II. — Les plis Provençaux
La rencontre de la partie orientale des plis provençaux, poussés vers l'E. et vers le N., avec les Alpes Piémontaises et Helvétiques se produit sur le Var^ Nous avons indiqué Tage récent des plissements provençaux dans cette région. Des traces de ces plissements, cachés sur un long espace, dans la vallée de la Durance, par des dépôts néogènes, reparaissent plus au Nord, au delà du champ de fractures de Banon; elles affectent alors, jusqu'au voisinage de Sisteron, la direction E.-W., qui contraste avec l'allure des lambeaux de recouvrement provenant des Alpes.
Ces plis occupent une étendue considérable ; quoique construits sur un plan uniforme, ils ne constituent pas cependant de chaîne continue, mais forment seulement, au Nord et à l'Ouest, des faisceaux de plis isolés. Vers le Sud, ils vont jusqu'à la mer. Au Sud-Ouest, ils se relient suivant un mode assez spécial aux chaînons externes des Pyrénées.
Il est utile de jeter au préalable un coup d'œil sur l'avant-pays, formé au Nord-Ouest par la Montagne Noire et les Cévennes, avec lesquelles les montagnes de Catalogne offrent, au Sud des Pyrénées, une ressemblance toute particulière.
[L Sur la stracture des Préalpes Maritimes, au Sud-Ouest du Var, voir les comptes rendus de la Réunion extraordinaire de la Société Géologique de France, rédigés par Â. Guébhard, courses du 5 au 8 septembre 1002 (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4- sér., il, 1902, p. 528-637, pi. XVIIl-XXXVIIl : phologr., calques tectoniques, coupes et certes); Zürcher, Feuille de Nice, Études de détail (Bull. Service Carte Géol. de la Fr., XVI, 1904-1Ö05, n«» 105, p. 168-172; coupes delà p. 171).]
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La Montagne Noire se présente sur les cartes comme une sorte d'annexé du Plateau Central au Sud-Ouest*. Elle s'étend de Castelnaudary à Lodève et s'abaisse au Sud vers la plaine de Béziers. Mais tandis que le gneiss du Rouergue (au Sud et au Sud-Est de Rodez) se dirige vers leN.W., suivant la direction armoricaine, et appartient au Plateau Central, les terrains de la Montagne Noire s'orientent N. 60** E. Bergeron, à qui nous devons une grande partie des connaissances relatives à cette région, a montré que trois grandes lames de Silurien et de Dévonien ont été poussées l'une après l'autre, du S.E., sur la Montagne Noire. A l'Est de la coupure de l'Orb, sur une largeur de près de 3 kilomètres, on voit le Silurien et le Dévonien reposer presque horizontalement sur la tranche des couches plissées du Carbonifère inférieure
Le terrain houiller des environs de Graissessac recouvre obliquement et en discordance les roches anciennes de la Montagne Noire ; il montre que ce massif fait partie des Altaides ^,
La manière dont les roches cambriennes et les diverses bandes plissées du bord oriental de la Montagne Noire réapparaissent au delà des Causses, dans les Cévennes, et surtout la façon dont elles plongent sous la couverture mésozoïque, près de Saint-AfTrique, pour ressortir près du Vigan, prouvent que la structure de la Montagne Noire se prolonge jusque-là. Et ainsi s'affirme également son individualité vis-à-vis de l'édifice varisque *.
Les Montagnes Catalanes ont été décrites par Aimera et par Bergeron. Sur la côte, entre le Cap Bagur et l'embouchure du Llobregat,
[1. Voir les feuilles de Castres (231), Bédarieux (232) et Carcassonne (243) de la Carte géologique détaillée de la France, publiées de 1896 à 1901. Les contours géologiques, dons la Montagne Noire, sont dus à J. Bergeron.]
2. J. Bergeron, Étade géologique du massif ancien situé au Sud du Plateau Central (Annales des Se. Géol., XXll, 1889, iv-362 p., 10 pi. dont 1 carte géol.); le même. Étude du versant méridional de la Montagne Noire (Bull. Soc. Géol. de Fr., XXVI, 1898, p. 472-487); le même, i\ote sur la base du Carbonifère dans la Montagne Noire (Ibid., XXVU, 1899, p. 36-43), et Sur les nappes de recouvrement du versant méridional de la Montagne Noire (C. R. Acad. Se, GXXXVUI, 1904, 1" sem., p. 394-395), et surtout : Réunion extraordinaire de la Société Géologique de France sur le versant méridional de la Montagne Noire (Bull., XXVII, 1899, p. 605-790, pi. XVIU-XXl). A TEst de cette région tourmentée appartient le Dévonien Inférieur, souvent cité, de Cabrières; Gh. Barrois, Sur le Calcaire à Polypiers d? Cabrières, Hérault (Annales Soc. Géol. du Nord, Xllî, 1885-86, p. 74-97, pi. I); Fr. Frech, Die paläozoischen Bildungen von Cabrières, Languedoc {Ze'iischr, Deutsch. Geo I. Gesellsch., XXXIX, 1887, p. 360-488, pi. XXIV: carte, 2 tableaux) ; etc.
3. G'est ce que confirme la superposition du Stephanien et des couches permiennes entre Albi et Costres; A. Dereims, Feuille d'Albi, Terrains primaires (Bull. Service Cn rie Géol. de la Fr., X, 1898-1899, n" 63, p. 118-120).
4. J. Berge ron. Feuille de Bédarieux. Extrémité orientale du massif ancien de la Montagne Noire (Bull. Service Carte Géol. de la Fr., X, 1898-1899, n«» 63, p. 125), et Feuilles de Saint- Affrique et du Vigan (Ibid., XIII, 1901-1902, n» 91. p. 577-581).
Gpogle
se trouve une chaîne de hauteurs dont Torientation générale, de même que la direction tectonique, est N. 60° E., comme dans la Montagne Noire. Vers la mer, cette chaîne se termine suivant une fracture longitudinale. On constate un chevauchement au N.W. ; et les subdivisions de la série paléozoïque inférieure, qui s'étend jusqu'à la base du Carbonifère, sont identiques à celles de la Montagne Noire*.
Des conglomérats éocènes très puissants supportent le couvent du Montserrat, sur le versant septentrional des Montagnes Catalanes. On les considère comme une preuve que cette chaîne offrait encore pendant l'ère tertiaire une grande étendue dans la direction actuelle de la mer. Depéret fait remarquer que les conglomérats de Casteinaudary, à l'extrémité Sud de la Montagne Noire, ressemblent beaucoup à ceux du Montserrat et sont exactement du même Age; au Montserrat, ils représentent toute la série éocène, et leurs niveaux les plus élevés correspondent au « Poudingue de Palassou » des Pyrénées. L'Eocène, resté horizontal, constitue la bordure du bassin de l'Èbre du côté de la Meseta; ce bassin est lui-même rempli par des sédiments oligocènes (gypses, puis niveau à Cyrena seynistriata, etc.)*.
La Montagne Noire et les Cévennes forment par conséquent une branche des Altaïdes, de direction N. 60° E., poussée vers le N.W., et elles sont séparées par les Pyrénées d'un fragment analogue, les montagnes catalanes.
Provence. — Abordons maintenant les plissements plus récents.
Au Sud-Est de l'espace encadré d'un côté par les Alpes, de l'autre par la Montagne Noire et les Cévennes, on voit apparaître des gneiss, des micaschistes et des phyllades. Le terrain houiller supérieur et le Permien qui recouvrent ces roches en discordance prouvent que, là encore, affleure une partie des Altaïdes. Cette partie se compose de plusieurs tronçons juxtaposés, qui occupent ensemble un espace s'allongeant vers le S.W. Le premier tronçon estl'Esterel, entre Cannes et la vallée de l'Argens; le second, le plus important, est formé par la
i. J. Bergeron, Note sur les terrains paléozoîques des environs de Barcelone et comparaison avec ceux de la Montagne Noire, Languedoc (Bull. Soc. Géol. de Fr., 3* sér., XXVI, 18Ö8, p. 867-875); J. Aimera et J. Bergeron, Note sur les nappes de recouvrement des environs de Barcelone (Ibid., 4* sér., IV, 1004, p. 705-721). [Voir aussi Â. RiJhl, Geomorpho logische Siudienaus CatalonUn (Zeilschr. Gesellsch. f. Erdkunde, Berlin, 1909, p. 226-257 et 297-316,4 pi., Bibliogr.); et la Carte schématique de la chaîne catalane à 1 : 8(M)000 jointe à la note de G.-P. DoHfus : Relation entre la Géologie et V Hydrographie enCatalogne (Bull. Soc. Géol. de Fr., 3* sér., XXVI, 1808, p. 876-883; flg. 1, p. 880). Une partie de cette région est représentée sur la belle carte de D. Jaime Aimera, Mapa topogrâfico y geolôgico detallado de la Provincia de Barcelona, 1 : 40 000, feuilles 1, 2 et 3, 1801-1000.]
2. Ch. Depéret et L. Vidal, Sur le bassin oligocène de VEbre et l'histoire tertiaire de VEspagne (G. R. Acad. Se, CXLII, 1006, 1" sem., p. 752-755).
ALTAIDES POSTHUMES.
Chaîne des Maures entre TArgens et les environs de Toulon, avec un prolongement jusqu'au Cap Sicié; les lies d'Hyères enfin peuvent passer pour un troisième tronçon. Tous ces fragments sont désignés sous le nom collectif de Chaîne des Maures^ Un sillon continu, occupé par des sédiments permiens (dépression de Cuers), limite les Maures du côté du continent ; de l'autre côté de cette dépression, on entre dans le domaine compliqué des plis provençaux.
C'est précisément cette région, depuis la dépression de Cuers jusqu'à Marseille et jusqu'à la Durance, qui a été le théâtre des travaux classiques de Marcel Bertrand, dont sont sorties une bonne part des idées nouvelles sur la structure des montagnes les plus récentes de l'Europe-.
1. Au début de ces éludes, j'ai moi-même présenté ce massir comme faisant encore partie de Tavant-pays des Alpes, sous le nom de « Massif d'Hyères ».
2. Quelques-uns des plus importants sont : M. Bertrand, Coupes de la chaîne de la Sainte'Beaume (Bull. Soc. Géol. de Fr., 3' sér., XllI, 1884-85, p. U5- 130, pi. VI-VII : carte et coupes); et Nouvelles éludes sur la chaîne de la Sainle-Beaume, Allure sinueuse des plis de la Provence (Ibid., V sér., XVI, 1887-88, p. 748-778. pi. XXVI-XXVIl : coupes et carte); Plis couchés de la région de Draguignan (Ibid., 3* sér., XVII, 1888-80, p. 234-246); Le Massif d'Allauch (Bull. Service Carte géol. de la Fr., III, 1891-1892, n» 24, p. 283-333, pi. I-Il : cartes et coupes); La Basse- Provence Belief et lignes directrices. Les massifs montagneux et les vallées (Annales de Géof?r., VI, 1897, p. 212-229, pi. VI : carte, et VII, 1808, p. 14-33, pi. I : carie) ; Le bassin crétacé de Fuveau et le bassin houiller du Nord (Annales des Mines, O" sér., XIV, 1808, p. 5-85, pi. l-III : cartes et coupes); La grande nappe de recouvrement de la Basse Provence (Bull. Service Carte Géol. de la Fr., X, 1808-1899, n" 68, p. 397- 467, pi. I-III : cartes et coupes). [Voir surtout le grand Mémoire posthume de Marcel Bertrand, couronné par l'Académie des Sciences en 1890, et publié seulement après la mort de l'auteur en 1008 : Mémoire sur les refoulements qui ont plissé VÉcorce terrestre et sur le rôle des déplacements horizontaux. In-4'', 261 p., 132 flg., 1 pi. Extr. des Mémoires de l'Académie
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