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LA TRACTION MÉCANIQUE OBSTÉTRICALE

Ayant consacré un ouvrage spécial à l’étude de la traction mécanique obstétricale (t), je me propose de ne traiter ici de cet objet qu’avec une grande sobriété.

On sait que l’honneur d’avoir le premier appliqué l’em-

(• j Essai pratique sur la traction mécanique appliquée à l'obstétrique. Broch. in-8. Prix franco, 3 francs. Aux bureaux de la Revue de tliérap., 10, rue des Su- Pères. Paris.

ploi des machines à l’obstétrique humaine appartient au Dr Chassagny, de Lyon. Ce fut le 16 février 1861 que cet ingénieux confrère démontra son appareil en séance académique. Joulin ne fut en demeure de présenter son aideforceps qu’au mois de février 1862. Nonobstant d’assez âpres protestations de l’accoucheur de Paris, la question de priorité se trouve ainsi tranchée sans conteste en faveur du praticien lyonnais.

Je dois le dire de suite. L’accueil, si peu favorable, fait en haut lieu à la nouvelle méthode, trouve une explication plausible dans les défauts flagrants de construction des instruments primitifs. Les inconvénients de l’aide-forceps ont dû paraître bien grands à son inventeur, puisque, dans un laps de temps de sept années, il n’en a fait usage que deux fois ; encore a-t-il dû enregistrer deux revers !

Rendons, toutefois, un juste tribut d’éloges à notre regretté confrère. Si, au point de vue pratique, son instrument brille surtout par ses défauts, il a su, du moins, en tirer un parti des plus avantageux pour ce qui est de l’expérimentation sur le cadavre et sur le mannequin. Le Mémoire sur l'emploi de la force en obstétrique, un des plus beaux fleurons scientifiques de Joulin, a puissamment contribué aux progrès d’une méthode arrivée aujourd’hui à un haut degré de perfection.

Moins vicieusement construit que celui de Joulin, l’appareil de Chassagny présentait encore de grands défauts. Le point d’appui, sur les genoux, avait pour double inconvénient de n’avoir aucune stabilité, et de relever beaucoup trop la direction de la ligne de traction.

Le plus grand tort de la nouvelle méthode, c’est de s’être appuyée sur des instruments conçus sur des bases défectueuses. En présence de quelques faits malheureux qu’on a cru devoir lui attribuer, elle n’a pas tardé à soulever, du haut des rangs de l’orthodoxie officielle, un toile général.

Cette façon de faire, assurément, n’était ni équitable, ni scientifique. Au lieu de condamner systématiquement un mode de faire non consacré par l’usage, il eût été plus convenable d’approfondir la question, de bien apprécier les qua-

lités et les défauts des instruments mis en usage pour la pratique de la traction mécanique, afin de leur apporter les perfectionnements nécessaires. Au lieu de procéder de là sorte, on a jugé préférable de fulminer contre ces appareils le quos ego scolastique ! C’est pour de telles raisons que, dans les sphères enseignantes, après dix-sept ans de persévérants efforts, les promoteurs de la traction mécanique n’ont pu encore lui faire gagner un seul pouce de terrain. Quelle que soit la valeur d’une découverte, si elle n’est pas patronée en haut lieu, elle a bien peu de chance d’être bien accueillie par le corps médical, trop habitué à ne jurer que per verba magistri.

Cependant, d’importants perfectionnements ont été apportés aux défectueux engins primitifs. Aujourd’hui, les machines permettent d’effectuer la traction mécanique de la façon la plus irréprochable. Comment donc expliquer l’injustifiable ostracisme qui pèse encore sur une méthode qui, on ne saurait en disconvenir, sans parti pris, constitue un des plus grands progrès accomplis à notre époque dans l’art obstétrical ?

Je n’essayerai pas de répondre à ces questions Je me contenterai de réfuter les principales objections qui ont été adressées à la traction mécanique. Je ferai ensuite ressortir les avantages qui résultent de son emploi.

Un des principaux griefs imputés à la méthode a été tiré de la statis'ique.

Le professeur Tarnier {Nouveau dict. de mèd. et de ihir. prat., 1872) relève les résultats de la traction mécanique, à la suite de 37 accouchements. Il enregistre la mort de huit mères et de vingt-quatre enfants. Trente-deux existences sacrifiées s'ur soixante-quatorze ! Certes, ces résultats sont peu satisfaisants. Mais encore convient-il de distinguer les cas malheureux (assurément de beaucoup en plus grand nombre) en dehors de toute action instrumentale, ce que n’a pas essayé de faire l’éminent professeur.

Ce n’est pas tout. Il n’est pas un seul des instruments utilisés dans ces expériences dont la construction ne soit plus ou moins défectueuse (appareil primitif de Ghassagny,

aide-forceps de Joulin, moufles de Tarnier). Est-il juste de mettre sur le compte de la méthode des malheurs qui, à tout prendre, ne sauraient être attribués qu'à l’emploi d’instruments encore à une période embryonnaire ? Pour ces raisons, les arguments tirés d’une telle statistique, encore une fois, sont dénués de toute valeur.

On a accusé les machines de ne pas permettre d’opérer les tractions dans le sens des axes. Assurément, pour ce qui concerne l’emploi des appareils primitifs, cette objection est parfaitement fondée. L’aide -forceps écrasait la tête contre l’arcade pubienne. L’appareil de Chassagny relevait très-sensiblement le sens de la ligne de traction. La direction vicieuse de la force attractive, bien que compensée par diverses conditions avantageuses, ne permettait pas d’appliquer convenablement les principes de mécanique obstétricale, objectif constant de l’homme de l’art. L’action des moufles était plus défectueuse encore. Aussi l’auteur n’en a-t-il pas longtemps continué l’emploi.

Par suite du perfectionnement des machines, cette imputation n’a plus sa raison. On peut, aujourd’hui, tirer aussi bas que le comporte la limite antérieure du plancher périnéal. Ainsi tombe la seule objection sérieuse imputable à l’emploi des appareils à traction.

On a accusé les machines de déterminer la diduction des symphyses, la fracture des os du bassin, la paralysie traumatique des membres inférieurs, sans parler des lésions de la boîte crânienne et des dégâts produits du côté des parties molles.

Il suffit d’un peu de réflexion pour se convaincre de l’inanité de ces chefs d’accusation.

L’emploi des machines bien conçues, associées à la traction concentrique, permet de réduire à son minimum la puissance de la force attractive. D’après les expériences de Joulin (i), cette puissance est presque moitié moindre que celle que nécessite l’extraction manuelle. J’ai vu plusieurs fois moi-même, par son moyen, terminer heureusement, (*)

(*) Voir son mémoire sur l 'emploi de la force en obstétrique.

avec50kilogr., une délivrance qui n’avait pu être effectuée, moyennant une dépense de force musculaire de 100 à 120 kilogr.

Deux conditions, en effet, concourent à réaliser cet heureux résultat. D’une part, la force mécanique agit graduellement, sans secousse et d’une façon soutenue. D’autre part, les portions extra-vulvaires de l'agent de préhension, complètement abandonnées à elles-mêmes, ne contrarient en rien l’évolution intra-pelvienne de la tête qui, mécaniquement sollicitée, tend d’elle-même à accommoder ses diamètres les plus favorables avec ceux de la filière maternelle.

Loin donc de constituer, ainsi que certains le répètent encore à plaisir, une méthode de force et de violence, la traction obstétricale est, au contraire, un mode de douceur par excellence.

Les avantages de la traction mécanique se déduisent naturellement des considérations qui précèdent. Ces avantages ont trait : à l’enfant, à la mère, à l’accoucheur.

L 'enfant trouve de réels avantages dans l’emploi dè ce mode d’extraction. La tête, une fois saisie, ne supporte aucune compression venant du fait même de l’agent de préhension. Libre de chercher elle-même sa voie, elle n’est pas exposée à subir un traumatisme dangereux, résultant de manœuvres plus ou moins savantes, mais aussi plus ou moins heureuses de l’accoucheur.

Ce dernier, l’œil sur le dynamomètre, sait qu’au delà de 50 kilogr., la force mécanique peut donner lieu à des accidents. N’ayant à se livrer à aucun effort musculaire, il est toujours parfaitement maître de régir la force mécanique qu’il déploie.

La mère trouve, dans ces conditions mêmes, toute la somme de garanties désirables. Plus de lutte entre la puissance et la résistance. Plus d’aides nombreux utilisés à maintenir, par la violence, la patiente sur cet autre lit de Procuste. L’instrument se suffit à lui-même. Tenant très bien en place, quelle que soit la direction qui lui soit assignée, il représente, à la fois, la puissance et la résistance.

L’entraînement de l’instrument, soit avec la tête, soit à

vide, étant le résultat de la force mécanique, ne s'opère que lentement et par la seule volonté de l’opérateur. Aucun échappement violent de l’agent de préhension n’est donc à craindre. Qu’il y a loin, dans cette action graduelle, méthodique, inoffensive, des affreux délabrements, fruits trop fréquents d’une traction manuelle malheureuse ! Or, qui saurait répondre d’être toujours sûr de soi ?

L'accoucheur lui-même trouve de non moins grands avantages dans l’emploi des machines. Sa tâche est allégée pour un double motif. Sollicité mécaniquement , l’organe est d’un entraînement plus prompt et plus facile. Cette extraction n’est, pour l’opérateur, la source d’aucune fatigue. Commodément installé sur une chaise, en regard des organes maternels, son rôle se borne à imprimer, avec trois doigts, une impulsion graduelle à la vis de traction, en même temps que de l’œil et, de temps en temps, du doigt, il surveille l’index du dynamomètre, les portions extravulvaires du forceps, les effets, enfin, de la force employée pour l’entraînement de la tête.

Je dois me borner, pour l’instant, à ces considérations générales sur la traction mécanique. Elles trouveront un complément naturel dans la partie pratique de cet ouvrage.

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