INTENSITÉ DES RÉACTIONS HÉLIOTROPIQUES
Les réactions héliotropiques supposent chez Tanimal deux choses : 1® une structure symétrique; 2® la présence de substances donnant lieu à des réactions que la lumière accélère (ou ralentit).. En ce qui concerne la symétrie, nous nous limitons ici, pour plus de simplicité, aux organismes à structure dorso-ventrale, c'est-à-dire aux animaux qui possèdent une surface ventrale et une surface dorsale différentes Tune de l'autre, mais une moitié droite et une moitié gauche symétriques. C'est le cas de la plupart des animaux. En outre, nous admettons, — ce qui simplifie encore, — que le pôle oral ou les yeux importent seuls, ou à peu près, pour les réactions héliotropiques.
Dès lors, Torientation de la tête par rapport à la source lumineuse est obtenue de la manière suivante. Tant que les points symétriques des deux rétines reçoivent une lumière également intense, la vitesse des réactions est égale dans ces éléments symétriques, et la lumière ne tend à imposer aucun changement d'orientation. Si l'intensité de Téclairement n'est pas égale dans les éléments symétriques, certains processus s'y déroulent avec une vitesse inégale. Mais c'est seulement quand la différence entre la quantité des produits de ces réactions dans les éléments symétriques aura dépassé une certaine valeur qu'il pourra y avoir un changement dans l'orientation de la tête.
Or il y a évidemment des différences entre les animaux quant à l'action catalytique de la lumière. Chez certains, elle fait défaut, ou elle est si faible qu'ils ne présentent pas de réaction héliotropique en présence de la lumière diurne : il serait intéressant de chercher si on ne pourrait pas en obtenir une en augmentant très fortement l'intensité de la lumière. Nous considérons provisoirement ces animaux comme n' étant pas héliotropiques, — Le cas diamétralement opposé est celui d'animaux extrêmement sensibles à la lumière, tels que, par exemple, les chenilles de Porthesia Chrysorrhœa, quand elles viennent de se réveiller de leur sommeil hivernal et n'ont pas encore pris
de nourriture, ou les pucerons ailés, les nauplius de Balanes, etc. Chez ces animaux, Tinfluence photo-chimique de la lumière diurne est si grande, que si on les soumet à un éclairage unilatéral, il suffit d'un temps extrêmement court, — de une à quelques secondes, — pour élever la différence entre les masses des produits formés de part et d'autre au-dessus de la valeur qui constitue le seuil de la réaction.
Les animaux qui sont dans ce cas se meuvent presque en ligne droite suivant la direction des rayons luminçux (quand une seule source de lumière intervient). En effet, s'ils s'écartent tant soit peu de cette direction et qu'un de leurs côtés reçoive ainsi plus de lumière que l'autre, la différence entre les produits des réactions qui sont influencées par la lumière atteint, en une seconde ou même moins, la grandeur nécessaire pour déterminer un changement d'orientation de la tête. Ces animaux peuvent faire, sans doute, de légers mouvements de la tête vers la gauche ou vers la droite ; mais ils ne s'écarteront jamais longtemps de la direction des rayons lumineux, leur trajet ne pourra même pas former avec cette direction un angle un peu grand, parce qu'il suffit d'une brève inégalité d^éclairement pour provoquer un mouvement de la tête qui la supprime. Les chenilles de Porthesia, par exemple, peuvent exécuter les mouvements pendulaires de la tête ou du corps qui résultent de la structure de leur appareil locomoteur; mais à part cela elles se meuvent comme si elles étaient empalées par le rayon lumineux,
La justesse de cette conception peut être mise en évidence d'une façon très nette, en exposant ces animaux à une lumière très faible, ou en les observant derrière des écrans rouges. En effet, en diminuant graduellement l'intensité de la lumière, on peut arriver à une limite où son action catalytique est très faible. Si notre conception est juste, on doit s'attendre à ce que le mouvement des animaux no soit plus aussi rectiligne : c'est-à-dire qu'ils