CHIMIOTROPISME ET SENSIBILITÉ DIFFÉRENTIELLE
Les iodures sont plus actifs que les bromures, et ceux-ci le sont plus que les chlorures. Les solutions de sels de mé^ taux lourds sont encore beaucoup plus actives. ZnS04, ZnClg, CUSO4, A gNOs agissent à partir d'une concentration de 1/1000 ou 1/2000 N. On peut donc dire, en gros, que l'activité de tous ces corps est proportionnelle à leur toxicité. Mais je ne voudrais pas affirmer qu'un rapport de ce genre puisse être retrouvé partout.
Tous ceux qui s'occupent des insectes ont pu constater combien est grande l'influence des conditions chimiques sur la direction des mouvements et sur la distribution de ces animaux dans l'espace. Dans un très grand nombre de cas, le choix de Tendroit où sont déposés les œufs, la rencontre du mâle et de la femelle, — à un moindre degré, la découverte de la nourriture, — sont fonction de Taction de certaines substances chimiques. — J'ai fait, il y a longtemps, des observations à ce sujet, qui ont dû être faites avant moi par beaucoup de spécialistes, mais que je n'ai vu décrites nulle part. Je mets une femelle de papillon dans une petite boîte de bois, que je suspends par une ficelle au milieu d'une chambre. La fenêtre est ouverte. Au commencement de Texpérience, il n'y avait aux alentours de la maison (située à découvert, dans un faubourg), aucun papillon de même espèce. En une demi-heure, trois papillons mâles de la même espèce passent devant la maison, s'arrêtent sur la fenêtre, volent dans la chambre, et se posent sur la boite, en essayant de pénétrer par ses fentes. Il ne peut s'agir ici que de l'action d'une substance émanant du papillon femelle.
En ce qui concerne l'endroit où sont déposés les œufs, nous rappellerons l'exemple de la mouche, qui dépose ses œufs sur de la viande, dont les larves feront leur nourriture (1). J'ai souvent placé, sur une fenêtre ouverte, des
(1) LoEB, Einleitung in die vergleichende Gehirnphysiologie und Psychologie, Leipzig, 1899.
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morceaux de graisse et des morceaux de viande provenant du même animal, pour voir si des mouches ne viendraient pas, par erreur, déposer leurs œufs sur la graisse, où je m'étais assuré que les larves ne peuvent se développer. Jamais la confusion n'a été faite. Nous pouvons donc dire que la mouche femelle est conduite vers la viande par des substances volatiles, — probablement azotées, -— qui en émanent, et que c'est sans doute l'action de ces substances qui, jointe à d'autres conditions, détermine ensuite la ponte des œufs.
Une partie des phénomènes que nous venons d'énumérer rentrent assurément dans la catégorie des faits de « sensibilité différentielle », et, pour les autres, il est au moins douteux que nous ayons affaire à un tropisme véritable, c'est-à-dire à une réaction d'orientation, tendant à ce que les éléments symétriques du corps soient atteints sous un angle égal par certaines lignes de force.