I. — La fécondation sexuelle
Le physicien a, sur le biologiste, l'avantage d'avoir affaire à des phénomènes dont tous les éléments sont fournis par un petit nombre de formes d'énergie. Dans le domaine des phénomènes biologiques, au contraire, tout dépend de machines dont la seule existence n'a été connue, bien souvent, qu'après un travail préliminaire de plusieurs siècles. La question de la fécondation en est un exemple. Savoir que le développement de tous les animaux a pour point de départ un ovule, issu de la femelle, et que l'union de cet ovule avec un spermatozoïde, fourni parle mâle, est nécessaire — sauf certaines exceptions — pour que le développement se produise, ce n'est pas encore avoir pénétré bien avant dans la connaissance du phénomène de la reproduction. Et cependant l'existence même de l'ovule des mammifères n'a été établie qu'en 1827, par Von Baer, et la nécessité générale de l'union du spermatozoïde et de l'ovule n'a été reconnue qu'encore plus tard.
De Graaf, qui avait découvert, en 1672, le follicule ovarien des mammifères, croyait qu'une substance volatile [aura seminalis) émanait du sperme du mâle et déterminait le développement du follicule en un embryon. Leeuwenhœk, qui découvrit, en 1677, l'existence des" spermatozoïdes, croyait qu'ils représentaient, à eux seuls, le
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futur embryou. Spallanzani montra que Tœuf des grenouilles ne se développe que s'il est mis en contact avec le sperme. Mais c'est le chimiste Dumas qui, avec Prévost, a démontre, en 1824, que les spermatozoïdes étaient bien la partie essentielle du sperme. — Remarquons que c'est là un fait fréquent dans l'histoire de la biologie : lorsqu'on cherche quelles ont été les expériences vraiment décisives, on rencontre, bien souvent, le nom d'un physicien ou d'un chimiste illustre (1).
Ce n'est qu'en 1843 que Barry observa effectivement la pénétration du spermatozoïde dans l'ovule, — observation qui a été confirmée par Meissner, Newport, Bisehoff et par tant de biologistes plus récents, qu'on peut considérer aujourd'hui comme démontré ce fait fondamental : — sauf chez les formes parthénogénétiques (dont nous reparlerons) — le développement des animaux a pour point de départ un ovule dans lequel un spermatozoïde a pénétré.
Autant que nous pouvons nous en rendre compte actuellement, la pénétration du spermatozoïde dans l'ovule produit deux sortes d'effets : — d'une part, il amène la substance de l'ovule à se transformer en un embryon : c'est ce que nous appellerons Yadion développante du spermatozoïde ; — d'autre part, il agit de telle sorte que l'animal qui se forme présente des caractères qui lui viennent du côté paternel, mêlés à ceux qui lui viennent du côté maternel : c'est ce que nous appellerons Vejfel d'hérédité. Nous examinerons séparément ces deux ordres de phénomènes.
Tout d'abord, l'action développante est-elle un effet
(1) Peut-être cela tient-il à ce que les professeurs en titre d'une spécialité sont généralement attachés à une certaine orthodoxie el ont peur des nouveautés qui, en leur donnant ligure de révolutionnaires, nuiraient à leur considération dans le milieu où règne la même orthodoxie.