I. — Action physiologique des ondes électriques
La théorie électromagnétique de la lumière nous a ameixés à concevoir qu'en dehors des ondes de Féther qui correspondent aux différentes parties du spectre lumineux, il existe, de part et d'autre du spectre, des ondes d'une longueur plus grande ou plus petite. Hertz a découvert des méthodes qui permettent d'expérimenter sur des ondes de plusieurs centimètres de longueur avec autant de sûreté que nous le faisions déjà sur les ondes plus courtes qui affectent notre rétine. On pouvait se demander si ces ondes de Hertz exercent une action phy ^ siologique. J'ai fait, pour répondre à cette question, des expériences minutieuses sur les nerfs et les muscles de la grenouille. Les premiers résultats semblaient montrer que des ondes de 1 à 3 millimètres étaient capables d'exciter les nerfs. Mais une analyse plus exacte des phénomènes m'a conduit à conclure que le caractère oscillatoire des décharges qui produisent les ondes de Hertz n'a aucune influence sur les effets qu'on observe, et que ces derniers peuvent être obtenus tout aussi bien avec une décharge non oscillatoire (1). On a affaire, en réalité, à des phéno-
(1) LoEB, Pftugers Archiv, vol. LXVII, p, 488; vol. LXIX, p. 99, 1897.
mènes d'influence, du même genre que ceux dont il a été question dans la cinquième leçon. Les ondes de Hertz sont trop courtes pour agir à la façon du courant électrique, c'est-à-dire en modifiant la concentration des ions : d'après la loi de Nernst, il leur faudrait, pour agir de cette manière, atteindre une intensité énorme. En revanche, elles sont trop courtes pour avoir une action chimique de même nature que celle des ondes lumineuses, ou, en général, une action physiologique quelconque.
J'ai fait remarquer qu'on aurait pu prévoir ce résultat d'après la théorie électromagnétique de la lumière : en effet, cette théorie enseigne que l'action de chaque espèce d'ondes a pour condition la présence de résonateurs appropriés, dont la dimension est fonction de la longueur d'onde et doit croître avec elle. Etant donné que les éléments organiques dont les modifications déterminent l'excitation des nerfs sont d'un ordre de grandeur peu élevé (molécules où groupes de molécules), il est peu vraisemblable, à priori, que des ondes de la longueur des ondes de Hertz puissent agir sur eux. Toutes les expériences des physiciens confirment cette idée, et, si des physiologistes ou des médecins ont cru parfois constater des faits qui la contredisent, leur opinion me paraît devoir résulter d'une analyse insuffisante des conditions de leurs expériences.