I. — Théorie générale des tropismes
L'interprétation de Phéliotropisme animal que j'avais déjà donnée dans mes travaux antérieurs et que je viens d'exposer ici dérive de la notion des lignes de force^ introduite en physique par Faraday. On peut se représenter l'espace dans lequel se déroule la vie des organismes comme traversé par des lignes de force de différentes natures, les unes persistant d'une façon permanente, les autres se reproduisant périodiquement ou à des intervalles irréguliers. Par suite de leur symétrie^ les animaux sont amenés à orienter leur corps d'une manière déterminée par rapport aux lignes de force issues d'une même origine : ils l'orientent de manière à ce que les points symétriques de sa surface soient atteints par ces lignes de force sous un angle égal : condition nécessaire pour que cette surface reçoive, de part et d'autre, un nombre égal de lignes de force par unité de surface. — Maintenant, d'où vient que les animaux prennent cette position ? De ce que les points symétriques de la surface du corps ont généralement la même strutîture morphologique et la même constitulion chimique. Si donc des forces égales agissent sur des points symétriques de cette surface, les contractions musculaires qu'elles provoquent restent symétriques
par rapport à Taxe ou au plan de symétrie de l'animal, et celui-ci n'est pas amené à changer Torientation de cet axe par rapport au champ de force. Mais si des points symétriques de la surface sont atteints par les lignes de force sous des angles inégaux, si, par conséquent, un élément de surface appartenant à l'un de ses deux côtés reçoit plus de lignes de forces que l'élément symétrique, les contractions provoquées par le premier seront plus fortes, et l'appareil moteur de Tanimal travaillera inégalement de part et d'autre du plan de symétrie. Le résultat sera un mouvement de rotation, aboutissant à une position telle que les éléments des deux côtés soient atteints par les lignes de force sous un angle égal.
Ce qui précède explique la position de l'axe ou du plan , de symétrie de l'animal par rapport à la direction des lignes de force, mais ne permet pas de dire si c'est le pôle oral ou le pôle aboral qui doit être tourné vers leur point d'origine. A cet égard, trois faits déterminent le sens de la réaction :
1® Les éléments ou les segments les plus voisins du pôle oral possèdent généralement une excitabilité ou une sensibilité plus grande. Chez les animaux, les organes céphaliques sont les plus sensibles : un même excitant libère une plus grande quantité d'énergie quand il agit près du pôle oral que lorsqu'il agit, par exemple, vers le milieu du corps. — Chez les plantes, l'extrémité de la tige possède une excitabilité contraire à celle des racines.
2^ Quand un mouvement des organes céphaliques d'un animal a été provoqué par certaines lignes de force, — la structure du système nerveux central est telle que les organes moteurs du reste du corps coopèrent à ce mouve- . ment, et cela de manière à maintenir le plan de symétrie du corps dans le prolongement de celui de la tête (1).
(1) Je renvoie, à ce sujet, à mon Introduction à la Physiologie cérébrale comparée, où j'ai discuté la question. — Loeb, Einleitung in die vergleichende Gehirnphysiologie und Psychologie. Leipzig, 1899.