A. Krasnopolsky, Bull. Comité géol., XIII, 1894, p
la direction N.E., en plissements larges et aplatis, règne seule. L'un de ces chaînons dévoniens forme la ligne de partage entre la Tchiderta et TOulenta, et un second, le haut Eremen-Taou, sépare ce dernier cours d'eau de laSéléta. Dans tout FOuest, la structure se reflète nettement dans la configuration du pays. Les plis dirigés N.B. franchissent Tlchim vers le Sud ; Tun d'eux détermine le coude brusque de la Noura. Au delà d'Akmolinsk, le sol devient plat sur les bords de Tlchim, et vers le Sud s'étale une vaste plaine toute parsemée de lacs. Le grès dévonien est presque horizontal ; au fond d'une cuvette très peu déprimée se trouve du calcaire carbonifère à Productus giganteus. Plus à l'Ouest encore se redresse un anticlinal plus accusé, dirigé N.E. Il forme la crête du Djarkaïn- Agatchy qui détermine le coude brusque de richim vers 66** de long. E. Cette crête est constituée par du granité, flanqué de grès dévonien à droite et à gauche ; elle s'étend vers le Nord-Est jusqu'à la colline Bel-Agatch, par 52® de lat. N.
Sous la même latitude, une seconde voûte analogue, le Bektchentaï, surgit sur l'Ichim.
C'est au coude de Tlchim que s'arrêtent les observations dont je dispose. La structure du pays montueux qui se relève plus au Sud, dans la région des sources du Sary-Sou, m'est inconnue.
Revenons à l'Est. Il semble bien, en effet, d'après les documents existants, que là, plus au Nord, les plis N.W. soient recoupés par les plis N.E. Dans le bassin houiller d'Ekibass-touz (Sl®40' de lat. N., non loin du 76® de long. E.), on observe la direction N.W., avec un léger renversement au S.E. du flanc nord. Ce qui est certain, en tout cas, c'est qu'entre les branches de l'Altaï et du Tien-Chan d'un côté et l'Oural de l'autre, il existe un système indépendant de plis dirigés N.E., plis très peu accusés d'ailleurs, qui occupent tout l'espace compris entre l'Ichim et Karkaralinsk et viennent rencontrer les plis du Tarbagataï presque à angle droit.
Nous donnerons à ce faisceau le nom de plis kirghises.
Il existe une incontestable analogie entre ces plis et ceux de Kolyvan, qui possèdent la même direction N.E. et viennent se placer en travers du Salaïr,pour disparaître sous la plaine le long des rives de l'Ob. On hésiterait moins à admettre que les plis de Kolyvan se rattachent aux plis kirghises si ces derniers ne semblaient prendre, à l'Ouest, la direction N.N.E. Du moins, Krasnopolsky indique au Djarkaïn-Agatch la direction hora 1-2. Mais là, les voûtes et les plis ont diminué à tel point d'amplitude qu'il
est plus exact de parler d'une région ondulée, où les terrains anciens affleurent en dessinant de longues bandes parallèles.
5. Tien-Ghan. — La première des grandes chaînes qui font face aux Monts de. Kalbin est le Tarbagataiy qui, en se prolongeant dans le Djinghiz-Taou au delà de Sergiopol, forme le premier des arcs convexes vers le S.W. On a déjà vu comment il s'adosse du côté du Sud au massif montagneux du Saour, et comment sur le versant oriental, au lac Zaïssan, les lignes disjonctives de la Dzoungarie se traduisent par la tendance à la production de fosses. De même, nous avons indiqué plus haut comment le Djinghiz rencontre au Nord-Ouest les plis kirghises.
Dans le vaste espace compris entre le Tarbagataï et la première branche du Tien-Chan apparaît, comme une ride oblique et en quelque sorte égarée, TOurkatchar et VAlataou dzoungare. La direction de ce fragment montagneux est aberrante, et peut-être ne représente-t-il que la partie orientale d'un segment dont la branche nord-ouest ne serait pas parvenue à se développer. Mais, et le fait est important à noter, il est recoupé par des lignes disjonctives qui précisément épousent cette direction N.W. et dont l'allure correspond à celle des autres rides montagneuses. Elles déterminent la remarquable fosse de CEbi-Nor, où s'alignent successivement, à partir des marais de Chikho,les lacs Ebi-Nor, Djalanach, Ala-Koul, Ouïali et Sassyk-Koul, fosse dont l'altitude descend jusqu'à 700 pieds (213 m.) à l'Ebi-Nor et qui s'ouvre à travers les montagnes de la Dzoungarie sur la dépression du Balkhach.
L'on atteint alors le Boro-Khoro, l'une des branches les plus longues de la virgation du Tien-Chan. Ayant déjà eu l'occasion de publier, dans le premier volume de cet ouvrage (p. 610), un tableau de cette virgation dû au savant qui la connaît le mieux, M. Mouchkétov, je m'abstiendrai d'y revenir pour le moment, sauf à introduire plus tard quelques remarques sur les chaînes intermédiaires. Dans un ouvrage qu'il a fait paraître depuis sur ce sujet, Mouchkétov s'est prononcé contre l'hypothèse d'après laquelle les divers arcs, ainsi qu'on l'admettait autrefois, se décomposeraient chacun en deux moitiés possédant des directions de soulèvement indépendantes, celle de l'W.N.W.et celle du N.E. Ces directions correspondraient bien plutôt à des tronçons d'arcs continus, aux « résultats d'un seul et même processus géologique, qui se serait produit simultanément ». Cet auteur a déclaré en même temps que « tout le Tien-Chan, de Barkoul jusqu'à l'Hindou-Kouch et au Kara-
taou, représente un ensemble de plis très nombreux, de dimensions variables, mais curvilignes et d'allure uniforme, qui sont toujours convexes vers le Sud et concaves vers le Nord » *.
La virgation du Tien-Chan n'est pas déterminée par le morcellement d'un tronc commun. Ce tronc apparent n'existe pas du tout, et on ne l'imagine que par suite du rapprochement graduel des diverses branches, qui viennent se serrer les unes contre les autres en prenant plus ou moins la direction de l'E.S.E. En outre, les diverses chaînes restent visibles sur de grandes distances, de même que les dépressions intermédiaires, comme la vallée de l'ili, et le cas serait encore plus frappant si l'aile N.E. d'un arc n'était parfois barrée par l'aile W.S.W. de l'arc suivant, en donnant lieu à une disposition rappelant celle des tuiles d'un toit. L'on formulerait peut-être encore une comparaison plus juste en se figurant de larges gouttes aplaties, attenant au globe terrestre et débordant les unes sur les autres.
Cette structure se révèle dès le bord méridional extrême.
Dans la région du Khan-Tengri (24 000 pieds[7 300 m.]), l'allure courbe du bord sud est si accusée que, d'après les descriptions d'ignatiev, une direction franchement N.E. règne seule à partir du Kokchal. Des schistes argileux et des marbres blancs, associés à des bandes de calcaire carbonifère à Prodtictus giganteus et percés de culots de granité et de syénite, forment cette partie culminante du Tien-Chan. Même dans les moraines, on n'y trouve du gneiss que très rarement, ce qui n'est pas le cas, d'ordinaire, pour les chaînes de montagnes d'une pareille altitude^.
Au Khan-Tengrimème, qui représente l'extrémité de la branche de l'arc du Kokchal dirigée N.E., il se produit sur le bord sud de la chaîne un angle rentrant, et au delà de ce renfoncement, au Nord du col de Mouzart, la direction opposée, W.N.W., reparaît, un nouvel arc s 'approchant de cette bordure.
Ce nouvel arc possède une très grande longueur; il vient du Karataou et longe la rive sud de llssyk-Koul jusqu'au Mouzart; en atteignant le bord sud du Tien-Chan, il prend le nom de Khalyk-Taou.
1. L V. Mouchkétov, Le Turkestan, description géologique et orographique (r,), I, in-8% S*-Pétersbourg, 1886, p. 32, 34, carte.
2. I. V. IgnatieT, Rapport sur Vexpëdition au massif du Khan-Tengri, r. (IzTiestiia Soc. Vnp- Russe de Gëogr., XXIIl, 1887, p, 105-136, carte). Sur le glacier deDjiparlyk^ dont les gradins entaillés dans la glace constituent la partie la plus dangereuse du col de Mouzart, il existe un yrai lac de cuvette (Gryde-See) comme ceux qu'on voit au Groenland en aval des Nunataks. — Au Sud dtt coi, il semble que la direction N.E. se retrouve encore dans les avant-monts.
in. 14
Par 83® de long. E., un autre arc le remplace; celui-ci s'appelle au point de relaiement Kok-tépé, mais ce n'est pas autre chose qu'une partie du Kourouk'Taghj longue chaîne qui, dépassant les limites du Tien-Chan, forme le bord méridional du Beï-Chan.
Reportons -nous à la rive nord de rissyk-Koul.
Les Monis Alexandre se prolongent le long de cette rive dans le Koungéi-Alataou ; d'après Mouchkétov, le même rameau forme l'ichkilik et enfin le col de Narat (84^15'), sur le Petit Youldouz *.
Alors vient le sillon de Tili et du Kounges, qui court à l'E.S.E.Cette direction est aussi celle de la longue chaîne du BorO'Khoro et de son prolongement l'Eiren-Khabirgan, auquel succède plus à l'Est, sur le même alignement, le TcholnTaghy qui forme la bordure septentrionale du Beï-
\ . La coupe relevée par Mouchkétov après le tremblement de terre de Viernyi (19 juin 1887) entre cette ville et rissyk-Koul au Sud, par TAlataou transilien et le Koungéi Alataou (fig. 20), monti-e qu'il existe dans cette partie de la chaîne des failles longitudinales (Mém . Comité Gcol. S^-Pétersbourg, X, n" 1, 1890, p. 132, pi. IV). — Plus à l'Est, au Sud de Djarkent, d'après Brousnitzin, les couches sont renversées vers le S.E., de telle sorte que le granité recouvre le calcaire carbonifère plongeant au N. W.; Th. Brousnitzm, Recherches géologiques et minières dans la province de Sémirietchinskf r. (Oornyi Journal, 1892, I. j). i59-469, carte géol.).
Chan. Je ne connais pas la structure de la crête intermédiaire, servant de ligne de partage des eaux entre le Bagratch-Koul et la rivière Algoï, et par conséquent, il m'est impossible d'affirmer que le Boro-Khoro et le Tchol-Tagh représentent réellement une même chaîne; en tout cas, il est certain qu'à l'Ouest du méridien d'Ouroumtchi, le Tchol-Tagh fait déjà partie intégrante du faisceau duTien-Chan. La coupe de Kourlia à la dépression de Liouktchoun, que Bogdanovitch a publiée, et qui croise tous les termes de jonction entre le Tien-Chan et le Beï-Chan, montre assez clairement combien les rapports sont étroits*.
Le Beï'Chajiy enserré entre le Kourouk-Tagh et le Tchol-Tagh, ne comprend que des branches prolongées du Tien-Chan,
A l'Est d'Ouroumtchi, une coulisse filant à l'E.S.E. s'élève à une hauteur considérable. Sa cime, le Bogdo-Ola (5100-5500 m.), est voisine d'Ouroumtchi, et au Nord de Tourfan la même chaîne atteint encore 3600 à 4 000 mètres. D'après les relations publiées jusqu'à ce jour, le Bogdo-Ola serait formé de schistes métamorphiques, de quartzites et de phyllades noirs. Mais M. Klémentz, qui s'est élevé sur les flancs du Bogdo-Ola à une plus grande altitude que ses prédécesseurs, m'a dit n'avoir rencontré à ce niveau que du mélaphyre, des tufs volcaniques et des brèches.
C'est la partie orientale de cette haute chaîne qui s'abaisse en gradins vers Tourfan et Liouktchoun et vers le pied nord du Tchol- Tagh. Malgré la pénétration de cette coulisse dans la masse même du Tien-Chan, ce pied nord du Tchol-Tagh est jalonné par une profonde fissure longitudinale, qui forme le bord sud d'une fosse très allongée.
Les frères Groum-Grjimaïlo ont trouvé, dans l'automne de 1889, qu'il existe au Sud de Tourfan une dépression dont le fond descend au-dessous du niveau de la mer. Quelques semaines après, Pievtsov confirmait cette découverte inattendue. La cote adoptée actuellement est de — 102 mètres. Un marais salant occupe la surface du sol*.
Remarquons d'abord que dans cette région de l'Est, la direction du Tien-Chan est devenue E.-W.
1. K. Bogdanoyitch, Rechei'ches géologiques dans le Turkestan Orienlal, r. (Travaux de rExpédltioa au Tibet dirigée par M. V. Pievtsov, II)* Publié par la Société Imp* Russe de Géographie. In-4'', S*-Pétcrsbourg, 1892, pi. V, fig. 8. Obroutchev insiste sur le passage des plis parallèles du Beï-Chan au Tien-Chan et sur l'unité des deux systèmes dans son mémoire intitule : Orographie de l'Asie Centrale et de sa bordure sud-est^ r. (Izviestiia Soc. Imp. Russe de Gcogr., XXXI, 1895» p. 2o3-344> en particulier p. 217-278).
2. Ce chifiFre est celui qu'indique Roborovski (Comptes rendus Soc. Géogr. Paris, 1897, p. 2Ü7). Voir aussi W. Obrutschew, Geographische Skizze von Centralasien und seiner südlichen Umrandung (Hettner's Geogr. Zeitschrift, I, 1895, p. 274-277, etc.).
Nous possédons plusieurs descriplions de la cuvette de Liouktchoun. Toutes sont d'accord sur deux points : c'est qu'il s'agit bien là d'une fosse d'effondrement typique, bordée de failles et de flexures parallèles, longitudinales, et que non seulement les argiles lignitifères et les grès bigarrés de la série de l'Angara, mais encore les conglomérats rouges et les grès tendres de la série du Gobi ont été affectés par la dislocation. Vers le Nord, le bord de la fosse coïncide avec l'arête du Djargess et du Tous-Tagh, où la dénivellation atteint d'un seul coup 360 mètres environ ; le bord sud répond au pied nord du Tchol-Tagh.
La coupe dressée par Bogdanovitch, du Nord-Ouest au fond de la cuvette, figure le Djargess comme constitué par des schistes anciens plissés, avec lambeaux de la série de l'Angara, puis, à un niveau inférieur, les mêmes couches très disloquées, formant palier,
Tchol-Tagh Lac salé Marala Tous-Tagh Oaaert pitrraux Djargess
Fio. 21. — La dépression do Liouktchoun, d'après un croquis communiqué par M. Obroutchev.
De9j Dévonion ; ea, Carbooifère ioférieur ; j. Couches do l'Angara ; G^ Dépôts du Gobi ;
a, b, Failles.
et plus bas encore les couches du Gobi, également très disloquées*.
Les frères Groum-Grjimaïlo ont décrit la descente en venant du Nord-Est et donné un intéressant dessin où l'on voit les couches du Gobi recouvrir en discordance les dépôts de l'Angara, qui sont fortement inclinés *.
Je dois à une obligeante communication de M. Obroutchev la coupe ci-jointe (fig. 21), qui est menée par le méridien de Tourfan. On y voit, au pied sud du Djargess, des affleurements de mélaphyre et de porphyrite, un anticlinal rompu ou une flexure au Tous-Tagh, et un lambeau de Carbonifère inférieur afl'aissé au pied du Tchol-Tagh. Ce croquis indique en outre qu'il y a là des failles d'âge différent.
Vers l'Ouest, cette fosse singulière paraît se perdre assez vite
1. K. Bogdanovitch, Recherches géologiques dans le Turkestan Orientaly^l. V, fig. 9.
2. G. E. et M. E. Groum-Grjimallo, Relation d'un voyage dans la Chine Occidentale, L Dans le Tien-Chan Oriental, r. Publié par la Société Impériale Russe de Géographie. în-4% S*-Pétersbourg, 1896, p. 284 et suiv., carte.
dans la vallée à forte pente de TAlgoï. Vers l'Est, elle est d'abord masquée par un amas épais de sables mouvants, le Koum-Tagh ou a Montagne de Sable », dont la large croupe atteint bientôt + 300 ou 400 mètres. Sur la bordure nord du Koum-Tagh, du versant méridional du Syrkyn-Tagh jusqu'à Pitchan et au col Tchiktim- Tagh, Obroutchev a constaté dans les couches de l'Angara et les dépôts du Gobi des floxures et des failles qui correspondent, d'après leur situation, aux ploiements et aux cassures du Tous-Tagh (fig. 21). A Tchiktim, où se termine la « Montagne de Sable », on revoit le fond de la dépression. Des hauteurs du Tien-Chan, constituées dans cette région par des schistes et des diabases, le sol s'abaisse vers le Sud en formant tantôt un large plan incliné, et tantôt une série de gradins. A l'Est du Koum-Tagh apparaît alors, le long du pied du Tchol-Tagh, d'après les descriptions de Roborovsky et Kozlov, un territoire sans eau, absolument désert, où le vent a découpé les dépôts du Gobi en rochers aux formes fantastiques. G est la « Vallée du Diable » (altitude + 300 m. environ). Au pied nord du Tchol-Tagh, du basalte se montre sur un point. Ensuite, le sol s'affaisse de nouveau le long de cette bordure jusqu'à + 36 mètres, et même plus bas d'après d'autres observateurs. Ce point est situé par environ 92^ de long. E., près du campement de Soidgassar, Au voisinage, le lac Chona-Nor (101 m.) reçoit les eaux qui descendent de la ville de Hami (856 m.)'.
Dans cette région, des porphyres, des tufs porphyriques et des mélaphyres prennent une part importante à la constitution des avant-monts ou des premières terrasses du Tien-Chan. Dans les couches houillères de Tach-Késé, entre Lao-doun et Hami, Obroutchev a trouvé des empreintes de Phœnicopsis et de Gingko^.
i, V. A. Obroutchev, L'Asie Centrale, le Nord de la Chine et le Nan-Chan, r., in-4*, II, p. 536 et suiv. M. Obroutchev a bien voulu me communiquer les bonnes feuilles do cet ouvrage avant sa publication; je suis heureux d'exprimer ici au savant explorateur toute ma gratitude. La dernière page dont j'ai pu ainsi prendre connaissance, en rédigeant ces lignes, est la p. 608 du tome II. [Ce volume a paru en 1901 : in-i«, xxvi-686 p., 6 cartes- itinéraires, 40 photogr., 2 pi. de coupes et 93 fig. dans le texte]. — V. I. Roborovski et P. K. Kozlov, Rapport préliminaire sur un voyage de trois ans dans l'Asie Centrale {rédigé par Kozlov), r. (Izviestiia Soc. Imp. Russe de Géogr., XXXIII, 189"3, p. 121-163). — Kozlov, en partant des montagnes situées à l'Ouest de Hami, s'est avancé vers le Sud et a constaté que le désert s'incline en pente douce dans cette direction jusqu'au bord du Tchol-Tagh (Ibid., p. 159).
2. Fp. Krasser, Die von W. A. Obrutschew in China und Central-Asien 1893-1894 gesammelten fossile Pflanzen (Denkschr. K. Akad. Wiss. Wien, Mathem.-naturw. Cl., LXX, 1900, p. U9). Les couches à Phœnicopsis ont été également rencontrées dans ie Typkyp-Tagh, sur la bordure septentrionale de la dépression de Liouktchoun (Ibid., p. 146). Les couches à empreintes végétales du Toung-Chan, contrefort du Bogdo-Ola, au Sud d'Ouroumtchi, sont plus anciennes et renferment des Lepidodendron (Ibid., p. 143).
A TEst de Hami s'élève sur le bord nord de la bande désertique qu'on doit regarder comme le prolongement de la fosse une série de contreforts, dominés par une nouvelle coulisse du Tien- Chan, rimposant Karbjk-Tagh. Roborovski etKozlov décrivent l'aspect grandiose que présente ce massif. Sur une cinquantaine do verstes se succèdent ses cimes neigeuses, qui s'élèvent jusqu'à 4S00 mètres, et los glaciers logés dans les intervalles montrent des précipices effrayants. Cette haute chaîne se prolonge à l'Est par ï'Emir-Tagh, puis elle cède la place à des croupes rocheuses isolées, et vers l'Est le désert s'étend sur de grandes distances*.
Dans ces parties tout à fait orientales du Tien-Chan, on connaît les couches de l'Angara, des porphyres, des schistes, puis des culots de granité et de syénite; le gneiss paraît être plus répandu que dans l'Ouest.
La rivière Khaïa qui, des glaciers du Karlyk-Tagh, descend vers le Sud à travers le désert et les avant-monts se termine, d'après Obroutchev, dans un lac situé non loin du pied nord du Beï-Chan, ou plutôt de la chaîne du Yo-Choui-Chan. Dans ce lac débouche une vallée venant de l'Est, désignée sur les cartes sous le nom do Protok Yandounskii ou « Fleuve de Yandoun ». L'altitude est plus forte qu'à l'Ouest (777 m.), et, d'après la configuration du terrain, G. E. Groum-Grjimaïlo est disposé h admettre que, jadis, un grand fleuve a réellement coulé de l'Est î\ l'Ouest, entre le Tien-Chan et le Beï-Chan, jusque dans la cuvette de Liouktchoun*.
Obroutchev donne un tableau très net de la partie de la dépression située à l'Est du 95® de long. E. Une large zone de débris s'étale, ici encore, vers le Sud, au pied du Karlyk-Tagh, interrompue çà et là par des avant-monts aux teintes sombres, formés de diorito, de porphyre, de granité et de schistes siliceux noirs. Au Sud des derniers contreforts, le sol continue à descendre jusqu'aux collines entourant la source d'Outoun-Odsi (H35 m.), collines constituées par les dépôts du Gobi, au-dessous desquels affleurent des roches plus anciennes arasées. Au Sud d'Outoun-Odsi, au voisinage de la source de Ya-dsi-tchouan (1330 m.), le sol s'abaisse jusqu'à
1. RoboroYsky et KozIot, Rapport cité, p. 156. Les frères Groum-Grjimaïlo signalent souvent, sur la route qui va de Hami à Gouchen, en passant pamle col de Oulan- Oussou, la direction N. E., comme si Textrémitô orientale de la coulisse qui correspond au Bogdo-Ola était caractérisée par une inflexion analogue à celles que présentent les coulisses occidentales du Tien-Chan ; voir Groum-Grjimaïlo, à propos de la croupe du Tchoglou-tchaï etc., Ouvr. cité, p. 308, 428, 495 et ailleurs.
2. Groum-Grijimaïlo, Relation iVun voyage dans La Chine Occidentale^ I, p. 313 et suiv., 495, 496.
490 mètres. Là, d'ailleurs, la dépression ressemble tout h fait à une ancienne vallée fluviale, descendant de TEst vers le réservoir lacustre auquel aboutit la Khaïa. J'ignore quelle est l'altitude de ce lac. C'est là que se trouve l'extrémité orientale de la grande dépression. Obroutchevla regarde, dans son ensemble, de Toksoun et de Tourfan jusqu'à la source de Ya-dsi-tchouan, comme un fossé tectonique et lui donne le nom de dépression bordiere du Tien- Chan\
Sur toute la longueur de cette fosse, de 88® 30' jusque vers 95® 30' de long. E., la partie la plus profonde de la dépression est située tout contre le bord sud. A l'extrémité ouest, la cote — 102 mètres est atteinte, mais à l'Est, il n'est pas possible de dire quelle épaisseur atteint le remplissage par les débris provenant des hautes montagnes du Nord : les sables du Koum-Tagh, accumulés par le vent, suffisent en effet pour amener la formation, au voisinage du point le plus creux de la cuvette, d'une large croupe s'éle vaut jusqu'à + 300 ou 400 mètres.
e. Bel-Glian. — Cette chaîne, que les frères Groum-Grjimaïlo ont été les premiers à distinguer nettement des autres groupes montagneux de l'Asie Centrale, se présente au point de vue de sa structure comme une large zone de plis, dirigés E. ou E.S.E. et se détachant du Tien-Chan; au Nord et au Sud, ces plis sont bordés sur toute leur longueur, ou du moins sur une distance considérable, par des cassures et des dépressions qui leur donnent l'aspect d'un borst, se poursuivant obliquement à travers le Gobi et jusqu'au delà de rEdzin-Gol. En même temps, les plis du Nord subissent à leur extrémité orientale une inflexion vers l'E.N.E. ou le N.E.
Le Beï-Chan a été qualifié d' « intumescence », mais la façon dont son extrémité orientale se décompose en faisceaux de plis montre sa vraie structure. On a déjà vu comment le faisceau de plis du Nord, le Tchol-Tagh, de même que celui du Sud, le Kourouk- Tagh, se trouvent être de véritables branches du Tien-Chan.
La dépression du lac Bagralch-Koul,qui s'étend entre ces deux chaînes, interrompt la continuité des faisceaux de plis internes. En outre, le Beï-Chan est bien moins élevé que le Tien-Chan, et beaucoup plus pauvre en eau et en végétation; c'est, en majeure partie,
\, Pri-tian-scliansche Senkung; Obroutchev, L'Asie Centrale, etc., II, p. 528 et suiv. ; voir aussi Orographie de l'Asie Centrale, etc. (Izviestiia Soc. Imp. Russe de Gëogr., XXXI, 1895, p. 294-3Û1).
un vrai désert, sillonné de longues arêtes rocheuses n ayant qu'un faible relief. Au point de vue de Taspect extérieur, le Beï-Chan rappelle donc aussi peu que possible les admirables paysages alpestres qui, dans le Boro-Khoro par exemple, excitent Tenthousiasme des voyageurs, mais il n'en fait pas moins partie du même ensemble. Peut-être cette contradiction apparente s'expliquera-t-elle un jour, si Ton arrive à reconnaître dans le Beï-Chan un fragment des ruines d'un édifice antérieur, doté plus tard, dans le domaine du Tien-Chan actuel, d'un modelé nouveau mais conforme au plan primitif.
Considérons d'abord la coupe de l'Ouest.
M. E. Groum-Grjimaïlo s'est avancé de la fosse de Liouktchoun vers le Sud, entre 90° et 89° de long. E. La montée du Tchol- Tagh a lieu d'abord sur les schistes argileux, puis sur la surface décomposée de granités et de quartzites (901 m.). De là, le regard s'étend sur un pays montueux, vaste et désert. Un peu plus bas seulement (815 m.), on trouve un fond salin, et des cornalines d'un rouge vif sont éparses comme des taches de sang à la surface du sel. Le terrain, profondément attaqué par la déflation et recouvert d'éclats de pierre, laisse apparaître du granité, du calcaire grenu et des phyllades verts. Puis les micaschistes forment des traînées rocheuses, s'alignant de l'Est à l'Ouest. Les deux tiers de la largeur du Beï-Chan sont franchis, et alors se dresse au-dessus de la contrée le haut massif granitique du Tiougé-Taou (2700 m.). Le sol environnant a d'ailleurs atteint près de 1 500 mètres et est formé de diabase et de marbre. Au delà des diabases viennent, dans une vallée longitudinale, des bancs verticaux de grès et de schiste. Le versant septentrional du Kourouk-Tagh montre du granité; son altitude ne semble guère dépasser 1200 mètres; vers le Sud, il s'abaisse sur la dépression du Lob-Nor.
Les dépôts du Gobi n"ont pas été rencontrés sur cet itinéraire, où la largeur du Beï-Chan mesure environ 125 verstes*.
La seconde coupe transversale est relative à une région située beaucoup plus à l'Est; Obroutchev l'a menée suivant une ligne courbe du S.E. au N.W., de Bouloundsir, à l'Est d'An-si, à la source de Ya-dsi-tchouan, à l'extrémité orientale de la fosse bordiere du Tien-Chan. Cette coupe est caractérisée par la prédominance des roches archéennes au Sud et au Centre. La chaîne méridionale de bordure (1600 à 1650 m.) ne s'appelle pas ici Kou-
i. Groum-Grjimaïlo, Relation d'un voyage dans la Chine Occidentale ^ I, p. 381-417.
rouk-Tagh, mais a reçu le nom de Potistynnii Khrébet, c'est-à-dire « Montagne déserte ». Elle est formée de granité, gneiss, schistes amphiboliques et schistes quartzeux. Une vallée longitudinale occupée par les dépôts du Gobi la sépare de Vln-va-Chan; du porphyre apparaît à côté des roches archéennes; les altitudes arrivent jusqu^à plus de 2000 mètres. On rencontre encore des couches de houille et un lambeau dont la direction est insolite, et qui appartient peut-être au grès supra-houiller. Ensuite, les roches archéennes reparaissent, et le point culminant de la coupe est atteint au Dsi-ge-djin-tsé (2290 m., schistes argileux, quartzites, schistes verts). On revoit du gneiss et du granité, sur lequel l'action destructrice du vent a été très énergique. A ces roches succèdent un granité à amphibole et un porphyre syénitique qui régnent jusqu'au voisinage du Yo-Choui-Chan. Cette chaîne, anticlinal de micaschistes, de schistes argileux et de quartzites, est celle dont le prolongement vers FW.N.W. ou TW. atteint probablement le bord sud de la fosse marginale du Tien-Chan.
Dans les limites de cette chaîne, il semble, à en juger par les directions observées, qu'il se produise une déviation de W.N.W. à E.N.E. Cette déviation se fait nettement sentir dans VOutoun- ChaUj qui est toutefois formé de calcaire gris et de porphyre. De là, on aperçoit déjà les cimes neigeuses duKarlyk-Tagh, et une vallée longitudinale paraît s'ouvrir vers le Nord-Est. Des porphyres et des tufs porphyriques continuent à régner ; puis on atteint la source de Ya-tsi-tchouan et l'extrémité orientale de la fosse*.
Le Beï-Chan a été traversé suivant la ligne Sa-tchéou-Koufi par Prjévalsky, Roborovsky et d'autres voyageurs, mais les relations publiées sont brèves. Le long de cet itinéraire, on n a pas relevé d'altitudes notables, et le Beï-Chan est partagé au centre en deux moitiés par une large vallée longitudinale.
Particulièrement important pour l'étude des relations des chaînes a été le voyage exécuté par Ladygin, suivant une direction à peu près N.-S., de Dalan-tourou (au Sud du Tsagan-Nor, dans la Vallée des Lacs) à Sou-tchéou*.
Au Sud des contreforts de l'Altaïn-Nourou, dans lequel nous avons reconnu la chaîne maîtresse de l'Altaï Mongol, cet explorateur a traversé le Bourgoustin-Nourou, l'Ederyngin-Nourou et le