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VIL — HÉLIOTROPISME ET SENSIBILITÉ DIFFÉRENTIELLE

Dans les réactions héliotropiques des animaux qui se meuvent librement, il y a deux phénomènes à distinguer: 1® les animaux s'orientent par rapport à la lumière; 2** ils se groupent du côté de la source lumineuse ou du côté opposé. De ces deux phénomènes, nous Tavons vu, c'est le premier qui est essentiel'^ le second n'est qu'une conséquence accessoire. Il est important de signaler, en outre, qu'on peut observer des groupements déterminés par la lumière chez des animaux qui ne sont que peu ou point héliotropiques, c'est-à-dire : qui ne sont que peu ou point orientés par la lumière, mais qui réagissent à la lumière d'une autre façon.

Il y a des animaux qui réagissent à des variations brusques de l'intensité de la lumière par un mouvement ou par un arrêt de leur mouvement. Si la méduse dont nous avons déjà parlé, Polyorchis, repose, immobile, sur le fond du vase, on provoquera des mouvements de natation toutes les fois qu'on diminuera brusquement l'intensité de la lumière. Cet effet est lié à la présence des taches pigmen-

(1) Râdl a soulevé la question suivante : comment se fait-il que les insectes positivement héliotropiques ne volent pas constamment vers le soleil ? — La réponse est, d'après moi, que la plupart des insectes héliotropiques possèdent, en même temps, une excitabilité chimique très prononcée, qui les ramène vers la terre. Mais s'il leur arrivait de s'élever à une certaine hauteur, l'abaissement de la température dans les régions élevées de l'atmosphère ne tarderait pas à éteindre leur excitabilité héliotropique. Il peut, enfin, y avoir intervention d'autres facteurs, encore inconnus.

taires ou, en tout cas, de certains organes compris dans la marge de l'ombrelle, car il ne se produit plus si on enlève cette région marginale, qui contient les taches pigmentaires. — On connaît depuis longtemps des réactions du même genre chez les Vers tubicoles.

Si on interpose la main entre un aquarium contenant des Serpula uncinata (Annélide tubicole) et la source lumineuse, les vers rentrent dans leurs tubes avec la vitesse d'une flèche. — Cette forme de sensibilité à la lumière, que j'ai appelée sensibilité différentielle {Unterschiedsempfindlichkeit)y semble être assez répandue (1). Chez beaucoup de vers, la diminution brusque de l'intensité lumineuse provoque seule ces réactions; l'augmentation brusque de l'intensité n'a pas d'effet du même genre.

Chez un grand nombre de formes, cette sensibilité différentielle se manifeste en ce qu'une augmentation brusque de l'intensité de la lumière les fait entrer en mouvement, tandis qu'une diminution brusque les arrrête ou les endort. Les animaux qui sont dans ce cas se rassemblent généralement aux endroits où l'intensité lumineuse est minimum (par rapport au reste du milieu). Ainsi les Planaires, si on couvre une moitié de leur aquarium avec des corps opaques, se rassemblent au-dessous. Le passage d'un endroit plus éclairé à un endroit moins éclairé agit, 3ur ces animaux, dans le sens d'un arrêt de leur mouvement ; ils doivent donc finir, au bout d'un temps suffisamment long, par se retrouver tous immobiles dans les régions les moins éclairées de leur milieu.

La sensibilité différentielle et l'héliotropisme peuvent se trouver réunis chez le même animal. Ainsi Serpula est à la fois héliotropique et sensible aux variations de l'éclairement.

Les endroits auxquels se rassemblent des animaux donnés sont caractéristiques du type auquel ils appartien-

(1) LcEB, P/ïugers Archiv, vol. LUI, p. 81, 1893.

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nent. Dans un vase transparent, éclairé latéralement, des animaux positivement héliotropiques se rassembleront du côté qui regarde la lumière, des animaux négativement héliotropiques du côté opposé, indépendamment de la répartition de l'intensité lumineuse à l'intérieur du vase.

FiG. 27. — Modes de groupement moDtrant la différence de l'héliotropisme et de la « sensibilité différentielle ». « a 6 c d : vase de verre cylindrique » ; W W : seclion transversale de la fenêtre.

Les animaux positivement héliotropiques se rassemblent en a, les animaux négativement héliotropiques en 6, les animaux doués de sensibilité différentielle en c et en d.

Au contraire, des animaux doués de sensibilité différentielle se grouperont aux endroits où l'intensité est minimum. Si on prend, par exemple, un vase de verre cylindrique, contenant des Planaires, et qu'on le mette auprès d'une fenêtre WW (fig. 27), les Planaires se rassembleront dans les régions c et d. Des larves de mouches, négativement héliotropiques, se réuniront en h ; des pucerons, positivement héliotropiques, en a.

Il est important de bien distinguer ces deux sortes de réactions. Si on appelle tropisme toute réaction qui aboutit à grouper des animaux dans Tespace, on risque de tomUer dans la confusion. Nous tenons à réserver le nom d e tropisme aux réactions qui dépendent de la structur symétrique (ou approximativement symétrique) des organismes et dont le trait essentiel est Vorientation des animaux par rapport à la lumière ; leur groupement d'un côté ou de l'autre du vase n'est qu'une conséquence accessoire, qui ne se produit pas chez les organismes fixés.

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