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Détroit de Boni Facto
Fio. 159. — Carte géologique de la Corse, d'après J. Deprat (ÎA Vélain, ïieijue de Géographie, IV, 1907-1908, pi. II).
formées de sédiments alpins, ainsi que de roches vertes et d'intrusions granitiques. La direction des couches est N.-S. En même temps sort du sein de la terre, pour former l'Ouest de Tile, le dôme granitique du Monte Capanne (flg. 160). Ce granité est plus récent que les roches vertes. Le même granité récent constitue également Tlle de Monte Cristo, à 20 kilomètres au Sud de Tlle d'Elbe, puis llle de Giglio, située à 50 kilomètres vers le Sud-Est (avec un lambeau, accroché à sa masse, d'un calcaire probablement rhétien qui se rencontre aussi dans l'Ile de Giannutri) ; et enfin, il donne un puissant filon près de Gavorrano (Province de Grosseto), à 36 kilomètres à l'Est de l'Ile d'Elbe.
Tous ces éléments sont autant de traces des Alpes Piémontaises.
Les rivages de la Mer Tyrrhénienne ne coïncident pas avec les limites de l'aire d'affaissement qui lui a donné naissance, car l'effondrement empiète au loin sur TApennin (I, p. 176, 336). Il embrasse Florence, Kome, et enfin toute la région volcanique jusqu'au Vésuve. C'est seulement au delà de ce champ de fractures que l'Apennin acquiert une certaine continuité.
En 1892, De Stefani a publié une carte des lignes directrices de la région comprise entre Gènes et Florence*. La même année, Lotti a décrit, en partant de la « Chaîne Métallifère i», les lignes directrices de la Toscane^. On doit enfin des vues d'ensemble à Th. Fischer et à Novarese*.
Les traits suivants peuvent être discernés :
Dans le Nord-Est de la Corse, les plis alpins, étroitement serrés, ont une direction qui va du S. au S.S.E. Dans l'Ile d'Elbe et à l'Ile Cerboli * domine la direction N.-S. Dans le Nord, la direction N.-S. se poursuit d'abord, à partir de Sestri Ponente, avec de multiples déviations secondaires, dans le Crétacé et l'Eocène de l'Apennin. Les lignes orientales de ce faisceau tournent ensuite au S.S.E. ; et de longs anticlinaux, laissant affleurer des couches plus anciennes, atteignent avec cette direction S.S.E. le Golfe de La Spezzia. Au delà domine cette
1. C. De Stefani, Le pieghe deW Appennino fra Genova e Firenze. Contribu:ione allô studio suW origine délie montagne {Cosmos, di G. Cora, XJ, 1892-93, p. 129-151, pJ. IV-V! : carte et coupes).
2. B. Lotti, Consideracioni sintetiche suUa orografia e suUa geologia délia Catena Metallifera in Toscana (Boll. R. Comitalo Geol. d'italia, XXIll, 1892, p. 5.5-71). M. Lotti a eu l*obIigreauce, à cette époque, de oi'adresser une esquisse manuscrite des lignes directrices de la Toscane; un croquis du même genre a paru dans Touvrage de Th. Fischer.
.3. T. Fischer, La Penisola Italiana, Saggio di Corografia scientifica. Edizione italiana a cura di V. Novarese, F. M. Pasanisi e F. Rodizza. In-S", Torino, 1902, p. 211. [Voir surtout la frrande monographie de B. Lotti, Geologia delta Toscana (Mem. descritt. délia Garta gool. d'ilalio, Xlll). In-8% xvi-48i p., 4 pi. dont carte géol. à 1 : 500000, pi. I, et carte des direc- Incos tectoniques à la môme échelle, pi. 11, Roma, 1910 (p. 371-412 : Tettonica cd orogenia).]
4. P. Fossen, SuUa costitazione geologica deW isola di Cerboli (Boll. R. Gomitato Geol. d'italia, XVI, 1885, p. 13-17).
direction S.S.E., presque S.E., jusqu'à Florence, puis S.E. au delà de Pistoja.
DansTIlede Gorgona, on rencontre la direction S.E. ; dans les Alpes Apuennes, puis près de Lucques et au delà de Volterra, S.S.E.; dans la Chaîne Métallifère, l'orientation se rapproche davantage du méridien; mais, au delà de Grosseto, elle passe au S.S.E., et au Monte Argentario, de même que dans l'intérieur des terres, jusqu'au cône de Bolsena, au S.E. De l'autre coté de la Chaîne Métallifère et par delà les volcans, la direction des plis, qui est constamment S.E., coïncide avec celle des reliefs montagneux.
On ne peut acquérir une vue d'ensemble de la structure qu'en envisageant toute la région qui s'étend depuis les Alpes de Ligurie jusqu'au massif corso-sarde et jusqu'au bord externe, si uniforme, que l'Apennin tourne vers la plaine du Pô et vers la Mer Adriatique. Ce territoire est étroit au Nord, entre Gênes et la plaine lombarde, mais il s'élargit rapidement vers le Sud et finit par occuper tout l'espace compris entre la Corse moyenne et le bord oriental externe de l'Apennin. Au dessin triangulaire de cet espace, s'ouvrant vers le Sud, répond la divergence des plis, dont la direction dominante est N.-S. dans l'Ouest et N.W.- S.E. dans la partie orientale.
Ainsi s'agencent les lignes directrices; mais il est permis de se demander si elles donnent bien la véritable clef de la structure. Déjà le premier éperon qui atteint la mer, près de La Spezzia, est, à son extrémité, couché vers l'intérieur du pays; et Steinmann suppose que tons les terrains qui suivent plus à l'Est ont une structure en nappes. Deux nappes ont été distinguées : une première nappe, la plus élevée, contenant des roches intrusives basiques, assimilées, comme celles de l'Ile d'Elbe, aux roches vertes des Alpes, et une autre nappe, plus profonde (chaîne calcaire de La Spezzia, Alpes Apuennes, Chaîne Métallifère de Toscane, etc.), qui n'est jamais traversée par ces roches vertes ^
Les Alpes de Ligurie sont un tronçon des Alpes Piémontaises semblable à un horst, limité au Sud par l'efTondrement tyrrhénien et s'enfonçant au Nord sous les couches tertiaires; celles-ci comprennent une
1. G. Steinmann, Alpen und Apennin (Zeitschr. Deutsch. Geol. Gesellsch., LIX, 1907, Monatsber.i p. 177-183). [Voir aussi P. Termior, Rapports teclonûjues de VApennin^ des Alpes et des Dinarides (Bull. Soc. Géol. de France, 4* sér.. VII, 1907, p. 421-423).]
Légende de la figure IGO.
1. Micaschistes antésiluriens ; 2. Schistes ardoisiers siluriens: 3. Poudiogues, quartzites et schistes permiens (Verrucano): 4. Infralias et Lias; 5. Roches métamorphiques d'âge indéterminé du .Monte Capanne; 6. Éocène (Âlberese, calcaires à Nummulites. jaspes, schistes k Fucoïdos, Marigno : 7. Quaternaire (alluvions et plages soulevées); 8. Serpentines an té-siluriennes; 9. Diabases, Eupbolides et Serpentines éocënes; 10. Granite du Monte Capanne (post-éocône) ; 11. Granite porphyroïde et porphyre quartzifère. — Échelle de 1 : 200000.
série continue, depuis l'Oligocène jusqu'à Tépoque la plus récente, et forment une partie du remplissage de la dépression lombarde. Ce manteau tertiaire s'étend au Nord jusqu'au delà de Turin et de Casale. Vers l'Ouest, il est séparé des Alpes par la plaine de Coni (Cuneo) et de Mondovi; vers l'Est, il atteint la plaine d'Alexandrie et de Tortona.
Entre Alexandrie et Valenza émerge de la plaine un anticlinal, ou plutôt, d'après la description détaillée donnée par Sacco, une zone de surélévation d'axes de direction W.N.W. Elle forme ensuite trois anticlinaux parallèles, et le mieux marqué d'entre eux atteint son point le plus septentrional près de Chivasso. De là, la direction tourne au S.W., de telle façon qu'il en résulte un arc convexe vers le N. ; le plissement se termine près de Turin (fig. 161). Mais Sacco a également montré que ce même faisceau anticlinal qui émerge entre Alexandrie et Valenza est déjà visible plus à l'Est, au delà de la plaine de Tortona, laquelle n'a guère ici que 15 kilomètres de largeur; en d'autres termes, les plissemejils récents de Turin sont la continuation déviée des plis du bord externe de V Apennin lui-même^.
Ce n'a pas été un mouvement local, mais ce furent les mouvements d'ensemble les plus récents de l'Apennin qui ont permis à ce plissement tardif de pénétrer dans la région de l'affaissement. C'est ainsi que se produisent les extrémités libres rebroussées.
Dans l'Apennin se répètent les roches vertes des Alpes, et en particulier, comme en Corse, dans des couches crétacées, éocènes et oligocènes (ou éocènes supérieures). Au Nord, elles sont plus abondantes: au Sud, leur importance diminue de plus en plus^
Sur la Trebbia moyenne, où les roches vertes ne sont pas antérieures
1. F. Sacco. La géo-tectonique de la Haute Italie Occidentale (Bull. Soc. Belge de Géol., Bruxelles, IV, 1890, Mém., p. 3-28, pi. 1 : carte, notamment p. 18 et suiv.); le môme, Les rapports géo-tectoniques entre les Alpes et les Apennins (Ibid., IX, 18Ö5; Mém., p. 33-40, pi. II : carte), et ailleurs. Voir surtout la carte à 1 : 100 000 jointe à son ouvrage : H Bacino terziario e quaternario del Piemonte. In-8°, 634 p., 188Ô-1890. [Consulter en outre la Carte géologique des Collines de Turin à 1 : 100 000 (pi. XXXI) jointe à la note de F. Sacco, Les étages et les faunes du bassin tertiaire du Piémont (Bull. Soc. Géol. de France, 4' sér., V, 1905, p. 893-916, pi. XXX, XXXI); etP.-L. Prewer, Aperçu géologique sur la Colline de Turin (Mém. Soc. Géol. de France, 4- sér., I, Mém. n» 2, 1907). In-4% p. 1-48, 1 pi. carte géol. à : 1 : 100000 et 5 coupes générales dans le texte (flg. 6, p. 39); avec bibliographie.] G. Rovereto reconnaît également la liaison avec les Apennins (Geomorfologia délie Valli Liguri, p. 44). Virgilio a essayé d'expliquer ces plis par Thypothése du glissement due à Beyer, à l'exemple de Bombicci, qui, antérieurement, avait cru pouvoir interpréter d'une manière analogue la structure de l'Apennin tout entier; F. Virgilio, La coltina di Torino in rapporta aile Alpi, all'Appennino ed alla pianura delPo. In-S", vJi-159 p., 1 carte. Torino, 1895; Argomenti in appoggio délia nuova ipotcsi sullaorigine delta Collina di Torino (Atti R. Accad. Se. Torino, XXX, 1894-95, p. 589-606), et Sulla origine délia Collina di Torino (Boll. Soc. Geol. Ital., XV, 1896, p. 36-70). Voir aussi L. homhiccï-PoTi&, Bivendicazione di priorita, ecc.(Rendic. Accad. Se. Bologna, 30 avril 1893).
[2. L. de Launay, I. La Métallogénie de Vllalie et des régions avoisinantes. II. Notes sur la Toscane minière et Vile d'Elbe (Congrès Géol. Internat., G. R. X' Session, Mexico, 1906, p. 555-699, carte en couleurs faisant face & la p. 560).]
à rOligocène, Traverso distingue une série résultant de la différenciation d'un magma commun. De la Iherzolithe et de la serpentine en constituent le premier terme ; le second est formé par du gabbro et de la diabase; le plus récent, par du granité. Le granité n'apparaît que sur des étendues restreintes, le plus souvent en filons*.
Dans l'Apennin de Bologne, Vinassa de Regny a décrit des pointements abrupts et dénudés de Iherzolithe, de norite et de serpentine; on a également signalé dans cette région de la magnésite nickélifère *.
A nie d'Elbe, le granité se montre, comme nous l'avons indiqué, sur de plus grandes étendues; mais, là encore, il représente le terme le plus récent. Les roches vertes sont transformées au contact de ce granité en une alternance de schistes amphiboliques et de serpentine à enstatite. Ce granité est plus jeune que le plissement de l'Apennin ^
On reconnaît là, comme dans les Alpes Occidentales, des roches consolidées souterrainement. Aucun doute n'existe sur Tage de la plupart d'entre elles.
D'anciens observateurs, comme Gastaldi, ont considéré les piètre verdi de l'Apennin comme absolument identiques à celles des Alpes*. Mais même à une époque plus récente, lorsque l'âge ancien des gisements alpins passait déjà pour incontestable, la possibilité d'un parallélisme a encore préoccupé quelques savants, Traverso par exemple*.
L'inflexion oblique des Alpes doit commencer déjà au Grand Saint- Bernard. Sur le trajet de l'arc alpin, quelques-unes des coulisses se détachent, en devenant autonomes, et se recourbent à l'intérieur, vers Saluées. Les autres atteignent la mer à travers les Alpes Ligures. La dislocation méridienne près de Sestri Ponente (Chiaravagna) n'est qu'une limite de coulisses. Les Alpes Piémontaises réapparaissent dans le Nord-Est de la Corse. L'Ile d'Elbe indique la liaison entre les Alpes et l'Apennin'.
1. st. Traverse, Le rocce délia Valle di Trebbia, con appendice iu aleuni granili recenti. ln-8% 83 p., Genova, 1896 (Atti Soc. Liguslica Se. Nal. e Geogr., VII, 1896, Suppleraenlo): Sacco admet un âge crétacé, avec peut-être des affinités tertiairçs {Les formations ophitifires du Crétacé, Bull. Soc. Belge de Géol., XIX, 1895; Mém., p. 247-265, pi. VIII).
2. E. P. Vinassa de Regny, Studi geologici suUe roccie delV Appennino Bolognese (Boll. Soc. Geol. Ital., XVIII, 1899, p. 15-32, pi. I).
3. B. Lotti, Descrizione geologica delV Isola d'Elha, p. 110, 119, 179.
4. B. Gastaldi, Stadii geologici salle Alpi Occidentali (Mem. R. Comitato Geol. d'Italia, 1, 1871, p. 32).
5. Traverso, Le rocce délia Valle di Trebbia, p. 65. Cotte difficulté ressort tout entière de la comparaison des deux notes de V. Novarese (Nomenclatura e sistematica délie roccie verdi nelle Alpi Occidentali, Boll. R. Comitato Geol. d'Italia, XXVL 1895, p. 164-181) et de S. Franchi, Notizie sopra alcune metamorfosi di eufotidi e diabasi nelle Alpi Ocidentali (Ibid., p. 181- 204). — Kalkowsky montre que la serpentine de Ligurie passe par dynamo-métamorphisme ù une néphrite; E. Kalkowsky, Geologie des Nephrites imsüdlichen Ligurien (Zeitschr. Deutsch. Geol. Gesellsch., LVIII, 1906,' p. 307-378, pi. XVIII).
[6. P. Termier, Sur les relations tectoniques de Vile d*Elbe avec la Corse et sur la situation de celle-ci dans la chaîne alpine (C. R. Acad. Se, CXLIX, 1909, 2" sem., p. 11-14).]
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