GHIMIOTROPISME ET SENSIBILITÉ DIFFÉRENTIELLE
OU une solution d'autres substances. » — Cette méthode de Pfeffer a été employée par Massart et Bordet dans un travail intéressant sur les leucocytes, travail dont le résultat a peut-être une signification pathologique importante (1). On savait depuis longtemps que dans les inflammations des tissus le nombre des leucocytes augmente, et on admettait généralement qu'une partie au moins des leucocytes qu'on trouve dans le foyer d'inflammation y pénètrent en sortant des capillaires. Qu'est-ce qui détermine les leucocytes à émigrer des capillaires vers le foyer d'inflammation ? Pour répondre à cette question, Massart et Bordet prennent des tubes capillaires en verre, ouverts à une de leurs extrémités et dans lesquels ils introduisent des cultures de difl'érentes bactéries (en particulier de Staphylococcus pyogeneus aureus). Ces tubes sont placés dans la cavité abdominale d'une grenouille. Au bout de 24 heures, on trouve des leucocytes en grande quantité dans les tubes. Si on a introduit le même liquide de culture, mais sans bactéries, il ne contient pas de leucocytes. 11 semble résulter de là que les produits de désassimilation des bactéries ou des cellules en voie de destruction influencent les mouvements de progression des leucocytes et les amènent à se déplacer vers le foyer d'inflammation.
Pour donner au lecteur une idée des phénomènes du même genre chez les Infusoires, je citerai quelques points d'un travail de E. W. Garrey (2). Dans un petit vase, de section carrée, se trouvent des infusoires, dans l'espèce, des Chilomonas, On introduit, d'un côté, un petit tube capillaire contenant une solution de la substance dont on veut étudier l'action. Au commencement de l'expérience, les infusoires sont répartis également sur toute la surface. Si la substance contenue dans le tube est de l'acide chlo-
(1) Massart et Bordrt, Soc. Roy. Sci. méd. et nat. Bruxelles, 18U0.
(2) E. W. Garrey Am. Journal of PhysioL, vol. III, p. 291, 1900.
rhydrique très dilué, il se forme bientôt, autour de son ouverture, un demi-cercle clair, où il n'y a plus d'infusoires. Ceux-ci s'éloignent de l'acide chlorhydrique et se pressent en rangs serrés à la périphérie de ce demi-cercle. L'espace clair s'élargit toujours, à mesure que l'acide chlorhydrique diffuse, — jusqu'à ce que, la concentration en acide chlorhydrique étant devenue égale dans tout le vase, on voie reparaître la même répartition uniforme qu'au début de l'expérience.
Il ne s'agit donc pas, ici, d'un chimiotropisme négatif, mais d'un phénomène de « sensibilité différentielle », analogue à ceux que j'ai décrits au sujet de la lumière. Les infusoires, quand ils arrivent à la limite qui sépare l'eau pure de Teau déjà acidulée, font un mouvement de recul; il se constitue ainsi, à la limite de la diffusion de l'acide, une sorte de piège où ils s'accumulent. — Jennings a observé ce mouvement de recul sur un grand nombre d'infusoires. Après avoir reculé, ils changent la direction de leurs mouvements de progression, évitant ainsi de retomber dans l'acide (1). Pour désigner cette réaction, fréquente chez les infusoires, par un nom qui ne préjuge rien, Jennings l'appelle « réaction motrice» (2).
Garrey a constaté ainsi que tous lea acides inorganiques provoquent cette réaction, chez Ghilomonas, à une concentration très faible : 1/1500 normal environ. Les alcalis doivent avoir une concentration plus élevée : 1/500 normal. Les sels n'agissent qu'à des concentrations beaucoup plus
N fortes. Pour NaCl et LiClla concentration minimum est —
N environ; pour KGl, -tt: environ. MgGl^, GaGI^, SrGl^ et ou
N N BaGlg agissent à une concentration moindre : de yrr-r à — tt; .
(1) Jennings, Am. Journ. of PhysioL, vol. II, p. 374, 1899.
(2) Je crois que ce phénomène est h rapprocher des mouvemeots circulaires des spermatozoïdes observés par Dewitz (V. p. 286).