CHAPITRE V
L'ALÏAl ET LUS ALTAIDES
I. La plaine de Tuinsk. — 2. Alataou de Kouznctsk ci Salaïr. — 3. Oeviation de TAllaï. — 4. La Steppe des Kirghiz. — o. Ticn-Chan. — 6. Beï-Chan. — 7. Sao-sian-tsy. — 8. Loun-Chan. — 9. Pied nord du Nan-Chan. — 10. Limite occidentale du Nan- Chan. — il. Raccordement du Nan-Chan et des Montagnes de Yarkend. — 12. Les Altaïdes.
1. La plaine de Tomsk. — La plaine ondulée qui s'étend à TEst et surtout au Sud de la ville de Tomsk est fort importante à considérer pour rinlelligence de TAltaï. Plusieurs circonstances ont concouru à faire de cette région, que rien de particulier ne distingue dans le relief du sol et qui est recouverte de marécages et de forêts vierges presque continues, Tune des parties les mieux connues de la Sibérie. Il y a eu d'abord les précieuses études locales du professeur Saïtzev, de Tomsk, puis les travaux provoqués par la construction du chemin de fer transsibérien, qui traverse cette région, et le début du levé spécial de TAltaï, exécuté pour le compte des domaines de la Couronne ; en môme temps que toutes ces entreprises, la découverte de gisements de houille exploitable est venue multiplier les sondages et les coupes artificielles.
La somme des résultats actuellement acquis nous apprend que sous la plaine située à VEst et au Sud de Tomsk, les extrémités de trois chaînes de 7nontagnes viennent se rencontrer en convergeant, La première de ces chaînes arrive du S.W. et occupe le Nord-Ouest et le Nord du pays ; nous rappellerons provisoirement chaîne de Kolyvan. La chaîne médiane vient du S.S.E. et porte plus au Sud le nom de Salaïr. La troisième chaîne, celle de TEst, presque paral-
lèlc à la chaîne médiane, est VAlataou de Kouzïietsk. Celte dernière forme la limite du côté de Minoussinsk*.
Après avoir franchi la Steppe de Baraba en passant par Omsk et Kaïnsk, on atteint sur la rive droite de TOb, en amont et en aval de Kolyvan, les roches anciennes. Au confluent de Tlnya, près du chemin de fer, ce sont des couches fortement redressées de schiste et de grès, dirigées N.E.,avec filons de granité. Ce granité forme également une île dans le lit de TOb. Derjavin a observé des roches analogues jusqu'auprès de Gouseletova, en amont du continent de la Berda, et Saïtzev a retrouvé le granité bien plus bas, près de Krouglikov, de sorte que ces terrains, toujours caractérisés par la direction N.E. ou N.N.E., sont connus le long de TOb sur une distance de plus de 150 verstes. D'après Derjavin, le granité est postérieur aux schistes et aux grès, et entouré d'une auréole de contacta
Le granité disparaît ; des roches dévoniennes prolongent la direction de ses affleurements sous la plaine jusqu'au delà de Tomsk ; elles sont en outre visibles à TEst de cette ville.
Telle est la chaîne de Kolyvan. Bien qu'elle ne se présente à peu près nulle part à l'état de ligne de hauteurs, elle fait néanmoins partie d'un élément tectonique important. C'est ce que montre sa largeur, la constance de sa direction, qui est si spéciale, enfin l'allure très redressée de ses plis. Au N.N.E., au delà de Tomsk, elle disparait comme on l'a vu sous la plaine septentrionale ; au S.S.W., elle est en partie coupée obliquement par l'Ob, puis elle disparait d'une manière analogue sous la partie septentrionale de la Steppe de Barnaoul. Derjavin, il est vrai, a exprimé l'hypothèse que les collines adjacentes de la Steppe de Baraba, sur la rive ouest de l'Ob, doivent posséder également un substratum de terrains anciens ; ce géologue voit dans le parallélisme frappant de
1. On obliendra une image complète de cette région en juxtaposant la Carte géologique du district de VAltuï [territoire compris entre TOb et la basse vallée du Tom], dressée sous la direction de A. Inostranzew et jointe aux Travaux de la Section géologique du Cabinet de Sa Majesté, III, S^-Pétersbourg, 1898, et Isk Carte géologique des dis' tricts de Tomsk et de Mariinsk par A. Krasnopolsky (Explor. géol. Ch. de fer de Sibérie, XIV, 1898), qui est à la même échelle.
2. A. Derjavine, Oô^erua/torw géologiques fni tes sur le terrain traversé par la ligne du chemin de fer, entre l'Ob et le Tom, r. f. (Explor. géol. Ch. de fer de Sibérie, I, 1896, p. 83 et suiv., carte II); A. Zaïzew, Recherches géologiques dans les bassins du Tom et de VOb, r. f. (Ibid., V, 1896, p. 95 et suiv.; carte d'ensemble, p. 97); H. de Peetz, Recherehes géologiques dans la partie sud-ouest de la i4'* feuille du VII zone de la carte générale du gouvernement Tomsk, r. f. (Travaux Section géol. Cabinet de S. M., I, livr. 3, 1896, p. ".H-197). Voir surtout A. Derjawine, Ueicription géologique des femlles Kotymane et Berskoie^ r. f. (Ibid», III^ livr. 1, 1898, p. 1-30).
L'ALTAÏ ET LES ALTAÏDES. in
tous les cours d*eau situés à gauche de l'Ob, en aval de Barnaoul, un indice du prolongement souterrain de cette chaîne'. Je n'ai pas d'opinion sur la cause qui a bien pu déterminer la direction de ces cours d'eau superficiels ; mais il y a lieu de noter dès à présent qu'en fait, le prolongement probable de la chaîne de Kolyvan se retrouve au delà de l'Irtych, dans les montagnes de la Steppe des Kirghiz.
Au Sud, au delà de l'Inya, la chaîne de Kolyvan projette une large coupole de porphyre, le Mont Bougachak, et un peu plus à l'Est encore se trouve un bassin allongé et complètement écrasé de calcaire carbonifère et de terrain houiller, le bassin houiller de rElbachy situé tout près de la limite du Salaïr. Inostranzev l'a décrit; il afiFecte la direction N.N.E.; la houille, à l'état d'anthracite, est en bancs presque verticaux. La route postale de Tomsk à Barnaoul suit la bordure orientale du bassin. Dans la zone limitrophe du Salaïr, sur la route postale, au Sud de la rivière Berd, affleurent des roches ayant subi un métamorphisme dynamique *.
En ce qui concerne l'extrémité septentrionale du Salaïr, les travaux de Derjavin et d'Inostranzev ont fait connaître des circonstances inattendues. Cette branche puissante de l'Altaï, après avoir diminué de hauteur vers le Nord, se termine brusquement, au Sud du 55® de lat. N., par une longue falaise transversale, haute d'une centaine de mètres, qui porte le nom de Tyrgan, La chaîne est formée en majeure partie de couches appartenant probablement au Dévonien inférieur, auxquelles sont associées de nombreuses bandes de diabase ; au Tyrgan affleure du granité ^
Le groupe occidental du Salaïr forme, comme on Ta vu, du côté de la chaîne de Kolyvan, le bassin houiller de l'Elbach, qui s'aligne N.N.E. A l'Est et au Nord-Est s'adossent au Dévonien inférieur probable du Salaïr des horizons dévoniens plus récents, puis le
1. A. Dcrjawine, Travaux Section géol. Cabinet de S. M., lU, 1898, p. 22. Les fossiles trouvés près de Tomsk appartiennent au Dévonien.
2. A. Inostranzew, Description géologique de la partie nord-ouest de la,., feuille Mosty, r. f. (Travaux Section géol. Cabinet de S. M., II, livp. 3, 1898, p. 1-117); voir notamment p. 16 et 18.
3. Derjavin, Recherches géologiques dans le bassin du Tom^ r. (Gomyi Journal, II, 1893, p. 110 et suiv.), et Observations géologiques faites sur le terrain traversé par la ligne du chemin de fer, entre VOb et le Tom, r. f. (Explor. géol. Oh. de fer de Sibérie, I, 1896, p. 75 et suiv.); A. Inostranzew, Description géologique de la partie nord-ouesl de la,,, feuille Mosty, r. f. (Travaux Section géol. Cabinet de S. M., II, livr. 3, 1898, en particulier p. 5 et suiv.). Voir aussi B. von Cotta, Der Altai, sein geologischer Bau und seine Erzlagerstätten, in-8*, Leipzig, 1871 , pl. I : carte (se rapporte au Salaïr septentrional), et Nestcpowsky, Description géologique de la partie nord-est de la chaîne de Salaïr, en Altaï (Annales Soc. Géol. de Belgique, Liège, II, 1875, p. 12-33, pl. I, carte).