CHAPITRE XVI
i . La Chaîne des États-Unis. — 2. Laurentia. Groenland. — 3. Iles de TAtlantique Nord.
Islande.
1. La Chaîne des États-Unis. — Loin au Nord, dans le Kennedy Channel et la Terre de Grant, Feilden et De Rance ont rencontré des montagnes plissées (II, p. 60). Les découvertes de Sverdrup et de Schei dansl'Eureka Sound et dans la Terre d'Ellesmere ont répandu un jour nouveau sur cette chaîne de plissement*. Low, combinant leurs observations avec les données antérieures, a tenté une nouvelle esquisse de carte géologique pour la partie boréale de T Amérique du Nord^ Ces montagnes ont reçu le nom de Chaîne des États-Unis. Nous allons en suivre les traits essentiels à partir de l'extrême Nord.
Aldrich s'est avancé jusqu/i la côte Nord de la Terre de Grant; la carte y indique des micaschistes et des schistes métamorphiques; les Challenger Mountains longent cette côte.
Le Nord-Esl de la Terre de Grant consiste en une côte à rias. Entre le
[1. Traduit par Henri Baulig.]
2. A. G. Nolhorsl, Sverdrups Polarexpedition 1898-1902 (Ymer, Stockholm, XXII, 1902, p. 529-53i, carte); G. Sverdrup, The second Norwegian Polar Expedition in the • Fram », 1898-1902, et P. Schei, Summary of Geological lïesuUs (Geogr. Journ., XXU. 1903, 2«* sem., p. 38-69, carte dans le t.); voir aussi P. Schei, Prelimin.ary Report on the geological Observations made during the second Norwegian Polar Expedition of the « Fram -. ïn-8**, 10 p.
3. A. P. Low, Report on the Dominion Government Expedition to Hudson Bay and the Arctic Islands on board the D. G, S. * Neptune -, 1903-1 90U. In-S**, 355 p., nombreuses phot., 1 carte géol., Ottawa, 1906. [Voir surtout les chap. VIIWX : Geology (p. 183-247), et PAppendix IV : déterminations paléontologiques de L. M. Lambe et H. M. Ami (pp. 322-336). P. 337-342 : Bibliographie. — La carte, & Téchelle de 50 milles au pouce ou 1 : 3 168 000, est intitulée : Geological Map of the Northeastern Part of the Dominion of Canada, by A. P. Low, 1905.] On peut également renvoyer ici à la belle carte de R. E. Peary, Polar Régions. Baffln Bay to Lincoln Sea (Bull. Amer. Geogr. Soc, New York, XXXV, 1903, face à la p. 496).
Fjord de Markham et la Presqu'île Feilden (Cap Joseph Henry, 82° 42), des montagnes imposantes s'avancent dans la direction de rE.N.E. jusqu'à la mer. Elles sont constituées par du Carbonifère supérieur et peut être du Dévonien. A Tintérieur, de hautes montagnes, le Mont Grant (4900 pieds, 1 500 m.), le Mont Cheops, etc., s y relient, et c'est là, probablement, que se trouvent les points culminants de cette chaîne septentrionale. Il n'est pas impossible que les terrains, attribués au Carbonifère et traversés de roches intrusives, qui forment Textrémité Nord de nie Heiberg (93'' de long. \V., 81° 22' de lat. N.) en représentent le prolongement sud-occidental *.
On voit ensuite apparaître dans le Nord-Est de la Terre de Grant une série puissante de sédiments, les a Raw^son Beds » de Feilden, qui. très probablement, correspondent, comme Ta d'ailleurs admis Schei, au Trias de la partie Sud-Ouest. Ces terrains s'étendent à partir du Cap Bryant, au Nord du Groenland, sur la rive Est du Robeson Channel, jusqu'à la Baie du Polaris. A l'Ouest du canal, ils reparaissent sous forme de plis fortement redressés, constituant les Caps Rawson. Black, etc., et toute la cùte occidentale jusqu'à la Baie de Scoresby, où ils rencontrent l'avant-pays, c'est-à-dire la bordure paléozoïque du bouclier canadien. Il est manifeste que la limite traverse obliquement le canal, de la Baie du Polaris à la Baie de Scoresby. Le Lady Franklin Sound et le Fjord Archer, et plus loin le Lac Hazen et le Fjord Greely. qui s'ouvre à l'Ouest, pourraient bien jalonner la direction de la chaîne.
Sur le bord septentrional du Fjord Greely, Schei décrit des terrains plissés; il y a trouvé Daonella et Halobia, Le Trias s'étend des deux côtés de l'Eureka Sound. Kittl décrit, par exemple, des collections de Schei, un Trachyceras provenant du Fjord Bay, ainsi que des Protrachifceras et Halobia recueillis dans la Presqu'île des Ours^. Le Carbonifère supérieur affleure sur le bord méridional de cette presqu'île. Plus à l'Ouest, les renseignements deviennent moins surs. On sait peu de chose sur l'Archipel Sverdrup. Le pays est bas, et Schei pense que les plissements ne se continuent pas dans llle Heiberg. L'intérieur est inconnu.
Le Trias de l'Eureka Sound consiste en une succession de schistes et de calcaires, avec de nombreux filons-couches, comme on en rencontre si fréquemment dans le Nord, à Verhkoïansk par exemple.
Quant à l'hypothèse suivant laquelle la plus grande partie de
1. E. Ethcridge, Palaeontology of the Coasts of the Arclic Lands visiled by thc late British Expedition (Quart. Journ. Geol. Soc. London, XXXIV, 1878, p. 568-639, pi. XXV-XXIX). II Taut y ajouter les remanjues de Th. Tschernyschevv, Die obercarbonischen Brachiopoden des irai und des Tinian (Mém. Comité Géol., Saint-Pétersbourg, XVI, 1902, n* 2, p. 690 et suiv.).
2. E. Kittl, Dii' TriasfossUicn von lleiireka Sund (Report of the Second Norweg-ian Arctic Expedition in the - Fram -, 1898-1902. No 7). In-8% 44 p., 3 pi., Kristiania, 1907.
Fig. 210. — Carte géologique des Terres d'EUesmere et ITeiberg (Archipel Polaire Nord- Américain), d'après P. Schei (in A. G. Natborst, Report of the Second Nonvegian Arclic Expedition in the « Fram » 1898-1902^ n" 1, p. 5, flg. 1). Indications complémentaires d'après la carte do A. P. Low. Tracé des côtes d'après G. Isachsen et 0. Sverdrup.
I. Archcoo: 2. Cambrien ot Silnrien ; 3. Dcvonien; i. Carbonifère; 5. Roches volcaniques; 6. Terrains secondaires; 7. Tertiaire. — Échelle de 1 : 5 000 000.
LAURENTIA ET ILES NORDIUTES. Îf3i
l'Archipel Sverdrup appartiendrait au Trias, on ne peut invoquer en sa faveur qu'un seul argument : c'est que Mac Clintock a rencontré des lambeaux isolés de dépùts jurassiques sur les côtes opposées de l'Archipel Parry (par exemple Harpoceras à la Pointe Wilkie, Terre du Prince Patrick, 76° 20' de lat. N.). Cependant on n y a jamais encore trouvé de Trias jusqu'à présent, et le substratum parait être constitué par le Carbonifère horizontal du bouclier (II, p. 38, fig. 9, et p. 60) \ Bien que toutes ces questions soient encore pendantes, il est cependant hors de doute que le bouclier rencontre ici, au Nord, une série de couches mésozoïques qui, ailleurs, lui est étrangère, et sous laquelle il plonge. 11 est également bien établi qu'il existe, au moins jusqu'au Fjord Greely, et dans le Kennedy Channel jusqu'à la Baie de Scoresby, un tronçon de chaîne de montagnes, de direction S.W. à W.S.W., qui est plissée vers le Sud, comme le montre la disposition des terrains (micaschistes dans les Challenger Mountains, etc.), de sorte que le bouclier joue le rôle d'avant-pays.
Celte chaîne plissée présente les caractères des arcs asiatiques, et peut être regardée comme un prolongement terminal de l'édifice asiatique qui s'étendrait jusqu'au delà du pôle Nord.
Les couches miocènes à empreintes de feuilles se rencontrent çà et là; elles sont horizontales.
2. Laurentia. — La vaste région de roches archéennes, recouvertes par des sédiments cambriens horizontaux, qui occupe le Nord de l'Amérique a reçu le nom de Laurentia. Elle embrasse la totalité du bouclier canadien; toutefois, si l'on veut y voir une unité tectonique, il faut y comprendre toute la couverture horizontale jusqu'à une limite naturelle *. Les Montagnes Rocheuses forment une limite de ce genre, ainsi que la Chaîne des Etats-Unis, et aussi les Appalaches sur presque
1. J. W. Salter, dans le Narrative of the Expedition under the command of Captain Sir Edward Belcher, vol. Il, London, 1855. Tschernyschew suppose qu'il s*agit du Carbonifère supérieur. D'après les listes de fossiles, il est bien possible qu'il y ait à la fois du Carbonifère inférieur et du Carbonifère supérieur.
2. A. C. Lawson, Noies on the Pre-Paleozoic Surface of the Archœan terranes of Canada (Bull. Geol. Soc. of America, 1, 1890, p. 163-173); A. W. G. Wilson, The Laurentian Pêneplain (Journ. of Geol. Chicago, XI, 1903, p. 615-669, 2 cartes, nombreuses phot. ; renferme une bibliographie). [Voir aussi l'article du même auteur, Physiography of the Archean Areas of Canada, Report of the Eighth Internat. Geogr. Congress held in the United States, 1904, p. 116-135, 2 cartes h. t., 3 pi. photogr.] Pour les détails de Tennoyage sous le grès de Potsdam, voir S. WBidman, The Pre-Potsdam Peneplain of the Pre-Cambrian of North-Central Wisconsin (Journ. of Geol., XI, 1903, p. 289-313, pi. 1 : coupes). [Sur la Laurentia en général, consulter la Carte géologique de V Amérique du Nord à 1 : 5 000 000, dressée par Bailey Willis, feuilles N. W. et N. E. (Congrès Géol. Internat.. C. R. X'sess., Mexico, \90Q); Atlas of Canada, Geology {n"* 4,5; échelle 100 milles au pouce ou 1 : 6 336 000). lù-f, Toronto, Department of the Interior, 1906; F. D. Adams, On the Structure and Belations of the Laurentian System in Eastern Canada (Quart. Journ. Geol. Soc. London, LXIV, 1908, p. 127-147, pi. XI-XUI, don
toute leur longueur. Quant au Plateau du Colorado, limité à l'Est par les branches méridionales des Montagnes Rocheuses, c'est aussi un massif tabulaire, qu'il faut peut être considérer également comme faisant partie de la Laurentia.
Dans le Sud, les terrains laurentiens affleurent dans les Monts Ozark. Puis ils reparaissent encore une fois, en dehors des Appalaches, dans le comté de Burnet (Texas), et, là, comme dans le Nord, le gneiss est recouvert par le grès de Potsdam en couches horizontales. Plus loin encore vers le S.W., des forages ont rencontré le granité au-dessous du terrain crétacé de l'Edwards Plateau (111, 2* partie, p. 647). La Laurentia s'étend donc, en se rétrécissant peu à peu vers le Sud, jusqu'au delà de 30*» de lat. N.
Dans le Nord, des lambeaux isolés de calcaire de Trenton (Silurien inférieur) surmontent en transgression horizontale la plus grande partie du bouclier.
Dans le Minnesota, on observe la disparition des termes inférieurs du Silurien. Dans le Manitoba^ en particulier sur le bord Sud du Lac Winnipeg, on trouve en outre, d'après les observations de Dowling, immédiatement au-dessus des plis précambriens arasés, un grès de couleur claire, qui présente des exemples frappants de fausse stratification ; audessus vient le puissant calcaire de Trenton, auquel succèdent les couches d'Utica. Ces deux niveaux représentent seuls, ici, le Silurien inférieur ^ Beaucoup plus au Nord, sur le Tealzoa Hiver, au Sud du lac Dubawnt (ou Doobaunt, 02-63" de lat. N.), à 500 kilomètres environ à l'Ouest des rivages nord-occidentaux de la Baie de Hudson, J. B. Tyrrell a trouvé un lambeau de l'étage de Trenton isolé au milieu de la région archéenne du bouclier *. Un autre lambeau fort étendu de la même formation est signalé par R. Bell sur le bas Nelson, au Sud-Ouest de la Baie de Hudson'. Dans la partie méridionale du bouclier, où le grès
1 carie géol.); D- Adams and A. E. Barlow, Geology ofihe Haliburton and Bancroft Areasj Province of Ontario. In-8", viii-419 p., 70 pi.» 2 cartes, Ottawa, 1910 (Canada, Department of Mines, Geol. Survey Branch, Memoir n'O); G. R. Van Hise and G. K. Leith, Pre-Cambrian Geology of North America (Ü. S. Geol., Survey, Bull. 3Ö0). In-8", 929 p., 2 pi. cartes, Washington, 1909 : voir, en particulier, les chap. Ill (Lake Superior Region). IV (Area north and norlhcast of Lake Huron), V (Part of Quebec north and west of St. Lawrence River) et surtout Vlll (The Great Northern Interior of Ganada), p. 108-483 et 326-531 : copieuses indications bibliographiques.]
1. D. B. Dowling, Report on the Geology of the West Shore and Islands of Lakc Winnipeg (Ann. Rept. Geol. Survey of Ganada, New Ser.. XI (1898), F, p. 34, 62et suiv., carte, n" 664, 1901).
2. J Burr Tyrrell, An Expedition Ihrough the Barren Lands of Northern Canada (Geogr. Journ., IV, 1894, p. 443, carte). [Voir aussi J. B. Tyrrell, Report on the Doobaunt, Kaxan and Ferguson Rivers, and on the Northwest Coast of Hudson Bay (Ann. Rept. Geol. Survey of Canada, IX, 189C, part F, 218 p., 1 carte géol. à 1 : 1 584 000, n« 608).]
3. R. Bell, Ann. Rept. Geol. Survey of Ganada, New Ser., XI (1898), 1901. [Voir aussi G. K. Leilh, An Algonkian basin in Hudson Bay\ a comparison with the Lake Superior basin (Economie Geology, V, 1910, p. 227-246).]
cambrien de Potsdam marque le début de la transgression, le calcaire de Trenton, sur une assez grande distance au Nord du Saint-Laurent et en amont de Québec, déborde tt}us les termes antérieurs vers le Nord et repose directement sur les roches précambriennes \ Ces sédiments sont horizontaux, en tant du moins qu'ils n'ont pas été dérangés par des failles.
Dans TEst, on observe des faits semblables.
Llle Akpatok, au milieu de la ceinture de roches archéennes qui entoure la Baie d'Ungava, est formée de calcaire de Trenton; Whiteaves en a étudié les fossiles et a signalé leur ressemblance avec ceux du Manitoba^. Les travaux de Schuchert ont apporté une contribution importante à la connaissance du Silurien '. Au fond de la Baie Frobisher, par 63^44' de lat. N. et 68*» 36' de long. W., se trouve une localité remarquable par sa richesse en fossiles de Tétage de Trenton, le c Silliman's Fossil Mount ». C'est un petit lambeau, reposant horizontalement sur des micaschistes de teinte foncée. Les mêmes couches s'étendent ensuite dans le vaste bassin lacustre du Sud de la Terre de Baftin, où Boas en a recueilli les fossiles, et elles entourent une grande partie du Fox Channel. On approche alors de la bordure. Dans le North Somerset, on voit sous les couches de Trenton un grès finement stratifié; en d'autres points de la même région, l'étage de Trenton repose directement sur les terrains anciens.
Au Nord, la bordure est plus complexe qu'on ne le supposait jadis. Elle atteint une largeur considérable à l'Ouest, de' la Terre du Prince Albert àl'IleMelville et au delà. L'Archipel Parry se compose en grande partie, comme on sait, de grès avec des veines de houille (II, p. 59), qui font place vers le Nord à un calcaire carbonifère riche en fossiles. C'est sur ce calcaire que reposent, au Nord, les lambeaux jurassiques. Vers l'Est, dans le North Devon, la bordure se rétrécit. Le substratum précambrien affleure au Nord jusqu'au delà du Jones Sound; il constitue également toute la partie Sud-Est de la Terre d'Ellesmere jusqu'à 79** de lat. N., ainsi que la partie Sud jusque vers 84° de long. W. En même temps que la bordure se rétrécit, ses termes extérieurs, au Nord, disparaissent. Dans le Jones Sound, Schei distingue du Silurien inférieur, puis du Silurien supérieur, du Dévonien marin, enfin un grès dévonien qui a fourni les magnifiques frondes d*Archaeopteris décrites par Nalhorst^ Les Poissons à carapace [Ganoïdes et
1. Notice explicative de la feuille Trois-Hivières deVEaslern TownshipsMap, 1 : 253 440 (n° 605), par R. W. Elis, jointe à l'Ann. Rept. Geol. Survey of Canada, New Ser., XI (1898), J, 1901.
2. Bell, Geol. Survey of Canada, Summary Report, 1897-98, p. 82.
3. Ch. Schuchert, On tha Lower Silurian (Trenton) Fauna of Baffin Land (Proc. U. S. Not. Museum, XXil, 1900, p. 143-177, pi. Xli-XlV).
4. A. G. Nathorst, Die Oberdevonische Flora des EUesmere-Landes (Report of the Second Norvvegian Arctic Expedition in the • Fram •, 1898-1902, No. 1). In-8% 22 p., 7 pi., 1 carte.
Ostracodermes] du terrain Erien ne manquent pas non plus. Le Carbonifère des Iles Parry a disparu, à moins que le calcaire carbonifère supérieur de la Presqu'île des Ours n'en soit un dernier représentant. Plus au Nord, les terrains précambriens du bouclier s'avancent si loin qu'ils atteignent même les eaux de l'Ëureka Sound au fond du Fjord Bay (79°), sur la côte occidentale de la Terre d'EUesmere.
Sur la côte orientale, dans le Bassin de Kane, Schei a trouvé du Cambrien à -4 nomocare et un Silurien inférieur représenté par plusieurs niveaux dans la Presqu'île de Bache, dans llle Norman Lockyer et jusqu'au Cap Prescott(79° 10' à 79° 30'). Plus au Nord, ces observations se relient aux collections de Feilden et aux descriptions d'Etheridge. Nous signalerons seulement que l'on a recueilli en abondance des fossiles du Silurien supérieur jusqu'à Offley Island (81" 16'). On a trouvé encore Bronteus flabellifer à Bessels Bay par 81° 6', un Graptolithe dans le drift par 81° 40', un Pentamère par 82« 30'.
Ces dernières localités appartiennent exclusivement au Groenland. Il est hors de doute que la large ceinture paléozoïque qui fait tout le tour du bouclier au Sud et à l'Ouest, et qui l'accompagne ensuite au Nord, à partir de la Terre de Banks, en conservant la même allure horizontale, passe à la direction N.E. dans la Terre d'EUesmere. et se poursuit alors par le Kennedy Channel et la Terre de Hall jusqu'au Groenland (II, p. 60, 105). A partir de là, elle est encore accompagnée au Nord, sur une certaine distance, par des fragments de la bordure des United States Mountains; au delà du Cap Bryant, cette bordure n'existe pas, que l'on sache, et il se peut que ce soit la ceinture ou les roches précambriennes du bouclier lui-même qui constituent la côte à fjords des Terres de Nares et de Hazen et les iles voisines, jusqu'à l'extrême Nord, c'est-à-dire jusqu'au Cap Morris Jesup de Peary (83° 50').
Le bord oriental du Kennedy Channel prouve déjà que le Groenland fait partie de la Laurentia. —
11 ne faut pas perdre de vue la grande largeur sur laquelle, en dedans de la bordure commune à l'ensemble, le massif précambrien arrive à la mer.
Sur la rive Nord du Détroit de Belle-Isle, une bande cambrienne venant de Terre-Neuve repose à plat sur le gneiss. Elle appartient à un niveau plus ancien que le grès de Potsdam, qui forme d'ordinaire le terme initial de la bordure, au Sud*. Elle arrive jusqu'au voisinage du Cap Charles, par environ 52° de lat. N. — Le Cap Camperdown, dans la Presqu'île de Bache, où Schei a trouvé, au-dessus du granité.
1. CD. Walcott, Corrélation Papen. Cambrian (U. S. Geol. Survey, Bull, n* 81, t89i), p. 50 et 253.
des Trilobites cambriens, et qui marque le bord interne de la ceinture, au Nord, est situé par 79" 6' de lat. N. La distance de ces deux points dépasse donc î?7° en latitude.
Le 60* parallèle passe approximativement par le Cap Chidley au Nord du Labrador et le Cap Farewell au Sud du Groenland. Sur huit degrés de latitude, dans le Labrador, le massif ancien s'avance directement jusqu'à rOcéan Atlantique. A partir de là, les côtes du Groenland lui font face; mais, tandis que la Baie de Hudson n'a guère plus de 200 mètres de profondeur, au milieu de la Baie de Baffin on n*a pas atteint le fond par 5230 mètres'. C'est pourquoi Boas considère la Baie de Baffin comme une véritable fosse d'effondrement. Daly a donné une bonne description d'ensemble de la côte du Labrador*; nous lui emprunterons les détails suivants, qui pourront servir à compléter ce que nous en avons déjà dit, en particulier à propos de la Baie de Hudson (II, p. 43).
Dans le Sud affleure du gneiss. Par 55**, au Cap Fomiadluk, oh voit sur le gneiss un conglomérat très ancien, extrêmement puissant, à ciment quartzeux, qui participe aux plissements du gneiss, lesquels sont de toute façon antérieurs au Cambrien; un peu plus au Nord, à YAillik Bay, on rencontre du quartzite dans des circonstances semblables. Plus loin vers le Nord, on arrive au grand massif de gabbro qui embrasse la Baie de Nain et qui fournit à nos collections les cristaux de labrador dont les colorations sont si variées. De là, les Monts Kiglapait s'avancent vers la mer; ils sont orientés de l'E. à l'W., contrairement à la direction générale ; ils pourraient bien se composer également de roches eruptives basiques, et correspondraient peut-être, avec le massif de Nain, aux grandes masses de gabbro qui ont été signalées par Low beaucoup plus à l'Ouest, sur les branches supérieures du Koksoak River. On arrive ensuite au groupe des Monts Kaumajet (1 200 m.), qui offrent de hautes murailles abruptes du côté du Mugford Haven (au voisinage de 59°), mais dont le gneiss constitue seulement les parties les plus profondes. Au-dessus vient un filon intrusif horizontal de diabase, puis, alternant avec des roches basiques, des schistes, des quartzites et des calcaires. Le haut des falaises est formé de basalte, et des bombes gisent sur les pentes; ici, l'on se trouve déjà dans le domaine des basaltes groenlandais. On atteint alors les cimes les plus élevées de la côte orientale de l'Amérique du Nord, Torngat, la « Montagne des Mauvais Esprits » (2 200-2 300 m., 3 000 m. d'après d'autres évalua-
1. F. Boas, Baffin- Land. Geographische Ergebnisse einer 1883 und 188U ausgeführten Forschungsreise (Petermanns Mittheil., Erg.-Heft. No. 80, 1885, p. 39).
2. R. A. Daly, The Geology of thi Northeast Coast of Labrador (Bull. Mus. Comparât. Zool., Harvard Coll., XXXVIU (Geol. Séries V), n^^S, 1902, p. 205-270, 13 pl. : phot. et cartes); voir aussi A. S. Packard, The Labrador Coast. In-S*, 514 p., caries, New Y'ork, 1891. L*auleur de cet ouvrage admet (p. 304) que les fjords sont des graben.
lions). Ce sont des pics extrêmement sauvages, découpés en dents de scie; sur la côte, on n'a trouvé que des gneiss à biotite et des schistes cristallins; a l'intérieur, Adams a rencontré aussi des montagnes tabulaires, constituées par les sédiments anciens de Mugford Haven. Le Cap Chidley est un contrefort de ces hautes montagnes. A ces hauteurs s'attache, comme on Ta déjà dit, un intérêt particulier, car elles pourraient bien représenter les restes d'un relief antérieur à l'époque cambrienne. Peut-être assimilera-t-on quelque jour les sédiments de Mugford Haven au grès de Torridon, qui, dans les Hébrides Occidentales, occupe presque la même latitude.
Sur les deux rives du Détroit de Hudson, les travaux de Low et de Bell apportent des éclaircissements*. Il n'y a point de saillies notables et les caractères du bouclier dominent, en général. On a déjà mentionné l'He Akpatok, plate, faite de Silurien. La rive Nord du détroit est marquée par des bancs puissants de calcaire cristallin, dans lesquels s'intercalent des gneiss graphitiques de teinte sombre. Bell compte, dans l'espace compris entre 62'' 45' et Gi"", de dix à douze bancs de ce genre, épais en moyenne de 660 mètres; le calcaire contient du grenat, de la pyrite et du feldspath blanc ^
Groenland'. — Des roches archéennes et des basaltes, avec intercalations de couches à empreintes végétales, qui vont du Crétacé inférieur jusqu'au Tertiaire, apparaissent sur la côte occidentale*. Entre
1. A. p. Low, Report on an Exploration of part of the South Shorc of Hudson Strait and of Vngava Bay, et R. Bell, Report of an Exploration on the Northern Side of Hudson Strait (Ann. Repl. Geol. Survey of Canada, New Ser., XI, 1898, paris L et M, 47 et 38 p.); voir aussi Low, Ibid., Xlll, 1000, D, 84 p., et DD, 31 p., cartes; Sleinmann und Bücking, Zur Geologie der Küsten des Cumberlandgolfes (in Ergebnisse der Deutschen Polar-Expedition, AlJg. Theil, IL s. d., p. 0-11; diaprés les échantillons recueillis par le D*^ Boas).
2. Pour la cùle occidentale de la Baie de Baffln, voir aussi Sleinmann et Bücking, mém. cité, 11 p. Les données relatives à la cùte orientale, entre 64** et 73% ont été réunies par M. Belowsky, Beiträge zur Pétrographie des westlichen Nord-Grönlands (Zeilschr. Deutsch. Geol. Gesellsch., LVII, 1905, p. 1^-92).
[3. Consulter la belle carte en 4 feuilles, à 1 : 2 000 OCO, publiée à Copenhague en ICOC : Kort over Grönland, udgivet af Commissionen for Ledelsen af de geoJogiske og geographiskc ündersögelser i Grönland. — Les caries géologiques partielles que renferme la collection des Meddelelser om Grönland sont énuroérées par Enim. de Margerie, Annales de Géogr., XVII, 1908, p. 65-66.]
[4. Voir. V. H. Pjetursson, Opmaalingsexpediiionen til Egedesminde-Dlstrikt 1897. Geologiske optegnelsen (Meddelelser om Grönland, XIV, 1898, p. 288-347 cl 417-418); K. J. V. Steenstrup, Berelning om en undersögelsrejse til Oen Disko i sommeren 1898 (Ibid., XXIV, 1901, p. 249-306 et 309-311, pi. IX-XX : phot. et dessins, accomp. d'un panorama en couleurs de H. Moltke : Nordkystcn af Vajgat i Nord-Grönland); J. P. J. Ravn, Beretning om en geologisk undersôgelscsrejse til Disko ag Nugsuak-Halvo i Vest-Grönland (Ibid., XLVll, 1911, n** 2, p. 147-172, pi. I-VIII : phologr.); Arn. Heim, Ueber die Pétrographie und Geologie der Umgebungen von Karsuarsuk, Nordseite der Halbinsel Nugsuak, W. Grönland (Ibid., XLIl, 1911, n«» 3. p. 173-228, pl. IX-XXIV : carte geol., coupes, photogr.), et Nordwest-Grönlands Gneisgebirge, ln-4*, 6 pl. phot. avec coupe et notices, Berlin, 1911 {Geologische Charakterbilder, herausgegeben von H. Stille, 6. Heft).]
70° 15' et 70** 45' se montre aussi une enclave de Sénonien marin (II, p. H0)^
Sur la côte orientale (II, p. 106), Nathorst a pu établir, entre 72** et 74"*, l'existence d*un recouvrement paléozoïque qui, quoique coupé de failles, ressemble à un segment de la bordure de la Laurentia^
Déjà le Cap Dalton(69" 24') a apporté une surprise : 0. Nordenskjöld y a trouvé des fossiles marins, que Ilavn a reconnus pour des espèces tertiaires du type de l'Europe occidentale. Ils concordent bien avec ceux du Hochstetter-Vorland et du Spitzberg'.
La rive Sud du Scoresby Sound (70° 20') consiste en gneiss recouvert de basalte, et Ryder n'a trouvé également, dans les ramifications intérieures de ce Sound, que des roches archéennes, avec, çà et là, des grès d'âge indéterminé*. Les mêmes roches anciennes, presque toujours des gneiss, forment aussi les rivages des branches intérieures de tous les fjords jusqu'à une grande distance au Nord-, et probablement la plus grande partie du substratum de tout le Groenland. Mais sur la rive Nord du Scoresby Sound, entre 22° et 23° de long. W., se trouve une longue baie étroite, orientée du N. au S., le Hurry Inlet, Le Cap Stewart en marque l'entrée à l'Ouest. Sur ce point, Edv. Bay décrit des grès contenant des restes de Plantes rhétiennes^, du Jurassique à coquilles marines, des schistes, des basaltes et des grès. La même série stratigraphique constitue tout l'Ouest; la rive orientale (70° 30' à 71° 30') est formée d'un gneiss qui semble être séparé des massifs gneissiques
1. T. W. Stanton (in D. White and Ch. Schucliert, Crctaceous Séries of the West Coast of GreerUand; Bull. Geol. Soc. or America, IX, 1808, p. 350 et 360) en conflrmc Tùge sénonien et trouve des ressemblances avec quelques espèces de l'étage du Fort Pierre, aux États-Unis.
2. A. G. Nathorst, Bidrag til nordöstra Grönlands geologi (Geol. Foren, i Stockholm Forhandl., XXllI, 1901, p. 275-306, pi. 5-9, dont 1 carte géol.); et son ouvrage : Tvâ somrar i Norra Ishafvet, Kung Karls Land, Spetsbergen Kringseling, Spanande efler Andrée i nordöstra Grönland. 2 vol. in-8*, nombreuses photogr., cartes, Stockholm, 1900; A. Smith Wood ward. Notes onsome upper devonian Fish-Remains discovercd by Prof. A. 0. Nathorst in East Greenland (Bihang k. Svenska Velensk.-Akad. Handl. Stockholm. XXVI, Afd. 4, n«» 10, 1900, p. 1-10, 1 pi.) ; pour le Jurassique, voir aussi B. Lundgren, Anmärkningar om nâgra Jurafosil J'ràn Kap Stewart i Ost-Grönland (Meddelelser om Grönland, XXIX, 1895, p. 189-2U, pi. Ill-V); V. Madsen, On Jurassic Fossils from East Greenland (Ibid., XXIX, 1904, p. 157-210, pi. Vl-X, et 1 carte), et E. Fraas, Weitere Beiträge zur Fauna des Jura von Nordost-Groenland (ibid., p. 277-285). D'après Frech, on a trouvé & l'Est du Groenland, sur des glaces flottantes, le Caryocistiles granatuniy fossile du Silurien inférieur de la Russie (Lethœa geognostica, I. Theil, H, Stuttgart, 1897, p. 89, note 2). [Sur la géologie de cette partie de la côte orientale, voir aussi le mémoire d'O. Nordenskjöld, On the Geology and Physical Geography of East-Greenland (Meddelelser om Grönland, XXVHI, 1909, p. 151-284, pi. X-XIV : vues et photogr., avec 1 carte géol. à 1 : 2 000 000).]
3. J. P. J. Ravn, The Tertiary Fauna at Kap Dation in East Greenland (Meddelelser om Grönland, XXIX, 1904, p. 93-140, pi. lU-V).
4. C. Ryder, Den östgrönlandske Expedition, udfört i Aarene 1891-1892, 3. del (Meddelelser om Grönland, XIX, 1896) : Edv. ßay, Geologi, p. 145-187, pl. II : carte géol.
[5. N. Hartz, Planteforstcninger fra Cap Stewart i Östgronland, med en historlsk oversigt (Meddelelser om Grönland, XIX, 1896, p. 215-247 et 271-272, pl. Vl-XlX).]
(le l'intérieur. Nathorst considère le Hurry Inlet comme une cassure de direction méridienne, dont la lèvre occidentale se serait abaissée; il aobser^ré dans Tune des Famé Islands (70° 50', tout au fond du Hurry Inlet) une roche eruptive, de la monchiquite d'après la détermination de Bäckström. Le Jurassique du Hurry Inlet semble reparaître encore beaucoup plus au Nord, à l'entrée du Fjord du Roi Oscar (72'*).
On atteint alors les terrains paléozoïques, qui s'étendent au travers de la plupart des fjords jusqu'à 74". L'Ouest, c'est-à-dire toutes les branches intérieures des fjords du Roi Oscar et François-Joseph, est formé par des roches précambriennes de direction N.-S. Le Silurien, qui leur succède à l'Est, présente quelques plissements; mais il n'est pas certain qu'ils ne résultent pas d'un simple retroussement * .
Une faille N.-S. sépare, au Nord, le Silurien d'une zone de Dévonien qui lui fait suite à l'Est. A l'Est de celle-ci, dans l'étroit liséré qui la sépare de la haute mer, apparaît une longue zone de basalte. Au Cap Parry (72^*30'), Dusén rencontra des roches dans lesquelles Bäckström reconnut de la syénite à aegj'rine et une roche analogue à la tinguaite. la sölvsbergite : il la rattache à la même province pétrographique que les Famé Islands. Au Cap Franklin (73" 15', à la sortie du Fjord François- Joseph), et tout au fond du Fjord des Bœufs Musqués (73*42'), on a trouvé du granité. Comme les puissantes assises siluriennes ne reparaissent pas sur ces deux points à l'Est du Dévonien, il faut admettre que le Dévonien est tranché à l'Est par une faille méridienne. Or tous les gisements précités, les roches eruptives des Famé Islands et du Cap Parry et les granités anciens du Cap Franklin et du Fjord des Bœufs Musqués, quoique distribués sur près de trois degrés de latitude, sont situés à peu près sur le même méridien, entre 22° et 22° 30' de long. W. Nathorst suppose que les lambeaux jurassiques de 1'//^ Kuhn (74° 45') sont également affaissés dans le gneiss; ce savant fait remarquer que les basaltes sont cantonnés dans une longue zone parallèle à la côte, d'où Ton peut conclure que des affaissements de direction méridienne ont affecté la structure de ces rivages. Le Cap Broer Ruys (73° 30') est regardé comme un ancien foyer éruptif.
C'est là seulement, sur la côte orientale du Groenland, que disparaissent sous l'Océan les traits que l'on peut regarder comme caracté-
1. • Wahrscheinlich Faltung im Graben. - Le Dévonien ne montre toutefois aucun plissoment, et celui qui affecte le Silurien peut être antérieur à l'époque dévonienne.
IjAgcxdf. de la figure ?11.
1. Arclu'cn I gneiss et ß^raniteh *i. Cambricn et Silurien; 3. Dévonion et couches «lu Cap Fletcher: i. Tcias: série du Cap Brown et d'Hurry Inlet, série de Kode O; 5. Khctien et Jurassique: Couches du Cap Lcslio: 6. Tertiaire; 7. Quaternaire; 8. Roches eruptives diverses; 9. Basaltes. — Échelle de 1 : 4 000 000.
EH
Fig. 211. — Garte géologique d'une parlie de la cùte orientale du Groenland, d'après 0. Nordenskjöld {Meddelelscr om Grönland, XXVIU, 1908).
ristiques de la Laurentia*. Cette région s'étend du Sud du Texas à r Océan Glacial, sur 53 à 54 degrés de latitude, et de Tembouchure du Mackenzie à la côte orientale du Groenland, sur plus dô 110 degrés de longitude. Mais on ne sait pas si les sédiments paléozoïques de TEst du Groenland appartiennent réellement à la bordure périphérique, si, au contraire, ils ne sont qu*un fragment affaissé de la couverture, ou enfin s'ils représentent une trace des plissements calédoniens. On ne sait pas non plus jusqu'où les terrains anciens du Groenland méridional et du Labrador se continuent sous l'Océan Atlantique.
La Laurentia est une unité très ancienne. Elle se comporte vis-à-vis de tous les plissements postérieurs comme un avant-pays.
Et cependant la Laurentia, en elle-même, n'a pas d'unité tectonique. Là où le substratum précambrien a été étudié avec précision, comme l'ont été, par exemple, à cause de leurs richesses minérales, les environs du Lac Supérieur^, on a découvert,, par-dessus le gneiss et le granité le plus ancien et au-dessous de la couverture cambrienne, une série complexe de terrains sédimentaires, affectés de plissements, discordances et transgressions multiples. Comme exemple de ce qui a été fait dans cette région, et aussi des tâches immenses qui restent à accomplir, on peut citer les travaux de Van Hise, Shirley Bayley et Lloyd Smyth sur le bassin minier de Marquette, dans le Michigan ^
Si incomplètes que soient nos connaissances, il reste cependant bien établi que la plus grande partie de ces plis avait été arasée avant la période cambrienne, ou du moins avant l'époque du grès de Potsdam, et que leur direction est complètement indépendante de celle des Appalaches, comme de celles des Cordillères occidentales.
Dans le Bassin de Marquette, dont il vient d'être question, la direction E.-W. domine; ici se pose la question de savoir si les irrégularités
[1. Au Nord de la région étudiée par Bay, Nathorst et 0. Nordenskjöld, la mission dirigée par le Duc d'Orléans n'a guère recueilli, entre TÔ^'iS' et 78^18', que des fragments déroches cristallophylliennes; P. Termier, Examen pétrographique de quelques roches de la côte orientale du Grönland^ rapportées par les naturalistes de ^Expedition arctique de la • Belgica • (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4* sér., VI, 1006, p. 177-178). D'autre part, les compagnons de Mylius Erichsen, dont on connaît la fin tragique, ont découvert dans l'Extrême Nord-Est, entre 80^ et 81", des plantes carbonifères bien caractérisées; ce gisement, le seul qui ait été signalé entre le Spitzberg et l'Archipel Parry, est le plus septentrional de tous les affleurements houillers aujourd'hui reconnus; A. G. Nathorst, Contribution to the Carhoniferous Flora of North'Eastern Greenland (Meddelelser om Grönland, XLIII, 1911, n» 12, p. 337-346, pi. XV, XVI).]
[2. Voir G. R. Van Hise and G. K. Leith, Pre-Cambrian Geology of North America (U. S. Geol. Survey, Bull. 360, 1009), p. 108-402, chap. m : Lake Superior Region, et pi. II : carte géol. Les notes bibliographiques placées à la suite de ce chapitre n'énumèrent pas moins de 340 articles.]
3. C. R. Van Hise and W. S. Bayley, The Marquette Iron-bearing District of Michigan, including a chapter on the Hepublie Trough by H. L. Smith (U. S. Geol. Survey, Monograph XXVni). ln-4% xxvii-608 p., 35 pi., atlas in-f« de 39 pi., 1897.
de la surface des gneiss les plus anciens n'ont pas déterminé la formation de larges plis transversaux. D'autre part, la Presqu'île de Keweenaw forme un croissant qui s'avance vers le centre du Lac Sujiérîeur dans la direction de l'Ile Michipicoten. Il pourrait y avoir là une portion de directrice, car la direction S.W., conformer celle de ce segment d'arc, devient prépondérante au voisinage du bord occidental du lac, et il semble que toute la région comprise entre le Lac Winnipeget la Baie de Hudson accuse l'influence de cette même courbure.
Dans le Labrador précambrien règne la direction N.W. à N.N.W., tout comme dans le Détroit de Hudson; dans l'Ouest du Groenland, au contraire, c'est la direction N.E. qui domine, et on signale la direction N.-S. dans les grands fjords de l'Est du Groenland. Il faudra encore beaucoup de travail, avant qu'on puisse essayer de relier entre elles les données de ce genre.
Le Groenland est un horst compris entre des effondrements d'âge différent. Les mers mésozoïques sont représentées à l'Est par du Trias et du Jurassique arctique, à l'Ouest par la transgression du Sénonien supérieur (II, p. 491). C'est en même temps un fragment de la Laurentia. Jusqu'où ses terrains laurentiens se continuent sous l'Océan, c'est, comme nous l'avons dit, ce qu'on ignore ; mais il n'est pas absolument impossible qu'ils arrivent jusqu'aux Hébrides Occidentales, qui sont situées sous la latitude du Labrador.
3. Iles de l'Atlantique Nord. — Après cet examen de laLaurentia, déplions la belle carte bathymétrique de l'Océan Glacial Arctique par Nansen (fig. 212), ou bien ouvrons la description des côtes occidentales de l'Europe par IludlestonV L'Océan est resserré au Nord, vers 80" de lat., par un plateau qui s'avance de l'Est. Celui-ci ne descend qu'en un petit nombre de points au-dessous de 200 mètres; il supporte le Spitzberg -^ et la Terre du Roi Charles, la Terre François-Joseph, l'Ile Hope et Beeren Eiland (II, p. 98). Si l'on fait abstraction des terrains anté-dévoniens, toutes ces îles affectent une structure tabulaire'; elles
1. F. Nansen, The Norwegian North Polar Expedition, 1893-1896, Scientific Results, vol. IV, n** 13, pi. 1. In-i*, Kristiania, 1904; W. H. Hudleston, On tke Eastern Margin of the North Atlantic Basin (Geol. Mag., dec. 4, VI, 1890, p. 97-105 et 145-157, pi. III et V-VII : cartes bathymétriques). [Voir aussi B. Helland-Hansen and F. Nansen, The Norwegian Sea, its IViysical Oceanography based upon the Norwegian Researches, 1900-190^9 (Report on Norwegian Fishery and Marine Investigations, U, n** 2, Bergen, 1909, carte bathymétrique).]
[2. On trouvera, sur la géologie et la cartographie du Spitzt)erg, les renseignements les plus détaillés dans le recueil i$uîvant : Swedish Explorations in Spitzbergen, 1708-1908. MUtorical Sketch, by A. G. Nathorst; Swedish Spitzbergen Bibliography, byJ.M. Uullh; Swedish Spilzbenjen Maps, by G. De Geer (Ymer, Stockholm, XXIX, 1909, p. 3-89).J
[3. Sur la région nord-oecidentnle du Spitzberg, formée de terrains anciens, et dont la topographie est au contraire vraiment alpestre, voir G. Isachsen, Spitsbergenekspeditionerne 1906 (Det norske Geogr. Selsk. aarb. 1906-07, Krisliania). ln-8%31 p., nombreuses pholûgr.,
Profondeurf I au. dasna tie Jooo*
FiG .212. — Profondeurs du Bassin Polaire Arctique, d'après F. Nansen {The Norwegian North Polar Expedition, Scientific ResultSy vol. IV, 1904, n** 13, pi. I). — Figure extraite du Traité de Géologie d'Ém. Haug, I, 1907, p. 27, flg. 6.
Échelle 1 : 40 000000 env.
sont situées entre les branches des Ouralîdes, et il est permis de considérer le plateau comme un prolongement de la plaine de la Petchora*. La série stratigraphique, à partir du début des temps secondaires, ressemble non pas à celle de la province nord-atlantique, mais à celle des régions polaires et du Pacifique septentrional*. Ce qu'il y a de plus frappant, c'est que des coquilles marines de type miocène se rencontrent à la fois au Spitzberg et dans l'Est du Groenland (I, p. 371 ; II, p. 106). Ce plateau est un champ de fractures; les îles les mieux connues sont coupées de failles, dans lesquelles la direction N.-S. domine*. La
2 caries; Ad. Hoel, Geologiske iagUagelser paa Spilsbergen ekspeditionerne 1906 og 1907 (Norsk geol. Tidskr., il, n*" 2, Kristiania, 1909, p. 1-28, pi. MV); et surtout la magnifique carte publiée à Paris, en 1910 : Océan Glacial Arctique, Spitsberg {Côte Nord-Ouest). Carte dressée sous la direction de S. A. S. le Prince de Monaco pendant les saisons d'été 1906 et 1907 par la mission Isachsen, 1 : 100 000, 2 feuilles in-P.]
1. Pour la stratigraphie, consulter : E. T. Newton and J. J. H. Teall, Notes on a Collection of Bocks and Fossils from Franz Josef Landy made by the Jackson-Harmsworth Expedition during 189U-1896 (Quart. Journ. Geol. Soc. London, LUI, 1897, p. 477-519, pi. XXXVU-XLl, et LIV, 1898, p. 046-632, pi. XXIX); R. Kœttlitz, Observations on the Geology of Franz Josef Land (Ibid., LIV, 1898, p. 620-645); F. Nansen, The Norwegian North Polar Expedition, 1893-1896, Scientific Results, vol. I, 1900, n" 2 : J. F. Pompeckj, The Jurassic Fauna of Cape Flora^ Franz Josef Land, with a Geological Sketch by F. Nansen, ln-4", 148 p.. 2 pi. ; et n" 3 : A. G. Nathorst, Fossil Plants from Franz Josef Land, 26 p., 2 pi. Voir aussi A. G. Nathorst, Bidrag tilt Kung KarU Lands Geologi (Geol. Foren, i Stockholm Fôrhandl., XXIII, 1901, p. 341-378); J. F. Pompeckj, Marines Mesozoicum von König-Karls-Lßnd (Ofvers. Svenska Velensk.-Akad. Fôrhandl., LVl, 1899, p. 449-464); G. de Geer, Rapport om de svenska geologiska expeditionen tili Isßorden pâ Spetsbergen sommaren 1896 (Ymer, XVI, 1896, p. 250-266); A. Smith Woodward, Notes on Fossil Fish-RemainscoUected in Spilsbergen by the Swedish Arctic Expedition 1898 {hihùng Svenska Vetensk.-Akod. Handl., XXV, Afd. IV, n" 3. p. 1-5, 1900). — J. Gunnar Andcrsson, Ueber die Stratigraphie und Tektonik der Bären Insel (Bull. Geol. Instit. Upsala, IV, 1899, p. 243-280, pl. VIII-X, dont 1 carte); A. G. Nathorst, Nâgra upplysningar tili den nya karlan öfver Beeren Eiland (Ymer, XIX, 1899, p. 171-183, pl. 2-3 : cartes). A. G. Nathorst, Zur fossilen Flora der Polarländer. In-4% 1894-1902. [Voir aussi G. W. Lee, Notes on Fossils from Prince Charles Foreland, brought home by Dr. W. S. Bruce in 1906 and 1907 (Proc. Royal Phys. Soc. Edinburgh, XVII, 1907-1908, p. 140-166, pl. VllI; fossiles carbonifères et permiens); G. De (jeer, A Geological Excursion lo Central Spitzbergen, ln-8**, 23 p., 9 cartes h. t. et 12 pl. photogr., Stockholm, 1910 (XI" Congrès (jéol. International, Guide de TExcursion au Spitzberg). A. G. Nathorst, Beiträge zur Geologie der Bären-Insel^ Spitzbergens und der König-Karl-Landes (Bull. Geol. Inst. Univ. of Upsala, X, 1910-11, p. 261-416, pl. XIV, XV, dont 1 carte geol. à 1 : 2 000 000) ; A. G. Nathorst, Eine vorläufige Mitteilung von Prof. J. F. Pompeckj über die Altersfrage der Juraablagerungen Spitzbergens (Geol. Foren, i Stockholm Fôrhandl., XXXII, 1910, p. 1497-1505); F. WahnschalTe, Die Exkursion des XI. Internationalen Geologen-Kongresses nach Spitzbergen {Zeiischr. Gesellsch. f. Erdkunde, Berlin. 1910, p. 039-654; accomp. d'une réduction de la carte d*A. G. Nathorst, p. 641, flg. 53).] — L'étage le plus ancien de Tlle des Ours représente le sommet du Silurien inférieur (G. Lindström, Ofvers. Svenska Vetensk.- Akad. Handl., 1809, p. 41-47). On voit s'y adosser en discordance le Dévonien supérieur avec Uoloptychius et Archaeopteris hiberniea. Le Carbonifère inférieur manque. Un étage & Athyris ambigua est attribué au Carbonifère moyen ; plusieurs niveaux du Carbonifère supérieur lui succèdent, toujours avec des traces de transgressions séparatives (Th.Tschernyschew, Mém. Ck)mité Géol. Saint-Pétersbourg, XVI, n' 2, p. 687), et au-dessus vient du Trias marin ; J. Böhm, Ueber Triasfossilien von der Bären-Insel (Zeitschr. Deutsch. Geol. Gesellsch., LI, 1899, p. 323-326).
2. J. F. Pompeckj a essayé de reconstituer les contours de cette mer : Ueber Aucellen und Aucellen-ähnlichs Formen (Neues Jahrb. f. Min., Beil.-Bd. XIV, 1901, p. 319-368, pl. XV-XVII, dont 1 carte), ei Aucellen im Fränkischen Jura {Neues Jahrb. f. Min., 1901, I, p. 18-36, pl. IV).
[3. G. De Geer, Some leading Unes of dislocation in Spitzbergen (Geol. Foren, i Stockholm
dislocation de la Wijde Bay au Spitzberg (II, p. i03, fig. 21) est antérieure au Dévonien supérieur. Peut-être y a-t-il là des traces des plissements calédoniens*. Deux failles, l'une de direction N.N.W. au Cap Suédois, Tautre de direction N.N.E. dans la Terre du Roi Charles, sont, d'après Nathorst, postérieures au Néocomien et antérieures à la flore k Gingko digitata. D'autres failles sont postérieures à la flore tertiaire. Les afl'aissements se sont donc produits à des époques différentes*. Quant au plateau dans son ensemble, il se termine brusquement à rOuest, semble-t-il, suivant une ligne presque droite, partant des environs du 80* parallèle dans la direction du S.S.E. Cette limite passe non loin du Spitzberg, à l'Ouest, et ne se termine qu'un peu au Sud de 70% au voisinage immédiat de la côte de Norvège, c'est-à-dire au Nord des Lofoten, où le dernier lambeau de sédiments polaires s'est affaissé suivant une fracture dont le rejet est évalué par Vogt à 400 mètres au moins. La direction N.N.E. de cette cassure correspond à celle d'une déclivité considérable du fond, entre 64^ et 68"*.
La côte du Groenland présente des traits analogues. Nous y avons reconnu des cassures de direction méridienne traversant le massif entre 70" 30' et 73" ou 74", et, là aussi, le fond sous-marin offre une descente brusque qui, dans les limites indiquées, est orientée vers le S. S.W., à peu près parallèlement à la côte. En particulier, au large du Fjord François-Joseph et du Cap Broer liuys, le fond tombe, du bord du socle continental, immergé à — 400 mètres, à la profondeur de — 2 400 mètres. Entre les déclivités orientale et occidentale, sous le méridien 0" et plus à l'Ouest, se trouvent des cuvettes allongées, recouvertes de plus de 3 000 mètres d'eau.
Au S.W. et au S. S.W. de ces profondeurs viennent les îles volca-
Förhandl., XXXI, 1000, p. 100-208, pi. 2 : corte tectonique à 1 : 2 000 000, reprod. dans le Guide de VExcursion au Spitzberg^ pi. 7).]
1. De Geer avait cru constater des traces de plissement sur les bords de risfjord, au Spitzber^ (mém. cité, p. 263); Nathorst attribue ces mouvements au tratnage qui se serait produit lo long des Tailles {Zur Fossilen Flora der Polarländer, i, p. 0, 10). [L'existence, le long de la côte occidentale, d'une véritable chaîne de plissement récente — tout au moins post-jurassique— a été établie d'une manière incontestable par G. De Geer {Guide de l'Excursion au Spitzberg, p. 13, flg. 2), dont les membres du Congrès Géologique International ont pu, en iOiO, vérifler en partie les observât iond. L'amorce de cette zone plissée flgure sur la belle carie géologique et bathymétrique de l'Isfjord et de ses abords, à 1 : 200 000, dressée par G. De Geer: Geological Map of Central Spitzbergeny 1010 (Guide de l'Excursion au Spitzberg, pi. 1). ;
|2. La continuation de ces mouvements jusqu'à une date toute récente ressort de la découverte Taite par Ad. Hoel, dans la Bock Bay, à rOuest de la Wood Bay, en 1010, d'un cratère parfaitement conservé, qu'accompagnent des sources chaodes alignées N. N. W.; G. Isacbsen, Geogr. Journal, XXVI, 1010, 2* sem., p. 577-581; Zeitschr. Gesellsch. f. Erdkunde, Berlin, 1910, p. 638; Annales de Géogr., XX, lOll, p. 05.]
3, J. H. L. Vogt, Praktisk^eologiske undersögelser af Nordlands amt. III. Söndre Helgeland (Norges Geologiske Undersög., n*" 20, 1000). ln-8% 178 p., 1 pl., cartes dans le texte; en particulier p. 4^.
niques : Jan Mayen d'abord, puis l'Islande et les Faeröer, plus loin Saint Kilda et Rockall*, et enfin, dans une fosse d'effondrement distincte, les Hébrides intérieures. A l'Est et au Sud s'étendent la terre
C Dunér
Forsberg