CHIMIOTROPISME ET SENSIBILITE DIFFÉRENTIELLE
pas orienté par les lignes de diffusion avec autant de précision qu'il l'est par le rayon lumineux ou par le courant électrique. En conséquence, il est difficile, dans la plupart des cas, de dire si Ton a affaire à un chimiotropisme véritable, c'est-à-dire à un mouvement résultant d'une orientation commune des animaux, ou à une forme de « sensibilité différentielle ». Nous verrons pourtant que, dans beaucoup de cas, on peut montrer que c'est de ce dernier phénomène qu'il s'agit réellement .
A ma connaissance, Engelmann (1) a été le premier à attirer l'attention sur Tordre de faits dont nous parlons. Il a montré que certaines bactéries et certains infusoires se rassemblent autour des sources d'oxygène. — Mais le premier qui ait rapproché ces phénomènes de ceux de l'héliotropîsme et du géotropisme a été Pfeffer : dans son travail classique sur les t< changements de direction dans la locomotion provoqués par des excitants chimiques (2) » il a montré que les anthérozoïdes des fougères, des mousses, etc., se dirigent vers les points à partir desquels diffusent certaines substances. Pfeffer signale comme agissant ainsi : pour les anthérozoïdes des fougères, l'acide malique et ses sels ; pour ceux des mousses, les solutions de sucre de canne. L'importance de ce3 faits au point de vue biologique résulte de la constatation suivante : Tacide malique est très répandu dans le règne végétal, et sa présence dans les archégones contribue probablement à amener les anthérozoïdes jusqu'à l'œuf. En effet, les archégones près d'être fécondes laissent échapper au dehors une partie de leur contenu, par suite delà rupture de leur sommet (3).
(1) Engelmann, Pfîugers Archiv, vol. XXV, p. 285, 1881 ; vol. XXVI, p. 537, 1881 ; vol. XXIX, p. 387, 1882.
(2) Pfeffer, Uniersuchangen aus deni botanischen Institut zu Tiibingen^ vol. I, p. 363, 1881-1885.
(3) Les expériences de Pfeffer ont été reprises récemment par Shibataj Ber. der deutschen botan. Gesellschaft, vol. XXII, p. 478, 1904 ; The Boianical magazine^ vol. XIX, p. 219, 1905.
282 TROPISMES ET PHÉNOMÈNES QUI s'Y RATTACHENT
La publication du travail de Pfeffer fit penser à beaucoup de biologistes que la fécondation de l'œuf des animaux pouvait bien être assurée également par un chimiotropisme des spermatozoïdes. On eut Tidée que peut-être Tovule de chaque espèce sécrétait une substance spéciale, vis-àvis de laquelle le spermatozoïde de la même espèce aurait été positivement chimiotropique. Mais toutes les expériences qui ont été faites dans ce sens par J. Dewitz^ Bul- 1er, etc., n'ont donné que des résultats négatifs. Il en est de même de celles qui ont été faites dans mon laboratoire.
Nous sommes donc obligés de nous en tenir provisoirement à l'idée que la rencontre de l'ovule et du spermatozoïde dans les organes femelles ou dans le milieu extérieur est le résultat de circonstances fortuites. Les spermatozoïdes étant, en règle générale, beaucoup plus nombreux que les ovules mûrs, il suffit, pour que la fécondation se produise, que les uns et les autres soient réunis dans un petit espace, condition qui est généralement réalisée, du moment que réjaculation du mâle a lieu au contact immédiat ou à peu de distance du corps delà femelle.
La méthode de Pfeffer consiste à introduire une solution du liquide dont on veut étudier le pouvoir chimiotropique dans un tube capillaire dont Tune des extrémités a été fermée à la lampe, et à plonger l'extrémité ouverte du tube dans l'eau qui contient les anthérozoïdes. « Pourvu que le liquide introduit dans le tube capillaire contienne seulement 0,01 p. 100 d'acide malique, les anthérozoïdes se dirigent très vite vers l'extrémité du tube capillaire, c'està-dire vers le point à partir duquel l'acide diffuse dans l'eau ; en même temps, de nombreux anthérozoïdes pénètrent dans le tube, comme sous l'influence d'une force d'attraction, et, au bout de 5 ou 10 minutes, des centaines d'anthérozoïdes peuvent être amassées dans le tube... L'acide malique et ses sels ont la même action, et ce qui prouve le caractère spécifique de cette action, c'est que pas un seul anthérozoïde n'aura pénétré dans un tube contenant de l'eau