MOYENS DE FAIRE VARIER L HELIOTROPISME
atteignent une profondeur à laquelle l'intensité de la lumière est suffisamment faible pour qu'ils redeviennent positivement héliotropiques : ils s'arrêtent donc à ce niveau, puis remontent à mesure que la lumière diminue. On comprend ainsi qu'ils se déplacent en sens inverse, le matin et le soir.
Chez les Gopépodes et les larves de Polygordius, la relation existant entre la température et le sens de l'héliotropisme entraîne les mêmes conséquences. Pendant le jour, l'élévation de la température à la surface de l'eau les rend négatifs et les oblige à descendre, jusqu'à ce qu'ils aient atteint des couches assez fraîches pour redevenir positifs. On doit remarquer que ces migrations quotidiennes ne s'étendent pas au delà d'une profondeur de iOO mètres environ, — profondeur à partir de laquelle la lumière ne pénètre plus avec une intensité suffisante pour produire des effets héliotropiques (1).
Notre but n'est pas, ici, de pousser dans le détail l'analyse du genre de vie et des réactions des animaux ; mais il me semble que les exemples que nous venons de citer permettent Je voir comment un seul et même fait, — à savoir l'existence de réactions héliotropiques, — se retrouve identique chez toutes sortes d'animaux et peut-être au nombre des conditions qui déterminent rigoureusement leur manière de vivre. Dans les cas où l'héliotropisme est
(1) Wolfgang Ostwald a montré, le premier, que la diminution du frottement interne qui résulte de Télévation de la température doit favoriser la descente des animaux pendant le jour, et j'admets que cette considération peut être d'une importance décisive, en ce qui concerne les organismes qui n'exécutent pas de mouvements actifs.
On a signalé que, dans les mers polaires, certaines méduses continuent à exécuter leurs changements de niveau quotidiens, même quand le soleil ne se couche pas. Il ne peut être question ici ni d'une variation du frottement interne, ni d'un effet de la lumière ou de la chaleur sur le sens de l'héliotropisme. Je pense qu'il s'agit plutôt ici d'états de sommeil périodiques, analogues à ceux qu'on observe chez les papillons et chez beaucoup de plantes.
250 ENERGIE RAYONNANTE ET IlEMOTHOPISME
très énergique, et dépasse de beaucoup en intensité toutes les autres formes de Texcitabilité, il peut arriver que le mode d'existence de l'animal soit, pendant un temps, fonction uniquement de la lumière. Quand les jeunes chenilles de Porthesia, au printemps, sont chassées de leur nid par l'élévation de la température, et qu'elles se trouvent ainsi au milieu des branches des arbustes, elles sont de véritables machines à héliotropisme positif. C'est à ce fait qu'elles doivent de se maintenir en vie. Car à cette saison, elles ne peuvent avoir d'autre nourriture que les jeunes feuilles qui poussent à l'extrémité des branches. Leur héliotropisme positif les oblige à ramper sur les branches jusqu'à leur extrême pointe et à y rester. Mais c'est là aussi qu'est leur nourriture. — On pourrait se demander si ce ne sont pas des substances odorantes contenues dans les bourgeons qui guident ainsi les chenilles ; mais l'expérience suivante réfute cette supposition. Je mets les chenilles, avant qu'elles aient pris aucune nourriture, dans un tube à essai placé perpendiculairement au plan de la fenêtre. Elles vont du côté de la fenêtre et y restent. J'introduis alors par l'extrémité opposée du tube un petit tas de bourgeons et de feuilles fraîches et je le pousse vers les chenilles jusqu'à une distance de 1 centimètre environ. Elles restent immobiles du côté de la fenêtre et y meurent de faim, alors que leur nourriture les touche presque. — Quand elles ont mangé leurs premiers bourgeons, leur héliotropisme s'atténue, et elles peuvent descendre pour retrouver de la nourriture sur d'autres branches. Ici donc, l'héliotropisme joue un rôle capital pour la conservation de la vie de Tanimal. Mais dans les cas où il est moins intense, en lui-même ou par rapport à d'autres formes de l'excitabilité, — par exemple, chez les papillons. — il n'a plus la môme signification, et peut même devenir une cause de mort. H y a même, comme je l'ai fait remarquer il y a quinze ans, des animaux positivement héliotropiques qui, dans les conditions de vie où ils se