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CHAPITRE l

Les origines de l’apologue français. — La

Fable avait charmé les nations antiques : elle devait, sur le sol de France, trouver meilleur accueil encore que chez les Romains et les Hellènes. Pendant longtemps, notre race aima les historieltes amusantes et préféra aux leçons ou aux attaques trop directes les conseils ou les critiques adressés sous la forme de spirituelles allusions. Dès le v° siècle, les rois eux-mêmes se servent de l'Apologue pour chapitrer leur entourage (2), et, comme alors on n'était guère lettré, ils le font d'une manière peu artistique, mais originale. Plus on ira, d’ailleurs, et plus le goût de la Fable se dévelopnera an moyen âge. Elle plaira à ces grands enfants que passionnaient les mer-

(} Nous ne nous occuperons désormais que de l’évolution de la Fable en France, sans avoir, d’ailieurs, la folle ambition de voulo#r etudier ou même citer tous les fabulistes.

(2) Le roi Théodebald dit à un de ses serviteurs, qui s'était e: richi par de mauvais moyens : « Un serpent trouva une bouteil.. pleine de vin. Il y entra par le goulot et but avidement ce qu'elic contenait. Si bien que, gonflé par le liquide, il ne pouvait plus sortir par où il était entré. Alors le maître du vin, étant arrivé pendant que le serpent cherchail à s'évader sans pouvoir le faire lui dit : « Renäs d'abord ce que tu as pris : ensuite tu pourres sortir librement. »

veilleuses chansons de geste et les malicieux fabliaux. Elle jouira d’une vogue considérable, en ces temps de simplicité et de naïveté narquoise. Et l’on peut dire qu'avant La Fontaine les fabulistes ont pullulé dans notre pays. Rares seront cependant les chefs-d'œuvre jusqu’au milieu du xvui° siècle, parce que l’on ne saura point concilier habilement les traditions orientale et gréco-latine avec la tradition populaire et les besoins de l’esprit français.

Longtemps, on a prétendu —- et des érudits de haute valeur apportèrent à cette thèse l'appui de leur autorité — que l’Apologue nous serait venu de l'Orient. Grâce aux aventuriers de nos premières croisades, aux Arabes qui envahirent l'Espagne, et auxrabbins de Cordoue, les recueils asiatiques auraient été, par transmission écrite et orale, plus ou moins connus de nos aïeux. Certes, nous avons notamment, au xn° siècle, le Castoiement d'un père à son fils, imité de la Disciplina clericalis du juif converti Pierre Alphonse. Dans ce manuel de morale, certain bourgeois excite son enfant à être bon chrétien, loyal sujet, ennemi du vice, en lui contant nombre de fables artificiellement reliées entre elles ; et tel est bien évidemment le procédé du Panicha-Tantra. Mais ils se trompent, ceux qui considèrent notre apologue comme un produit de l’apologue oriental. C'est oublier tout ce qu'apporta de neuf, nous le verrons, la vive imagination des Gaulois. C'est méconnaître l'influence prépondérante d'Ésope, de Phèdre, d'Avianus, influence qu'il est permis de trouver fâcheuse, mais qu'on ne saurait contester.

es St ne Le I

Notons d’abord que, parmi les écrivains de l'antiquité classique, les fabulisies ne furent point les seuls à exercer une action sur nos faiseurs d’apologues. Certains clercs avaient lu un traité d'histoire naturelle où l’auteur s’inspirait d’un soidisant Aristote — 6 œuoto16yos, physiologus en latin. Et Physiologus devint un personnage qu’on étudia et qu'on imita. Combien sont curieux les Bestiaires, Volucraires et Lapidaires, dont le spécimen le plus remarquable fut composé par Philippe de Thaon, pendant le premier tiers du xu° siècle (1)! Oh! n'y allez même pas chercher la science souvent enfaniine d'un Varron ou d'un Pline l'Ancien. Malgré la bonne foi de l’auteur, ncus nous trouvons transportés dans le domaine du fantastique; et il suffirait, pour s’en rendre compte, de lire les vers consacrés à la mandragore. Minéralogie, botanique, zoologie, ne sont véritablement que prétextes à faire de la prédication morale et du symbole. On nous parle du pélican, du crocodile et d’autres animaux pour nous engager à mieux vivre ou à mieux pratiquer notre religion, et il faut bien avouer que le passage sur les sirènes, assimilées aux richesses pernicieuses, aurait pu fournir à La Fontaine un thème aussi intéressant que celui du Berger et la Mer. Maïs Philippe de Thaon et les auteurs de Bestiaires sont trop ambitieux; ils ont la prétention d'être des savants, et c’est tout simplement par leur habitude

(1) C'était un bestiaire, quand il y était surtout question 2 que: drupèdes ; un volucraire, si l'on s'occupait d'oiseaux; un lapidaire, lorsqu'on étudiait les pierres, précieuses ou non. Mais les plantes trouvaient également place en tous ces livres.

de moraliser à propos des pierres, des plantes et des animaux qu'ils se rapprochent de nos fabulistes et en sont, à certains égards, les précurseurs.

L'influence du Physiologus ne fut assurément que très secondaire: celle du Romulus semble avoir été capitale. On appelle de ce nom un recueil de fables latines très apprécié au moyen âge. Il avait été, suivant les uns, écrit par Romulus Augustule, « Romulus qui fut empereur », comme l’a dit Marie de France. Selon quelques autres Romalius, un pédagogue, l'aurait composé pour charmer les loisirs d’un prince et pour servir à l'éducation de son fils. Au fond, quoique le moyen âge ait ignoré « l’affranchi d’Auguste » et se borne à invoquer Avionnetou Ysopet, c'est-à-dire Avianus ou Ésope, le Romulus n’est autre chose qu’une version en prose de Phèdre à l'usage des jeunes écoliers. Et ce fut un copiste qui, afin d'imprimer aux fables « un cachet plus antique », « les a maledroitement ornées, conjecture M. Hervieux, d’un des noms les plus connus de l’histoire romaine ».

Le Romulus du x° siècle contenait quatré-vingttrois apologues, presque tous arrangés d’après Phèdre et Avianus. Il suscita en Europe — ainsi que des manuscrits en font foi à Berne, à Berlin, à Vienne, à Paris, un peu partout — desimitations ou des compilations analogues ; quelqu'un même, sans se douter qu'il y avait là « les membres épars» de deux poètes, s’avisa de versifier le texte, et l'incroyable succès de cette traduction en vers élégiaques se maintint jusqu’au début del’âge classique. En 1610, on donnait de ce Romulus une

LEVRAULT, — La Fable. 8

édition célèbre, et ce fut l’Anonyme de Nevelet, car cetérudit n’osait l'attribuer‘à personne. Depuis, après que certains eurent revendiqué la paternité du livre pour Ugobardus de Sulmone, Hildebert et Galfred, on a découvert sur un manuscrit de Vienne que Walther, chapelain du roi anglais Henri Il, le composa vers 1177. Et, si dans ce Romulus versifié, la latinité est médiocre autant que le mérile littéraire est mince, il n'en est pas moins vrai qu'il a inspiré bien des fabulistes avant de tomber, grâce à Nevelet, entre les mains de La Fontaine, cet intrépide et infatigable liseur.

Marie de France et les Ysopets. — Chez nous, pendant longtemps, on se borne à tirer des copies du Romulus ou à en faire des adaptations. Il faut attendre le début du xnr° siècle pour voir paraître des recueils de fables en langue romane. Alors seulement l'Apologue essaie de secouer la forme latine: hors de la chrysalide commence à sorlir le papillon. |

« Marie ai nom et suis de France », nous dit en parlant d'elle-même un de nos premiers fabulistes. C'était, si l'on en croit Jean Dupain, une jeune femme de Compiègne, qui avait écrit « outre mer » cent trois Fables en vers octosyllabiques (1). L'aimable poète entreprit ce travail pour Guillaume Longue-Épée, fils naturel du roi d’Angleterre Henri IT, d’après une version anglaise du

(1) Jean Dupain l'appelle Marie de Compiègne dans son Évangile des femmes. Elle vécut à la cour des rois d'Anzlieterre et écrivit, ontre son Ysopel, tout un livre de Lais (Voir notre brochure sur J'Enapée).

Romulus qu'avait rédigée Henri I" Beauclere (1). Et c’est au caprice d'un prince, « fleur de chevalerie, de sens et de courtoisie », que nous devons ce premier livre de fables, dont le succès fut vif et durable auprès des dames et des barons.

Naturellement, sauf de très rares exceptions, Marie de France a traité les thèmes antiques que lui fournissait son modèle. Mais cette femme intelligente voulut présenter sous une forme nouvelle « les fables qu’Ysopet écrit, qu'à son maître il manda et dit ». La tentative ne fut pas toujours heureuse. Parfois, l’auteur développe sans aucun sentiment de la juste mesure (2).

Parfois, le souffle lui manque ; et telle pièce, qui pouvait être pour l’époque un petit chef-d'œuvre, reste à l’état d'ébauche tout simplement. Cela nous étonne ; car Marie de France nous a prouvé en maint endroit qu’elle savait conter avec adresse. La Sourisqui « défoulavun lion, le Loup el l'Agnel, la Souris et la Grenouille, le Loup et le Renard, le Chien et la Brebis, ainsi que d’autres apologues, sont des narrations agréables où ne lui font défaut ni la gaieté ou l'émotion, ni l'habileté dans le dialogue, ni l'aptitude à observer et à peindre les gestes des animaux. Elle a vu, avant de nous la montrer, dame souris, sur le seuil d’un (1) Voici ce que dit Marie de France elle-même : « Pour l'amour du comte Gulilaume, — le plus vaillant de ce royaume, — m'entremis de ce livre faire — et de le traduire de l'anglais en roman. — YŸsopel nous appelons ce livre, — qu'il travailla et fit écrire ; — de srec en latin le tourna. — Le roi Henri qui moult l’'aima — le traduisit ensuite en anglais — et je J'ai treduit en français.» [Nous traduisons, autant qu'il est néressaire, en langue moderne

et nous séparons les vers par des tirets, ci et dans les autres citations ]

(2) Por exemple : Du Lion qui en autre rays voulait résider

moulin, « appareillant ses grenons », c'est-à-dire ses moustaches, et « s'épluchant avec ses pieds » (1). Elle a souri en croyant entendre le docteur du roi, M° Renard, railler en ces termes le loup médisant que, par ordonnance du médecin, il dépouilla de sa peau :

Le loup s’en va en grande hâte — asseoir hors de cette maison. — Là volèrent mouches et taons — qui le piquèrent malement. — Le renard vint aimablement — et demanda ce qu’il faisait — et pourquoi sans peau il était. — «Tes membres je te vois bien démanger! — Une autre fois sache donc te souvenir — qu'il ne faut pas médire des gens — qui peuvent se venger sur toi » (2).

Elle s’est attendrie enfin quand un chien « menteur » avec les faux témoignages du milan et du loup, fait condamner une pauvre brebis à restituer le morceau de pain qu'il ne lui prêta jamais; et il y a de l'émotion dans ce passage :

La chétive ne put donc rendre — et lui fallut sa laine vendre. — C'était l'hiver! De froid fut morte. — Le chien vient, qui sa part emporte; — puis le milan, d'autre part; — puis, le loup, bien trop en retard, — qui demanda le par-

tage de la chair, — car il avait alors disette de viande. — Et la brebis plus ne vécut! — Et son maître le tout perdit (3).

Cette sympathie pour l'infortunée victime de trois malandrins, nous amène à constater la véritable originalité de Marie. Elle se préoccupe fort de la morale. On devrait, écrit-elle, prêter grande attention « aux exemples et aux dits que les philosophes trouvèrent ». Il n’y a « fable ni folie où il n’y ait philosophie » (4). Et, s'inspirant

(1) La Grenouille et la Soaris.

(2) Le Loup et le Renard.

(3) Du chien et d’une brebis.

(4) Prologue des Fables.

TÉRR d m e — Dur .

f'éternelle morale, elle célèbre la médiocrité; elle : vante l’économie que la fourmi reproche au « grésillon » d’avoir méconnue; elle fait voir, quand la grenouille traîtresse est dévorée par le vautour, comment les moyens honteux dont les méchants voulaient user contre les autres « tournent à leur honte et confusion » (1). Mais, somme toute, ce qui l'intéresse davantage, c’est son époque : une triste époque où la force triomphe du droit; où l'on ne connaît que la lo du glaive ; où la clémence et la pitié sont des proscrites, car « le non puissant a peu d'amis ».

Aussi que d’allusions aux rapports entre vassaux et suzerain, entre les petits et les grands |! Marie fut bien le fabuliste du régime féodal au xu° siècle. Le roi ne doit point, à son avis, « essiller » ou épuiser « la pauvre gent » ; il lui convient d'être « moult droiturier et, en justice, roide et fier » ; son office est de faire régner entre tous la concorde. Malheureusement, ce sont encore là choses bien rares. On n'a guère alors l'indulgence du lion pour la souris qui le « défoula » par mégarde. Le chien fait mourir de misère l'innocente brebis. Le loup se conduit à l'égard de la serviable grue d'une très indigne façon, ou bien il abuse de sa puissance pour croquer brutalement le pauvre agneau. Cela indigne Marie de France. C’est pourquoi, non sans blâmer ceux qui outragent leur bon seigneur (2), elle proclame qu'il ne faut point soutenir le mauvais baron, car

(1) Des deux Souris, l’une bourgeoise el l'autre vilaine (paysanne): t’an Grésillon et d'une Fourmi; La Souris el la Grenouille, etc. (2) D'un étang plein de grenouilles.

on a le devoir de se révolter contre le maitre injuste, comme fit Renard qui sauva son renardeau en menaçant d'incendier le nid de l'aigle ravisseur (1) :

Ainsi est du riche félon. — Jamais du pauvre n'aura merci — pour sa plainte ni pour son cri... — Mais, si celui-ci s’en peut venger, — donc le voit-il se plier, — comme l'aigle fit au vorpil (renard).

Partout dans ces fables ce sont des appels à la charité; des protestations contre les brigands féodaux ; de véritables cris de douleur à la vue des atrocités qui se commettent. Partout nous lisons des réquisitoires semblables à celui qui termine le Loup et l’'Agneau :

Ainsi font les puissants voleurs, — les vicomtes et les juges, — de ceux qu'ils ont en leur justice. — Faux prétexte par convoitise — trouvent assez pour les confondre. — Souvent ils les forcent à venir aux plaids; — la chair ilsleur Ôtent et la peau, — comme le loup fit à l'agneau (2).

Il nous plaît en cet âge de fer d'entendre s'élever une voix éloquente pour flétrir les cruautés, les forfaits, les iniquités contemporaines, non point avec la mordante ironie d’un La Fontaine, mais avec une réelle audace, et directement. Les fables de Marie de France sont loin de se recommander par une grande valeur littéraire : elles excitent néanmoins notre sympathie en faveur du poète; car on y conslate à chaque page la sensibilité généreuse d’une femme de cœur.

(1) De l'Aiïgle et du Vorpüt.

(2) Du Loup et de l'Agnel. (V6ir également les morales du Chien ei de la Brebis, de la Grenouille et de la Souris, du Loup et de £ Grue, etc.).

À côté du recueil de Marie de France, il existe d'autres livres de fables qui furent très populaires au moyen âge et fort souvent imités. Ce sont les Ysopets, dont Robert publiales deux plus célèbres en 1825. Le premier, qu'il appelle Ysopet I, dut être composé sous le règne de Philippe VI, aux alentours de 1330, pour la reine Jeanne de Bourgogne et pour mettre à la portée des seigneurs et des dames les fables latines de Walther (1). Le second, l’Ysopet II, est la traduction du Novuus Æsopus de l'anglais Alexandre Neckam qui avait écrit, lui aussi, en vers latins d’après le Romulus primitif. Le seul intérêt de cet ouvrage réside, d’ailleurs, dans le choix des rythmes, l'auteur ne se bornant point à employer les vers octosyllabiques mais groupant, souvent au cours de la même fable, des vers de six pieds en sixains ou en quatrains (2). L’Ysopet Î nous semble donc supérieur et permet mieux que son frère cadet de juger tous les recueils similaires.

(1) L'Ysopet I, l’'Ysopet de Lyon et quelques autres manuserits sont les éditions, avec variantes, d’un même recueil. L’}Ysopet I se divise en deux parties. Dans la première, il y a 64 fables de Walther, dont on nous donne le texte avec la traduction française en vers octosyllabiques, sans compter un prologue et un épilogue curieux. Dans la seconde, nous retrouvons 18 fables d’Avianus (texte et traduction également), plus une autre fable d' « Avionnet », Un très grand nombre de miniatures agrémentent l'ouvrage. Quelques-unes sont joliment dessinées et fort amusantes. Les deux principales scènes de la fable s'y trouvent souvent peintes comme en un dipltyque naïf : la Cigogne chez le Renard, par exemple, et, à côté, le Renard chez la Cigogne. L'attitude des acteurs et leurs gestes nous semblent aussi naturels, quoique simplement rendus. (Voir Du Singe, du Renard el du Lièvre.)

(2) L’'Ysopet Il est du xiv° siècle. Voici un échantillon des sixains qu'on y trouve (nous respectons ici l'orthographe et ne traduisons pas) : « Un lyon se gisoit — en un bois et dormoit — dessous un arbrissel, — et une sorissele — si }’assault et trepcle — et maine grant reyele. »

40 LA FABLR,

Ce dont l’auteur se soucie avant toat c'est de la morale. Il ne s’avise point, comme Marie, de protester contre les horreurs de son siècle. Il appartient à cette catégorie d'écrivains, si nombreux alors, qui aiment à enseigner aux autres n'importe quoi, pourvu que ce soit longuement. Aussi, maintes fois, il développe la morale beaucoup plus que l’apologue ; il prêche avec abondance ; il disserte en quelque soixante vers, non sans invoquer Salomon, Caton, saint Augustin, sur la « moise langue » ou médisance, sur les inconstances de la Fortune, sur la nécessité de tremper son vin et de ne point considérer son estomac comme un dieu (1). Certes, on peut relever en tout cela « maint bon mot et profitable » ; mais rapidement l'ennui survient, et nous regrettons que le fabuliste ne se soit point conformé à ses principes : « Ne plaît une longue écriture : plus est en bénignité brièveté que prolixité » (2).

Regrettons-le d'autant plus que dans cet Ysopei le talent se montre en certaines pages. Le « livret » fut composé pour être « délectable » et on déclare « qu'il plaît à ouïr ». En effet, malgré la monotonie qui résulte de l’usage constant du vers octosyllabique, quelques apologues ont de l'allure et abondent en détails amusants. Le destrier orgueilleux a rudoyé le misérable baudet parce que la « chétive bête malotrue » osa luibarrer le chemin « L'’âne, qui ouït la menace, — se tatt, s’humilie

(1) Voir les morales de la Grenouille et du Bœuf, du beau Cheval el de l'Ane pelé, du Loup qui veut faire compagnie avec le Chien, des Débats du Ventre et des Membres, etc.

(2) Bénignilé : faveur. Voir le prologue et l'épilogue de la première parlie. ainsi que le prologue de la seconde.

et écoute — faisant mine qu'il n'entend goutte'». Mais le beau cheval revient fourbu du tournoi, et, quand, attelé à la charrue, «il a dos maigre et aiguisé, — d'un mauvais harnais déchiré », il lui faut bien subir les sarcasmes du malicieux roussin d’Arcadie. On aimerait à retrouver quelques traits de cet apologue dans l’Ane et le Cheval de La Fontaine (1). De même, il faut admirer Renard, l'aventurier besogneux, qui veut se faire inviter par le loup. « Au saluer, son chapeau il tire »: il demande des nouvelles du cher ami qu'il n'a pas vu depuis longtemps; il mendie en ces termes sa part du festin : « Donnez-m'’en, beau, très doux compère ! — que Dieu ait l’âme de votre mère — et vous mette en bonne semaine 1! » (2). Et, seul, * un maître pourra prêter à la mouche, regardant de haut l’humble fourmi, un discours plus outrecuidant que cette tirade dédaigneuse :

En ton creux, tu te mets et descends ; — je demeure dans de hautes salles! — Tu vis de grains, et c’est tout. — Moi, j'ai des viandes au point que j'en refuse — et, autant que demander je l’ose, — chair, et poisson, et autre chose. — L'eau que tu bois est trouble et sale. — Je bois bon vin, et clair, et fort, — dans hanap d’or, tant qu’il me plaît. — À la table du roi, je m’abreuve et me pais; — à toutes ses viandes je touche; — j'embrasse la reine sur la joue — et, quand je veux, au nez ou au front (3).

De la vivacité, de la couleur, de l'humour au besoin, tout cela se rencontre dans l’Ysopet. II convient même d'y relever ce qu'on louera plus

(1) Du beau Cheval et de l'Ane pelé. Avant La Fontaine, l'auteur de l'Ysopet a dit : « tenait en son bec un fromage »; « celle à qui la parole grève s'enfle si fort qu'elle crève », etc.

{2) Du Renard et du Loup.

(8) De la Mouche et dela k'ourmi

tard chez le Bonhomme : les allusions plaisantes aux titres et aux usages du temps. « Sire » Ysengrin est « connétable »; de Montpellier on mande, dans un cas grave, « Madame Hautève, la grue, qui de physique avait licence » ; et, quand le renard fait « semondre » le lièvre devant le tribunal du singe, il parle du « gage de bataille », tandis que son adversaire réplique en invoquant « l'ordonnance royale » (1). Voilà choses qui s’écartent de la banalité et qui semblent annoncer le grand fabuliste du xvn° siècle. Malheureusement, elles sont trop rares. Dans les Ysopets, comme dans l'ouvrage de Marie de France, chacun s'efforce de tout rajeunir et d’approprier la morale aux besoins de l’époque où il vit. Mais on s'attache à la tradition antique, sans avoir encore l’art suffisant pour en tirer quelque chose de parfait et d'original.

L'esprit populaire et la Fable jusqu’au triomphe de l’'humanisme. — Dans le recueil de Marie de France et dans les Ysopeis, nous apprécions plus que le reste les détails naïfs et familiers empruntés à la vie de tous les jours. L'esprit populaire réclamait ainsi la place qu'il avait eue autrefois si largement chez Ésope et chez ses disciples de la Grèce. Mais on se bornait à lui entrebâiller la porte; car les fabulistes de profession subissaient avec docilité la tyrannie du Romulus, c'est-à-dire de l’apologue antique.

(1) Voir : Du Singe, du Renard et du Lièvre; Comment la Grue guérit le Loup (ici le mot « physique » signifie « médecine ») ; Du Renard et du Loup.

Alors, pendant longtemps, il opère des incursions de droite ou de gauche et il travaille pour la fable, en acceptant, s’il le faut, l’hospitalité de genres tout à fait graves et sérieux.

Ailleurs, nous avons parlé de ces œuvres latines, flamandes et françaises qui ont constitué le vaste édifice des romans du Renart (1). Aucun de leurs nombreux auteurs n'eut et ne proclama son intenon d'être fabuliste. Mais, de même que Marie ne ménageait point les allusions contemporaines, ils se servirent des bêtes pour railler les institutions et les croyances : relations de suzerain à vassal, orgueil chevaleresque, point d'honneur, pèlerinages et miracles, jugement de Dieu. Au fond, ce qu'ils écrivent pour les clercs mécontents ou les plébéiens goguenards, c'est la parodie amère de l'épopée et la satire cruelle du moyen âge. Partout, cependant, la physionomie, les habitudes, le caractère des différents animaux sont notés avec une exactitude qui révèle une observation attentive. Souvent, l'on pourrait détacher de l’ensemble des historiettes auxquelles il ne manque qu’une morale pour être des apologues selon la formule classique. Et, quand nous rencontrons un thème également traité dans les Ysopets, la supériorité est presque toujours du côté des auteurs de Renart, comme le prouvera ce passage où le rusé compère flalle le vaniteux corbeau qui tient « entre ses pieds » un fromage :

Privément il l’appela : — « Par les saints de Dicu, que vois-j® 18? — Est-ce vous, sire compère? — Qu'elle ait bien

(1) Voir sur les différentes branches du Roman de Renart notre brochure, {a Satire.

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l’âme de votre père, — maître Rokart qui sibien sutchanter, — Maintes fois, je l'outs vanter — qu'il en avait le prix en France. — Vous-mème, dans votre enfance, — vous aviez l'habitude de vous y exercer. — Ne savez-vous plus chanter? — Dites-nous une rotruenge. » — Tiercelin entend la louange, — ouvre ke bec et jette un cri. — Et Renart lui

dit : « Ce fut bien' — Vous chantez mieux que vous n'aviez coutume. — Encore, si vous le vouliez, — vous atteindriez un ton plus haut. » — L'autre, qui se croit habile à chanter,

— commence à crier très fort, de nouveau. — « Dieu! que maintenant est claire, — que devenue pure est votre voix! — Si vous vous absteniez de noix, — le mieux du monde, vous chanteriez. — Chantez encore une troisième fois! » — Tiercelin chante à pleine haleine.

N'est-ce point joli? N'est-ce point décrire exactement le manège d’un aigrefin à la langue dorée, qui gruge le drapier Guillaume ou l'ancien drapier Monsieur Jourdain ? Et ne serait-il pas intéressant de savoir dans quelle mesure les romans de Renart ont été connus par La Fontaine ? |

Il est fâcheux que l'esprit populaire n’ait point fait des fabliaux ce qu'ils devaient être, c’est-àdire des fables. Les jongleurs, nous l'avons dit (1), préférèrent amuser leur auditoire par des contes satiriques et licencieux. Mais certaines narrations agréables et bien tournées ont franchement l'allure d’apologues : par exemple, :a Housse partie (2) ou bien encore le Dit ae l'Oiselet. Ici, un bourgeois mal conseillé pa: sa femme veut chasser son vieux père en ne lui donnant pour se garantir du froid qu'une pauvre couverture de cheval. Le petit-fils s'empare de cette

(1) Voir notre brochure sur la Satire.

(2) La housse « partie », c’est-à-dire la housse « partagée ..

housse, il la coupe en deux morceaux, et sur les remontrances de ses parents, il réplique :

« Eh! que vous donnerais-je, un jour? — Je vous en garde la moitié, — car, plus tard, de moi vous n’aurez rien plus; — si je deviens le maître, — je vous ferai votre part, — comme vous lui avez fait la sienne. — Ainsi qu'il vous donna son bien, — je veux le posséder à mon tour, — et, alors, de moi vous obtiendrez — seulement ce que vous lui donnerez. — Laissez-le mourir misérable : — je vous rendrai la pareille, si je vis. »

Et c’est véritablement un apologue très original. — Là, un manant voitson domaine prospérer de façon invraisemblable, parce que sur l’un des arbres chante un oiseau merveilleux. Afin que sa fortune ne soit point éphémère, il essaie de mettre en cage le musicien. Mais l'oiselet s'enfuit; le champ devient stérile; et, mieux que la Poule aux œufs d'or, ce petit conte nous démontre que « l’avarice perd tout en voulant tout gagner ». Pourquoi sont-ils si rares, ces aimables fabliaux où, sans la grossièreté inhérente au genre, on nous amène à réfléchir surnous-mêmes, grâce à un ingénieux récit qui n'est pas renouvelé des anciens?

Ils contribuent, néanmoins, à attester la passion des hommes du moyen âge pour les fables. Et ce qui la prouve mieux encore c'est qu'on glisse des apologues dans la farce de Pathelin ; dans des chroniques, comme celles du Ménestrel de Reims et de Commynes, et — qui le croirait ? — dans les sermons (1). Voilà un fait aussi sur-

(1) Dans Maitre Patkhelin on trouve une version intéressante du * Corbeau et du Renard, Guillemetle comparant à l'animal rusé son mari qui dupa le drapier Guillaume. Le Ménestrel s'amuse à nous

conter l'histoire du Loup, de la Chèvre el des deux Chiens, et cela non sans longueur, quand il parle des fils de la comtesse de

prenant qu'il est, d’ailleurs, authentique. Pour expliquer les dogmes du Christianisme ou enseigner sa morale, les orateurs religieux ne reculaient devant aucun moyen. De même qu'ils mélangeaient les expressions nobles et les mots employés par les truands, ils farcirent leurs discours « d'exemples », c’est-à-dire d’anecdotes sacrées ou profanes qu'ilsempruntaient aux hagiographes, aux auteurs de bestiaires, aux historiens et aux conteurs. À plus forte raison, ne se privèrentils point, pour réveiller l'attention des fidèles, de recourir à l’Apologue que l'on chérissait tant alors. Et quelques-uns ont raconté des fables souvent ingénieuses et pleines d'humour (1).

Lisez plutôt la Laïtière et le pot au lait qu'au x siècle Jacques de Vitry, évêque d’Acre, insérait dans un de ses Sermones vulgares et que Nicolas de Pergame reprit, au xv° siècle, en l’enjolivant (2). Tous deux nous présentent une paysanne qui va porter du lait à la ville. Elle s'arrête au bord d’un fossé et calcule ce qu'elle pourra bien acheter avec le produit de la vente. À tour de rôle, elle s’imagine être propriétaire de poulets, de cochons, de brebis, de bœufs. Elle arrive à l’opulence et fait un beau mariage. Alors,

landre. Commynes, enfin, met dans la bouche de l'empereur Frédéric III la fable de l'Ours et des deux compagnons.

(1) Sur les sermonnaires du moyen âge, voir l'Éloquence, par M. Roustan (collection des Genres littéraires). Nous croyons que nombre de sermons furent alors prononcés en français etrédigés en latin.

(2) Jacques de Vitry, mort en 1240, publia la volumineuse collection de ses Sermones vulgares (sermons vulgaires) et de ses Sermones ad stalus (sermons qui s'adressent à certaines catégorie des personnes). Nicolas de Pergame s'inspira, en la circonstance, de lui dâns le Dialogus creaturarum moralizatus,

transportée de joie, croyant que son fiancé la conduit en croupe à l’église, elle excite le cheval en lui criant : « Allons ! Allons ! » et elle veut lui donner un coup d'éperon dans le flanc. Mais « hélas ! son pied glissa, et elle tomba au fond du fosse, en répandant son lait. C’est ainsi qu'elle ne posséda jamais ce qu'elle espérait acquérir. » N'est-ce point déjà la fable de La Fontaine, auquel, s'il l'eût connu, le joli passage, où la jeune fermière croit éperonner le cheval qui la conduira vers l’église, aurait inspiré quelques beaux vers?

De même, le fougueux Menot et le véhément Maillard (1) feront trêve à leurs violentes diatribes et narreront avec un sourire comment certaine veuve fit un sot mariage pour avoir mal interprété le son des cloches qu’elle consultait (2); comment se trompa le souriceau sur le compte du coq et du chat;et comment le renard fut récompensé de ses flatteries par les singes qui avaient cruellement châtié un naïf et trop sincère babouin. Mais, dans la liltérature ecclésiastique, tout le cède à cet apologue de Raulin, qu'il serait utile et intéressant de comparer aux Animaux malades de la peste (3) :

Le lion tint chapitre. Différents animaux vinrent se con: fesser à lui. Le loup commença. Il avoua qu'il avait dévoré

(1) Nous avons uñe quarantaine de sermons du frère Menot, mort en 1518. Son contemporain, le cordelier Maillard, confesseur de Charles VII, prêcha avec un immense succès en France et hors du royaume.

(2) Il y a là comme une | Ssauissé de l'aventure de Panurge consultant les cloches chez Rabelais.

(3) Raulin (1443-1514) fut le principal du collège de Navarre, puis fut chargé par le cardinal d'Amboise de réformer l'ordre de Cluny en 1501. Cet apologue est emprunté au sermon sur la Pénilence; nous le traduisons du lalin.

force moutons; mais il ajouta que c'était dans sa famille vieille coutume, que de temps immémorial les loups avaient mangé les brebis et qu’il ne se croyait pas si coupable. Le lion lui dit : « Puisque c’est l'habitude de vos ancêtres, un droit héréditaire, continuez ; seulement dites un Pater.» Le renard fit une confession semblable et il dit : «J'ai croqué beaucoup de poulets, dévasté beaucoup de basses-cours, mais de tout temps mes ancêtres l'ont fait avant moi, et je croque de race. » — «Soit! dit le lion, continuez; faites comme vos ancêtres et dites un Pater. » L'âne vint à son tour. Il se frappe la poitrine avec componction. Il avoue qu'il a commis trois péchés. Le premier, c’est d’avoir mangé du foin qui était tombé d’une charrette sur des ronces. « Grand péché que de manger le foin d’autruit Voyons, continuez!» L’âne avoue alors qu’il a fienté dans le cloître des frères. Le lion se récrie plus vivement: « Souiller ainsi la terre sainte, c’est un péché mortel! » Son troisième aveu, on ne put le lui arracher qu'au milieu des pleurs et des sanglots. Il avoue enfin qu'il avait brait pendant que les frères chantaient dans le chœur, et qu'il avait fait de la mélodie avec eux. Le lion lui dit: « Oh! c’est un grave péché de chanter pendant que les frères chantent, de les mettre en désaccord et de semer la zizanie dans l’église ! » Sur ce, il le condamna à être flagellé.

L'intention de Raulin est évidente. Il attaque les grands de la terre, qui se montrent trop indulgents pour les crimes des gens de « race », et qui feignent une sévérité excessive, quand il s’agit de choses touchant, de très loin, aux intérêts ecclésiastiques. Le prédicateur veut railler l'hypocrisie des seigneurs mondains el il le fait avec une certaine audace. Mais surtout, dans cet apologue, que de bonhomie narquoise! et combien cela est supérieur à toutes les imitations françaises du Romulus !

L'Apologue jouit donc alors d’une vogue considérable, puisque, pour plaire aux lecteurs et aux auditeurs, on l'introduisit un peu partout. On contait, d’ailleurs, naïvement et d’une façon pri-

mesautière. On évitait la froideur ou le ton docte ral d’un fabuliste de profession qui écrit en tenant ses yeux obstinément fixés sur les modèles. Et si la langue s'était trouvée mieux formée, si l’on avait eu plus clairement la notion de l'art, le moyen âge nous aurait légué, en marge de la fable, quelques chefs-d'œuvre de l’Apologue; car nombre de gens savaient narrer, sans gâter leurs récits par la lourdeur et la manie didactique qui, trop souvent à cette époque, furent les défauts des imitateurs. |

Mais voici venir l’humanisme! Voici que de toutes parts d’opiniâtres chercheurs fouillent les bibliothèques de couvents et ramènent à la lumière les trésors de l'antiquité. Au milieu du xv° siècle, l'archevêque de Manfredonia, Nicolas Perotti, possédait un texte de Phèdre qu'ils’amusa, nous dit-il lui-même, à imiter (1). Ranutius d’Arezzo, Laurentius Valla et Abstemius dans son Hécaltomythion traduisent en latin les fables ésopiques (2). Leurs recueils franchissent les Alpes au début de la Renaissance; et, désormais, mieux que par l'infidèle version du Romulus, on va connaître l’apologue gréco-latin.

C'était un événement d'importance et dont les conséquences immédiates pouvaient être cousidérables. Ïl y eut en effet, tout d’abord de belles promesses. On voulut traiter à nouveau ces vieux

(ñ Nicolas Perotti (1430-1480). C'est dans son œuvre que l'on rencontre pour la première fois le nom de Phèdre.

(2) Ranutius avait traduit cent fables d'Ésope pour le pape Nicolas V. Valla fit le même travail pour trente-trois fables nouvellement trouvées. Astemio, bibliothécaire du duc d’Urbin, publia cent fables (Hécatomythion).

LEVRAULT, — La Fable, 4

RG RES ÈEEE ne R Rnen n PR LA A Nm

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thèmes, que l'on connaissait pour la première fois de facon exacte, mais on voulut le faire sans servililé. De cela il nous faut louer le frère Julien Machaut. qui appartenait à l'ordre des Augustins de Lyon. Et ce mérite nous apparaît également, quoique à un degré supérieur, chez M° Guillaume Tardif, le « liseur » du roi Charles VIII (1),

Maintenant — disait-il vers 1491 à son maître — vous ai en français mis les Apologues de Laurens Valle, par lui latins faits de l’Ésope grec. Auquel livret, sous couleur de fable, plusieurs enseignements sages et vertueux sont brièvement compris. Apologue est langage par chose familière contenant morale érudition,

Beaucoup estimeront, à bon droit, que l'auteur s'abusait en croyant être « bref ». Comme la plupart de nos écrivains du xv° et du xvi° siècle, il ne sut jamais se borner. Toutefois cette prolixité s'excuse ici facilement par le désir d’être original. Tardif s'est efforcé de rendre clair ce qui restait obscur chez Valla. Il a senti le besoin de jeter quelques fleurs sur cette matière vraiment trop nue. Dans ce torrent parfois un peu trouble il y a des paillettes de métal précieux.

Doué d’une imagination vive, le « liseur » du roi nous a rapidement dessiné l'attitude d'un personnage. Contemplez, par exemple, M° Renard qui fréquente un « ménétrier » pour devenir

« musicien et chantre » :

Il s’assit en une chaise pour mieux écouter à son aise le son de l'instrument, et bien eut voulu qu'il lui eut

(1) Guillaume Tardif,du Puy en Vellay, futiecteur de Charles VUIT, pour lequel il écrivit un art de faulconnerie, un livre de grammaire et de rhétorique, une traduction des Facélies du Pogge —- Nous nous bornons désormais à moderniser l'orthographe.

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coûté deux ou trois gelines de Jacques Bonshommes, sans y rien employer du sien, et il eut autant su de l’art de musique comme faisait celui qui du dit instrument jouait.

Ailleurs, c’est l’enjouement qui domine. Le même compère que précédemment s’en va par les villages en dévôt ermite pour « exécuter certaines commissions qu'ilavait de prendre au corps coqs, gélines et ouaye, ou à tout le moins les ajourner à comparaître en personne ». Tout à coup, il aperçoit un lion, et Tardif nous décrit avec belle humeur la panique du pauvre sire :

Maitre Regnart, qui jamais n'avait accoutumé voir tel religieux parmi les frères de son ordre, fut tellement étonné et épouvanté et entra en une passion de crainte si grande que la fièvre le prit, et à peu qu’il ne mourut... et retourna en son crmitage sans exécuter la commission.

La même malice se retrouverait, toujours jointe à la vivacité d'imagination, dans le Berger et la mer, quand il vous montre l’ambitieux berger assailli en plein Océan par une tempête:

Cordes, mâts et autres instruments de navire criaient et croassaient si horriblement qu'il semblait que tout dut rompre, et eut bien voulu notre nouveau marchant être à garder ses brebis et moutons... La cire d’un royaume n'eut pas suffi à faire et payer les vœux lesquels il voua aux dieux et déesses (1).

Et nous concédons aue Tardif paraphrase un veu longuement. Nous voudrions qu'il eût élagué ses fables luxuriantes, comme le fera La Fontaine pour celles des Hindous. Mais n’y a-t-il point en

out cela des choses charmantes, exprimées en

(1) Par exemple : D'un Pasteur et de la Mer;le Renard et le Duste; etc. (Le mot « geline » signifie « poule ».)

une langue savoureuse par un homme qui possédait le don de bien rendre après avoir bien regardé ?

N'’est-il point ravissant aussi, malgré quelques allitérations d'un goût douteux, l’apologue écrit on 1526 par le gentil poète Clément Marot?

£elui-là, le souffle de la Renaissance italienne l'avait effleuré plus encore que Tardif; mais il avait cependant gardé toutes les qualités de l'esprit français. Elles brillent dans l'appel adressé, sous forme allégorique, à un ami Lyon Jamet, en lui racontant l'histoire du lion qui se félicita plus tard d’avoir délivré « un fils de souris » fait prisonnier pour avoir « mangé lard »..... quoique ce ne fût pas, lui du moins, en carême (1). Ce petit morceau est plein d’un esprit gracieux et alerte. Qu'il est amusant le manège du rat, échappé « vitement » de la geôle fatale :

Puis mit à terre un genouil gentement, Et, en Ôôtant son bonnet de la tète,

À mercié mille fois la grand bôûte, Jurant le dieu des souris et des rats Qu'il Jui rendrait! |

Et comment s'étonner que La Fontaine n'ait point essayé de refaire ce dialogue entre le pauvre rongeur et le roi des animaux :

« Secouru m'as fort lyonneusement,

Or secouru seras rateusement ».

Lors le Lyon ses deux grands yeux vertit Et vers le Rat les tourna un petit,

(1) Marot, incarcéré pour cause de protestantisme, écrivit l'Epttre à Lyon Jamet pour l'appeler à son secours. Le Lion et le Rat de La Fontaine est très inférieur à l'apologue contenu dans cette épitre. Voir sur Marot notre brochure, La Poésie lyrique.

£n lui disant : « O pauvre verminière, Tu n'as sur toi instrument ni manière, Tu n’as couteau, serpe ni serpillon, Qui sçut couper corde ni cordillon, Pour me jeter de cette étroite voie Va te cacher, que le Chat ne te voiel »

Au lieu de rimer misérablement de pitoyables Psaumes, Clément aurait bien dû donner quelques pendants à ce joyau littéraire. Il aurait suscité des disciples; et la fable ne serait peut-être point devenue la chose de versificateurs honorables, mais trop férus de l'antiquité et trop dépourvus d'imagination, entre les mains de qui elle allaït languir pendant plus de cent cinquante ans.

Les fabulistes au XVI° siècle. — En effet, lorsque l’humanisme commença chez nous à triompher, on vit éclore toute une école de fabulistes érudils, dont les plus notables écrivirent avant que l’orgueilleuse Pléiade eût lancé son manifeste retentissant. Aucun d'eux n'avait certainement lules Discours des animaux et la Philosophie morale tirée des écrivains antiques où Agnolo Firenzuola et Doni reprenaient les traditions indiennes (1). Mais tous pratiquaient les recueils latins, venus d'Italie, c’est-à-dire les imitations de Phèdreet d’Ésope faites par Ranutius et Valla. Savants, amoureux de la littérature ancienne, trop passionnés pour ne point manquer de goût, ils marchèrent sur les talons des maïtres grecs el romains. Leurs bien rares audaces ne furent même

(1) Agnolo Firenzuola (1493-1548) et Doni (1503-1574) étaient nés tous les deux à Florence. Dei discorsi degli animali furent traduits

en 1556 par Gabriel Cottier, et la Filosofia morale par Pierre Larivey (Lyon, 1579).

b4 LA FABLE.

pas heureuses. On pourrait les rapprocher de ces élèves studieux qui travaillent sous la direclion de leur maître avec moins d'intelligence que ce docilité, |

Le type de ces fabulistes est le « Parisien » Gilles Corrozet, imprimeur, libraire ct auteur. Actif polygraphe, il composa des livres d'érudition et d'histoire (1). Mais ce bourgeois avait l'humeur moralisante. Toujours il visait à l’utilité. C'est ainsi qu'il en vint à publier son Hécatongraphie, sorte de « bestiaire » avec gravures et morales appropriées aux gravures (2). C'est ainsi qu'en 1542 il donnait la première édition des Fables du très ancien Ésope Phrygien, dédiées au dauphin de France, le futur roi Henri II (3).

On sent dans ce dernier recueil, le désir d'être original. Chaque fable est imprimée sur deux pages quise font vis-à-vis. Celle de droite contient le texte de l’apologue tout entier. Celle de gauche encadrée avec assez d'élégance, nous offre, audessous d'un titre ou d’une devise très générale et au-dessus d’un quatrain de circonstance, une vignette qui représente la scène importante de la petite comédie (4). La même recherche se mani-

(1) Corrozet, né à Paris en 1510, mort en 1568. Son meilleur ouvrage est la Fleur des antiquités, singularités el excellences de la plus que noble ef iriomphanle ville, cité el université de Paris (1532). Dans Mon vieux Paris, Edouard Drumont lui a consacré une fort belle étude.

(2) Par exemple, il y a une gravure où un rémora arrête ur vaisseau, des vers sur ce poisson et un quatrain moral.

(3) Il y a cent fables dans les deux premières éditions impriméet chez Denis Janot, en 15/2 et 1544, à l'enseigne Saint-Jean-Baptiste. La troisième en compte cent vingt-trois, à Lyon, chez Jesn 4e Tournes (1583).

(4) Pour les titres : « Ne convoiter choses incerlaines », + Ne rendre mal pour bien », « Regarderla fin de son œuvre », « Liberté »

DU ROMULUS A LA FONTAINE. By

feste dans le choix des rythmes employés. Corrozet avait compris que l'uniformité du mètre devient faligante en un pareil genre. Grâce au prétendu vers « libre », La Fontaine triomphera plus tard de cet ecueil : son prédécesseur du xvi‘ siècle peut, cependant, à cet égard, revendiquer l'honneur d’avoir indiqué la vraie route. 11 entrelace les vers de mesures différentes. Il use de tous les systèmes connus en cette époque où l’on aimait les tours de force poétiques. Il accouple en une fable deux sonnets et s’astreint à des lois très rigoureuses. Il emprunte même aux Italiens leurs superbes mais difficiles terza rima. Et cela nous intéresse chez Corrozet; cela devrait fournir des sujets d'étude aux versificaleurs et aux métriciens (1).

Quand on a signalé ces curiosités ou ces bizarreries littéraires, il reste à dire que le recueil en lui-même est assez médiocre. Corrozet s'exprime, évidemment, avec netteté et correction. Il trouve de gracieux ou de plaisants détails, comme ce passage sur un chien convié à des agapes frateruelles :

Un homme avait semond un sien ami À un banquet que chez lui apprêta;

« Contre les avaricicux », « Contre les flatteurs et assentateurs Pour les quatrains (Le Renard et la Cigogne): « Qui fait la tromperie — tromperie lui vient, — et enfin il convient — qu'on s'en moque et s'en rie. »

(1) Signalons les combinaisons suivantes (les chiffres indiquent le nombre de pieis qu'il y a dans les vers): quatrains de 5, de 6, de 8; slances de six vers de5,et de six ou huil vers de 8: stances où il associe les vers de cetle façon : 1° 8,4,8,8,4,8. 20 3,3,7,3,3,7; 80 7 3 71 7 3, 7 (c'est L:: rythme de l’Avri! de Remi Bclleau) Dans la fable 20, le “"ers de sept syllabes alterne avec celui de trois. Lo fable 26 se compose de deux sonnets, et ja fable 62 est en lerza rima.

Son chien aussi, qui n’était endorine,

Le chien de l’autre au banquet invita Qui de venir à l'hôtel se hâta,

Et, quand il vit la cuisine garnie,

Il dit en soi : « Si bien je souperai

Et tant sera cette panse fournie

Que de trois jours après m'en sentirai ».

Et, ce disant, sa queue remouvait

En espérant s’en bailler par la moue (1).

Il tourne même avec bonheur une fable entière : e Loup el le Chien, le Cerf el le Bœuf, le Corbeau el le Renard, ou encore l'aimable pièce intitulée du Loup et du Chevreau :

Une chèvre allait en pâture

Pour 7 prendre sa nourriture ;

Son chevreau dans le tect cnferme, Lui commandant de point en point Qu'à personne l’huis n'ouvre point Et jusqu'à son retour fut ferme.

Le Loup, ayant oui cela,

A la porte du tect alla,

Feignant de la Chèvre la voix :

« Ouvrez, dit-il, mon enfant doux, Je veux entrer avecque vous:

Car j'ai assez été au bois. »

Le Chevreau répond : «Non ferai, La porte ne vous ouvrirai,

Car je vois bien par un pertuis

Que "ous êtes un Loup méchant, Qui mon dommage allez cherchant, Allez frapper à un autre huis. » | Ainsi le Chevreau se garda ; 4 L fit ce qu'on lui commanda. | Qui donc obéit aux parents,

Tout bien et tout honneur lui vient, Aucun malheur ne lui survient.

Tels exemples sont apparents (2).

«ty Uorrozet, fable 78 : Du Chien invilé au banquet. } «2, {a., fable 24 * Du Louo et du Chevreau.

Mais, presque toujours, notre humaniste fait preuve de maladresse, de prosaïsme, de lourdeur.

Il serait cruel de mettre le Lièvre et la Tortue, le Laboureur et l' Alouette, le Roseau et l’Olivier en parallèle avec les apologues correspondants de La Fontaine. Il est pénible également de constater que certaines pièces des Ysopets sont très souvent supérieures aux Fables du très ancien Ésope Phrygien (1). De la science, des pressentiments, d'heureuses rencontres, il y a chez Corrozet tout cela. Ce dont il souffre, c'est d'une incapacité absolue à rendre siens par une originalité véritable les apologues des vieux maîtres.

On aboutit à même conclusion quand on étudie les recucils des autres fabulistes du xvi° siècle. François Habert, unavocat d’Issoudun, après avoir abusé du droit qu’on a de rimer pauvrement d'’ennuyeux poèmes allégoriques, écrivit, paraît-il, quelques fables (2). Malgré de la prolixité, l’une d'elles est assez jolie : c’est celle du Cog et du Renard. Mais cette pièce de Habert qui mérite seule notre attention, nous ne sommes pas sûrs

(1) Comparer ces vers avec le passage de l’Ysopef que nous avons donné page 41 :

« Tu habites en la caverne : Avec les rois je me gouverne.

Tu manges blé, avoine et orge, Et je me pais à pleine gorge De viandes délicieuses.

Les belles filles gracieuses J'embrasse aussi en mon repos.

(2) Ilabert (1520?-1569?) eut le titre de « Poète du roi » sous le règne d'Henri II. Il se déclara toujours mécontent de la fortune et se désignait lui-même sous le nom de « Banni de liesse ». Ses principaux poèmes allégoriques sont : le Voyage de l'homme riche et le Temple de chaslelé.

qu'il en soit le père et il ne convient donc pas

d'insister (1}. - Guillaume Haudent, prêtre de Normandie, ne se

verra pas, lui, comme Habert, contester les Trois

cent soixante-six apologues d'Ésope, qu’il

composa d'après Ranulius et Talla (2). Il entendra blâmer, en revanche, sa platitude et la pauvreté de son génie poétique, sans qu'il lui soit possible d’interjeter appel avec succès. La Confession de l'Ane, du Renard et du Loup lui devrait obtenir cependant les circonstances alténuantes, Le loup, que Guillaume Haudent nous présente, s’accuse d’avoir dévoré une laie qui négligeait ses petits... et les petits, parce qu’ils n'avaient plus de mère pour s'occuper d'eux. Le renard, de son côté, a croqué bellement un méchant coq, qui déchirait tous les habitants de la basse-cour avec ses ergots; et, par charité, il a fallu se résigner à abréger la vie des poules, languissantes et désolées d'être veuves. Les deux compères s’absolvent avec une indulgence réciproque. Maisils condamnent un malheureux baudet, qui a mangé la paille des sabots de son maître; etils se chargent d’exécuter la sentence... en déjeûünant aux dépens du pauvre sire. Quoique la fable aujourd'hui nous semble longue, elle se recommande par une fine ironie; elle contient deux scènes amusantes, et

(1) Cette fable est écrite dans le même rythme qu'Avril de Remi Bellesu. Certains l'attribuent à Guéroult. La propriété littéraire n'existant point alors, on se trouve souvent en présence da grandes difficultés.

(2\ Guillaume Haudent écrivit ct publia, en 1547, les Trois cent svixanle et six apologues d'Ésope très excellent rhilosuphe, pr-miè. rement traduits de grec en latin par plusieurs illustres auteurs, “omme Laurent Valle, Erasme et autres, ei nouvellement de latin en rithme {-ançaise par maitre Guillaume Haudent (Rouen),

elle défend contre l'oubli le prosaïque Haudent, qui fut poète, un jour, par hasard!

A bien y réfléchir, c'est également l'histoire de Guillaume Guéroult, savant émérite, lui aussi, qui inlercala vingt sept apologues dans le Premier livre des Emblèmes. Ses connaissances sérieuses en histoire naturelle et en botanique auraient dû l’aider à metire dans de nombreuses pièces cette exactitude scientifique qui doit s’allicr toujours à la vérité morale (1). Il demeure cependant l’homme d’une seule fable : le Lion, le Loup el l'Ane, dont la première moitié est un peu froide, mais dont la seconde peut supporter la comparaison avec les Animaux malades de la peste. L'épisode de l'âne mérite d’être cité tout entier :

Lors dit à l’Ane : « Or, conte nous ta vie, Et garde bien d’en omettre un seul point ; Tant de punir les menteurs j'ai envie! »

L’Ane, craignant de recevoir nuisance, Répond ainsi : « Mauvais sont mes forfaits, Mais non si grands que ceux-là qu'avez faits; Et toutesfois j’en reçois déplaisance.

Quelque temps fut que j'étais en servage Sous un marchand qui bien se nourrissait, Et au rebours pauvrement me pansait, Combien qu’il eut de moi grand avantage.

Le jour advint d’une certaine foire, Où, bien monté sur mon dos, il alla :

Mais arrivé, à jeun me laissa là,

Et s’en va droit à la taverne boire.

4) Guillaume Guéroult, né à Caen, mort en 1569 cuviron voyagea à l'étranger, s'occupa de médecine et de botanique, devint correcteur des grandes imprimeries ue Lyon !I publia une Ilistoire des plantes (15/8), une Descriplion philosophale de la n .lure, des animaux en rimes (1548 1550), le Premier livre des Emtblèmes (1550) les Narralions fabuleuses (1558).

Marri j'en fus (car celui qui travaille Par juste droit doit avoir à manger).

Or je trouvai, pour le conte abréger, Ses deux souliers remplis de bonne paill£.

Je la mangeai sans rien dire à mon maitre Et, ce faisant, l’offensai grandement;

Dont je requiers pardon très humblement, N’espérant plus telle faute commettre. »

« O quel forfait! O la fausse pratique!

Ce dit le Loup fin et malicieux;

Au monde n’est rien plus pernicieux Que le brigand ou larron domestique.

Comment? la paille au soulier demeurée De son seigneur, manger à belles dents ?

Et si le pied eût été là-dedans,

La tendre chair eût été dévorée ! »

Les huit derniers vers sont exquis, et La Fontaine désespérant d’égaler ici Guéroult, n’a point écrit le réquisitoire du loup, transformé en procureur royal. Cela porta bonheur à Guéroult, d’avoir, repris la vieille histoire contée déjà par Raulin, et son récit nous charme par beaucoup de malice bien française. Aïlleurs, comme tous ses confrères, il manque de naïveté, d'imagination et d'art.

Naturellement, l’Apologue ne connut point l'honneur d'être traité par les princes de la Pléiade. Ils nourrissaient de plus hautes et de plus légitimes ambitions. Cependant, comme il eût été fâächeux de négliger absolument la Fable, quand on restaurait les autres genres de l’antiquité, Antoine Baïf inséra une vingtaine d'apologues dans ses Mimes, enseignements et pro-

DU ROMULUS A LA FONTAINE. ei

verbes (1). On pouvait beaucoup mieux attendre d’un lieutenant le Ronsard. Du talent, nul ne doute qu'il n’y e.. ait de droite ou de gauche. Le Loup, la Mère et l'Enfant est un conte agréable, et l’on appréciera, dans ia Chauve-souris, certaine adresse à condenser ingénieusement la pensée :

Une chau-souris chut en terre.

La belette en ses dents la serre Qui ne pardonne à nul oiseau :

« Oiseau je ne suis, ce dit-elle, Souris je suis ». Se disant telle, Elle se sauve bien et beau.

Une autre fois rechut en terre.

Le chahuan, qui fait la guerre Aux souris, la chau-souris prend.

« Souris je ne suis, ce dit-elle, Mais oiseau ». Par telle cautelle Le chahuan sauve la rend.

La tierce fois rechut en terre.

Le chat la prend, qui fait la guerre Autant aux oiseaux qu'aux souris.

La chau-souris n’a plus d’excuse, Qui perd sa finesse et sa ruse Entre les pattes du chat gris (2).

Cela n’est point du tout méprisable. Voici le revers de la médaille. Baïf s’astreint à n'écrire ses fables qu’en stances de six vers octosyllabes, lui, un des chefs de la nouvelle École! lui, qui plus que Ronsard ou du Bellay se déclara curieux de

(1) Sur Antoine de Baïf voir notre brochure la Poésie lyrique. Ses Mimes, enseignements el proverbes parurent en 1556; l'édition complète est de 1597. Signalons parmi les fables de Baïf, outre celles que nous citons : Le Cerf el le Cheval, Le Hérisson el la Marmolle, L'Homme entre deux âges, etc.

(2) Les Mimes, livre III.

mètres et de rythmes nouveaux | Quand ilse mêle de développer, il est gauche, lourd et diffus (1). S'il tente, au contraire, de conserver « le caractère aphoristique et sentencieux de l’apologue ésopique », il en arrive à surpasser pour la concision son modèle grec ; et les Spartiates auraient goûlé ce sixain éminemment laconique :

Tout l'été chanta la cigale;

-Et l'hiver elle eut la faim vale :

Demande à manger au fourmi.

« Que fais-tu tout l’été? — Je chante.

— ÎÏl est hiver : danse, fainéante ».

Apprends des bêtes, mon ami (2).

Il n’y a rien là de comparable à ce que produisirent dans la poésie lyrique les auteurs de l'Olive et des Regrets, des Odes et des Amours. Mais cette absence de souplesse, cette sécheresse affectée, ce bavardage sans art, on ne s'étonne point de les rencontrer chez celui des membres de la Pléiade qui secoua moins que tout autre le joug pesant de l'érudition, chez « le docte, doctieur et doctime Baïf ».

Pour n'oublier aucun des fabulistes savants du xvi* siècle, inscrivons ici le nom de Philibert Guide, plus connu sous le pseudonyme d'Hégémon 3). Il voulut enrichir de vingt-deux fables sa Colombière et maison rustique. Ce fut en

(1) Lire la fable du Serpent (48 vers), au livre III, ainsi que la £Renarde el l'Aiale (42 vers).

(2) Les Mimes, livre [; « Fainéante » se prononçait alors « faiaante » ).

(3) Né à Châlons-sur-Saône en 1535, mort à Mâcon en 1595, Philibert Guide fut procureur du roi au bailliage de Châlons. Son ouvrage s'aopelle la Colombière et maison rustique..….., plus l'abeille

françoise ; F'ables morales et autres poésies (Paris, 1583). Hégémon (ayénuy) signifie « guide »,

M CE sa mn ne ot à. à

reprenant les sujets maintes fois traités : « D'un Loup, d'une Femme et d’un Enfant »; « Du Cogqet du Regnard »; « Des Pasteurs et du Loup »; « Du Lion malade et du Regnard »; « Du Regnard et des Poules ». Il nous permet d'y apprécier quelques-uns de ces traits familiers qui font le charme d’une fable. Chantecler, par exemple, nargue en bon bourgeois parisien le renard pacifiste qui décampe lorsqu'on lui annonce l'arrivée de deux chiens « mordants » :

.… «Pourquoi fuis-tu, Regnard?

Car, puisque paix ensemble nous attire, Craindre ne faut qu’on te gratte ton lard.

— Ha! compagnon, respoudit-il, ceux-ci

N'y sont compris, ainsi comme je croi.

— Je vois donc bien, dit le coq, par ceci Qu'il faut des chiens pour se garder de toi. »

Dans un autre apologue, Docteur Renard est semblablement déçu, quoiqu'il sache légitimer courtoiscment sa tardive visile aux locataires d’un poulailler (1) :

En pleine nuit, un regnard caut et fin Vint droit à l'huis des poules bas hurter En leur disant qu’un coq proche voisin L'y envoyait, tant pour les visiter Que pour savoir de leur bon portement Comme un expert et fort bon médecin Qui leur pouvait donner allégement.

Lors d'elles une, élue à ce, sans bruit Lui dit: « Ami, très bien nous porterons Lorsque de toi plus éloignées serons; . Car les mœurs sont, et non la belle langue, Qui croire font celui-là qui harangue ».

(1) On remarquera dans cette citation les mots « hurter » et « porltement » qui appartiennent au patois berrichon. Il ÿ aurait tout un travail à faire pour l'attribution des fables du xvi° siècle : on sc pillait alors sans scrupule. Cette fable est pcut-être de Habert.

Mais, en dépit de son nom et de son pseudonyme grec, Hégémon ne fut point pour nos fabulistes le bon guide. Chez lui, comme chez ses confrères du xvi° siècle, nous relevons de grands défauts, Ils ignorent tous la mesure, tombent dans la sécheresse ou la prolixité, présentent tout sur le même plan, sans savoir mettre en vedette ce qui le mérite. Et ils comprennent bien que l’art est nécessaire dans une fable; mais, n'étant pas du tout des artistes, ils imitent les anciens d’une façon froide, gauche et compassée.

À cette époque encore, c’est en marge du genre qu’il faut aller chercher les meilleurs apologues. L'esprit populaire et gaulois continue modestement son travail. Il souffle d'heureuses inspirations à des auteurs que La Fontaine connut bien et qui lui indiquèrent comment il était possible de renouveler les sujets fournis par les fabulistes antiques ou les fabulistes nationaux.

Dans ses Nouvelles récréations et joyeux devis, Bonaventure des Périers, un des littérateurs qui se groupèrent autour de Marguerite de Navarre, ne se borne point à conter des historiettes avec une liberté souvent excessive (1). La Nouvelle sur le Savetier Blondeau qui ne fut onques en sa vie mélancolique que deux fois contient une jolie esquisse du Suvetier et du Financier; et, avant d'écrire sa Laitière, le Bonhomme avait lu la spirituelle Comparaison des alquemistes à la

(1) Bonaventure des Périers (1500-1544), très savant helleniste et latiniste, fut le secrétaire de l’érudite princesse. [Il écrivit, outre ses Nouvelles, des traductions, des poésies et le Cymbalum mundi où il étale un scepticisme effréné. Les Nouvelles que nous citons sont la XIIe et la XIX°,

bonne femme qui portait une potée de lait au marthé. Reprenant le thème du prédicateur Jacques le Vitry, après quelques calembours et une crilique de ces songe-creux dont « tout le cas s’en va en fumée », l'auteur des Vouvelles récréalions écrivait :

On ne les saurait mieux comparer qu’à une bonne femme qui portait une potée de lait au marché, faisant son compte ainsi: qu’elle la vendrait deux liards; de ces deux liards elle en achèterait une douzaine d'œufs, lesquels elle mettrait couver, ct en aurait une douzaine de poussins ; ces poussins deviendraicnt grands, et les ferait chaponner; ces chapons vaudraicnt cinq sous la pièce : ce serait un écu et plus, dont elle achèterait deux cochons, mâle et femelle, qui deviendraient grands et en donneraient une douzaine d’autres qu’elle vendrait vingt sous la pièce après les avoir nourris quelque temps : ce seraient douze francs, dont elle achèterait une jument qui porterait un beau poulain, lequel croîtrait et deviendrait tant gentil : il sauterait et ferait hin. Et en disant Ain la bonne femme, de l’aise qu’elle avait en son compte, se prit à faire la ruadc que ferait son poulain, ct, ce faisant, sa potée de lait va tomber et se répandit toute. Et voilà ses œufs, ses poussins, ses cochons, sa jument, son poulain, tous par terre. Ainsi les alquemistes, après qu'ils ont bien fournayé, charbonné, luté, soufflé, distillé, calciné, congelé, fixé, liquéfié, vitréfié, putréfié, il ne faut que casser un alambic pour les mettre au compte de la bonne femme.

Et c’est bien là un apologue, narré avec beaucoup de grâce, mais s'appliquant à un cas trop spécial et quelque peu gâté aussi par des fautes contre le bon goût.

On formulera les mêmes réserves à propos du Bâûcheron et Mercure, inséré par frère Rabelais dans le prologue de son Quart livre. Cela semble confus et hybride. Le récit est encombré par les digressions de l'intempérant humaniste et les gaillardises cyniques du gaulois. Mais si on pra-

LEvRAULT, — La Fable. 5

tique l’'émondage, si on laisse uniquement subsis- {er ce qui constitue l'apologue, chacun admirera a verve, le pittoresque, l’art du dialogue. Il faut voir le bûcheron « levant sa face vers les cieux, les genoux en terre, la tête nue, les bras haut en l'air, les doigts des mains écarquillés, disant à chacun refrain de ses suffrages, à haute voix infatigablement : « Ma coignée, ma coignée ; rien plus, ô Jupiter, que ma coignée ou deniers pour en avoir une autre. Hélas! ma pauvre coignée! » Et l’on relèvera dans la petite scène entre le boquillon et Mercure en même temps que la vérité des sentiments et des attitudes l’heureuse naïveté de l'expression (1). Si l’on publie quelque jour une anthologie de la Fable, ces pages de François Rabelais devront y figurer en bonne place... après les coupures nécessaires.

Signalons encore à ceux que charment cette originalité et ce tour naïf la Receple véritable de Bernard Palissy et la Satire 111 de Régnier sur la Vie de cour (2). L'inventeur des « rustiques figulines » avait maintes fois discouru devant des auditoires populaires soit à Paris, soit en Saintonge. De là chez lui l'emploi presque constant du ton familier. Il le transporte même dans les livres où il donne des leçons pratiques d’agriculture et de science. Il suppose une vive discussion.

(1) Voir notamment le passage qui commence ainsi * « Mercure avec son chapeau pointu, » etc.

(2) Sur Régnier, voir notre brochure la Satire. Bernard Palissy (1510-1589) fut un merveilleux artiste dont les emaux sont célèbres. Ïl a écrit la Recette véritable et ies Discours admirables où abondent les idées neuves et où le style est empreint d’une familiarité chormante. On trouvera les passages que nous indiquons aux pages 113 et 118 de l'édition A. France

pour la première place entre le Compas, l’Équerre et les autres outils « propres à la géométrie ». 11 nous fait sourire avec « la sagesse du Renard » se délivrant de ses puces par un procédé ingénieux Îl montre en goguenardant « comment le fin renard prit son diner aux dépens de la grole qui le voulait manger ». Tout cela plein de malice sous une naïveté voulue ! Et c’est également là ce qui nous plaît dans le Mulet, le Loup et la Lionne de Mathurin Régnier, le trop gaulois chanoine. Tous connaissent ce pelit chef-d'œuvre : les questions indiscrètes des deux bandits sur l'élal civil du voyageur (1); la réponse « normande » de celui-ci, qui prétend avoir son nom écrit sous le sabot (2), et la prudence de messite Loup,

S’excusant de ne lire avec cette parole Que les loups de son temps n'allaient point à l’école.

Tous le connaissent; et tous regretlent que Clément Marot, Régnier, Bonaventure des Périers, Bernard Palissy et Rabelais, n'aient point mis plus souvent leur esprit et leur verve au service de l’Apologue. Leur influence par cela même fut presque nulle alors sur le genre. Mais ils nous intéressent cependant beaucoup : en effet, parmi les qualités qui feront de La Fontaine le roi du genre,

(1) « D'où es-tu? qui es-tu? quelle est ta nourriture ? Ta race, ta maison, ton maître, ta nature ? » (2) « Je n'ai point de mémoire,

El, comme sans esprit ma grand'mère me vit, Sans m'en dire autre chose, au pied me l'écrivit. »

il en est qui étaient leurs et qu'il avait appréciées dans leurs écrits (1). |

La Fable au XVII‘ siècle, avant La Fon:

taine. — On ne s'étonnera pas maintenant si la Fable, qui languissait entre les mains des fabulistes de profession, ne fut pas considérée à la fin du xvr* siècle comme un genre véritablement litléraire. Vauquelin de la Fresnaye lui-même, bien qu’il eût sur le moyen âge des connaissances assez précises, ne prononce point le nom d’Apologue dans son volumineux Art Poélique.

Aussi, pendant soixante-dix ans, quels fabulistes aurons-nous? Un Pierre Boissat publiant de lourdes paraphrases ou d’insupportables sermons sousle litre de Fables d'Ésope phrygien moralisées (2)! Un prieur, nommé Audin, qui réunit dans ses Fablcs héroïques des dissertations pesantes et des romans ennuyeux (3)! C’est la compl'le indigence; et l’on donnerait tout ce fatras, même pour une des meilleures fables de l’Ysopet.

Heureusement cette longue période est loin d'être stérile tout entière. Les traducteurs font œuvre utile à l’évolution du genre. Certain « David Sahid d’Ispahan » met le Livre des lumières, c'est-à-dire le Calila et Dimna, à la portée des Français, agrandissant ainsi le champ de

(1) Mentionnons en Italie, au xvi* siècle, parce que La Fontaine les connut, Faërne qui écrivait en latin et Verdizotti qui se seryait de la languc vulgaire.

(a) La première édition est de 1633. Après le titre il y a: « où es Fables d'Ésope illustrées de discours moraux, philosophiques et politiqries.

(3) Voici le titre exact : Fables héroïques, comprenant les vérila bies

maaimes de la politique ehrélienne et de la morale, avec des discours enrichis dr nlusieurs h'sloires fan! anciennes que modernes(Paris, 1 5'2},

ne me me pr le GE Sn

DU ROMULUS à Eä FONTAINE. C3

l'Apologue et nous fournissant de nouveaux modèles #1). Certains régents, d'autre part, s'ingénient à traduire Ésope d'une façon personnelle et littéraire. A cet égard, le bon Meslier mérite mieux qu’une simple mention (2). Sa traduction est une « belle infidèle ». Il ajoute des traits vifs et plaisants ; il étoffe le récit trop grêle (3); il modifie le ton presque toujours, et cela nous semble sa grande qualité. Voici que les héros d'Ésope deviennent « Maître Mitou », « Compère Renard », « Madame la Grue ». Voici que les lièvres « tiennent leurs grands jours » et que deux coqs « se battent en duel ». Voici mille expressions gauloises qui remplacent l'expression grecque : le bouc « chante pouilles » au renard; le chien voleur « trousse bagages », « sans toucher tambourin » ; le serpent « vit à potet à feu » avec l’écrevisse; une souris « met le nez à la fenêtre »; les servantes « font passer le pas » à Chantecler trop malinal, et le loup veut « friper les plats » pour être « potelé et rebondi » (4). Cela

(1) On considère l'orientaliste Gaulmin comme étant l'auteur du Livre des lumières ou la Conduile des rois, composé par le suge Pilpay, Indien, traduit en français par David Sahid d'Ispahan, ville capitale de Perse (Paris, 1644).

(2 Æsopi fabulæ gallicæ, lalinæ, græcæ..……. Versio utraque nova et elaborala, par J. Meslier (Paris, Cramoisy, rue Jacob; aux Cigognes, 1629).

(3) Le chien d'Ésope disait : « Ah! quel bonheur! je vais bien ne rassasier ! » Celui de Meslier est plus expansif : « Bien aise il s’en va autour du diner, et là, aguignantavec des yeux gloutons lout ce grand appareil et somptueux souper qu'on habillait, son ventre gronde et il aboie comme pour dire : « Quelle joie je sens éclater en moi! Tantôt j'exploiterai des dents comme il faut. Je vais me faire panse de loup... », et il vous frélillail sa queue. & Comparer à une fable de Corrozet, page 55.

(4) Il renouvelle même et varie agréablement le fameux « uü6oç Bqhor Bi d'Ésope. Par exemple : « Sous l'écorce de cette hista-

sonne déjà, par moments, commedu La Fontaine, les procédés sont les mêmes; et, peut-être, devrions-nous tenir de ces ressemblances plus de compte, l'Ésope de Meslier ayant certainement été livre classique dans ce collège de Reims où notre grand fabuliste fit nonchalamment ses études.

Il n’en est pas moins vrai que l'apologue en vers avait complètement disparu quand La Fontaine lança son premier recueil. Il le constatait dans la préface :

Nous en avons des exemples, disait-il, non seulement chez les étrangers mais chez nous. Il est vrai que, lorsque nos gens y ont travaillé, la langue était si différente de ce qu’elle est, que l’on ne doit les considérer que comme étrangers. Cela ne m'a point détourné de mon entreprise : au contraire, je me suis flatté de l'espérance que si je ne courais dans cette carrière avec succès, on me donnerait au moins la gloire de l'avoir ouverte.

Et La Fontaine n'avait point tort de parler ainsi. Nous savons aujourd’hui qu'elle était déjà longue la liste des fabulistes français. Soit ! mais tout restait encore, pour ainsi dire, à faire. Chez les uns, l’imitation érudite bannissait le naturel et la naïveté, indispensables au genre de la Fable. Les autres possédaient bien le naturel, mais ils ignoraient la science et l'art, sans lesquels il n'existe point d'œuvre littéraire. Et, comme les meilleurs apologues, en prose pour la plupart, avaient été jetés dans quelque coin d’une satire, d'un sermon, d’un long poème, d'un roman, d'un

riette.. »; « Ne lit-on pas ici à grasses lettres que... »; « Ce coq nous chante que... »; « Maître Loup nous enseigne. » ; « La sauce est de vous montrer que... »; « Pierre lancée dans le jardin de certaines gens qui... » |

TT

ouvrage scientifique, on les négligeait absolument. | |

Mais le Bonhomme les lut; mais il était gaulois de race ; mais il connaissait autant qu'humanisie au monde Ésope, Phèdre, Avianus; et il donna enfin à la France le véritable apologue, celui où

l'inspiration populaire s'associe à la tradition antique, celui où se tonaent harmonieusement la naïveté charmante des écrivains primitifs et l’habileté suprême des plus fins lettrés.

MÉMENTO BIBLIOGRAPHIQUE : Éditions et textes. — Hervieux : Les fabulistes latins depuis le siècle d'Auguste jusqu'à la fin du moyen âge (Paris, 1893-94) (le « Romulus », etc.); le Castoiement d'un père à son fils (Méon, Fabliaux et conles, tome II, l'uris 1804): le Bestiaire de Philippe de Thaon (dans Popular trealises on science wrilien during the middle ages in Anglo-Saxon, Anglo-Normand and English- (London, 1841); Edelestand du Méril : Poésies inédiles du moyen âge (Paris, 1854); De Roquefort : Poésies de Marie de France (Paris, 1820) ; Robert . Fables inédites des XIIe, XIIIe et XIVe siècles (Paris, 1825); Recueil des fabliaux de MM. Barbazan (1736), Le grand d'Aussy (1779), Méon (1804), Jubinal (1839), A. de Montaiglon et G. Reynaud (Jouaust); Renart : éditions Martin, Méon, Chabaille : Corrozet : Fables du très ancien Ésope Phrygien : édition de 1542, édition du marquis de Queux de Saint-Hilaire(Librairie des Biblio, philes, 1882); Haudent: Trois cent soixante et dix apologues d'Ésope: édition de Rouen (1547;, édition Ch. Lormier (Rouen, 1877) ; Guérouit : Le premier livre des Emblèmes, à Lyon, 1540; Baïf : Les Mimes : édition Marty-Laveaux (La Pléiade française) ; Hégémon : La Colombière, etc. (Paris, 1583); Bonaventure des Périers et Rabelais (Bibl. Elzévirienne); Palissy : édition Anatole France chez Charavay, 1880). Pour Boissat et Audin, etc., les vieilles éditions citées en note.

Ouvrages à consulter. — Les préfaces des éditions citées ; Histoire lilléraire de la France : tomes XXIIL et XXIV; G. Paris : Lillérature française au moyen âge; Saint-Marc Girardin : La Fontaine el les fabulistes, tome Ier; Taine : La Fontaine el ses fables, 3° partie, c. 1: De l'Action; Bédier: les Fabliaux (1893); Walckenaër: Essai sur la fable et sur les fabulisles avant La Fontaine (1822); Moland . Œuvres de La Fontaine, tome Ie"; Régnier : édillon de La Fontaine (Collection des Grands Écrivains) : les notices des fables.

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