‹ La face de la terreChapitre 40 sur 137 · III. n · texte numérisé non relu

III. n

Ainsi, ridée d'un simple affaissement du Gobi vers TAla-Chan, suivant la ligne du Hoang-ho, ne correspondrait pas à la réalité des faits. L'allure en coulisses obliques de Tln-Chan et des autres chaînes au Nord du Hoang-ho continue bien plutôt à régner dans le Khara-narin-Oula,et montre que cette partie du Gobi a été affectée par un mouvement de plissement oblique par rapport à la bordure du plateau de TOrdos, mouvement qui a produit les coulisses.

Cette hypothèse se confirme dès que Ion considère les parties du Gobi situées au delà du Khara-narin-Oula au Nord-Ouest. Tout ce territoire, jusqu'à une grande distance, jusqu'aux contreforts de l'Altaï Mongol, correspond à une région plissée. Obroutchev a suivi cet itinéraire vers le N.W., à travers le Khara-narin-Oula, mais il est impossible d'énumérer les nombreux chaînons qu'il a croisés. Sur environ 90 verstes à partir du versant nord-ouest du Khara-narin-Oula, les roches archéennes prédominent, et en même temps les altitudes diminuent au N.W. de 1 400 à 1 000 mètres. Ensuite vient une bande désertique très déprimée (760 m.), s'alignant au N.E., puis des porphyres, des calcaires et les grès suprahouillers prennent une part importante à la constitution des plis, lesquels sont d'ailleurs profondément dégradés. La direction est devenue E.-W. et môme, par places, W.N.W. Le mont Dsokhé (1700 m.) montre des intrusionsde syénite; de nombreuses collines porphyriques viennent ensuite , et Tön atteint bientôt le Khourkhou et l'extrémité orientale de l'Altaï Mongol*.

Ainsi, le Gobi est absolument différent de TOrdos. Cette fois, nous voyons se reproduire le contraste des Alpes et de l'avant-pays, constitué suivant un autre type, contraste que nous ne retrouvions pas jusqu'ici dans les Altaïdes, simple cortège du faîte. Nous sommes arrivés au bord nettement dessiné des Altaïdes du côté de leur avant-pays.

Au Khara-narin-Oula fait suite, en guise de prolongement dirigé vers le S.W., la longue crête de l'Argalintaï. Elle s'éloigne déplus en plus du fleuve, et d'après les descriptions antérieures, on admettait quVUe se termine par 38*» 30' environ dans le désert d'Ala-Chan. En réalité, il n'en est pas ainsi. Bien plus au S.W., Kaznakov a rencontré la longue croupe du Bourgousté-Oula, qui s'abaisse brusquement vers le S. , en certains endroits aussi à pic qu'un mur*. Plus loin

i. Obroutchev, L'Asie Centrale, le Nord delà Chine et le Nan-Chan, H, p. 434; Polypiers palëozoïques à Tsalagaï, p. 447.

2. A. N. Kaznakov, Rapport préliminaire sur un voyage à travers le Gobi, du tempU de Tsoitrakhaî-Datsan au temple de Tchortynton dans le lfan-»OM,r.(Izviestiia Soc. Imp. Russe de Géogr., XXXVI, 1900, p. JS3-169, carte; en particulier p. 16îi).

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encore dans la même direction du S.W. s'élèvent les Gori lavaraï, qu'a traversés Kozlov. Cette chaîne a 100 verstes de longueur et 13 verstes de large, et le col d'Oboto-Daban est à 5400 pieds [2 640 m.]. Son versant méridional, dit Kozlov, présente des coupures séparant des montagnes alignées en séries, dont les parois sont très escarpées. On peut supposer qu'il y a là une répétition de la structure de la chaîne principale*.

Ainsi, les prolongements du Khara-narin-Oula se poursuivent au loin, à travers le désert, dans la direction de Kansou, et jusqu'à 120 verstes environ de cette ville.

Tandis que le Khara-narin-Oula s'écarte du Hoang-ho, de nouvelles coulisses apparaissent dans Tintervalle.

Sur la rive droite du fleuve s'élève, par environ 40^1 3', une longue rangée de chaînes qui s'alignent au Sud ; on l'appelle dans sa partie septentrionale Arbis-Oula, et après avoir porté divers noms (Orantechi, Kantageri, etc.), elle atteint Khara-khoto (39^15'); mais tandis qu'elle diminue de hauteur avant de disparaître sous la plaine, surgit bientôt sur la rive gauche l'extrémité septentrionale de la haute chaîne de VAla-C/ian, également alignée N.-S.

Ning-sia-fou, sur le Hoang-ho (38® 30') est à 1 030 mètres ; les cimes escarpées de l'Ala-Chan, à l'Ouest de cette ville, dépassent 3000 mètres; sur le versant occidental de la chaîne, l'altitude dos sables de l'Ala-Chan varie de 1 350 à 1 300 mètres.

Là, en face de Ning-sia-fou, la chaîne est formée de deux crêtes, l'une au Nord, s'avançant davantage à l'E., l'autre au Sud, se rattachant à la première à l'W. Là où ces deux crêtes se touchent se trouve un col (2540 m.), par lequel on atteint la ville de Fou-mafou, dans le désert. Obroutchev a gravi ce col et il y a constaté un fait inattendu, c'est que la crête méridionale tout entière représente un pli anticlinal renversé vers l'Est, c'est-à-dire vers le Hoang-ho, de grès supra-houiller, de terrain houiller productif et de calcaire carbonifère. L'épaisseur de ces dépôts dépasse sans doute 3000 mètres; sur le versant de l'Est, toute la série est renversée; sur le versant de l'Ouest, au contraire, elle est normale. Les blocs de calcaire sinien qui forment les éboulis des hautes cimes permettent de croire qu'au sommet, cet étage a été poussé en recouvrement par-dessus le terrain carbonifère^.

Prjévalsky a fait l'ascension d'un sommet situé plus au Sud, le

1 . p. K. Kozlov, Rapport sur VExpédilion —, 14 mars 1900 (Izviestiia, XXXV,1900, p. 1 i4).

2. Obroutchev, VAsie Centrale, le Nord de la Chinn et le Nan-Chan, I, p. 309 et SUIT., en particulier p. 326, carte.

Bougoutouï (3300 m.), et y a trouvé un conglomérat quartzeux*.

Nous approchons du nouveau coude que le Hoang-ho décrit entre 38*» et 37^ 30'. Quoique le fleuve, un peu au Sud du 38*», recoupe Textrémité septentrionale de la chaîne du Niou-toou-Chan, ce coude est déterminé d'une façon générale par la structure des montagnes adjacentes. Cette fois encore, nous devons recourir à peu près exclusivement aux observations d*Obroutchev.

Déjà au voisinage de Ning-sia-fou commence, sur la rive droite du Hoang-ho, la chaîne de XArchaii-Oula, répondant probablement à un anticlinal de calcaire sinien, transformé par pression en une sorte de brèche. Dans la chaîne qui vient ensuite vers l'amont et

Niouchou-Chan Yé-toou-Chan

Fio. 32. -- Coupe de Niou-Chou-Chan au Yé-toou-Chan, d*après Obroutchev

(L'Asie Centrale, etc., I, p. 337, flg. 88).

g^ Dépôts du Oobi; f, /, Faille.

dont nous venons de parler, le Niou-toou-Chan, apparaît déjà la direction S. S.W., qui correspond à la courbure du fleuve.

Plus remarquables encore sont les accidents de la rive gauche. L'Ala-Chan se rattache vers le Sud aux Monts Yé-toon-Chan, larges et moins élevés, qu'Obroutchev considère comme un horst, et limités au Sud, à peu près suivant la direction E.-W., par une cassure le long de laquelle le chaînon du Niou-Chou-Chan paraît s'être affaissé (fig. 32). Dans les deux massifs, les couches plongent au N. ou au N.W.; la direction générale du Niou-Chou-Chan est S.W., et il est formé de grès supra-houiller. Quelques affleurements de ce grès se montrent aussi sur le cours môme du Hoang-ho, qui, en ce point, se dirige presque W.-E. *.

Au Nord du fleuve, le versant méridional du Yé-toou-Chan et de ses avant-monts effondrés se prolonge longtemps encore vers

4. N. V. Prschewalski, Reisen in der Mongolei^ 1877, etc., p. 232. 2. ObroutcheT, L'Asie Centrale, U Nord de la Chine et le Nan-Chan, I, p. 337, flg. 88.

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rOuest. En aval de Tchoun^-wéi, on voit au voisinage du fleuve un anticlinal dirigé S. 210*» W. Ainsi, la déviation est complète.

Rockhill rapporte qu'il s'est avancé encore un peu plus à l'Ouest jusque vers In-pan-choui (près du 104<> de long. E.), au Sud d'une rangée de montagnes ayant 800 pieds [250 m.] de hauteur relative, le Bsi-Chaîi; on y trouve de la houille et du grès rouge*. Au Sud de ce parcours est située la longue chaîne du Da-lso-beï-Chan, qui s'aligne à l'W.S.W. et où les couches du grès supra-houilïer plongent régulièrement au S.S.E.

Quelles que puissent être d'ailleurs les complications de détail, il n'en demeure pas moins établi que le grand coude du Hoang-ho qui se dessine entre 37® 30' et 38® correspond à une conversion de la chaîne et des coulisses bordant le fleuve.

3. Bifurcation du Nan-Ghan oriental. — Ldczy a déjà supposé que cette inflexion des chaînes du Hoang-ho est en rapport avec le mode de terminaison du Nan-Chan vers l'Est, et Obroutchev pense que les deux systèmes se rejoignent sous les sables de l'Ala-Chan.

De fait, en examinant attentivement le Nan-Chan oriental, il est impossible de ne pas accepter cette conclusion.

Dans les chaînes septentrionales du Nan-Chan oriental régnent des terrains paléozoïques très épais, tandis que les chaînes méridionales sont formées en majeure partie de gneiss et de roches schisteuses anciennes. Sur la bordure nord des Monts Richthofen, il existe, suivant le méridien du Koukou-Nor, une zone de mélaphyre*. Entre Lan-tchéou et Liang-tchéou, de 36« 30' à 37« 30', deux des chaînes du Nord s'avancent au loin vers l'Est, couvertes de neige. La chaîne septentrionale, le Momo-Chan, placée dans le prolongement des Monts Richthofen, se prolonge elle-même vers l'Est, après une courte interruption, par le haut Chi-tchotsé- Chan. La chaîne du Sud est le Chi-Chan, dont le prolongement à l'Est est appelé Ping-fan-Chan par Obroutchev.

Ainsi, le Nan-Chan dépasse à l'Est le méridien de Lan-tchéou. En même temps se produit une déviation dans la direction de l'Ala-Chan. Le Momo-Chan continue d'ailleurs à suivre la direc-

1. w. Wood ville Rockhill, Viary of a Journey through Mongolia and Tibet in 1891 and 1892, in-S", Washington, Smithsonian Institution, 1894, p. 40, 45.

2. Un peu plus à l'Ouest, dans le bassin du Khyi-khô, en un point qui doit correspondre au centre du versant méridional des Monts Richthofen, Potanin a depuis longtemps découvert des fossiles du Carbonifère inférieur; P. Venukoff, La faune du calcaire carbonifère inférieur du Bardoun en Mongolie, r. f. (Verhandl. d. Russisch-k. Mineralog. Ges., 2. Ser., XXV, 1889, p. 210-227, pi. II).

tion maîtresse de l'E.S.E., mais vers Textrémité orientale du Chitchotsé-Chan,et en particulier autour des mines de charbon de Tala-pou, la direction générale a tourné à TE.N.E. Or là, nous nous trouvons déjà sur le méridien du Hsi-Chan de Rockhill, déjà signalé, et près de celui du Da-tso-beï-Chan *.

La direction N.E. ou E.N.E. est d'ailleurs également visible au cœur même du Nan-Chan oriental, par exemple dans les terrains archéens qui forment les berges rocheuses de la rivière Si-ning jusqu'au confluent du Da-toun*-. Toutefois on ne voit pas cette allure se prolonger dans les chaînes voisines, qui suivent la direction générale W.N.W. C'est seulement bien plus à l'Est, dans la gorge du Hoang-ho en aval de Lan-tchéou, qu'on retrouve du gneiss affectant la direction N.E. Serions-nous là en présence d'un prolongement dévié de la chaîne Potanin-Amasourgou, dans le Nan-Chan ? C'est ce que les observations futures permettront peutêtre de décider.

La chaîne méridionale du Koukou-Nor, formée de roches archéennes, constitue l'une des branches les plus importantes du Nan-Chan, mais elle s'abaisse très rapidement au Sud-Est. Les dépôts du Gobi, qui sont fort épais et ont une grande extension, dans la vallée du Si-ning comme dans celle du Hoang-ho, contournent au Sud la chaîne méridionale du Koukou-Nor; restés horizontaux au pied de ces montagnes, ils atteignent sur leurs pentes de fortes inclinaisons (70 à 80"). C'est une preuve de plus de la répétition des mouvements à une époque récente ^

Au Sud de Lan-tchéou se dresse, d'après la description d'Obroutchev, la chaîne du Gouan-Chan, formée de Carbonifère et de grès supra-houiller (un col la traverse à 2690 m.). On y observe des directions variables, aussi bien W.N.W. que N.E. Mais au delà du Gouan-Chan s'étale un plateau de couches du Gobi, large de plus de 60 verstes, qui règne jusqu'au Sud de la ville de Di-dao et jusqu'au pied des Monts Tchan -fan -Chan. Ce plateau est à plus de 2000 mètres; le Tao et ses affluents se sont encaissés dans son

1. Obroutchcv, L'Asie Centrale, le Nord de la Chine et le Nan-Chan, I, p. 359 et suiv. pour lo Chi-tchotsé-Cbaa ; p. 364 est signalée une courbure concave vers le N. subie par la direction des couches, au Sud de Ta-la-pou, qui coïncide peut-être exactement avec le point d'inflexion ; pour la coupe du Pin-fan-Chan, voir p. 418 et suiv. ; ce relief est formé de schistes métamorphiques, de porphyre augitique et de tufs, et son isolement n'est du qu'à l'érosion, qui l'a séparé du Chi-Chan.

2. L. von Löczy, Die wissenschaftlichen Ergebnisse der Reise des Grafen Bêla Szêchenyi in Ostasien, I, p. 582 et suiv., 603 et suiv., 645; pour les rapports des Monts Potanin et de la chaîne du Koukou-Nor, voir la petite carte de la p. 603.

* 3. Obroutchcv, UAsie Centrale, le Nord de la Chine et le Nan-Chan, II, p. 97.

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épaisseur. Obroutchev considère le Tchan-fan-Chan comme le début du groupe de chaînes qui se prolonge dans la direction du Tsinling-Chan*. En tout cas, nous nous trouvons déjà au Sud des chaînons infléchis au N.E. qui aboutissent à TAla-Chan. Il est possible que le plateau de Didao se prolonge vers TOuest par le massif élevé situé au Sud-Ouest de Balekoun-gomi, et qui est limité par le Koko-beili; mais il no s'étend pas plus loin du côté de TOuest. Ce plateau indique probablement la bifurcation des chaînes du Nan-Chan, c'est-à-dire le lieu où les plis qui sont arrêtés par la bordure de TOrdos se séparent de ceux qui se poursuivent en conservant leur direction première.

4. Résumé. — L'Ordos nous est apparu comme un plateau de Tavant-pays, le Gobi de l'Ala-Chan représentant au contraire une portion du domaine plissé des Altaïdes ; le Hoang-ho occupe donc, dans la partie de son cours dirigée duS.au N. puis de rW.àrE.,une situation analogue à celle qui revient au Guadalquivir, en avant de la Cordillère bétique, ou au Gange, en avant de THimalaya. La présence sur la rive droite du fleuve de coulisses isolées, comme FArbis-Oula, est une répétition de ce qui se produit pour les avantchaînes iraniennes sur la rive gauche de Tlndus, près de Rohri et de Hyderabad.

Au Nord-Ouest et à l'Ouest de ce coude du Hoang-ho y on reconnaît alors, conformément à ce qu'ont supposé les explorateurs qui connaissent le mieux le pays, une structure en arc de cercle; les plis correspondants fout sans doute partie des Altaïdes, mais la différence entre le faîte ancien et le faîte récent cesse de s'y faire sentir, ou en d'autres termes, Saïanides et Altaïdes s'y confondent.

En partant de l'Ouest, de TAdji-Bogdo dans l'Altaï Mongol, par conséquent du faîte primitif, une longue courbe pénètre dans le désert ; elle est jalonnée par le Baga-Bogdo, le Koukou-Tymyrty et toute une série de croupes rocheuses dénudées, jusqu'au Tostou et au Noïn-Bogdo, traversant ainsi toute la région désertique.

Au Sud de cette courbe, dans le Chiourten-Kholy-Gobi, nous devrions voir les coulisses du Tien-Chan ; elles ont disparu, en se coinçant, avec le Karlyk-Tagh et l'Emir-Tagh.

Par suite de cette disparition, le Beï-Chan prend, dans l'ensemble, la direction W.-E.; toutefois ses branches septentrionales présentent sur l'Edzin-Gol la déviation caractéristique à l'E.N.E. et au

1. Obroutchev, VAsie Centrale^ le Nord de la Chine et le Nan-Chan, II, p. 352, 357^

â64 LA FACE DE LA TERRE.

N.E. : tel est le cas pour le Boro-Oula, qui franchit TEäzin-Gol en devenant le Koukou-Oula, et aussi pour TEäzin-Oula,

Alors apparaît, dans le désert, une longue chaîne arrivant du Nord-Est. Elle vient du coude môme du Hoang-ho, du point où la propagation des plis rencontre Tobstacle le plus important. Elle est formée par les coulisses successives du Khara-narin-Oula, de TArgalintaï, du Bourgousté-Oula et des Monts lavaraï, et se dirige vers la ville de Kan-tchéou-fou.

De rOuest arrivent les chaînes géantes du Nan-Chan. Les plus septentrionales d'entre elles se conforment également à Tordonnance générale du système et subissent la même déviation que les chaînes septentrionales du Beï-Chan, quoique pluç à FEst, à TE. du méridien de Liang-tchéou. La première déviation se produit suivant la ligne Richthofen — Momo-Chan — Chi-tchotsé-Chan jusqu'aux mines de charbon de Ta-la-pou, et la seconde dans le Chi- Chan et le Pin-fan-Chan.

Il est impossible de dire exactement où cette inflexion des plis contre le plateau de TOrdos se termine vers le Sud; peut-être est-elle encore visible dans le gneiss de la vallée du Hoang-ho, près de Lantchéou. Mais tandis que vers FEst, ces chaînes se sont recourbées, dans FOuest elles restent serrées les unes contre les autres, et quand la déviation cesse, elles poursuivent régulièrement leur cours à FW.N.W. au delà des limites dans lesquelles elle se faisait sentir. Il en va de même pour les chaînes situées au Sud du plateau de Di-dao, qui coïncide probablement avec la bifurcation.

Ainsi, toute la partie moyenne du Gobi, y compris le désert d'Ala-Chan, est pour nous le domaine d'un système de plis arrêtés vers FEst par Favant-pays de FOrdos, se propageant vers le Sud jusqu'aux plis homologues du Kouen-lun central, se continuant très loin vers FOuest jusqu'au raccord du Nan-Chan occidental avec FAltyn-Tagh et F Anembar-Oula, et s'ouvrant au Nord-Ouest, au delà du Chiourten-Kholy-Gobi, pour faire place à la grande virgation du Tien-Chan.

Jetons maintenant un dernier coup d'œil sur les coulisses du Hoang-ho vers l'aval, depuis le Khara-Narin-Oula, en passant par les chaînes de Fln-Ghan, jusqu'au Chara-Khada, qui à l'Est de Koukou-Khoto s'aligne au N.E. Ces chaînes paraissent se mouler exactement, comme position et comme direction, sur les branches principales du « gril » de Peking, jusqu'au Houng-Chan inclusivement, où le terrain cambrien afl'ecte cependant une allure tabulaire. Elles sont d'ailleurs limitées par des accidents analogues à des

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flexures, et les couches qui les constituent plongent en général au N.N.W. , c'est à-dire vers la Mongolie. Si les hypothèses de Richthofen venaient à être confirmées, — sur l'inflexion de ces accidents près de Kaï-ping et leur prolongement à FOuest de la vallée de Moukden, — la ressemblance serait encore plus frappante, et il en résulterait qu'il y a passage à la direction du Grand Khingan. Mais, je ne puis le contester, cet accord avec les résultats acquis sur la structure des chaînes voisines du Hoang-ho conduit à se demander si ces accidents sont bien de vraies flexures, résultant d'un affaissement, ou s'il ne serait pas préférable d'y voir Teffet d'un plissement plus simple, comme le suggère, en particulier, l'inclinaison prépondérante des couches au N.N.W. *.

Ces résultats auront une influence non moins profonde sur l'interprétation de la structure du Grand Khingan.

La distance entre Jehol, au Sud, et l'Argoun, au Nord, est de neuf degrés de latitude. Il est exact que, dans cet intervalle, le pays est en général plus élevé à l'Ouest du Grand Khingan qu'à l'Est,

Malheureusement, les renseignements authentiques dont on dispose pour le Sud sont très maigres. Pritsche, en se dirigeant vers le Nord, a franchi la ligne de partage des eaux entre le Lan-ho et le Liao-ho par 11?« 52' de long. E. et 41U8' de lat.N. (altitude 1 237m.),

1. F. Ton Richthofeo, Über Gestalt und Gliederung einer Grundlinie in der M0rph(ylogie Ost-Asiens (Sitzungsber. k. Prcuss. Akad. Wiss. Berlin, i900, XL, p. 904 et suiv.). Les coupes bien connues des environs de Kalgan ne permettent pas de résoudre la question; là, les montagnes chinoises sont bien plus élevées que la surface du Gobi, profondément dégradée et recouverte d'épanchements éruptifs plus récents, et dont Taltitude est de 1 400 mètres environ. La meilleure définition du mot n flexure » me parait être fournie par Tezpression de « Tafelabbiegung » dont se sert Heim (E. de Margerie et Alb. Heim, Les Dislocations de VÉcorce terrestre, iQ-S», Zürich, 1888, p. 26). Or, comme en beaucoup d'endroits on constate une tendance au chevauchement des dépressions, fait dont nous avons déjà donné des exemples et dont nous aurons à signaler d*autres cas caractéristiques, une flexure peut facilement se renverser (ûbei*schobene Flexur), notamment quand l'avant-pays s'affaisse, et il est fort possible que quelquesuns des plus grands chevauchements connus résultent précisément de cette combinaison locale d'un mouvement d'affaissement et d'un mouvement tangentiel. Les difficultés proviennent de la ressemblance extérieure des simples plis déjetés, dus à un mouvement tangentiel, et des flexures produites par affaissement, et là est sans doute l'origine des objections formulées par Bittner (Ueber einige geotek tonische Begriffe und deren Anwendung, Jahrb. k. k. Geol. Reichsanst., XXXVII, 1887, p. 404 et suiv.). II y aurait d'ailleurs à tenir compte, en outre, des phénomènes compliqués qui, d'après Bailey Willis, contribuent à augmenter la déflexion au coude des « Step-folds » (B. Willis, The Mechanics of Appalachian Structure, XlIIth. Ann. Rép. U. S. Gcol. Survey, 1891-92, part II, 1893, p. 273). Je serais disposé à admettre qu'il y a flexure, et par conséquent prépondérance de l'affaissement, quand une série d'accidents continus de ce genre se succèdent dans le même sens et sans être renversés, et de telle façon que leurs rejets s'ajoutent dans une direction déterminée ; j'adopterais plutôt l'hypothèse du plissement quand cette totalisation ne se produit pas, et lorsque l'inclinaison en pente douce du flanc le plus allongé compense le plongement brusque du flanc le plus court.

et atteint un faisceau de chaînes parallèles courant X.X.W.-S.S.E. ; au delà du Barin-dao, qui culmine en trois cimes arrondies (1230 m.), le pays de montagnes à travers lequel l'itinéraire s'était développé depuis Peking cesse, pour faire place à une sorte de plateau. Dans cette région, la carte de Pritsche porte les cotes 846, 1080, 1630, 1208 m., etc.*.

De Kalgan à Feng-ning-hien (IIT'^IO' de long. E., 41M3'de lat. N.), la direction générale des montagnes est E.N.E., puis plutôt N.N.E., N., et enfin, dans la partie méridionale duKhingan proprement dit, N.N.W. Cette allure, indiquée par Pritsche, cadre assez bien avec la déviation probable que nous signalions près de Kaïping, mais il n'est guère possible d'en tirer la conclusion que le Grand Khingan correspond lui-môme à une flexure. Nous savons que celte chaîne présente parfois, sur son versant oriental, une pente très brusque, mais nous savons aussi que dans le Nord, c'est certainement une zone de plissement très large, et que même les couches de r Angara, dans la plaine adjacente de rAmour,sont atTectées de plis posthumes; nous avons vu en outre que le Gobi, à rOuest du Grand Khingan, est une région plissée, et que des rhyolites et des basaltes affleurent de part et d'autre, mais, chose singulière, ne pénètrent pas dans le « gril » de Peking.

D'après cela, l'hypothèse qui s'accorde le mieux avec l'état actuel des observations, c'est que ie Grand Khingan est une chaîne de plissement analogue aux Monts Aldan et au Sikhota-Alin, chaînes qui sont bordées à TEst par des paliers incomparablement plus bas et qui aflfectent une allure tout à fait semblable. Le Khara-narin-Oula et l'Ala-Chan ont pour vis-à-vis le plateau de l'Ordoset représentent le bord externe refoulé des Altaïdes.Le Grand Khingan, auquel fait face la Mandchourie, région également plissée, peut être regardé comme une dernière manifestation de ce plissement venant de l'Altaï et embrassant tout le Sud de l'ancien faîte : le phénomène vient ainsi se confondre avec la formation des chaînes périphériques de l'Est.

6. Kouen-lun central et oriental. — Gomme l'a montré F. von Richthofen, le nom de Kouen-lun apparaît déjà dans le Yu-Koung^ ce livre qui remonte au vingt-troisième siècle avant notre ère; et la vénération qui est le privilège de l'âge l'entoure. Mais il est difficile de dire quelles sont les montagnes qui, dans l'antiquité, étaient appelées ainsi. La grande majorité des écrivains chinois,

1. H. Fritsche, Ein Beitrag zur Geographie und Lehre vom Erdmagnetismus Asiens und Europas (Petermanns Milleilungen, Ergänzungsheft Nr. 78, 1885, cartes, p. 10).

LES ALTAÏDES ORIENTALES.

ajoute Richthofen, place les Monts Kouen-lun dans la région de la (c Mer des Etoiles », au voisinage des sources du Hoang-ho. Nous nous en tiendrons à cette tradition*.

Donc, il n'est pas douteux que les chaînes puissantes qui débordent si loin, à TW.N.W. et à rE.S.E., le méridien du Koukou- Nor, depuis TArka-Tagh (chaîne Prjévalsky) jusqu'au Tsin-ling- Chan, et que F. von Richthofen réunit sous le nom de Kouen-lun central et oriental, aient droit à cette appellation. Richthofen place la limite ouest du Kouen-lun central vers le SO'' degré de longitude. Les connaissances actuelles sur le tronçon occidental de TArka-Tagh nous autorisent, semble-t-il, à la repousser jusqu'à 87® ou 86^30'. Quant aux montagnes situées à l'Ouest de 86® 30', les faits acquis

Ligne lie partage des eaux 6o63

Col

Koko-Chli Lac

Ligne de partage des eaux

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Col secondaire &3oz

'. Col secondaire

CdSarikkol 4»70 Col Tjokkalik i

: Col Datai- kourgan Kara mouran «o' 4367 407.5 - * '

FiG. 33. — Coupe du Koko-Chili à la plaine du Ïchcrtchen-Darla, d'après Sven Hcdin.

Échelle des longueurs 1 : 4000000 ; hauteurs 1 : 200000. La « Chaîne bordiere du Kouen-lun » correspond à l'arc de Yarkend.

dans ces dernières années me paraissent conduire à une interprétation différente, en justifiant la séparation du Kouen-lun central et du Kouen-lun occidental.

Bogdanovitch a insisté sur la continuité du cadre demi-circulaire qui entoure la dépression du Yarkend-Daria. Cet arc s'étend des Monts Moustagh-Ata, au Nord-Ouest, jusqu'à la chaîne gneissique du San-sian-tsy, près d\\n-si, au Nord-Est. Faute d'un nom particulier, nous l'appellerons Kouen-lun occidental ou encore arc de Yarkend^.

i. F. von Richthofen, China, I, p. 225 et suiv.

2. Richthofen avait comparé le Ta-pa-Chan à TinâexioQ de Tare dinarique contre les Alpes Méridiona es ; Bogdanovitch met en parallèle le» rapports du Kouen-lun central avec l'arc de Yarkend et le Ta-pa-Chan; Einige Bemerkungen über das System des Kwenlun (Mittheil. k. k. Gcogr. Ges. Wien, XXXVIII, 1895, p. 519) ; voir aussi G. Wegener, Die Entschleierung der unbekanntesten Teile von Tibet und die tibetische Centralkette(y. Richthofen-Festschrift, in-S", Berlin, 1893, p. 414). C'est à regret que je me sers des mots « Dépression du Tarym » et « Monts du Tarym», car, d'après Prjévalsky, le nom de Tarym comme nom de fleuve est absolument inconnu des habitants du pays. Tarym veut dire « champ » ou « terre cultivable », et comme les fonctionnaires chinois élèvent les impôts en proportion de la quantité d'eau employée pour les irrigations, ce mot a fini par être appliqué au fleuve.

Au Nord-Ouest, cet arc est large et comprend plusieurs chaînes très élevées; au centre, il est haut mais étroit, et coupé de vallées transversales ; au Nord-Est, il se résout en une série de coulisses longues et élevées, alternantes, dans les intervalles desquelles les cours d'eau ont assez d'espace pour trouver une issue au dehors. Mais ces coulisses, en particulier rAltyn-Tagh,rAnembar-Oula et le San-sian-tsy, conservent la direction caractéristique de Tare, E.N.E. ou N.E., et tous les chaînons du Nan-Ghan s'infléchissent brusquement à leur rencontre, comme nous l'avons déjà montré. C'est ainsi, disions-nous, que se forment des compartiments comme le Syrtyn, le Tsaïdam et la dépression des lacs Koum-Koul; l'angle de rebroussement devient de plus en plus obtus et la chaîne Prjévalsky finit

ChaînM du Chaîn« Rusm (Ak-kar-tehékti-Tagh)

Nord-Ou««t duTib«t ItuUiatMkaul Ssrikol J^b-murm Minas d'or d«ICopa

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Fio. 3i. — La Chaine Russe ou Ak-kar-tchékil-Tagh, d'après Bogdanovitch (Travaux de l'Expédition au Tibet, r., II, St.-Pétersbourg, 1892, pi. III, fig. 6).

df, d, «, Dévonien; c, Carbonifère; y, Granite; d, Diabase; ^, aJluvions anciennes; /, /; Failles. — Échelle des longueurs 1 : 1 000 000 ; hauteurs 1 : 300 000 environ.

par être presque rectiligne. Cette haute et large chaîne atteint, vers 86^ 30', le bord sud de Tare et se confond probablement avec lui sur une certaine distance, de manière à constituer un tout indivisible au point de vue morphologique. Mais il suffit d'examiner les coupes de Bogdanovitch (fig. 34) pour constater que sur le méridien de Kopa, il n'existe plus qu'une seule chaîne principale, la Chaîne Russe (Akkar-tchékil-Tagh)*.

Nous considérons l'Arka-Tagh ou chaîne Prjévalsky comme la partie du Kouen-lun central qui s'avance le plus vers l'Ouest, jusque entre 86^ et 87^ de long. E. Cette chaîne se distingue, fait très remarquable, par la présence de roches volcaniques récentes. La première découverte certaine, à cet égard, est due à Dutreuil de

1. Je renvoie le lecteur à la belle carte de B. Hassenstein, jointe au mémoire de Svea Hedin : Die geographisch-wissenschaftlichen Ergebnisse meiner Reisen in Zentralasien j 1894' f 897 (Petermanns Mitteil., Ergänzungsheft Nr. 131, 1900, 3 feuilles à i : 1000 000) ; voir aussi M. Friedrichsen, Morphologie des Tienschan (Zeitschr. Ges. für Erdkunde; Berlin, XXXIV, 1899, 141 p., carte).

LES ALTAÏDES ORIENTALES. 269

Rhins, qui rapporta des scories basaltiques vacuolaires des montagnes situées à TOuest de l'Atchit-Nor*. Henri d'Orléans et Bonvalot signalent en plusieurs endroits des volcans et des champs de scories, mais les preuves positives manquent. Il en est de même pour ceux qu'a indiqués Littledale. Au contraire, Sven Hedin a vu près de l'extrémité occidentale de FArka-Tagh, par 86*», ainsi que sur d'autres points du versant méridional de cette chaîne, des tufs et des nappes d'épanchement; d'après Bäckström, la roche provenant d'un point situé par 87® 30' est une andésite à bronzite, évidemment récente*.

De nombreuses chaînes, courant toutes plus ou moins vers l'E.S.E., font suite aux Monts Prjévalsky, longent le bord sud du Tsaïdam et, sous les noms deSian-si-beï, Ougoutou, etc., atteignent au Sud du plateau de Balekoun-gomi le Hoang-ho. Prjévalsky savait déjà que la chaîne deDjoupar, à l'Est de ce fleuve, doit être regardée comme leur prolongement. Futterer, de la chaîne méridionale du Koukou-Nor, s'est avancé dans la direction du Sud jusqu'au Hoangho, en traversant le Dabasoun-Gobi et la partie orientale des coulisses situées au Nord du Tsaïdam, qu'Obroutchev nomme Monts Séménov. Le voyageur allemand a trouvé que les Monts Séménov, comme les autres coulisses, sont formés de terrains anciens précédés d'une bande de Carbonifère, et que la chaîne se prolonge vers Balekoungomi, c'est-à-dire vers l'E.S.E. Plus au Sud, il a atteint, à l'Est du Hoang-ho, les Monts Djoupar et constaté que la même direction E.S.E. règne non seulement jusque là, mais encore jusqu'à la ligne de partage des eaux du Tao. Cet itinéraire vient ainsi se relier d'une façon très heureuse aux observations faites dans la vallée du Tao'.

Parmi les nombreux titres qu'Obroutchev s'est acquis à notre reconnaissance en étudiant la structure de l'Asie Intérieure, l'un des plus importants me paraît être le levé de la coupe transversale qui, sur près de quatre degrés de latitude, s'étend de Lan-tchéou jusqu'au « Bassin Rouge » du Sé-tchouen (fig. 35) : en eflfet, grâce à ce document, nous pouvons désormais nous rendre compte de la façon

1. St. Meunier, Noie géologique (dans J.-L. Dutreuil de Rhins, Miêsion scientifique dans la Haute Asie, iS90-1895, in-4% Paris, III, 1898, p. 295). Il y a bien des indications sur Teiistence de yolcans au Sud de la chaîne Prjévalsky, mais les renseignements dont je dispose à ce sujet ne s'appuient, en fait de preuves, que sur la forme des montagnes.

2. Sven Hedin, Die geographisch-wissenschaftlichen Ergebnisse meiner Reisen in Zentralasteny 1894-1897 (Petermanns Mitteil., Ergänzungsheft Nr. 131, 1900; voir en particulier p. 375-378 : H. BSicksiromy Ueàer jungvulkanische Eruptivges leine aus Tibet),

3. K. Futterer und Holderer, Dritter Bericht über die Reise durch CentrcU-Asien ttnd China (Verhandl. Ges. für Erdkunde, Berlin, XXVI, 1899, p. 142, 144). L'aspect du pays est décrit avec beaucoup de netteté par Futteror, Durch Asien, etc. I. Geographische Charakter-Bilder y p. 318 et suiv.

dont les montagnes occidentales vont se raccorder avec le Tsinling-Chan*.

Nous avons déjà parlé de la partie nord de cette coupe, le haut plateau de Di-dao, qui est formé de dépôts du Gobi, et leTchan-fan- Chan, que Ton regarde comme la plus septentrionale des chaînes allant rejoindre le Tsin-ling-Ghan. Les couches du Gobi se redrossent sur son versant nord, exactement comme sur le versant sud de la chaîne méridionale du Koukou-Nor. Sur ce versant du Nord (par environ lOS*» 30' de long. E. et 33« 9' de lat. N., d'après Titinéraire) apparaît du basalte : peut-être est-ce un prolongement des formations volcaniques récentes qui sont si caractéristiques pour la chaîne Prjévalsky *. Le Tchan-fan-Chan consiste en sédiments paléozoïques plissés, s'orientant W.N.W. (280** à 300®), et renfermant, sur le versant sud, des empreintes de Knorria et de Lepidodendron,

Dans les chaînes qui suivent au Sud, la même direction W.N.W. ou N.W, règne sur une distance de 200 versles, jusque vers le confluent du Djorni avec le Peï-Chouï (par 33** 25' de lat. N. environ). C'est dans cette région que les montagnes occidentales se relient au Tsin-ling-Chan. Obroutchev ne signale sur toute Tétendue de la coupe aucune bande importante de gneiss ou de granité; çà et là se montrent des schistes anciens, mais, dans Tensemble, on ne voit qu'une succession de plis paléozoïques étroitement serrés, où ont été trouvées des traces de fossiles dévoniens et carbonifères. Ces plis forment, l'un après l'autre, les chaînes du Tchan-fan-Chan et du Siao-Chan (3400 à 3600 m.), la crête du Ya-lin (2810 m.), qui sert de ligne de partage des eaux entre les bassins du Tao et du Peï-Chouï et jusqu'où les dépôts du Gobi paraissent remonter sur les flancs du Yalin-Chan, puis la chaîne rocheuse du Min-Chan (4000 m.), où Ton reconnaît suivant le tracé de la coupe un synclinal de grès suprahouiller renversé vers le S.W.

Il ressort en outre des indications précises données par Obroutchev qu'un peu auSud du confluent précité du Djorni et au voisinage de la ville de Tsy-tchéou, la direction des plis se modifie. Déjà, en

1. Obroutchev, LAsie Centrale^ le Nord de la Chine et le Nan-Charij II, p. 304-361. Cette ligne de coupe est également remarquable à d'autres égards : on a souvent signalé le contraste qui existe entre les vallées du Tsin-ling, transversales pour la plupart, et celles du massif tibétain, longitudinales en majeure partie; la ligne en question coïncide avec la limite des vallées transversales méridiennes, et déjà dans quelques affluents supérieurs du Hoang-ho apparaît la direction caractéristique du N.W. — tels le Ri-tchiou et le Rka-tchiou sur la carte de TAmdo de Potanin (Izviestiia Soc. Imp. Russe de Géogr., XXIII, 1877).

2. Obroutchev, L'Asie Centrale^ le Nord de la Chine et le Nan-Chan, II, p. 352.

LES ALTAIDES ORIENTALES. 273

amont de cette localité, les schistes anciens, chloriteux et aussi tourmalinifères, deviennent plus fréquents. Au point où le Peï-Chouï perce les Monts Lin-yan-Chan en décrivant un coude, la direction des plis, sur une certaine distance, devient E.-W. avec renversement au Sud, puis elle passe à N. 60-80® E. pour retourner à E.-W. dans le Pa-nan-Chan et se fixer définitivement dans le Pi-Chan à N. 60° E., direction qui se maintient sur 50 ou 60 verstes jusqu'au bord du Bassin Rouge.

Ces montagnes méridionales, orientées N.E., se relient comme on le voit par des plis intermédiaires au faisceau dirigé W.N.W. Elles sont constituées au Nord par des schistes chloriteux et des phyllades ; plus au Sud, dans le Da-li-Chan, il y a des sédiments paléozoïques appartenant au Silurien supérieur ou au Dévonien, puis du calcaire à Fusulines. C*est là que se produit un renversement au S.E. Ensuite viennent, en discordance, les épais conglomérats de la bordure du Bassin Rouge. Dans les couches à empreintes végétales de ce bassin, on observe de légers mouvements posthumes.

La ville de Lan-tchéou est située à TOuest du 104® de long. E. ; la coupe que nous venons de décrire à travers les chaînons orientés N.E., avec le Pi-Chan et le Da-li-Chan, passe entre 105® et 105® 45'. Les coupes du Tsin-ling-Chan publiées par Richthofen, Löczy et Obroutchev passent entre 106« 30' et 107® 30'.

Nous avons déjà tiré des travaux de Richthofen la conclusion que cette grande chaîne, en dépit de Tunité apparente de son relief, comprend deux parties dont la direction est différente (H, p. 312). La partie septentrionale, le vrai Tsin-ling-Chariy s'étend de la vallée du Weï au massif granitique de Liou-pa-ting, et possède la structure d'une chaîne dissymétrique normale : elle comprend une zone de gneiss, une seconde zone de schistes anciëlis avec du Carbonifère supérieur discordant, et une zone paléozoïque au milieu de laquelle se dresse le culot de granité de Liou-pa-ting, entouré d'une auréole de contact. Le Tsin-ling-Chan s'oriente W. 12® N. (282®). Cette direction correspond exactement, à l'Ouest, à celle des plis alignés W.N.W. , du Tchan-fan-Chan au confluent du Djorni, et il convient sans doute de voir dans ce faisceau de chaînes le prolongement du Tsing-ling-Chan.

Au Sud du Tsin-ling-Chan et du massif granitique de Liou-pating vient, à l'Est, une zone étroite, peut-être carbonifère, comprimée et déviée au contact des chaînes antérieures.

Richthofen comparait le Tsin-ling-Chan à une barre pesante qu'on appliquerait en biais sur une étoffe ridée de plis parallèles

ui. 18

2n LA FACE DE LA TERRE.

puis qu'on pousserait dans une direction perpendiculaire à son axe jusqu'à complète déviation de ces plis au contact*. Cette zone déviée doit probablement être comparée, dans la coupe de TOuest, à la zone beaucoup plus large qui s'étend du confluent du Djorni au Pi-Chan et où les directions varient de W.N.W. à E.-W. ou N.E.

Enfin, vient à l'Est la seconde chaîne, le Ta-pa-Chan, dirigée E.N.E., formée d'une zone de schistes gneissoïdes anciens presque toujours verticaux, puis de couches paléozoïques renversées au Sud, disposées en écailles, et enfin recouvertes par les couches à empreintes végétales du Bassin Rouge. Le Pi-Chan et le Da-li-Chan en sont les prolongements directs dans la coupe de l'Ouest. Là, la direction de Ï'E.N.E. est devenue N.E., conformément à l'inflexion qui se produit ensuite contre les montagnes courant vers le Yun-nan.

Laissons de côté provisoirement le Ta-pa-Chan et son inflexion au S.W. pour ne considérer que le Tsin-ling-Chan proprement diL Bien qu'il représente une chaîne simple, dissymétrique, tournée vers le Sud et ayant surgi avant l'époque carbonifère supérieure, — toute une série de chaînes lui correspondent néanmoins à l'W.N.W.: le Tchan-fan-Chan, le Siao-Chan et le Min-Chan, plus loin le Djoupar, le San-si-beï, l'Ougoutou, l'Amnié-matchin, puis les Monts Caroline de Rockhill, le Bourkhan-Boudda, toutes les chaînes qui longent la bordure méridionale duTsaïdam, les Monts Marco Polo, peut-être aussi les Monts Christophe Colomb et les chaînes au Sud- Ouest du Tsaïdam, plus au Sud le Koko-Chili et enfin l'Arka-Tagh (Monts Prjévalsky). C'est bien là réellement la rangée puissante et presque rectiligne de montagnes, courant à l'W.N.W. à travers toute l'Asie Centrale, que Richthofen, comme un véritable pionnier, reconnaissait il y a longtemps déjà et qui doit porter l'antique dénomination de Kouen-lun.

Un examen attentif montre que les plis terrestres atteignent leur développement suprême au centre de cette rangée et un peu plus à l'Ouest. Là, les fonds des vallées les plus basses sont à une altitude bien supérieure à celle des sommets du Tsin-ling-Chan^ et ces montagnes, malgré leur continuité et leur hauteur, ne sont cependant que le prélude du déluge de chaînes qui se succèdent l'une en arrière de l'autre sur les méridiens du Tsaïdam et du Koukou-Nor. « Le massif du Tibet, dit Bogdanovitch, se confond dans le Kouen-lun central avec la région montagneuse du Nan-Chan, et plus loin avec le Beï-Chan. Là, nous passons par des chaînes de montagnes pres-

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