THÉORIE GÉNÉRALE DES TROPISMES
3** Enfin, Taugmentation du nombre des lignes de force que reçoit un élément de surface du pôle oral peut renforcer ou affaiblir les contractions. Dans le premier cas, la tête, et, par suite, le corps tout entier se portent vers l'origine des lignes de force ; dans le second cas, ils s'en éloignent.
Si maintenant nous supposons que les lignes de force dont lions venons de parler sont des rayons lumineux, nous avons une théorie des phénomènes àhéliotropisme. Mais les rayons lumineux ne sont pas les seules lignes de force capables de déterminer une orientation des organismes. Si nous mettons certains animaux dans un bassin rempli d'eau et traversé par un courant électrique constant, nous constatons des réactions qui s'expliquent de même, en remplaçant la notion générale des lignes de force par la notion spéciale de courbes suivant lesquelles s'exerce l'action du courant : ce sont là des cas de galvanotro^ pisme. — Dans la vie des organismes, l'action du champ lumineux et celle du champ électrique ne sont que périodiques, ou même exceptionnelles ; au contraire, il est un champ de force auquel ils n'échappent jamais : c'est celui de la gravitation. Dans ce dernier cas, les lignes de force sont représentées par les verticales aux différents points du globe ; or, certains organismes sont amenés à s'orienter de telle sorte que leur axe de symétrie coïncide avec la direction de la verticale : c'est alors du géotropisme.
Les trois champs de force dont nous venons de parler ont cela de commun que les lignes de force, dans les conditions ordinaires des expériences, y sont nettement marquées. Il n'en est pas de même d'un autre champ de force qui peut causer aussi des phénomènes tropiques : celui qui résulte de la diffusion d'une substance chimique. On peut, cependant, considérer que des particules diffusant à partir d'un point, dans l'air ou dans l'eau, suivent certaines « lignes de diffusion ». Or, si un animal est atteint latéralement par les « lignes de diffusion » d'une substance
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capable de modifier les réactions de ses cellules, ses contractions musculaires cessent d'être égales des deux côtés, et il tourne sur- lui-même jusqu'à ce que les éléments symétriques de sa surface soient atteints par ces lignes sous un angle égal. Mais les courants qui existent géné-« ralement dans Tair et dans Teau dérangent tellement les « lignes de diffusion » que le ehimiotropisme auquel elles donnent lieu n'a rien de la précision qui caractérise les réactions héliotropiques, géotropiques et galvanotropiques (1).
Plusieurs auteurs ont soutenu que, d'après cette théorie, des animaux dont les deux côtés ne seraient pas absolument symétriqifes ne devraient pas présenter de tropismes. Mais c'est là une querelle de mots. Les rapports de symétrie sont ici avant tout Vexpression d'une constitution chimique semblable. Or, dans tous les processus chimiques, le temps joue un rôle. Par conséquent, un faible degré d'asymétrie ne peut engendrer qu'une faible différence dans la vitesse des réactions et, à la rigueur, changer la trajectoire rectiligne de l'animal en une spirale très allongée : circonstance bien accessoire, par rapport à l'ensemble de la théorie.
On constate chez certains animaux une tendance à maintenir leur corps en contact avec des corps solides, et chez d'autres la tendance contraire. J'ai donné à cette réaction le nom de stéréotropisme. Mais il est probable, comme nous le verrons, que cette réaction rentre plutôt dans le domaine des faits de « sensibilité différentielle » que dans celui des tropismes : ce qui s'accorde bien, d'ailleurs, avec l'impossibilité ji'indiquer quelles seraient les lignes de force qui produiraient, dans ce dernier cas, une orientation de l'animal. Nous garderons, pourtant, l'expression de stéréotropisme pour désigner ces faits.
(1) Cette théorie des tropismes, fondée sur la notion de ligne de force, était déjà entrevue dans mon premier travail sur Théliotropisme ; elle est exposée sous sa forme générale dans VArchiv de P/îuger, vol. LXVI, p. 439, 1897.
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Dans les phénomènes désignés sous le nom de thermotropisme, il n'y a pas, non plus, d'orientation de Tanimal sous Taction de lignes de force.
Nous allons maintenant examiner d'un peu plus près les tropismes dont nous venons de parler et leur signification biologique.