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LE BALLON HYDROSTATIQUE DE L’AUTEUR

Un des plus grands mérites de ce dilatateur, c’est son extrême simplicité. Chacun peut aisément se procurer les éléments nécessaires pour le construiie de ses propres mains. Ces éléments sont constitués par un simple ballon — de ces ballons rouges ou bleus, qui font la joie des enfants — et par un tube, également de caoutchouc, d’une vingtaine de centimètres de longueur.

A défaut de tube, la première sonde en gomme élastique, ou mieux en caoutchouc vulcanisé, peut être utilisée.

C’est par l’association du tube et du ballon que se trouve constitué l'instrument.

Cette association s’effectue de la façon suivante :

Si le tube n’offre pas à son point d’insertion une certaine résistance, il est nécessaire de la lui assurer à l’aide d’un petit artifice. On se procure un cylindre creux et à parois solides, d’un diamètre un peu inférieur à celui de la lumière du tube de caoutchouc et d’une longueur de 0,02 à 0,025. Un petit tube en fer, une feuille de plomb, de fer battu, faute de mieux, la première plume d’oie, conviennent très-bien pour un tel objet.

On introduit ce petit cylindre dans l’une des extrémités du tube, puis on engage ce dernier, ainsi consolidé, dans le collet de l’ampoule. Pour fixer solidement les deux parties l’une sur l’autre, il suffit de jeter sur ce même collet quelques tours de fil.

Le gonflement de l’ampoule s’effectue avec de l’eau, que l’on injecte au travers de l’orifice resté libre du tube en caoutchouc, en utilisant une seringue quelconque.

Le ballon une fois gonflé, il y a deux façons d’empêcher la sortie du liquide.

Le premier mode, le plus simple, consiste à doubler la partie extrême du tube, et à l’arrêter par un lien (ficelle, cordonnet) à bouclette unique. En tirant sur le chef libre, on enlève le dit lien, sans aucun tâtonnement et en un seul temps.

Le second moyen d’occlusion consiste dans l’emploi du

vulgaire fausset, qu'on engage à fort dans la lumière du tube. Si l’on craint d égarer cette petite pièce de bois, on peut la fixer à demeure sur ce dernier, non loin de son extrémité, au moyen d’un cordonnet.

On voit que, comme simplicité, ce petit engin ne laisse rien à désirer.

On trouve presque en tous lieux des ballons d’enfants. A défaut de tube en caoutchouc, chacun possède au moins une sonde en gomme élastique. Le petit cylindre de renforcement peut aisément être partout préparé. Alors que les dilatateurs les plus répandus ont une valeur de 12 à 15 fr., le mien peut être préparé de toutes pièces pour quelques centimes. Si, après un long usage, l’ampoule vient à se déchirer, on peut la remplacer séance tenante, car il est bon d’en tenir toujours quelques-unes dans sa trousse obstétricale.

Il me semble bon de donner quelques conseils pour le choix des ampoules de caoutchouc.

Il ne faut pas les choisir trop amples. Le dilatateur n’a d’action sur le col qu’à la condition d’être complètement gonflé. Si son volume dépasse la capacité du vagin, les proportions de l’injection seront insuffisantes pour opérer la distension uniforme de ses parois. Dans ces conditions, la première contraction déplace le liquide en le comprimant, et détermine, par là, l’expulsion de l’ampoule. Celle-ci, pour être dans de bonnes conditions, doit présenter, vide et aplatie, un diamètre en tous sens de six centimètres environ.

Il faut, en outre, choisir un caoutchouc d’une certaine résistance. Trop mince, il devient susceptible de se déchirer aisément (l).

Avant d’appliquer l’instrument, il est bon, pour en prévenir l’éclatement, de chauffer un peu le caoutchouc, en le tenant quelques instants soit dans les mains, soit dans la poche du pantalon. (*)

(*) Ce petit instrument, parfaitement établi, avec robinet obturateur , se trouve chez M. Tricot, 39, rue des Sts-Pères, à Paris. Le prix en est de 3 fr. (franco), avec un balion de rechange.

On me demandera la raison pour laquelle je préfère l’eau à l’air, pour le gonflement de mon ampoule? J’ai deux motifs pour un, en faisant un tel choix. Le premier, c’est que l’appareil conserve beaucoup plus aisément un liquide qu’un gaz. Le second, c’est que l’eau froide, que j'utilise de préférence, est douée d’une action excitante bien supérieure à celle de l’air.

Comment procéder à la pose de l’appareil ?

De la façon la plus simple.

L’ampoule de caoutchouc est enduite d’huile, opération qui se fait le plus convenablement dans une soucoupe. Ainsi lubrifiée, on l’introduit très-aisément avec le doigt au sein de la cavité vaginale. On ne prend nul souci du col. Les parois du ballon une fois gonflé sauront bien arriver jusqu’à lui et pénétrer dans tous les interstices.

L’ampoule une fois en place, on n’a plus qu’à la gonfler, en injectant l’eau jusqu’au moment où la malade accuse une sensation de plénitude désagréable ou douloureuse.

Les proportions du liquide à injecter n’ont rien d’absolu. Elles sont en rapportavec l’amplitude de l’ampoule cervicovaginale et la susceptibilité des sujets. En règle générale, elles varient de un à deux verres. Il m’est plus d’une fois arrivé, cependant, d’aller jusqu’à un litre.

L’enlèvement du ballon se fait avec autant de facilité que son placement.

On met un vase quelconque entre les jambes de la malade, on enlève soit la ligature du tube, soit le fausset, et le liquide injecté, sollicité par la contraction des organes qui pressent sur l’ampoule, s’écoule en arcade. Le ballon une fois dégonflé, on n’a plus, pour l’extraire, qu’à tirer légèrement sur la partie supérieure du tube.

Ce mode d’excitation présente sur tous les autres de grands avantages. Sa mise en place n’occasionne à la femme aucune douleur, ne comporte l’emploi d’aucun instrument spécial. L’appareil pouvant être enlevé et replacé avec la plus grande facilité, l'accoucheur peut, sans le moindre inconvénient, s’assurer, aussi souvent qu’il le désire, de l’état, du col et des progrès de la dilatation.

Quelle influence exerce le dilatateur sur la marche du travail ?

Dix ou quinze minutes après son application, l’ampoule hydrostatique détermine des douleurs. Ces douleurs se reproduisent avec assez de régularité, à une portée de 3 à 5 minutes. Lorsque le travail est mûr, les contractions deviennent fructueuses et après un intervalle qui varie de 2 à 5 heures, il devient possible de terminer artificiellement le travail, si la nature, ainsi stimulée, n’a pu se suffire, pour mener à bien son œuvre.

Cependant, je dois le dire, on n’est pas toujours aussi heureux. Lorsque les organes sont mal disposés, cette stimulation demeure insuffisante, et au bout de quelques heures, il est aisé de s’apercevoir que l’ampoule hydrostatique a épuisé son action. En règle générale, lorsque le col a atteint une dilatation de 0,04 environ, il faut peu compter sur son efficacité. Quand il y a lieu de précipiter la marche du travail, il convient alors de recourir à d’autres modes d’excitation.

Un tel fait, d’ailleurs, est notoirement connu. L’utérus est le plus capricieux de tous les organes. Chez certaines femmes, la moindre excitation suffit pour provoquer le travail. Chez d’autres, au contraire, on épuise en pure perte l’action des stimulants les plus puissants.

Lorsque l’on a la mauvaise chance de tomber sur des cas de cette nature, on ne saurait donc faire plus de fond sur le ballon hydrostatique que sur la laminaire, l’éponge et les divers dilatateurs intra-cervicaux, tous agents d’excitation qui, trop souvent, se montrent impuissants entre les mains les plus habiles.

Je crois inutile d’entrer dans de plus longs détails sur ce sujet, dont j’ai assez longuement traité ailleurs (t). Pour donner à ce qui précède la sanction de la pratique, je vais faire passer sous les yeux de mes lecteurs la relation aussi succincte que possible de quelques faits pris au hasard parmi ceux qu’il m’a été donné de recueillir. On se fera de

(*) hoc. oit., n0li do 1 K novembre, du 1*r décembre 1876, etc.

la sorte une idée plus exacte de la méthode et des avantages qui peuvent résulter de son application.

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