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CHAPITRE XIV

LES ALPES n. — Partie orientale ^

Limite Sud des Alpes Orientales. — Nappes lépontiennes. — Silvretta. — Alpes de la Mur. — Oetzthal, Oriler. — Disgrazia et Bernina. — Laas. — Les Tauern. — Les Alpes Calcaires Orientales. — Le Flysch et la bordure lépontienne.

Limite Sud des Alpes Orientales. — A beaucoup d'égards, les tâches qui, dans les Alpes, s'offrent au géologue à l'Est du Rhin, se présentent autrement qu'à l'Ouest de ce fleuve. L'étendue du territoire est très considérable. La jonction avec les Carpathes se produit d'une manière tout autre que le raccord avec l'Apennin, et sans la grande poussée à rebours (/?r<cfe/aw). Les filons-couches basiques, comme ceux d'ivrée au Sud-Ouest, font place à des intrusions tonalitiques et granitiques; et la ressemblance avec les granodiorites d'Amérique conduit à se demander si les andésites de l'extrémité orientale de la bande tonali-

[1. Traduit par Gh. Jacob. — Sur les nombreux problèmes que soulève l'élude de la chaîne des Alpes en général, et des Alpes Orientales en particulier, consulter: G. Steinmann, Geologische Probleme des Alpengebirges, Eine Einführung in das Verständnis des Gebirgsbaues der Alpen (Zeitschr. Deutsch, u. OEsterr. Alpenver., XXXVll, 1906, p. 1-U, 30 flg. dans le texte);- Fr. Frech, Über den Gebirgsbau der Alpen : I. Bildungsgesehichte der Alpen; II. Der Gebirgsbau der Ostalpen; III . Der Gebirgsbau der Westalpen, einschliesslich der Grenzgebiete (Petermanns Mitteil., LIV, 1908, p. 219-229, 243-258, 267-283, pl. 17-26 : carte, phot. et coupes); A. Penck, Die Entstehung der Alpen (Zeitschr. d. Gesellsch. f. Erdkunde, Berlin, 1908, p. 5-17); Em. Haug, Sur les nappes des Alpes Orientales et leurs meines (C. R. Acad. Sc, GXLVllI, 1909, 1" sem., p. 1476-1478), et Les géosynclinaux de la chaîne des Alpes pendant les temps secondaires (Ibid., p. 1637-1639); V. Uhlig, Der Deekenbau in den Ostalpen (Milteil. Geol. Gesellsch. Wien, II, 1909, p. 462-491, pl. XVIll : coupe), et Tektonisches Gut aus dem Schlussbande des • Antlitz der Erde » von E. Suess, IL Die Alpen, posthume Altaiden und Analysen (Ibid., III, 1910, p. 316-330); 0. Wilckens, Die Alpen in Schlussbande von Suest^ Antlitz der Erde {Geo\. Rundschau, Zeitschr. f. allg. Geol., 1, Leipzig, 1910, p. 29-34); P. Termier, Le demier volume de V < Antlitz der Erde » d^Eduard Suess (Annales de Géogr., XIX, 1910, p. 101-103 et 110-112).]

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tique (III, p. 468, fig. 76) ne feraient pas également partie de la ceinture intrusive, et si elles n'auraient pas avec celle-ci des rapports analogues à ceux qui existent, dans des proportions beaucoup plus grandioses, entre les andésites de la Chaîne des Cascades et les derniers affleurements méridionaux de la granodiorite colombienne. Leurs tufs et leurs brèches se trouA^ent dans le Miocène inférieur; et peut- être les sources voisines sont-elles un héritage que nous ont laissé ces phénomènes du temps passé \

L'ancienne subdivision des Alpes Orientales en Alpes Centrales, zone des grauwackes, zone calcaire et zone des grès (ou du Flysch), qui frappe les yeux sur la carte, indique une structure assez simple; mais le fait déjà cité plus haut que les lambeaux de recouvrement du Chablais atteignent le Rhätikon, en passant par-dessus les plis glaronnais, et même, comme nous pouvons tout de suite l'ajouter, qu'ils pénètrent sous le Rhätikon pour prendre part à la constitution du soubassement des Alpes Orientales, montre que la simplicité du tableau est trompeuse. •

Les Dinarides s'avancent beaucoup plus loin vers le Nord que dans la partie occidentale. Il est certain qu'il n'existe aucune limite naturelle entre les Dinarides de la Grèce, de l'Albanie, de la Dalmatie, du Tyrol méridional et de la Lombardie. Des lignes directrices continues arrivent de très loin au Sud. Les plis se succèdent sans interruption ou se relayent. Au voisinage de la courbure concave, au Sud d'idria, ils donnent lieu aux recouvrements décrits par Kossmat, lesquels ressemblent tout à fait k ceux que nous étudierons dans la concavité du coude des Appalaches*. Dans la vallée de Vellach (Carinthie), tout le Trias

1. Fr. Teller, Erläuterung zu Blatt Prassberg (Geol. Karte der OEsterr.-ungar. Monarchie, Zone 20, Col. Xll). In-8% Wien, 1898, p. 101, 158-164.

2. Fr. Rossmat, Ueberschiebungen im Handgebiete des Leibacher Moores (C. R. IX* Conjurés Géol. Internat., Vienne, 190.3, p. 507-520, pi. I, II : carte et coupes); le même, Dos Gebid zwischen dem Karst und dem Zuge der Julischen Alpen (Jahrb. k. k. Geol. ReichsansU, LYI, 1906, p. 259-276), et ailleurs. Dans son memoire : Die palaeozoischen Schichten der Umgebünij von Eisnern und Pölland^ Krain (Verhandl., 1904, p. 96), on remarque la discordance da Carbonirëre supérieur des Âltaïdes et le maintien du plan primitif, qui est un trait caractéri^ tique des montagnes de TAsie et qui se répète en Carinthie. [Sur la structure de celle partie des Dinarides, voir en outre les travaux suivants de Fr. Kossmat : Beobochtmgen über den Gebirgsbau des mittleren Isomogebietes (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1908, p. 69* 84, carte dans le t.); Der kästenländische Hochkarst und seine tektonische Stellung (Ibid., 1909, p. 85-124, carte géol. dans le t.); Über das tektonische Verhältnis zwischen Alpen und Karst (Mitteil. Geol. Gesellsch. Wien, U, 1909, p. 245-249). Pour des exemples de recouvrement venant de TEst ou du Nord, dans les régions plus occidentales (Tyrol), consulter : L. Kober, Dos DachsteinkaUtgebirge zwischen Gader, Rienz und Boita (Mitteil. Geol. Gesellsch. Wien, 1. 1908, p. 203-244, pi. VlII-X : carte et coupes); M. Furlani, Zur Tektonik der Selhgruppe in Grôden (Ibid., II, 1909, p. 445-461, pi. XVI, XVII : phot. et coupes); M. Ogilvie Gordon, Die Cberschiebungsmassen am Langkofel und im oberen Grödncr Tal (Verhandl. k. k. Geol. ReichsansU, 1909, p. 297-300), et The Thrust-Masses in the WesUrn District of the Dolomites (Trans. Edinburgh Geol. Soc, IX, Special part, 1910, vm-91 p., 13 pl. dont 2 cartes, coupes et phot.).]

alpin est renversé vers le Nord, sous Tinfluence des Dinarides, et à 1 8 kilomètres plus à TOuest, au Sud de Waidisch, les Dinarides, d'après Teller, sur une certaine étendue, empiètent sur les Alpes. Du Carbonifère supérieur dinarique repose sur le Trias alpin *. En ce point se réalise visiblement, sur une petite échelle, Thypothèse de Termier du débordement des Alpes par les Dinarides. On doit admettre que les Alpes s'enfoncent sous les Dinarides, mais il n'est nullement prouvé que la limite dinarique se soit jamais trouvée beaucoup plus au Nord qu'à l'heure actuelle.

Plus à rW.N.W., on arrive dans la région des longues fractures de la Drave et du Gail (I, p. 338). Jusqu'aux montagnes de Lienz domine dans les Alpes, près de la limite, le mouvement vers le Nord. A partir de là, le mouvement tourne au Sud; Geyer attribue ce fait à une poussée à rebours *. La compression et l'érosion acquièrent alors une telle importance qu'il ne subsiste plus du Trias alpin que des racines très étroites, dont l'une atteint la ligne du Brenner près de Mauls (I, p. 340; III, p. 452). La même bande entoure le front des Dinarides et, toujours déversée vers le Sud, se prolonge encore sur 20 kilomètres plus au S.W., dans la direction de Meran (I, p. 320, fig. 54; p. 321, fig. 55).

Le front même, c'est-à-dire la partie extrême des Dinarides s'avançant vers le Nord, escorte la bande granitique de Brixen, dont la partie moyenne, plus large, traverse la route du Brenner au Nord de Franzensfeste.

Le granité se trouve compris entre les phyllades quartzifères dinariques et le gneiss phylliteux des Alpes. Il résulté des observations de Sander que ce granité traverse obliquement à leur direction les terrains dinariques, et qu'il les métamorphise latéralement et vers le toit, à la manière des batholithes. Par contre, il suit la direction des terrains alpins et se montre accompagné de ce côté par un liséré de gneiss tonalitique ^ Par sa situation et surtout par son influence sur le toit, ce granité rappelle la zone d'Ivrée. Une fois solidifié, il a lui-même participé aux mouvements postérieurs ; et ceux-ci ont produit, suivant des plans inclinés, un broyage de la roche.

1. Fr. Teller, Erläuterung zu Blalt Eisenkappel und Kanker (Geol. Karte der OEsterr.-uagar. iMonarcbie, Zone 20, Col. XI). In-S"», Wien, 1808, p. 18, 10; la diabase et les schistes verts qui se présentent sur plusieurs points de la limite sont considérés comme paléozoïques. La question n'est pas complètement élucidée; H. V. Graber, Die Aufbruehizone von ErupUv- und Schiefergesteinen in Säd-Kärnien (Jahrb. k. k. Geol. Reichsanst., XLVII, 1807, p. 231). — Teller a trouvé au Sud de Villach une intrusion tonalitique longue de 1 km., intermédiaire entre la tonalité d'Eisenkappei et celle de Plselthal.

2. G. Geyer, Zur Geologie der Lienzen Dolomiten (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1003, p. 105).

3. B. Sander, Geologische Beschreibung des Brixner Granits (Jahrb. k. k. Geol. Reichsanst., LVI, 1906, p. 707-744, pl. XXI : carte).

La limite tourne alors pour prendre la direction N.N.E.-S.S.W.; elle est désormais parallèle aux Dinarides, mais non plus tout à fait aux Alpes, et il se produit des phénomènes instructifs, qu'ont fait connaître Stäche, Lepsius, Salomon et surtout Hammer pour la partie alpine.

La direction des Alpes est troublée dans le voisinage de la limite (représentée ici parla ligne giudicarienne), en même temps qu'elle est déviée A'ers le N.N.E. De plus, la limite se montre par endroits presque verticale; sur quelques points où les affleurements sont particulièrement nets, les Alpes se penchent sur les Dinarides. Le gneiss alpin renferme de curieuses intercalations lenticulaires el concordantes d'oliA'ine en plaquettes. Elles doivent leur forme, ainsi que le dit Hammer, à un étirement, qui a également donné sa structure au gneiss*.

Les Dinarides englobent un long synclinal de terrains sédimentaires.

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FiG. 162. — Coupe Est- Ouest à travers la région tertiaire du Vicentin, d*après un croquis

de Tauteur.

Plissements perpendicalaires à la direction dinarique. Piongement général vers la fracture de Schio (A D' ^< ^' Couche charbonneuse dans l'Éocène ; près de Santa Libéra, lambeau afTaissö des Couches de Schio.

qui s'étend, parallèlement à la ligne giudicarienne, jusqu'à 14 kilomètres au Sud de Meran, et qui a été transporté en avant, sans aucune transformation dynamique notable. La série stratigraphique comprend, daprès les recherches de Vacek, tous les termes du Permien jusqu'à l'Oligocène ; plus au'Sud, elle embrasse également les couches de Schio*. En même temps, les lignes divergentes de la Save et de l'Adige (III, p. 451) témoignent de la persistance du puissant mouvement d'ensemble jusqu'à une époque très tardive. Ces dernières font naître entre la ligne giudicarienne et la fracture de Schio un plissement subméridien.

1. W. Hammer, Olivingesleine am Nonsberg, Sulzberg and Ulienthal (Zeitschr. f. Natuniis.. LXXII, Stuttgart, 1899, p. i-48, carte); et Die krystaUinischen Alpen des UUenthales, I. Dos Gebirge südlich der Fallschauer (Jahrb. k. k. Geol. Reichsanst., LH, 1902, p. 105-134); un tableau instructif d'une partie de la limite se dirigeant vers le Col du Tonale est donné par G. B. Trener : Geologische Kartenskizze des nördlichen Abhanges der Presanellagruppe, 1 : 100000 (Ibid.. LVI, 1906, p. 410).

2. M. Vacek, Ueber die geologischen Verliältnisse des Nonsberges (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1894, p. 443); et les feuilles de RovereiOy Trient, Cles (Geol. Karte der (jEsterr.ungar. Monarchie, Zonen 20, 21, 22, Col. IV), dressées par le même géologue.

qui croise la direction normale des Dinarides (fig. 162). En dedans de ces lignes se trouve la partie Nord du Lac de Garde.

Les filons de porphyrite, de diorite, de kersantite et d'autres roches abondent dans une grande partie de la région méridionale des Alpes. Leur liaison avec les intrusions de la limite n'est pas démontrée avec une absolue certitude, quoique probable dans un grand nombre de cas. Ce ne sont généralement pas des filons-couches comme les roches vertes, mais des filons proprement dits» s'élevant de bas en haut dans des fractures; peut-être convient-il de les considérer comme des avantr coureurs des batholithes de TAdda, au voisinage desquels nous arrivons maintenant *.

Nappes lôpontiennes. — Lorsque Gressly distingua, dans le terrain jurassique, un faciès marneux riche en Bivalves, il voulut caractériser ainsi une formation à laquelle correspondait, sur d'autres points, un sédiment synchronique d'une nature différente, très calcaire, par exemple, avec une faune distincte de la précédente. Ce seraient là, dans la nomenclature adoptée* par Mojsisovics, deux faciès à la fois hétéropiques et hétérotopiques ^, L'apparition inattendue de formations hétéropiques a, tout l'abord, conduit à l'opinion que les Carpathes avaient été transportées sur une grande distance par-dessus les Sudètes; et une méthode analogue a permis d'interpréter les lambeaux de recouvrement du Dauphiné.

Une véritable hétérotopie hétéropique, c'est-à-dire la diversité de sédiments contemporains déposés sur des points éloignés, suppose toujours des transitions. A proprement parler, on ne devrait appliquer ces termes qu'à des formations dans lesquelles il n'y a pas de phénomènes accessoires. Et cependant, quoique Mojsisovics se soit refusé à ce que des « mélanges occasionnels » (zufällige Beimengungen)^ tels que des cendres volcaniques, puissent être considérés comme rentrant dans rhétéropie, on ne peut guère, dans l'étude des Alpes, négliger d'utiliser de telles particularités, dont la présence des roches vertes constitue un exemple. Dans ce cas, les mêmes hypothèses ne peuvent naturellement pas servir pour les transitions latérales, les limites d'assises, etc.

La succession des couches dans le faciès helvétique et dans le faciès austro-alpin constituent deux séries différentes, qui semblent franchement hétéropiques. Elles ne sont d'ailleurs pas homogènes en

1. W. Hammer, Vorläufige Mitteilung über die Neuaufnahme der Orblergruppe (Verbandl. k. k. GeoL Reichsanst., 1006, p. 175). Riva décrit des roches analogues provenant du voisinage de PAdamello, par exemple, une suldénite du Passo della Rossola : Nuove osservazioni salle Rocce filoniane del Gruppo dell* Adamello, In-8'', Milano, 1807, p. 11.

2. Edm. Mojsisovics von Mojsvàr, Die Dolomit- Biffe von Siidtirol und Venetien. In-S*^, Wien, 1870, p. 7.

elles-mêmes : une hétéropie secondaire très marquée apparaît, par exemple, dans le Trias et le Lias du Salzkammergut. En gros et provisoirement, on peut cependant les considérer comme des unités.

Entre les deux se présentent des nappes qui se distinguent en partie par des caractères accessoires, et qui ont été profondément modifiées sous des influences dynamiques ou autres. Leur faune, et peut-être même leur composition minérale originelle, sont souvent difficiles à reconnaître, tandis que la partie de la série helvétique qui affleure au Nord des grands mouvements, de même que la série austro-alpine, située bien au-dessus des surfaces de charriage, sont restées indemnes de telles transformations. Dans cet ouvrage, nous désignerons provisoirement sous le nom de lépontien tout ce groupe intermédiaire. Ce nom est destiné à disparaître avec le progrès des connaissances. Le faciès piémontais et celui du Briançonnais ont ici leur place, et Ton peut supposer que l'hétéropie du faciès helvétique et du faciès austro-alpin est compensée par des transitions insensibles à l'intérieur du groupe lépontien.

En Suisse, les lambeaux de recouvrementlépontiens, flottant sur les nappes helvétiques, sont, de TOuest à l'Est : Sulens, les Annes, les grands massifs du Chablais et des Alpes Fribourgeoises, puis les massifs plus petits de Giswyl, de Stanz, des Mythen, dlberg et enfin le Berglittenstein, près de Buchs, dans la vallée du Rhin. De l'autre côté du Rhin, les terrains qui les constituent se retrouvent dans le Falknis. Ils sont ensuite visibles le long du bord occidental du Rhätikon, et plus loin encore vers le Sud.

Dans cette région, les études sont assez avancées pour permettre de distinguer trois nappes à l'intérieur de la série lépontienne. Ce sont :

1° La nappe inférieure ou nappe des Préalpes médianes, Lugeon (Klippendecke, Steinmann). Elle est connue depuis le Chablais jusqu'au Rhätikon. Ses caractères les plus frappants sont fournis par des calcaires blancs tithoniques, associés à du Sénonien rouge (Couches rouges). Dans les coupes les plus complètes, à l'Ouest du Lac des Quatre-Cantons, par exemple, elle embrasse, d'après Buxtorf et Tobler, les formations suivantes : gypse du Trias, calcaire dolomitique des Spielgerten, couches rhétiennes et plusieurs niveaux du Jurassique, Sénonien et Flysch*.

1. A. Tobler und A. Buxtorf, Exkursions-Programm der Schweiz, geolog, Gesellschaft in der Klippenregion am Vierwaldslättersee (Eclogae Geol. Helv., IX, 1905, p. 1-53). [Sur les faciès et les faunes des couches jurassiques dans les Klippes voisines du Lac des Quatre-Caotons, voir Fr. Trauth, Ueber den Lias der exotischen Klippen am Vierufaldstâtter See (Mitteil. Geol. Gesellsch. Wien, 1, 1908, p. 413-485, pl. XV, XVI); J. Oppenheimer, Ueber den Dogger and Malm der exotischen Klippen, etc. (Ibid., p. 486-503); W. Schmidt, Einige Rhätfaunen aus den exotischen Klippen, etc. (Ibid., 11, 1909, p. 203-212).]

2** La nappe de la Brêchcy Lugeon, qui comprend de même la série des terrains depuis le Trias jusqu'au Sénonien rouge et au Flysch. Dans celle-ci, le Lias offre ce curieux développement des brèches qui réapparaît dans les racines situées entre la zone du Mont-Blanc et l'éventail houiller *. Il convient en outre d y signaler, dans la brèche du Lias, à cause de leur analogie avec les affleurements situés à TEst, des bancs à Pentacrinus tuberculalus,

II n'est guère douteux, d'après les recherches de Steinmann et de ses collaborateurs, que cette nappe ne s'enfonce, dans le Rhätikon, sous la nappe suivante, la nappe des roches vertes. Lorenz a observé cette superposition dans le Falknis ^ et Seidlitz l'a confirmée sur une grande étendue (fig. 163)'. Plus au Sud, dans les montagnes de la Plessur, la nappe de la Brèche, d'après Iloek, disparaît peu à peu *.

3"* La nappe des roches vertes {oiphioliihischey rhätische, vindelicische Decke, Steinmann). Elle ne fait pas tout à fait défaut à l'Ouest ^ mais elle acquiert dans l'Est une importance beaucoup plus considérable. Steinmann l'a beaucoup étudiée. Les roches vertes (gabbro, serpentine, diabase) sont fréquemment accompagnées de roches à Radiolaires, de mer profonde et d'âge jurassique moyen ou supérieur; puis viennent des calcaires à Aptychiis, des brèches crétacées, ainsi que le Sénonien

1. Pour la succession des couches, voir surtout, outre les travaux déjà signalés, F. Jaccard, La région de la Brèche de la Hornflah, Préalpes Bernoises (Bull. Laborat. Géol. Univ. Lausanne, V, 1904, 205 p., 5 pi. : coupes et carte); [et La Région Buhli-Gummfluh (Préalpes médianes) Suisse (Bull. Soc. Vaudoise Se. Nat., 5' sér., XLllI, 1007, p. 407-548, pi. XXXIIl- XXXIX : panoramas, coupes et carte géol.).} Pour les racines sur de longues distances jusque dans la Maurienne et la Tarentaise, voir Kilian et P. Lory, C. R. Âcad. Se, GXLII, 1900, 1*' scm., p. 359-360, et ailleurs : c'est la « Brèche du Télégraphe », dont Kilian a démontré T&ge liasique.

2. Lorenz, in G. Steinmann, Geologische Beobachtungen in den Alpen, II (Berichte Naturforsch. Gesellsch. Freiburg i. B., XVI, 1906, nole de la p. 37).

3. W. von Seidlitz, Geologische Untersuchungen im östlichen Rhätikon (Berichte Naturforsch. Gesellsch. Freiburg i. B., XV!, 1906, p. 232-367, pl. Vll-X).

4. H. Hoek, Das zentrale Plcssurgebirge. Geologische Untersuchungen (Berichte Naturforsch. Gesellsch. Freiburg i.B.,XVl, 1906, p. 367-448, pl. XII, XIII : cartes et coupes). On y trouve: la nappe des Klippes; la nappe de la Brèche, seulement indiquée; la nappe des roches vertes; puis un « Parpaner Zwischenstück », constitué par des couches de la série austroalpine à partir de l'étage de Raibl, couronné par des Radiolarites (quoique avec des roches vertes, au sommet) et, au-dessus, la série austro-alpine normale. F. Jaccard signale le fait que dans les Alpes Fribourgeoises les blocs verts se trouvent au-dessous de la nappe de la Brèche; La théorie de Marcel Bertrand, ou quelques réflexions sur la note de M. Steinmeuin.,, (Bull. Laborat. Géol. Univ. Lausanne, VII, iOCiè, 15 p.). 11 semble qu'il en soit de même, d'après Uoek, aux environs d^berg (Centralblatt f. Min., 1906, p. 461-465). On ne peut reconnaître s'il y a là, par exemple, des plis étirés.

[5. A. Jcannet, La nappe rhétique dans les Préalpes vaudoises (C. R. Acad. Se, CXLVIII, 1909, 1"' sem., p. 246-248); F. Rabowski, Sur Cextension de la nappe rhétique dans les Préalpes bernoises et fribourgeoises (Ibid., p. 244-246). C'est dans la zone du Ganavese, au Nord de Turin, entre la zone d'Ivrée et la zone du Piémont, qu'il convient de placer la racine de la nappe rhétique, comme le montre notamment la présence de radiolarites typiques; Em. Argand, Sur la racine de la nappe rhétique (Beitr. zur Geol. Karte der Schweiz, N. F., XXIV, 1910, p. 17-19).]

rouge et un Flysch spécial. Les roches vertes ont été souvent fractionnées en blocs lors du charriage, ou transformées en schistes verts. Les calcaires k Aptychus peuvent, eux aussi, être considérés comme indiquant d'assez grandes profondeurs *.

Les nappes lépontiennes sont parfois accompagnées de très grands

35 imiiiie nm]^

Fio. 163. — Schéma montrant la succession des nappes de recouvrement dans le Rhâtikon. d'après W. von Seidlitz {Berichte der Naiurforsch. Gesellschaft zu Freiburg i. B., XVI, 1906. p. 350, flg. 20).

1. Schistes dos Grisons (Nappe de Glari»?); 2. Coachos rouges (Crétacé supérieur) et 3. Calcaire« de U Sulzfluh (Tithonique) = nappe des Klippes; 4. Nappe de la Brèche*. 5. Nappe rhétique: 6. Trias et 7. Schistes cristallins = nappe austro-alpine. — Échelle 1 : 50000 (longueurs et hauteurs). La partie de la coupe comprise entre les lignes do 1 500 et 2 500 m. résulte d'observations directes (voir la flg. 1, pi. VII du môme travail).

lambeaux de gneiss ou de granité arrachés à leur base, comme le montrent, en particulier, les recherches de Kilian et de P. Lory-. L'accord semble établi pour admettre que la nappe de la Brèche

1. G. Steinmann, Die geologische Bedeutung der Tiefseebildungen und der ophiolithischen Eruptiva (Berichte Naturforscli. Gesellsch. Freiburg i. B., XVI, 1905, p. 44-65). L'objection que les Ammonites auraient été des animaux vivant sur le fond de la mer ne me parait pas décisive (Jahrb. k. k. Geol. Rcichsanst., X, 1859, Verhandl., p. 5); pour la présence fréquente de Radiolaires dans les calcaires à Aptychus, voir liimi^ Beiträge zur Kenntniss der fossilen Radiolaricn aus Gesteinen des Jura (Palœontographica, XXXI, 1885, p. 274).

2. W. Kilian et P. Lory, Feuille du Grand Saint-Bernard au 320 000" (Bull. Service Carte Géol. delaFr., XVI, 1904-1905, n^liO, p. 452-456). [Voir aussi W. von Seidlitz, CberGranit- Mylonite und ihre tektonische Bedeutung (Geol. Rundschau, Zeitschr. f. allg. Geol., I, 1910,

provient de la zone du Briançonnais, à TEst de la zone du Mont-Blanc» et qu'en général, Torigine des nappes est d'autant plus lointaine qu'elles sont plus élevées dans la série. Ceci est confirmé, pour la troisième nappe, par le fait qu'elle renferme des roches vertes originaires de la zone du Piémont. L'opinion souvent émise, en particulier par Lugeon et Argand, que cette nappe doit être considérée comme se reliant à l'extrême limite dinarique, c'est-à-dire à la bande calcaire qui longe la zone d'Ivrée, est à rapprocher de ce que nous avons dit précédemment sur la provenance de la Dent Blanche, dont l'origine serait analogue. Cette question ne sera peut-être jamais tranchée par l'observation directe. La continuité avec le Sud est détruite; mais, dans tous les cas, il faut bien qu'il y ait eu liaison autrefois entre les roches vertes. Comme les restes des nappes forment une traînée qui s'étend depuis le Léman jusqu'au Rhätikon, ce manteau continu a sans doute recouvert une grande partie de la Suisse, bien qu'une portion ait pu être entraînée encore plus loin vers l'extérieur, sous l'influence des derniers mouvements des Hautes-Chaînes.

Ainsi, tout l'espace qui s'étend depuis les Alpes Piémontaises jusqu'aux nappes et jusqu'au Rhätikon devient une fenêtre, déformée par les mouvements postérieurs.

Pénétrons maintenant dans les Alpes Orientales.

Silvretta. — Le Prättigau est un pays de montagnes et de collines verdoyantes, limité vers le Nord par les parois abruptes du Rhätikon et vers l'Est par le bord antérieur de la Silvretta. Nous avons déjà brièvement décrit, cette région (I, p. 179, fig. 28). Les considérations qui suivent montreront à quel point, grâce au travail de nos collègues, les connaissances et les idées se sont étendues depuis le moment où a été écrit le chapitre auquel nous faisons allusion.

De la vallée du Rhône, depuis Sion et Viège, s'étend, par le Col des Nufenen, le Val Bedretto, Airolo et le Scopi, l'importante ligne directrice qui est marquée à l'Ouest par la zone interne du Flysch. Elle atteint, sous la forme d'un synclinal qui s'ouvre ou, si l'on veut, d'une racine située entre le Saint-Gothard et l'Adula, la région montagneuse qui sépare le Rhin antérieur du Rhin postérieur. Cette région montagneuse se relie par Coire au Prättigau.

C'est une vaste étendue de schistes des Grisons, formation très variée, tout à fait analogue au Flysch; ce terrain, d'après les fossiles qu'on y a rencontrés dans le Prättigau, doit être rapporté pour la plus grande partie au Crétacé inférieur.

p. 188-197), et Sur les granités écrasés {myloniles) des Grisons, du Vorarlberg et de VAllgäu (C. R. Acad. Se, CL, 1910, 1" sem., p. 944-947).]

Kn approchant du pied du Rhätikon ou de la Silvretta, on atteint immédiatement les nappes lépontiennes. Près de Partnun, dans Tangle rentrant compris entre les pentes se dirigeant vers TOuest et celles qui vont vers le Sud, on aperçoit déjà de loin les blanches parois du Tithonique, qui plongent sous les roches cristallines des Alpes Orientales *. Plus loin, vers Arosa, dans TOberhalbstein, sur le versant occidental du Col du Julier, puis au-dessous de Gravesalvas sur le Lac de Sils et jusqu'au-dessus de Silvaplana, on peut suivre des portions plus ou moins considérables de la série lépontienne, ou du moins une bande de serpentine qui en représente le terme le plus élevé; et Ton peut

FiG. 164. — Coupe du Prättigau à la Fenêtre de Gargellen (Rhätikon), diaprés W. von Seidlitz (Berichte der i\aturforsch. Gesellschaft zu Freiburg i. ß., XVI, 1906, p. 324, flg. 13i

e. Flysch (Éocène); er. Schistes à Globigörines (Crétacé); j. Calcaires de la SabEfluh (Jarassiquel: tr. Trias (Synclinal de la Mittagspilze) ; sc. Schistes cristallins; g. Granite. — I. Substratam de> nappes; II. Nappe des Klippes; III. Nappe de la Brèche et nappe rhötiqae; IV. Nappe anstroalpine. — Échelle de 1 : 10000 (longueurs et hauteurs).

observer en même temps le plongeaient de cette série sous les Alpes Orientales.

Continuons, en partant de Partnun. notre trajet vers TEst. vers l'intérieur de la Silvretta. Les altitudes augmentent; beaucoup de cimes dépassent 3 000 mètres; les champs de glace prennent plus d'étendue: nous sommes entourés de schistes à hornblende et de gneiss, dont la direction est à peu près E.-W. Enfin, après avoir traversé, sur 20 à 23 kilomètres, la partie la plus étroite et en même temps la plus haute de la Silvretta, nous voyons s'ouvrir la haute vallée de rinn et, à l'Est de la Silvretta, comme à l'Ouest près de Partnun. les nappes lépontiennes reparaissent sous le gneiss.

1. Il existe de ce territoire deux descriptions qui ne sont pas concordantes, le mêmoin' déjà cité de \V. von Seidlitz et une note d'O. Ampferer, Zur neuesten geologischen Erforschung des Bätikongebirges (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1907» p. 102-200). Malgré ces divergences, la coupe d'Âmpferer n*en indique pas moins renfoncement du Tithonique, du Verrucano, du Flysch à Fucoïdes et d*autres couches sous les roches cristallines des Alpes Orientales. Le Tithonique et les Couches rouges du Sénonien Apparaissent d'ailleurs à Gargellen. dans une fenêtre, au-dessous du gneiss (fig. 164). [Voir aussi le panorama colorié géolu^iquement joint au mémoire de W. von Seidlitz, Der Aufbau des Gebirges in der Vmgebangder Strassburger Hütte an der Sccsap^a/ia (Festschrift zum 25 jährigen Bestehen der Sektion Strass-

D*Ardetz jusqu'en aval de Prutz, sur une longueur de 54 kilomètres, rinn coule dans les schistes des Grisons. Au-dessus reposent, dans la moitié méridionale de ce parcours, les nappes lépontiennes plus élevées.

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