III
mité. Une forêt de mélèzes continue couvre tout. « Le paysage, dit Kropotkin, a perdu toute individualité ^ »
Un continent archéen primitif, ayant depuis longtemps perdu ses formes originelles, recoupé à des distances variables par quelques lignes disjonctives que jalonnent des basaltes ou des porphyres, et dans lequel les cours d'eau du Nord et du Sud ont entaillé à reculons des sillons nombreux et ramifiés, — tel est Taspect sous lequel nous devons nous représenter la charpente de la région faîtière ; et les voyageurs qui ont cherché à y suivre la ligne de partage entre les deux versants ne sont pas arrivés à une chaîne de montagnes longue et continue, mais à des forêts vierges, à des amas de rochers recouverts de mousses et à de vastes marais, interrompus çà et là par des lacs.
Mais plus à TEst, à ce que pensait Kropotkin, des sources de la Tchitchatka (affinent gauche de FAmazar, 120« 30' de long. E.) à celles du Giliouï (affinent droit de la haute Zéïa, sources par 125** 45' de long. E.), la ligne de partage, sur remplacement prétendu du Stanovoï, est foniiée par des croupes qui, analogues et parallèles à celles du Gazimour, remontent du désert de Gobi dans la direction du Nord-Est.
Los observations plus récentes ont confirmé cette manière devoir. Au printemps de 1883, Joseph Martin partit des laveries d'or situées au Sud du Patomské Nagorié pour traverser le Stanovoï. Après de longues et pénibles pérégrinations entre TOlekma et le Vitim, il franchit le Tougir à Taltitude d'environ 600 mètres; puis il trouva sur le Stanovoï des montagnes arrondies, atteignant çà et là 1 300 ou 1 500 mètres ; après avoir essuyé des tempêtes de neige continuelles en franchissant la ligne de partage, il atteignit TAmour en longeant TAmazar. Le voyage à travers ces solitudes avait duré neuf mois. « 11 est à remarquer, écrit Martin, que dans la région de mon voyage le Stanovoï montre un relief moins accentué que le faîte entre le Vitim et TOlekma. »
L'année suivante, Martin explora la ligne du Stanovoï entre la haute Olekma et la Zéïa, et il y retrouva la même configuration du sol. Là encore, il vit des croupes arrondies, au-dessus desquelles des montagnes en forme de pains de sucre (goltzi) se dressent à 1000 ou 1500 mètres ^
1. Kropotkin, Rapport sur l'Expédition à f Olekma et au Vitim^ r. (Zapiski Soc. Imp. Russe de Géogr., III, 1873, p. ^1^); Orographie de la Sibérie Orieniale.v. (Ibid., V, 1815, p. 63).
2. Joseph Martin, Voyage dans la Sibéne Orientale (Compte rendu Soc. Géogr. Paris, 1887, p. 226 et suiv.).
Les travaux des géologues russes nous offrent dès à présent un tableau assez net.
Ghérassimov a mis hors de doute le fait que le horst des lablonovii ne décrit pas du tout vers TEst, autour des sources de la Tchita, le coude qu'admettaient les chasseurs de zibeline de 1689, mais qu'il se prolonge en ligne droite entre le Vitim et la Karenga*.
A environ deux degrés do longitude plus à TEst, Ghédroïtz a remonté la rivière Kouenga et son affluent de gauche TAléour. Il atteignit, autant qu'on en peut juger, non pas tout à fait la ligne de faîte, mais le bord escarpé d'un plateau, peut-être la lisière d'un horst qui s'étendrait vers le Nord.
Plus à l'Est encore, près de Strétensk, les Monts de la Chilka s'élèvent au nord de ce cours d'eau. Ils conservent la direction du N.N.E. et semblent se rattacher étroitement au Borchtchévochtnii. Dans ce massif, Ghédroïtz a atteint entre le cours supérieur du Tchernii Ourioum et celui de l'Amazar la hauteur d'Ourioum (852 m., 53<> 45' de lat. N., 119^ 12' de long. E.). Au Nord-Ouest, cette crête tombe directement sur l'un des premiers affluents de l'Olekma. A l'Est, sur le cours supérieur de l'Amazar, débouche la Tchitchatka, la petite rivière que mentionne Kropotkin*.
Le point suivant de la ligne de partage a été atteint par M. Ivanov à la Sergatchinskaia Sopka, entre les affluents supérieurs de rOurouchi et l'Oldoï (54o 38' de lat. N., 122« 40' de long. E.). Là, on se trouve sur une sorte de haut plateau, que surmontent quelques croupes et quelques éminences isolées ; la Sergatchinskaïa est la plus notable de ces saillies, et domine le fond de la vallée de l'Ourouchi de 800 mètres. Ce haut plateau s'incline au Sud-Est vers la grande plaine de l'Amour, dont il forme le bord. Il est constitué par le terrain archéen, dont la direction est N. 40 à 60® E., et sur la lisière orientale, du côté de la plaine, on voit une zone sédimentaire probablement dévonienne. On n'y a trouvé que des traces de Polypiers et de Bryozoaires, M. Ivanov suppose que ce même
i. A. Ouérassimow, Compte rendu sommaire des recherches géologiques faites en été iS98 le long du Transsibérien entre Tchita et Nertchinsk, r. f. (Explor. géol. Ch. do fer de Sibérie, XIX, 1899, p. 14, 15, 23) : «La ligne de partage des eaux, dit ce voyageur, ne coïncide nullement avec une chaîne simple, mais est formée par une série de tronçons successifs, appartenant à des reliefs tectoniques distincts. »
2. Prince Qiédroïc [Ghédroïtz], Explorations géologiques le long du Chemin de fer de Sibérie entre Strétensk et Pokrovskaîa, r. f. (Explor. etc., VI, 1897. p. 83-137); il est question, p. 89, de la ligne de partage des eaux. — Toutes les positions géographiques que nous indiquons ici sont extraites de la carte russe à l'échelle de 40 verstes au pouce, carte dont certaines parties auraient besoin d'être modifiées d'après les observations récentes ; elles n*ont d*autre but que de faciliter l'orientation du lecteur.
plateau atteint au Sud-Ouest la Chilka et qu'il se prolonge au Nord- Est au delà de TOur, sur le bas Giliouï. En tout cas, il est t^^s analogue aux chaînes dirigées N.E. de la Transbaïkalie orientale, et peut-être représcnle-t-il le prolongement de Tune d'entre elles. La jonction se ferait immédiatement au Nord de Textrémité du Grand Khingan, dans le bassin de TAmazar par exemple. Donc la Sergatchinskaïa indique que le faîte se prolonge encore au Nord du Grand Khingan. Les habitants des rives de l'Amour la désignent sous le nom de lablonovii pour se conformer à la tradition, et quoiqu'elle n'ait rien de commun avec le lablonovii*.
Dès 1856, Oussoltzov remontait l'Oldoï, puis, tournant le long du bras droit de ce cours d'eau, il arrivait à travers ces solitudes dans un territoire tout couvert de blocs de granité. Il atteignit, après un long et périlleux voyage, le haut Giliouï et vers ses sources le massif de VAlytchan, dans lequel il crut reconnaître, conformément aux idées de l'époque, un prolongement du lablonovii. En remontant la Koudoula, il s'éleva jusqu'à la ligne de partage, qu'il trouva occupée par des marais dont les émissaires s'écoulent dans différentes directions. Il n'est malheureusement pas possible d'extraire de sa relation des renseignements plus précisa
L'étude des gîtes aurifères de la haute Zéïa a conduit à dos résultats inattendus. Entre ses deux affluents l'Our et le Giliouï, au voisinage de la région dans laquelle on peut croire que se prolonge la zone étudiée par M. Ivanov, une chaîne de montagnes imposante, le Khrébet Toukouringray s'avance du Nord-Ouest vers la vallée de la Zéïa. Makérov dit que la vallée du Giliouï et tout le Toukouringra sont formés de gneiss rouge et gris, dont la direction est N. 290 à 330^* W. avec plongement prédominant au S.W. ; les couches sont parfois verticales ou dessinent des plis très redressés qui, sur le cours supérieur du Khougder par exemple, passent aune structure imbriquée. Au Nord-Est, sur l'Ilikan, vient du granité.. Sur le versant méridional du Toukouringra, il y a des phyllades et aussi des schistes graphiteux, orientés N. 295® à 300« W. et plongeant N.E. \
1. M. Ivanow, Explorations géologiques au bassin du haut Amour (région de la Zéïa et de la Bouréïa) et au flanc occidental du Petit Khingan^ r. f. (Explor. géol. Ch. de fer de Sibérie, VIII, 1898, p. 51-79, 2 cartes ; voir notamment p. 54 et suiv.).
2. Oussoltzov, Voyage aux sources du Giliouï et à la Zéïa pendant l'été de i856^ r. (Viestnik Soc. Imp. Russe de Géogr., XXII, 18ö8, p. 143-160).
3. J. Makérov, Esquisse géologique des gites aurifères du bassin de l'Amour, r. (Izviestiia Section Sibérie Orientale Soc. Imp. Russe de Géogr., XX, n» 3, 1889, p. 38, 40). — Middendorf! a aussi vu le Toukouringra et reconnu qu'il se rattache à la chaîne do partage (Amé?, etc., IV, Thcil 1, p. 217, note). — L. latchevsky a également visité
FORMATIONS PÉRIPHÉRIQUES A L^EST DU FAITE. 14d
Là, au Toukouringra, commence un nouveau régime : la direction des terrains ne correspond plus désormais à celle des plis baïkaliens du faîte et de la Sergatchinskaïa, mais à celle des chaînes orientales. En môme temps apparaît une tendance au plissement vers TEst.
Sur les bords du Denn (affluent de gauche de la Zéïa), on connaît un grès brun à Cyathocrinus et Streptorhynchtis *.
En résumé, nous arrivons à la conception suivante de la ligne de partage entre les versants de la Mer Glaciale et de TOcéan Pacifique :
Le lablonovii, qui constitue une partie du horst des Monis Malkhan, arrivant de la Mongolie avec une légère inflexion, no se recourbe pas vers TEst, mais court en ligne droite à TE.N.E. entre le Vitim et laKarenga. Les horsts et les rubans montagneux situés plus à TEst, qui suivent tous la direction N.N.E. ou E.N.E., ne forment pas directement ce tronçon de la ligne de partage des eaux, empruntant au contraire de larges arêtes de jonction transversales. Il est probable que ces divers groupes de hauteurs s'avancent à des distances inégales dans cette direction avant de disparaître au milieu de la taïga, tandis que dans les intervalles ou sur leurs croupes dénudées les cours d'eau des deux versants empiètent tantôt dans un sens, et tantôt dans l'autre .
11 faut rapprocher de ces rubans montagneux la Sergatchinskaïa, dont la lisière probablement dévonienne forme le bord nordouest de la plaine de l'Amour.
Dans le bassin de la Zéïa, le Toukouringra n'appartient pas au faîte, non plus que le Grand Khingan.
En somme, Kropotkin a très bien apprécié les choses. Les Monts de l'Olekma de Middendorlf se confondent avec les contreforts du faîte. Nous essaierons bientôt d'analyser la partie orientale de la ligne de partage. L'alignement Stanovoï-Iablonovii doit disparaître de nos cartes.
L'érosion régressive a évidemment beaucoup contribué dans cette région à déterminer l'allure de la ligne de partage. Tel était déjà le cas pour la partie méridionale de cette ligne de partage, entre le lénisséi et l'Amour; mais ici, sur les larges croupes archéennes qui vont rejoindre le Kenteï, les lignes tectoniques ont
ces gisements d'or (Matériaux pour la Gëol. delà Russie, XIII, 4889, p. 228 et suiv., carte, r.); voir en outre V. A. lantchoukovsky, Gornyi Journal, 1890, 1, p. 358.
1. A. Stuckenberg, Materialien zur Kenntniss der Fauna der devonischen AUa-gerungen Sibiriens (Mém. Acad. Imp. Sc. S^-Pétersbourg, 7* sèr., XXXIV, n» 1, 1886, 20 p., 4 pi.).
exercé une influence moindre sur le tracé des cours d*eau, qui tantôt les suivent et tantôt les évitent; et c'est ainsi que prend naissance, sur le haut Tchikoï et sur la haute Ingoda, un véritable labyrinthe d'artères fluviales, où Ghérassimov a pu suivre les sources de llngoda jusque dans la région schisteuse qui occupe le flanc méridional du Sokhondo.
2. Le Grand Khingan. — I.D. Ivanov a montré que les Monts Nioukdja, qui figurent sur les cartes comme contrefort du Grand Khingan, au Nord de TAmour, entre ce fleuve et la Zéïa, n'existent pas du tout, mais qu'une vaste plaine s'étend d'un cours d'eau à l'autre *. Et jusqu'à présent, on ne possède aucun renseignement positif sur la prétendue chaîne de VIlkhouri-Âlin, dessinée au Sud de l'Amour avec une direction analogue; on sait seulement que la ligne de partage entre les affluents du Nonni et ceux de l'Amour passe par cette région.
Les travaux de Ghédroïtz nous ont révélé la largeur inattendue du Khingan sur l'Argoun et sur la basse Chilka, et nous ont conduit à la frontière mongole jusqu'au voisinage de la grande dépression du lac Kouloun (49® de lat. N.). M. Obroutchev a pris la peine de mettre à ma disposition la liste des échantillons de roches recueillis par Kropotkin ^ et Manakin% et de déterminer les collections faites par Potanin et Palibin en 1899 au cours de deux voyages dont la relation n'a pas encore paru, collections dont il a bien voulu me communiquer également le catalogue. L'itinéraire de Potanin part des lacs Tareï, Kouloun et Bouir, passe ensuite au temple de Tchakyl-ssoumé, par 118® de long E. et un peu au Sud du 46® de lat. N., puis franchit le Khingan dans la direction du Sud-Est pour aboutir au temple de Khan-tabyn-ssoumé (119® 13' de long. E., 45® de lat. N.), et revenir seulement alors le long du versant oriental à l'Argoun, en suivant le 118'^ méridien. Le botaniste Palibin est allé d'Ourga au Kéroulen ; abordant le Khingan par 118® de long. E. et 44® de lat. N., il franchit cette chaîne en descendant la vallée du Chara-Mouren, atteignit la mission de
1. D. Ivanow, Le partage des eaux de V Amour et de la Zéia^ r. f. (Explor. géol. Ch. do fer de Sibérie, XII, 1899, p. 31-64, carte).
2. P. Kropotkin, Description de V Itinéraire du poste de Staro-Zouroukhattou par la ville de Mergen à Algoun, r. (Zapiski Section Sibérienne Soc. Imp. Russe de Géogr., Irkoutsk, VIII, 1863, p. 1-57). Andronnikov, qui a fait le voyage de Staro-Zouroukhaïtou à Tsitsikar, a rapporté du porphyre, du mélaphyre et du basalte.
3. M. Manakin, Description de l'Itinéraire du poste de Staro-Zouroukhaxtou par Mergen et Âîgoun à Blagoviechtchensk sur l^ Amour ^ r. (Zapiski Sous-Section de Tchita Soc. Imp. Russe de Géogr., III, 1898, p. 1-79).
FORMATIONS PÉRIPHÉRIQUES A LEST DU FAITE. iU
Toung-tsia-in-tsé (H8« de long. E., 42'»30' de lat. N.) et enfin Kalgan.
Aucun de ces itinéraires ne rencontre TIlkhouri-Alin ; une notable partie de leur tracé se développe dans la région méridionale du Khingan.
Les traits généraux de la situation paraissent être les suivants :
Le Grand Khingan est traversé par la basse Ghilka et TAmour sous Taspect d'une chaîne de montagnes ayant bien 180 h 200 verstes de large. Cette largeur correspond à peu près à celle de l'ensemble des Alpes entre Lucerne et Côme. La partie occidentale de ce profil est seule relativement connue, mais les anciennes observations de Schmidt permettent de constater que la même direction règne aussi dans TEst. Des gneiss et des schistes anciens, puis des dépôts dont Tage est probablement paléozoïque, ainsi que du granité, du porphyre et de la diabase constituent ces montagnes. Là, dans le Nord, les formations volcaniques récentes ne jouent qu'un rôle insignifiant. Au contraire, près de la bordure occidentale apparaît une puissante traînée de granité « de type dioritique», qui court dans la direction du S. S. E., de la Ghilka jusqu'au delà du 52®. Sa largeur, variable, peut atteindre par endroits une trentaine de verstes, d'après les descriptions existantes.
Il est difficile de comprendre comment cette chaîne large et puissante peut se terminer ainsi brusquement au Nord de la Ghilka, à l'approche de la Sergatchinskaïa Sopka, qui s'aligne N.E.-S.W. parallèlement au Baïkal; c'est cependant ce qui résulte des observations d'Ivanov.
Les terrains volcaniques récents qui se montrent près de Nertchinskii Zavod, le long du haut Argoun et au lac Kouloun, font partie d'un ensemble d'affleurements éruptifs très étendus qui, à partir de là, accompagnent tout le Khingan.
Les roches qui ont été recueillies entre la vallée du Kéroulen et les lacs Tareï confirment, selon Obroutchev, l'hypothèse d'après laquelle les terrains du Sud-Est de la Transbaïkalie se prolongeraient au Sud-Ouest, en Mongolie.
Kropotkin a quitté l'Argoun au N. du 50** de lat. Nord et franchi le Khingan par 49® 30' ; l'itinéraire de Manakin coïncide d'abord avec le précédent, mais sa traversée du Khingan fut effectuée un peu plus au Nord. Ges deux voyageurs ont signalé, non seulement à l'Ouest, mais aussi sur la crête même du Khingan et dans une grande partie du versant oriental, des schistes argileux et du granité, quelquefois aussi du porphyre et des grès rouges redressés;
il est possible d'ailleurs que, sur Tun de ces itinéraires, le granité et la rhyolite aient été plus d'une fois confondus ; dans Tensemble, rimpression n'en demeure pas moins qu'au Sud du 50® degré de latitude, la constitution du sol diffère peu de ce qu'elle est plus au Nord, et que, là encore, ce sont des terrains anciens qui forment la plus grande partie du Khingan proprement dit.
Un peu plus loin du Khingan à l'Est, au delà de 123® 30', les choses changent d'ailleurs complètement. Après avoir franchi le Khingan vers les sources du Nomin, on rencontre sur le versant oriental, d'après Potanin, quelques chaînes parallèles de granité et de porphyre présentant une direction presque méridienne et des pentes très raides du côté de l'Est. Le Mont Chater, au coude du Nomin, est un volcan éteint avec cratère bien conservé, d'après Manakin*. De même, d'après Potanin, à l'Est de ce volcan, près de la ville de Mergen, on trouve au confluent de la Gouila et du Gan les restes d'un cratère, et au Nord-Est de Mergen, sur la route d'Aïgoun, les rochers sont parsemés de blocs d'une lave vacuolaire. Sur cette môme route, le Mont Koronanesi un cratère. A environ 100 verstes à l'E.S.E. de Mergen est situé le Mont OuXoim-Kholdongi (48" 40' de lat. N., 126'' 27' de long. E.), où une éruption, d'après les documents chinois, aurait eu lieu en 1720*.
La ville de Mergen est donc entourée d'un district volcanique récent, qui mesure 200 verstes de l'Ouest à l'Est, du Chater à l'Ouïoun-Kholdongi. Lorsqu'on va de Mergen à Aïgoun, on trouve au delà du Koronan, sur la croupe haute de 557 mètres qui sépare le Nonni de l'Amour, du granité et de la diorite ; mais sur le versant de l'Amour, on revoit de gros blocs de lave.
Encore à Bibikovo, à 60 verstes en amont de Blagovîechtchensk, se montrent des laves récentes, et Kropotkin a cru y voir les traces d'un cratère.
Le district volcanique de Mergen constitue en même temps ^ une sorte d'annexé, vers l'Est, aux affleurements volcaniques du Khingan et une partie de la ceinture du Gobi Oriental,
Une autre région volcanique importante est située beaucoup plus au Sud, à l'Ouest du Khingan, dans le désert. Lermontov l'a atteint vers Amagolon-Khan (Bogdy-Ola, 43® 35' de lat. N., au N.N.W. de Dolon-Nor), et Mouchkétov l'a décrit. Le point culmi-
1. Diamètre, 400 m.; profondeur, 36 m.; hauteur relative, 163", 50. Le cratère s'ouvre vers l'Ouest; ses parois plongent de 45" vers le marais qui en occupe le fond; elles sont formées do lave grise et rouge et de scories (Manakin, Mém. cité, p. 43).
2. I. V. Mouchkétov, Géologie physique, r., in-S", I, S^-Pétersbourg, 1894, p. 248.
nant répond à un sommet conique, ébréché en fer à cheval, qui ressemble à un cratère. Les roches qu'on y rencontre sont des basaltes, des tachylites, des limburgites, etc. Son altitude est de 2266 mètres, mais comme la steppe est déjà à 2019 mètres, sa hauteur relative estfaible.il n'en est pas moins visible de très loin, et sert de jalon aux caravanes à une grande distance à la ronde*.
Jusque vers 45®, en venant du Nord, Potanin trouva du granité, du porphyre et des schistes argileux. Au Sud de cette latitude, sur le versant oriental, on sait, grâce aux récoltes de Poutiata et Borodowski et à la description de Mouchkélov, qu'il existe des roches volcaniques en un grand nombre de localités. Des basaltes ont été rencontrés sur toute une série de points, à TEst et à rOuest du H8« méridien, entre 43« 30' et 42<> de lat. N. Du trachyte apparaît près de Khou-antou-Kat (au Nord de 41** de lat. N., par 118** de long. E.). Les renseignements donnés par ces voyageurs confirment Topinion d'après laquelle le Grand Khingan ne possède qu'un versant oriental et représente simplement une sorte de palier ; Mouchkétov la décrit récemment comme étant le résultat d'une faille : « C'est une haute terrasse, dit-il, par laquelle la Mongolie descend vers la Mandchourie, Tun des gradins gigantesques par lesquels TAsie Orientale s'abaisse vers la mer^ ».
Prjévalsky, en se dirigeant de Peking vers le Nord, atteignit la Grande Muraille à Hou-beï-kou (221 m.). De là il parvint, après un trajet d'environ 180 verstes à travers des vallées d'érosion creusées dans le gneiss et la granulite, à la ville de Dolon-Nor (1 263 m.), sur les pentes du Grand Khingan, et au Nord-Ouest et à l'Ouest de ce point le haut plateau de la Mongolie arrive tout de suite à dépasser 2 000 mètres; au sommet, l'aspect jusqu'alors rocheux du paysage change : on entre brusquement dans les plaines monotones du Gobi'.
La ville de Dolon-Nor est bâtie sur des terrains anciens que percent des filons de quartz; puis vient, au Nord-Ouest, du porphyre quartzifère, et cette roche constitue, semble-t-il, la montée par laquelle on accède au plateau du Gobi.
1. Mouchkétov, Notes géologiques sur la Mongolie orientale^ r. (Gornyi Journal, 1881, II, p. 80-98, carte).
2. L. J. Borodowski, Mafériatix pour ta relation de V Expédition au Khingan du colonel Poutiata, r. (Zapiski Société Scientifique de l'arrondissement de l'Amour, Vladivostok, III, 1894, 155 p., 1 carte); I. Mouchkétov, Sur la constitution géologique du Khingan et de la Mongolie orientale, d'après les données de MM. Poutiata et Obroutchev, r. (Verhandl. Russisch-k. Minoralog. Ges., 2. Ser., XXX, 1893, p. 448-i50).
3. N. von Prschewalski, Reisen in der Mongolei, etc., deutsch von A. Kohn, in-S", Jena; 1817, p. 88 et suiv.
ib4 LA FACE DE LA TERRE.
Un intérêt particulier s'attache à l'extrémité méridionale du Grand Khingan.
Ferdinand von Richthofen a insisté à plusieurs reprises sur ce fait que le bord externe des failles et des flexures du Chan-si, qui coïncide avec la bordure occidentale de la grande plaine, correspond à la direction du Grand Khingan. Dans son célèbre essai de carte tectonique du Nord de la Chine, le prolongement hypothétique de la cassure maîtresse a été désigné sous le nom de ligne du Khingan; plus récemment, le môme savant a indiqué comme très probable le rattachement en arc de cercle des montagnes du Tchi-li septentrional avec le Khingan, au Nord ou au Nord-Nord-Est de Peking*.
Sans reproduire les détails qui ont été déjà indiqués précédemment (II, p. 229-238), on peut en donner le résumé suivant :
EntreS3o20'et52'>delat. N. etentrel20«et 123odelong. E., des plis de terrains anciens, accompagnés du côté de l'Ouest par une puissante traînée granitique, traversent obliquement la basse Chilka et le bas Argoun. Leur direction, qui est S. E.-N.W., devient bientôt N.-S. Vers Nertchinskii Zavod, des roches volcaniques récentes s'adossent au flanc occidental de la grande chaîne. A TEst, dans le bassin supérieur du NonnJ, autour de Mergen, s'étend une région d'activité volcanique récente. Sur une longue distance, son prolongement dans la direction du méridien se trouve un peu à l'Ouest du 122°; entre 30*> et 49° de lat. N., la grande chaîne s'infléchit peu à peu, d'abord vers le S, S.W., puis vers le S.W. ; accompagnée de roches volcaniques, elle atteint non loin de Dolon-Nor, par 42% le 116° méridien et, d'après l'hypothèse de Richthofen, passe aux lignes d'afl'aissement de Peking. Ces laves sont probablement en continuité avec les grands champs de laves du Sud de la Mongolie.
Au Nord, le Grand Khingan est comme on l'a dit une chaîne de plissement fort large ; mais il présente du côté de l'Est un palier très étendu, analogue à une flexure ou à une faille; il en va de même au Sud, près de Dolon-Nor, et les lignes d'affaissement de Peking répondent de même à cet abaissement vers l'Est. Sur quelques points, la chaîne paraît s'atténuer très graduellement vers l'Est; mais les observations sont encore bien incomplètes, et l'on
i. F. von Riclitliofen, China. Ergebnisse eigener Reisen und darauf gegründetet* Studien, II. Das nördliche China, in-é-, Berlin, 1882, p. 520, et pl. VI : carte; et Über Gestalt und Gliederung einer Grundlinie in der Morphologie Ost-Asiens (Sitzungsber. k. Preuss. Akad. Wiss. Berlin, 1900, XL, p. 888-923; notamment, p. 900 et suiv.).
ne sait pas si cette disposition provient de ce que la flexure disparaît ou si elle résulte de Tentassement des laves sur les bords.
Les porphyres, aussi bien que les trachytes et les basaltes du Khingan, sont postérieurs au plissement de la chaîne. Sur les horsts des environs de Peking, on sait que le Cambrien est resté horizontal; cette transgression est inconnue dans le Nord. Par contre, on n*a pas signalé de roches eruptives récentes le long des flexures de Peking.
En somme, il est certain que le Grand Khingan représente un palier important entre les hautes régions de TOuest et les régions déprimées de TEst, ou, pour employer l'expression caractéristique de Richthof en, une grande « marche de pays » {Landstaffel). Jusqu'à quel point forme-t-il en même temps une ligne de « débordement » {Ueberwallung), dans le sens où Tentend Richthofen? C'est ce que nous aurons à examiner plus tard.
3. Plaine du haut Amour. — Le bord nord-ouest de la plaine occidentale de TAmour est formé par la lisière probablement dévonienne de la chaîne, courant N.E.-S.W., de la Sergatchinskaïa, et M. Ivanov remarque que sur cette lisière apparaissent des granités et des syénites, entourés d'auréoles de contact*.
Le contraste des directions est ici très marqué. Les chaînes de la Transbaïkalie conservent leur direction N.E. ou E.N.E. ; dans le Khingan on voit au contraire, au Nord, la direction N.W. ; plus au Nord-Est encore, le Toukouringra s'oriente également N.W.
Mais il semble que cette direction N.W. n'appartienne qu'aux régions septentrionales ; le Khingan devient parallèle au méridien et bientôt commence à se montrer la direction N.N.E., qui, vers le Sud, prend une importance croissante, comme si, en somme, la direction du faîte tendait à reparaître.
La constitution de la plaine qui s'étend au Nord du haut Amour n'est pas absolument simple. Déjà, près du bord oriental du Khingan, apparaissent les couches de l'Angara avec Asplenium whitbyense, Czekanowskia rigida, etc., et ces couches occupent tout l'Ouest de la plaine ; elles continuent à affleurer le long de l'Amour jusqu'au delà du 126*, puis au Nord, sur l'Our et sur la Zéïa, jusqu'à TE. du 128®'. Elles sont recouvertes par des sables blancs et
1. M. Ivanow, Explorations géologiques au bassin du haut Amour (région de la Zéia et de la Bouréia) et au flanc occidental du Petit-Khingan, r. f. (Ezplor. géol. Ch. de fer de Sibérie, VIII, 1898, p. 63).
2. P. Schmidt, Reisen im Gebiete des AmurstromeSy etc. (Baer und Helmcrscn, Beiträge zur Kenniniss des Russischen Reiches, XXV, 1868, p. 21, 23 et suiv., et 173);
des argiles à lignites tertiaires, qui occupent la partie orientale de la plaine jusqu'à la Zéïa et qui forment le long de ce cours d'eau, entre son coude et le confluent, la falaise des « Montagnes Blanches » ou Biélogorié, dont la coloration éclatante avait frappé Milovanov dès 1681.
Mais ce manteau tertiaire n'a parfois qu'une faible épaisseur; au-dessous apparaissent alors, comme sur la haute Tygda, des roches archéennes, dont le rôle orographique est presque nul. Un pointement remarquable de granité sépare près de Blagoviechtchensk la Zéïa de l'Amour. Par 126^ 30', à Tsagaïan, sur l'Amour, le granité est surmonté d'un lambeau tertiaire de couleur blanche où des couches de lignite, brûlant depuis des années, attirent l'attention du voyageur.
Dans ces traces discontinues du substratumarchécn, M. Ivanov reconnaît la direction générale du N.N.E. Mais, d'après cet observateur, les couches de l'Angara qui forment la partie ouest de la plaine ne sont pas horizontales : au contraire, le long de l'Amour, dans l'espace compris entre le Grand Khingan et les premiers affleurements du substratum archéen qui reparaissent ensuite, elles se montrent plissées de même suivant la direction N.N.E. La plaine doit son origine à la dégradation de ces plis *.
Les dépôts tertiaires recommencent au delà de la basse Zéïa. Des alluvions plus récentes les masquent sur de grands espaces, en formant le sous-sol immédiat de ces « Prairies » fertiles. Ce territoire se termine vers le Sud par une ligne d'escarpement, qui s'éloigne souvent beaucoup de l'Amour. Tout le pays qui s'étend à son pied est soumis aux inondations du grand fleuve. Enfin cette falaise atteint le bord ouest du Petit Khingan, et vers Pachkova (130** 45' de long. E.), l'Amour s'engage à travers cette chaîne dans une gorge d'érosion.
Le Petit Khingan constitue Tune des longues chaînes de montagnes qui convergent d'une façon si remarquable vers le Nord de la Mer d'Okhotsk. Les plissements N.N.E. que nous venons de signaler dans la plaine de l'Amour ne sont probablement que le prélude de ce vaste ensemble, qui occupe une grande partie de l'Asie OrÎQntale.
Il y a lieu de décrire ces chaînes dans l'ordre où elles se suc-
0. Heer, Beiträge zur Jura-Flora Ostsibiriens und des Amurlandes (Mém. Acad. Imp. Sc. S'-Petersbourg, V sér., XXII, n» 12, 4884, 422 p., 31 pl.); M. Ivanow, Explor. géol. Ch. de fer de Sibérie, VIII, 1876, p. 64, et XII, 1899, passim.
1. D. Ivanow, Le partage des eaux de l'Amour et de la Zëia, p. f. (Explor. géol. Ch. de fer de Sibérie, XII, 1899, p. 41, 48, et surtout 56 et 61).
cèdent en allant du continent vers la mer. Leurs éléments principaux sont:«) les MontsAldan,à TOuest de la Mer d'Okhotsk; h) les Monts Tourkana, les Monts de la Bouréïa et le Petit Khingan, avec les chaînes de la Mandchourie ; c) le Sikhota-Alin ; d) Sakhalin et le Japon.
4. Monts Aldan. — Ces montagnes atteignent environ 1200 mètres. Elles s'abaissent brusquement à l'Est sur la Mer d'Okhotsk; leur versant occidental renferme les sources de l'Aldan, rivière qui, comme on Ta vu plus haut, coule sur un épanouissement du plateau cambrien de la Lena. Leur direction est N.E.-S.W., parallèlement à la côte, mais, dans le Sud, au Nord de l'embouchure de TOuda, elle s'infléchit à TW.S.W., et devient même parfois E.-W. Ce coude répond au dire de Meglitzky, d'après lequel le bord occidental de la chaîne coïncide avec la rive orientale de la Maïa dans son cours supérieur, et passe ensuite à l'Ouest de Nelkan, puis entre le Grand et le Petit Aïm. Plus au Sud- Ouest, sur la ligne de partage, au lac Tok, un lambeau de couches de l'Angara reposerait sur le granité, d'après le même observateur ; il est possible que cotte localité appartienne encore à la région des Monts Aldan *.
Dans la moitié méridionale des Monts Aldan, les observations antérieures ont été dépassées par les travaux de Bogdanovitch, d'où l'on peut extraire ce qui suit ^ :
La déviation, au Sud, est très nette. Sur la basse Ouda, un court tronçon montagneux indépendant se dresse entre ses affluents la lana et le Toutkan : c'est le Khrébet Toutkan, qui s'ali-
1. N. G. Meglitzky, Relation de l'Expédition dans la province de Iakoutsk en 1851, rédigée d'après les manuscrits ^ les journaux et les collections de — par M. P. Melnikov (Gornyi Journal, 1893, III, p. 32i, 326). Ditmar a égalomcot traversé les montagnes entre Nelkan et Alan; malheureusement, il n'a été livré à la publicité que peu de choses au sujet de ce voyage ; K. von Ditmar, Reisen und Aufenthalt in Kamtschatka in den Jarhren 1851-1855^ l (Schrenck und Maximowicz, Beiträge zur Kenntniss des Russischen Reiches, 3. Folge, VII, 1890, p. 71-77).
2. K. Bogdanovitch, Renseignements sur les travaux de l'expédition minière à Okhotsk et au Kamtchatka^ r. (Izviestiia Soc. des Ingénieurs des Mines, S*-Pétersbourg, séance du 9 décembre 1896; communiqué par L. A. Iatchevsky\ et Nouvelles de VËxpéditiony etc., r. (Izviestiia Soc. ïmp. Russe de Géogr., XXXIIl, 1897, p. 42 et suiv. : lettre datée d'Aian, 15 octobre 1896); du même : Résultats des explorations et des recherches de Vor accomplies par r expédition d'Okhotsk-Kamtchatka sur la côte nordoccidentale de la mei" d' Okhotsk ^ in-8'', 20 p., 1 carte [publication du Département des Mines, S*-Pétersbourg, s. d.] ; K. Bogdanowitsch und G. Diener, Ein Beitrag zur Geologie der Westküste des Ochotskischen Meeren (Sitzungsber. k. Akad. Wiss. Wien, CIX, 1900, Abth. I, p. 349-369, 1 pl.}. M. Bogdanovitch a bien voulu me confier les fossiles recueillis pendant ces pénibles voyages; je suis heureux de lui en exprimer ici toute ma gratitude.
gne au N.W. et fait presque un angle droit avec le Saladjak, contrefort des Monts Aldan. Peut-être le Toutkan doit-il être déjà considéré comme faisant partie des montagnes situées à l'Est de rOuda, auquel cas les Monts Aldan n'arriveraient nulle part en contact avec ce fleuve.
D'après Bogdanovitch, il y a lieu de distinguer trois chaînes dans son champ de recherches, qui, du Sud, s'étend jusqu'au confluent de l'Aldama.
La première et la plus occidentale, la chaîne du Djougdjotir, est aussi la plus élevée, et sépare les deux versants; elle est formée de porphyre, de granité et de granité gneissique. C'est de cette chaîne que proviennent les cailloux de porphyre que Meglilzky et Ditmar signalent sur le bord ouest des montagnes, en mentionnant aussi plusieurs fois, d'ailleurs, la présence de roches eruptives plus récentes et même de laves vacuolaires. Déjà, àl'Ouest de Neikan, Meglitzky indique des grenats, et à Neikan môme, ainsi que dans la vallée du Vatam (au Sud de Neikan), des verres volcaniques.
La seconde chaîne, les Monts Némérikan de Bogdanovitch, est constituée par du granité, de la syénite et du gneiss amphibolique. Au Sud, là où se produit la déviation vers l'W.S.W., elle est plus large; au Nord-Est, son importance orographique diminue, à tel point qu'elle ne conserve pas toujours l'aspect d'une chaîne distincte, mais la nature particulière de ses terrains permet de la suivre sur toute cette étendue.
La troisième chaîne, le Primorskii Khrébety est extrêmement rocheuse et tombe en falaises abruptes sur la mer. Elle est formée de quartzites, de schistes et de calcaires, avec bandes de diorite et de gabbro, et aussi de diabase. M. Bogdanovitch a bien voulu m'adresser des échantillons d'un calcaire sableux recueilli à Aïan, dans lequel sont intercalés de petits bancs riches en coquilles. Diener a déterminé ces fossiles comme appartenant au Dévonien supérieur. Je suis disposé à croire que les quartzites et les diorites sont également dévoniens, Les indications données par Meglitzky permettent de supposer que cette « grauwacke » continue à régner plus au Nord-Est encore, le long de la côte.
Au Cap Magdalinda, Meglitzky signale en outre un lambeau de couches à empreintes végétales. Pour le Nord des Monts Aldan, je n'ai à ma disposition que la relation du voyage d'Erman, qui remonte à l'année 1829, mais est encore utile à consulter *.
L Ad. Erman, Aeûe um die Erde durch Nord^ Asien und die beiden Oceane in den Jahren 1898, i8i9 und 1830. In-8% Berlin, 1833-1848, atlas; Historischer Bericht, II,
FORMATIONS PÉRIPHÉRIQUES A l/EST DU FAITE. 159
Erman quitta TAldan à Aldanskaïa (un peu au Sud du 62^ de lat. N.) et gagna TOkhota en se dirigeant à TE.S.E. Il n'est pas impossible qu'une partie de son itinéraire ait traversé les premiers redressements de la chaîne de Verkhoïansk. Jusqu'à Aldanskaïa, Erman avait vu des calcaires horizontaux, analogues à ceux de la Lena. Mais au delà de cette localité se montrèrent bientôt, dans le calcaire, de violentes dislocations, en même temps que le sol, jusque-là très déprimé, se relevait à 600 ou 700 mètres. On trouva d'abord, à Gamastakh seulement, un calcaire gris en bancs très inclinés, plongeant au S.W. Le chaînon le plus élevé a reçu le nom de Sem Khrebti (les « Sept Montagnes »); il est formé de schistes argileux, inclinés de même au S.W. Erman atteignit ensuite la vallée, large de plusieurs milles, de V Allakh-ioxma (546 m.), qui descend des hautes montagnes du Nord-Est; elle coïncide avec une ligne de démarcation importante, au point de vue de la nature des terrains, et cet explorateur la compare à la vallée de l'Inn dans le Tyrol.
A l'Est de TAUakh-iouna viennent des montagnes formées d'un genre de schistes différent, plongeant fortement à l'W. ; il y a aussi des blocs de granité, puis des sommets rocheux (1 053 m.), où affleure une roche eruptive grise à feldspath vitreux, regardée comme de la phonolite. On arrive alors, avant d'atteindre la ligne de partage des eaux, au point culminant, la montagne du Kapitän (environ 1 200 m.). La montée a lieu sur des dalles très inclinées, s'orientant N.N.E., et du sommet on voit que tout le pays, au Sud et à l'Est, semble former trois chaînes parallèles affectant la direction du N.N.E. La phonolite s'étend jusque-là et se montre associée à des grauwackes dures contenïint des galets, ainsi qu'à des conglomérats quartzeux plongeant fortement à l'W. Il y a aussi des blocs de granité.
La grauwacke forme la ligne de partage; elle cesse à la large vallée de la Kétanda. A l'Est de ce cours d'eau s'élève un nouveau chaînon aux cimes dentelées, de nature porphyrique, qui s'étend jusqu'à la mer. Au voisinage d'Okhotsk, du granité se montre sur la rive et dans quelques îlots. Du granité, une roche feuilletée contenant du charbon, du porphyre et aussi du trachyte ont été suivis à l'Est d'Okhotsk et jusqu'au voisinage de la rivière
p. 206-429; III, p. 1-96. Dans cet ouvrage (III, p. 89), il est question de lames verticales traversant la Marckanka suivant la direction E.N.E., qui est celle de la chaino de Verkhoïansk ; je ne saurais dire si ces divisions répondent à des surfaces de couches ou à de puissants filons (voir le paysage dans ratlas\
Marékanka. D'après Erman, c'est par Faction des roches eruptives sur les terrains sédimentaires que les verres naturels connus sous le nom de Marékanite ont pris naissance.
On signale également de la grauwacke sur le versant oriental.
En résumé, on peut se représenter la structure des Monts Âldan, avec une part plus ou moins grande d'hypothèse, de la façon suivante :
A l'Est, il existe une zone de roches dévoniennes, au moins en partie ; quartzites, calcaires et diorites, plus large au Sud qu'au Nord ; c'est le Primorskii Khrébet.
Ensuite vient la zone archéenne des Monts Némérikan. Au Nord, elle n'est pas connue avec certitude ; l'on ne peut dire si les granités d'Okhotsk lui appartiennent.
Puis court à travers tout le massif, du S.S.W. au N.N.E., une bande puissante de porphyre, associée à du granité et peut-être aussi à des roches eruptives plus récentes. La chaîne principale, celle du Djougdjour, en fait partie. Elle est caractérisée en plusieurs endroits, notamment sur la Marékanka, par du pechstein et des formations vitreuses.
Au Nord-Ouest, au delà de la Kétanda, il est probable que le Dévonien affleure de nouveau en formant le chaînon du Kapitän ; il est bordé au N.W. par une roche eruptive grise (phonolite).
Les hauteurs qui s'étendent à l'Ouest de la large vallée de TAllakh-iouna n'appartiennent peut-être déjà plus aux Monts Aldan.
Une déviation de la chaîne du N.N.E. au N., comme les cartes l'indiquent près d'Okhotsk, ne parait pas se dégagorde ces données. L'Arka (affluent de droite de l'Okhota) coule encore sur du porphyre.
5. Monts de la Bouréla ou Petit Khingan. — Nous avons dit qu'au Nord de la basse Ouda, le court chaînon des Monts Toutka suit la direction du N.W. A l'Est de ce fleuve, entre Tchoumakan et le cap Diouktchangra, qui en est voisin, Bogdanovitch signale des schistes argileux avec bancs de calcaire cristallin, dirigés 110^ à 160**, comme si le faisceau resserré des chaînes venant de très loin, du S.S.W. , subissait brusquement, au fond de la baie de l'Ouda, une déviation vers le N.W.'. Mais ces traces disparaissent à une faible distance du côté de l'Est. Dans l'île Grande Ghantar, Meglitzky a constaté la direction N.N.E. [hora 1), et sur la côte
1. Bogdaoo witsch und Diener, Ein Beitrag zur Geologie der Westküste der Ochotskischen Meeres, p. 353.
voisine hora 2 Va*- Ainsi, tandis que le bord oriental des Monts Aldan, en suivant la zone dévonienne, semble se terminer par une faille longitudinale, la côte sud de la Mer d'Okhotsk n'est pas formée par une cassure transverse, mais par une côte à rias, comme si les chaînes disparaissaient en profondeur le long d'une flexure perpendiculaire de pente assez douce.
La première grande chaîne à TEst de l'embouchure de l'Ouda est celle des Monts Tyla^ qui forme entre l'Ouda et le Torom le cap Tylskoï. Vers l'Est lui succèdent les Monts Ala, qui sont très élevés ot s'étendent jusqu'au Tougour ; Bogdanovitch les considère comme le prolongement du Petit Khingan. Ils forment au Sud la ligne de partage entre un grand affluent de gauche de la Zéïa, le Silimdji, le Niman (affluent de gauche de la Bouréïa) et la Bouréïa elle-même, à l'Ouest, et l'Amgoun à l'Est. Leur prolongement au delà do la presqu'île Dougandja est représenté par les Iles Chantar.
Dans leur partie septentrionale, les chaînons qui constituent ce massif comprennent dos schistes argileux, dos schistes siliceux et des grès, recoupés ot modifiés, d'après Bogdanovitch, par des diabases ot des porphyritos, puis par un granité microperthitique et un porphyre quartzifère. On y voit aussi des tufs. C'est dans cette série de roches que Moglitzky et Bogdanovitch ont trouvé, à l'Ouest du Cap Dougandja, dos fossiles jurassiques, et que Middendorff a recueilli, à l'Est du môme promontoire, des fossiles du Trias [Pseudomonotis ochotica) ^
Le Cap Dougandja est situé dans la partie nord-ouest du massif. Plus au Sud se montrent du granité, de la syénite et des affleurements étendus de porphyre.
C'est la même chaîne que Fr. Schmidt a franchie plus au Sud.
Ce voyageur venait de l'embouchure de l'Amour, c'est-à-dire du Nord-Est. 11 remonta la vallée de l'Amgoun, puis celles du Nemilen et du Kerbi, et atteignit par 52® de lat. N. les montagnes; la crête, qui est située non loin de leur bord oriental, monte à environ
1. Meglitzky, Relation de l'Expédition dans la Province de Iakoutsk^ etc., r. (Gorayi Journal, i893, III. p. 309, 3i9 et suiv.).
2. Les deux caps Mali et Bolchoï Dougandja sont dirigés vers le Nord, et dans leur prolongement se trouve Ttle Fëklistov, la plus occidentale du groupe des îles Chantar. Dans la presqu'île dont ils forment l'extrémité sont situés, à l'Ouest, un petit cours d'eau, la Byrrandja, et à l'Est le Cap Nikta et la Baie de Mamga. Meglitzky signale à Byrrandja, par conséquent du côté ouest, la terrain jurassique avec Belemnites, Pecten et Pholadomya, Middendorff, qui visita la presqu'île quelques années plus tard, découvrit le Trias à Pseudomonotis ochotica au Cap Nikta et au Sud de la Baie do Mamga, par conséquent du c6té est. Bogdanovitch a rencontré les fossiles déterminés comme jurassiques par Diener, de l'embouchure de la Byrrandja jusqu'au Cap Dougandja.
6000 pieds [1800 m.] et est formée de granité; ailleurs, on voit des micaschistes et des schistes argileux. Au delà de cette crête, que nous devons sans doute regarder comme le prolongement de la chaîne principale des Monts Ala, se trouvent les premières sources de la Bouréïa. Dans la vallée de cette rivière, encore en amont du confluent du Niman (c'est-à-dire par environ 51^40' ou 51** 30' do lat. N.), Schmidt, on quittant los montagnes granitiques, arriva dans une région beaucoup moins accidentée, où les couches do VAngara avec empreintes A'Asplenium, Dicksonia, etc., contiennent en outre des Ammonites et des Bélemnites, association qui no laisse pas d'être remarquable. Vers l'aval se montrent ensuite des bancs de houille, avec les mêmes plantes et les mêmes Bélemnites. Les couches sont plissées, et les voinos de charbon verticales. C'est alors seulement que vient le confluent du Niman. Los couches de l'Angara se poursuivent le long de la Bouréïa; mais, à quelques jours de voyage plus bas, ce cours d'eau traverse encore une fois une large chaîne parallèle de granité rouge, puis do calcaire avec graphite, et enfin de porphyre. Au porphyre s adossent au Sud des couches à lignites; enfin l'on atteint l'Amour*.
La chaîne de granité, de calcaire et de porphyre mentionnée on dernier correspond probablement à l'extrémité sud -ouest des Afon/jf Tonrkana.
Ces n^ontagnes représentent une chaîne parallèle au Petit Khingan, à l'Ouest. Elles sont situées sur presque toute leur longueur à l'Ouest de la Bouréïa, s'abaissent vers le S.S.W. et finissent par disparaître, comme cola semble ressortir des indications données par Fr. Schmidt, après avoir été de nouveau coupées en biais par la Bouréïa. Elles se terminent au bord de la plaine, sous la forme de larges croupes, sans atteindre l'Amour. M. Ivanov, qui les a traversées à 140 vorstes au Nord do l'Amour, y a trouvé des arêtes rocheuses de granité à muscovite avec filons d'aplite, parfois transformé en gneiss par la pression, et vers la Bouréïa, c'ost-à-diro vers l'Est, du porphyre*.
D'après ce qui précède, on voit qu'une transgression mésozoïque, venant du Nord, pénètre entre les Monts Tourkana et lo Petit Khingan, transgression dont los traces no sont pas encore connues plus au Sud.
On doit d'autant moins douter de la continuité do ces chaînes de
1. F. Schmidt, Reisen im Gebiete des Amurstromes ^ etc., p. 144-168.
2. M. Ivanow, Explorations géologiques au bassin du haut Amour, région de la Zéia et de la Bouréia, etc., r. f. (Explor. Ch. de fer de Si}>érie, VIII, 1898, p. 72).
montagnes que D. Ivanov, venant de Khabarovsk, c'est-à-dire du
Sud-Est, s'est avancé au delà du 30** degré de latitude, et qu'il a observé la môme constance de direction. Là s'adossent au versant oriental (Khrébet Patchan) plusieurs coulisses parallèles (Soungatchan, Djaki-Ounokhta, Mandan) qui, vers l'Amour, dispa-
lékaterir Nikolskaïa
Fio. 14. — Carte géologique de la partie méridionale du Petit Kliiugan, d'après L. Batzévitch (Explor. géol. Chemin de fer de Sibérie, livr. VIII, 1898, carte 1).
1. Granite, gneiss, schistes cristallins; 2. Marbres et Quartzites (Dévonien?); 3. Porphyre, Porphyrite et Diorite; 4. Grés et conglomérats (Jurassique?); 5. Basalte; 6. Quaternaire. AB, trace de la coupe (flg. 15). — Échelle de 1 : 2 000 000.
raissent sous la plaine à Tétat de croupes isolées. Il y existe en outre des bandes paléozoïques, et dans Tune d'elles, au col de Koultek, à TEst du Khrébet Patchan, D. Ivanov a trouvé des fossiles qui indiquent la présence du terrain dévonien*.
La partie méridionale du Petit Khingan est la mieux connue
1. D. B. Ivanow, Explorations géologiques dans la région de l'Amour et les bassins des rivières Toungousküy Ounma^ Kour^ Grande Bira, r. f. (Explor. Ch. de fer de Sibérie IV, 1897, p. 43-58, carte schématique; VIII, 1898, p. 21-50, carte géol.). Les fossiles sont, d'après Loutougin, Productella sp. et Spirifei" medialis (Ibid., VIII, p. 29).
i64 LA FACE DE LA TERRE.
(fig. 14). Deux coupes naturelles la traversent. La première est la vallée (le la Grande Bira, qui franchit ces montagnes de TEst à rOuest sous le 49^ degré de lat. N. et se prolonge en amont, vers rOuest, par son affluent le Kimkhan : là, tout près du bord occidental du Petit Khingan, elle n'est plus séparée que par le col de Lagar du cours supérieur* du Khingan, rivière qui jalonne le pied ouest de la chaîne. Cette voie fournit un passage commode au chemin de fer. La seconde coupe répond au sillon cT érosion de l'Amour. Ce défilé n'a pas moins de 110 verstes de longueur et s'oriente, dans l'ensemble, vers le S.S.E. ; il en résulte qu'à son extrémité occidentale, près de Pachkova, cette coupe est très rapprochée de la ligne du Transsibérien, tandis que son extrémité sud-
Pachkova Radde M^ Roudnaïa
Fio. 15. — Coupe du Petit Khingan le long de l'Amour (défilé de Kamnifyn), d'après L. Batzévitch (Explor. gcol. Chemin de fer de Sibérie, livr. VIII, i898, pi. I).
1. Granite; 2. Schistes cristallins; 3. Gneiss; 4. Grès et quartzites (Dévonien?); 5. Marbre (Jurassique?); 6. Porphyre; 7. Basalte. — Échelle des longueurs 1 : 2 000 000; hauteurs 1 : 40 000.
est, vers lékaterino-Nikolsk, en est éloignée de plus d'un degré en latitude.
Ce sillon d'érosion, où la largeur du fleuve se réduit parfois à une verste et qui est désigné aussi sous le nom de gorge de Kamnifyn (fig. 15), a été décrit par Schmidt, Anossov et d'autres observateurs. Batzévitch, en comparant cette coupe avec celle de la ligne du chemin de fer, le long de la Grande Bira, a montré que les diverses zones an*ectent une allure très régulière, suivant la direction du N.N.E.*.
On doit d*abord remarquer qu'en amont de la gorge, le pied ouest du Petit Khingan est jalonné, de la basse Bouréïa à la rivière Khingan, par une longue zone de montagnes basaltiques. Ces basaltes et la zone de porphyre qui vient ensuite ont conduit M. Ivanov à supposer que cette ligne coïncide avec le bord d'un effondrement *.
1. L. Batzéwitch, La partie voisine de l'Amour de la chaîne du Petit-Khingan et de ses embranchements Nord, r. f. (p:xplor. géol. Ch. de fer de Sibérie, VIII, i898, p. 1-i9, carte l);voirau8si le rapport préliminaire du m<^me auteur flbid., IV, 1897, p. 8-11, r. f.).
2. M. Ivanow, Explorations géologiques du bassin du haut Amour et au flanc occidental du Petit-Khingan, r. f. (Explor. Ch. do forde Sibérie, VIII, 1898, p. 73).
La zone porphyrique qui vient d'être mentionnée, et qui est peut-être la suite de celle qu'on a reconnue bien plus au Nord, entre le Petit Khingan et les Monts Tourkana, forme tout le côté ouest du Petit Khingan. Sur la ligne du chemin de fer, elle atteint le col de Lagar, et dans le canon elle occupe tout Tespace compris entre Pachkova et Radde, sur 36 verstes environ, puis passe en Mandchourie. Dans toute cette étendue, le lit de l'Amour est rocheux et très resserré.
Ensuite, jusqu'à la sortie de la gorge, vient une série de plis courant au N.N.E., où affleurent du granité, du gneiss et des micaschistes. En amont de Soïousnaïa, sur un versant abrupt, affouillé par les eaux du fleuve, se trouvent des micaschistes, des gneiss micacés et des grès à biotite ; un gîte important de graphite occupe le flanc ouest d'un synclinal de ce grès. Quelques verstes plus bas, un calcaire blanc, cristallin, renferme des paillettes de graphite. Au début il plonge vers le N., puis il forme une voûte, s'incline au S.E. et recommence à plonger vers le N. Enfin vient un quartzite de teinte claire, en bancs presque verticaux, qui règne jusqu'au bord oriental des montagnes. Un peu au Nord-Est d'iékaterino-Nikolsk, une zone basaltique se montre également au pied est de la chaîne.
Ces zones du couloir fluvial, à l'exception du basalte, reparaissent sur la ligne du chemin de fer, le long de la Bira, au moins dans leurs traits principaux ; mais au point où la voie ferrée quitte le bord oriental de la région plissée, on voit s'y adosser en discordance les couches horizontales de la série de l'Angara. Au-dessus de ces couches repose au Krasnii-Iar une nappe de porphyre rouge. Une nouvelle bande parallèle de roches archéennes se montre dans les Monts Chouki, également bordés à l'Est par la série de l'Angara. Enfin l'on atteint le bord de la plaine orientale.
Ainsi, nous avons suivi des îles Ghantar jusqu'à la gorge de l'Amour, c'est-à-dire sur plus de neuf degrés de latitude, l'un de ces longs faisceaux de plis qui sont caractéristiques pour cette partie de l'Eurasie. Je laisse à d'autres le soin de décider quelle est celle des dénominations qui doit l'emporter, pour des motifs de priorité, de Monts de la Bouréïa — c'est le nom proposé par Middendortf — ou de Petit Khingan*.
Les chaînons plissés qui, le long de la Mer d'Okhotsk et paral-
1. Les cartes chinoises donnent le nom de u Petit Khingan » à une autre chaîne de montagnes, située au Sud de l'Amour et comprenant les affluents orientaux du Nonni jusqu'à Morgen. La carte russe à l'échelle de 40 yerstcs au pouce rejette de même le
166 LA rAGE 1)E LA TEURE.
lèlement à la côte, se présentent jusqu'à TAmour ont, pour autant qu'on les connaît, une constitution analogue, mais ils sont beaucoup plus courts. Bogdanovitch a retrouvé vers TEst le granité micropcrthitique du Cap Dougandja jusqu'aux lacs situés à TOuest de Nikolaïcvsk.
A mesure que ces chaînes de montagnes disparaissent vers le Sud, elles font place à la vaste plaine, interrompue seulement par quelques croupes isolées et par de grands lacs, qui, entre le versant oriental du Petit Khingan et TAraour, s'étend du côté de l'amont jusque vers Khabarovsk. Parmi les avant-monts quiavoisinent le fleuve, la colline basaltique isolée d'Alé, à l'W.N.W. de Khabarovsk, sur le cours inférieur de la Toungouska, est regardée par Batzévitch comme un ancien volcan.
6. Mandchourie. — La structure du Nord et du Centre de la Mandchourie a été mise en lumière par les travaux fort instructifs d'Anert*.
Il faut d abord remarquer que la Mandchourie comprend deux régions bien distinctes : au Nord-Ouest, la plaine, sur laquelle le coude du Soungari empiète d'ailleurs notablement, et à l'Est et au Sud-Est, le pays de montagnes dont les eaux se rendent soit au
Malyi Khingan au Sud do l'Amour, en suivant à peu près les données des Chinois ; conformément à cotte nomenclature , le bord méridional du sillon d'ërosion de TAmour appartiendrait encore au Petit Khingan. Quand les Russes, en suivant TAmour, atteignirent ce point, ils constatèrent que les hauteurs qui s'étendent au Sud de la gorge de Kamnifyn s'appelaient Petit Khingan chez les Chinois, et naturellement ils étendirent cette dénomination à Tensemblo des montagnes qui resserrent le cours du fleuve. Entre temps Middendorfl, venant du Nord, donnait à la longue chaîne comprise entre la Bouréïa et l'Amgoun le nom de chaine de la Bouréîa^ et Séménov proposait celui de Daoïtsé Alin, déjà usité pour un de ses tronçons dans le Nord. Mais dans l'intervalle, le nom de Petit Khingan avait si bien conquis droit de cité auprès des colons russes qu'on a dû y revenir lors des levés exécutés pour l'établissement du Transsibérien; et au cours des récents événements politiques, cette chaine a mémo été désignée sous le nom de « Khingan » sans épithètc. On peut d'ailleurs alléguer, à l'appui de ce choix, le fait que la rivière Khingan, à son entrée dans la gorge, coule au Nord de l'Amour. — En réalité, voici ce qu'il faut retenir : la chaîne se prolonge certainement vers le S. S. W. au delà de l'Amour, et comprend bien en efiet, par conséquent, l'extrémité orientale des montagnes situées au Sud de l'Amour et appelées Petit Khingan par les Chinois et par la carte russe. Mais cette extrémité diffère des montagnes de Mergen et de l'aire principale du Petit Khingan Chinois, et tout le massif est absolument distinct du Grand Khingan, qui est fort éloigné de là; voir L. Batzéwitch, Ëxplor. géol. Ch. de fer de Sibérie, VIII, 1898, p. 11. Sur le sens flottant de la dénomination de Khingan chez les Chinois, voir aussi Middendorff, Reise in den äuaserslen Osten und Norden Sibiriens^ IV, 1. Theil, p. 214, Note.
1. E. E. Anert, Rapport préliminaire sur C Expédition en Mandchourie de la Société Impériale Russe de Géographie; partie géolof/ique, r. (Izviestiia Soc. Imp. Russe de Gcogr., XXXIII, 1897, p. 16i-192). La bibliographie ancienne sur cette région est indiquée dans F. von Richthofeu, China, II, p. 65-68.
Soungari, soit à son affluent le Moudan-kiang, qui se jette dans le Soungari à San-Sing.
La hauteur moyennne de la plaine est de 162 mètres, et le lit des cours d'eau s*y encaisse d'une trentaine de mètres. Sur le bord de la plaine, ces entailles fluviales mettent à jour deux groupes de dépôts : un groupe supérieur, horizontal, formé de grès et d argiles feuilletées, où Ton a trouvé quelques débris de Poissons, et un groupe inférieur, plissé, consistant en argiles rouges et jaunes avec nids de grès argileux. L'inclinaison des couches de ce groupe plissé peut atteindre 45® et même 60<*. La direction des plis est N.E. ou N.N.E.
A environ 50 verstes en amont de Bodouné sur le Soungari (45^10' de lat. N.), des sables commencent à recouvrir ces formations de la plaine ; à partir de ce point, un désert de sable s'étend au Sud dans la direction de Moukden, à l'Ouest jusqu'aux premiers contreforts du Grand Khingan, et au Nord-Ouest dans la direction de Tsitsikar. A l'Ouest et au Nord-Ouest, ce désert est limité par les roches volcaniques du Grand Khingan et de Mergen.
La lisière septentrionale de ce désert est peu connue; on sait seulement qu'au Nord du Soungari, un large chaînon, appelé Kheï- Chan ou « Montagne Noire », y précède la croupe du Toun-nivodzsi, et que l'un des affluents gauches du Soungari, qui vient de cette région, charrie des cailloux d'andésite, ce qui confirme l'hypothèse que des roches volcaniques forment ici encore, sur une longueur notable, la bordure de la plaine*.
Au Sud du Kheï-Chan, sur le Soungari, les plis du sous-sol de la plaine conservent la direction générale du N.E. et du N.N.E.
Les montagnes de l'Est et du Sud-Est de la Mandchourie ont une hauteur moyenne d'un peu plus de 900 mètres et se divisent en une série de longues chaînes plissées parallèles. Trois de ces chaînes sont particulièrement remarquables ; ce sont :
1*" La longue chaîne portant les divers noms de Kentel-Alin, TcAan-lin-dssay Lioé-lin, etc., qui commence vers 47® de lat. N. et se termine dans la région au Sud-Est de-Ningoula. Elle suit la vallée moyenne de l'Oussouri et empiète sur le bassin du lac Khanka. Nous devons admettre que cette chaîne représente le prolongement des plis occidentaux du Sikhota-Alin, qui sont coupés en biais, comme nous le verrons bientôt, par l'Oussouri.
2® A l'Ouest et au Sud de la précédente, le chaînon du Dsian-