très faible. 11 en est certainement de même pour une partie, peut-être pour la totalité de Teau absorbée par le muscle. Hardy et van Bemmelen ont fait la même observation pour l'eau qui est contenue dans lesgels non réversibles, comme
(I) LOEB, Pfîugers Archiv.,\o]. LXXV, p. 303, 1899.
ralbumine coagulée ou la silice. Dans des gels de ce genre, Teau est contenue, évidemment, dans des espaces capillaires. Si l'eau du muscle peut également être exprimée par une pression modérée, on peut songera faire Thypothèse suivante : les sels de K, Na, Ca, en concentration un peu élevée, coagulent la substance du muscle et modifient ainsi ses espaces capillaires. Mais il est possible aussi qu'une partie de Teau entre vraiment à Tétat de solution -dans le muscle.
Si on prépare des solutions de différentes concentrations du même sel, — par exemple, de NaCl, — le volume du muscle plongé dans ces solutions change d'abord d'une façon conforme à la théorie des menbranes semi-perméables. Mais, si on attend plus longtemps, on voit apparaître une tout autre série d'effets. Dans les solutions qui ont une pression osmotique plus élevée que le muscle, le muscle augmente de volume et de poids d'autant plus que la solution est plus concentrée (pourvu, toutefois que la concentration ne dépasse pas une certaine limite). Le tableau suivant fait ressortir ce phénomène :
Concentration de la solution
Augmentation du poids du muscle
de NaCl.
en 24 heures.
4, OS p. 100
0,7 p. 100 du poids primitif.
Au premier abord, on pourrait être tenté de conclure de oes faits que ce n'est pas la pression osmotique qui détermine les échanges liquides des cellules. Mais il faut rejeter cette supposition. C'est bien toujours la force osmotique qui intervient ; mais la pénétration des sels de Na dans le muscle, la sortie, peut-être, d'autres sels, créent des conditions nouvelles desquelles peut résulter une absorption d'eau analogue à aelle que van Bemmelen a
Il y a cependant un ensemble de faits qui ne paraissent pas pouvoir s'expliquer par Faction de la force osmotique : je veux parler du processus de sécrétion des glandes et de» processus d'absorption de l'intestin. La muqueuse de l'intestin, lorsqu'elle est vivante, doit pouvoir développer une force capable de travailler contre la pression hydrostatique et la pression osmotique. De niême pour les glandes : on peut dire, d'une façon générale, qu'elles travaillent contre là . pression osmotique. L'énergie qui intervient ici peut être celle qui se manifeste par la contraction musculaire ou par la contraction de la vacuole des infusoires : — pour la désigner d'un nom vague, la contractilité du protoplasma.
Un fait qui témoigne en faveur de cette conception a été découvert récomment par Mac Callum dans mon laboratoire : les sels qui élèvent le tonus du muscle ou renforcent son activité : sels de Ba, citrates, oxalates. augmentent aussi l'activité de sécrétion des glandes intestinales et des reins ; les sels de Ga, au contraire, qui relâchent le muscle et arrêtent ses contractions « spontanées », arrêtent aussi l'activité de sécrétion des glandes intestinales et des reins (1).
Hôber a signalé, récemment, une autre possibilité (2). Hamburger a trouvé que des acides, — l'acide carbonique, par exemple — augmentent la perméabilité des globules rouges pour certains anions. Hôber montre que cette perméabilité plus grande pour les anions doit faire apparaître des diflerences de potentiel entre la surface interne et la surface externe de la membrane des cellules, la surface interne de la paroi semi-perméable prenant une charge positive. Ces différences de potentiel, si elles déterminent un courant, peuvent provoquer une cataphorèse de l'eau et des particules qu'elle contient en solution ; certaines substances entreraient ainsi ou sortiraient de la
(1) Mac Callum, Pfiagers Archiv, vol. CIV, 1904. — Univ. of Califor nia Public, vol. I, p. 5, 1903; pp. 81 et 125, 1904.
(2) R. Hôber, Pflugers Archiv, vol. Cil, p. 196, 1904.