INFLUENCE DE LA TEMPÉRATURE SUR LES PHÉNOMÈNES
1. — Dans l'analyse des effets de la chaleur sur les phénomènes de la vie, nous rencontrons, comme dans Fétude de l'action des électrolytes, une difficulté. Elle tient à ce qu'une variation de température provoque dans les organismes des modifications d'ordre physique et d'ordre chimique à la fois, et à ce qu'il ne nous est jusqu'à présent pas possible de séparer toujours nettement ces deux ordres d'effets.
Nous savons cependant que les phénomènes vitaux essentiels pour la conservation de la vie et pour sa reproduction, ne sont possibles qu'entre certaines limites de température, relativement étroites .
Si nous dépassons la limite supérieure, alors apparaissent dans la substance vivante des modifications physiques (coagulation par la chaleur), qui, dans la plupart des cas, ne se réparent pas quand on abaisse de nouveau la température. Nous pouvons tuer tous les êtres vivants en élevant leur température jusqu'à ce point critique. Si nous abaissons la température au-dessous, d une certaine limite, il y a arrêt des manifestations vitales, mais il ne s'agit ici le plus souvent que de modifications réversibles, c'està-dire que les phénomènes de la vie réapparaissent, si, en
prenant certaines précautions, on atteint de nouveau la température normale.
Nous allons considérer d'un peu plus près ces deux limites de température, mais nous excluons tout d'abord de notre étude le groupe des animaux munis d'un appareil thermo-régulateur, et désignés sous le nom d'animaux à sang chaud.
La limite supérieure peut être mesurée avec la plus grande précision à l'aide des observations faites dans les sources chaudes. Mon collègue W. Setchell (1) a fait beaucoup de recherches sur ce sujet ; il ressort de ses travaux que, dans les sources chaudes dont la température atteint 43** ou plus, on ne trouve jamais d'animaux, ou d'algues proprement dites.
Entre 43** et 63** il n'a trouvé que des algues bleues, des Cyanophycées qui se rapprochent plus par leur structure des bactéries que des algues. En effet, les Cyanophycées ne possèdent ni noyau différencié comme celui que possèdent toutes les autres formes vivantes à Texception des bactéries, ni chromatophores nettement différenciés, comme ceux que Ton trouve dans les algues véritables.
Toutes les Cyanophycées ne sont pas capables de supporter une température aussi élevée, mais seulement quelques formes, et qui ne semblent pas pouvoir prospérer dans une eau plus froide. Les autres Cyanophycées appartiennent aux eaux dont la température est inférieure à 40**, et sont aussi peu capables de supporter une température plus élevée que les animaux ou les algues véritables,
La plus haute température que puissent supporter les Cyanophycées ne s'élève pas, d'après Setchell, à plus d'environ 10** au-dessus de celle (63**) qu'il a observée comme maximale dans les conditions naturelles d'existence de CCS organismes.
Parmi les champignons, on trouve beaucoup de formes*
(1) W. A. Setchell, Science, N. S., vol. XXVII, p. 934, 1903.
qui supportent une température de 43-45°; on sait aussi que les spores peuvent supporter une température plus élevée que les formes végétales.
C'est ainsi que Duclaux (1) a trouvé, que certains bacilles présents dans le fromage (Tyrothrix) sont tués en une minute par des températures de SO*" à 90**, tandis qu'il faut des températures de 105** à 120° pour tuer leurs spores.
Duclaux attire l'attention sur un fait qui est important pour la discussion des faits relatifs à l'action des hautes températures. D'après cet auteur, il n'y a pas de point critique de température, mais seulement une « zone de température » critique; en somme, c'est le temps pendant lequel doit agir la température pour tuer l'organisme, qui est important.
Il cite comme exemple une série de recherches de Ghristen sur les spores des bactéries du sol et du foin. Ces spores étaient soumises à l'action d'un courant de vapeur, et l'on mesurait le temps nécessaire pour les tuer à di liérentes températures. Voici les durées observées :
A 100° plus de 16 heures.