L'avancée des branches orientales; le Fleuve Rouge
Sous le 30® parallèle, entre Ta-tsien-lou et Batang, Löczy a traversé de très hautes montagnes (fig. 40). Le Gambou, à l'Ouest du 100®, atteint 7 400 mètres et l'altitude du Djara,aux environs de Ta-tsienlou, est évaluée plus haut encore. Ces montagnes se dirigent presque exactement N.-S. et sont formées de terrains archéens, au milieu desquels courent des bandes d'un grès analogue au Flysch*. Vers le Sud, leur hauteur diminue et elles sont traversées par le Yangtsé-kiang, dont le cours, empruntant successivement des tronçons de vallées longitudinales et transversales, dessine plusieurs coudes brusques. Amundsen a constaté que le fleuve, en aval des montagnes neigeuses de Li-kiang, retourne vers le Nord bien plus loin que nos cartes ne l'indiquent ^
De Taï-ping-tchang, sur la frontière du Yun-nan et du Sé-tchouen, à l'Est de Young-peï-ting, c'est-à-dire de la partie orientale de ces montagnes, Leclère a rapporté des empreintes végétales que Zeiller assimile à celles du Gondwana supérieur, dans l'Inde ^ Le coude situé à l'Est du confluent du Ya-long est formé de leptynite. Un mélaphyre à labrador apparaît sur le Yang-tsé-kiang. Dans le Nord
1. L. von Löczy, Die wissenschaftlichen Ergebnisse der Reise des Grafen Bêla Széchenyi in Ost-Asien, I, p. 692-126.
2. Ed. Amxmdsen, A Journey ihrough South-West Secfiuan (Geogp. Journ., XV, Î900, p. 620-625, et XVI, 1900, p. 531-537, 2 cartes; en particulier p. 532).
3. R. Zeillor, Sur quelques Iplantes fossiles de la Chine méridionale (C. R , Aça(l. Se, CXXX, 1900, p. 186-188).
du Yun-nan, des coulées de porphyrite andésitique sont interstratifiées dans le Carbonifère, et les mêmes roches se répètent au Sud. Mais les notes de Michel Lévy et Lacroix sur les roches rapportées par Leclère montrent en outre qu'il existe dans la vallée du Fleuve Rouge, jusqu'à Yen-bay (21^ 30'), en venant du Nord, des schistes archéens servant de substratum à une série paléozoïque *. Un bassin houiller, probablement tertiaire, occupe le fond de la vallée sur une longueur de 30 à 40 kilomètres *.
Au Nord-Est du Tonkin, dans le district de Cao-bang (de 22^15' à 23** de lat. N. environ), d'après la description donnée par Billet, la direction S.E. est partout mise en évidence par l'allure des chaînes de hauteurs et des vallées. La région sud-ouest est formée de schistes anciens et de quartzites ; les reliefs y sont arrondis et en
Ba
(Batan^)
Batchoun^-chi
(Siaou-pa-tchoung)
Pontf-tcha-ma
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Fio. 40. — Les montagnes du Sé-tchouen à l'Est de Batang, d'après Loczy(lVû#er^ Gn, Gneiss Y' Oranite ; m, Schistes métamorphiques; to, Couches du Wutai ; p^ Calcaires paléosoTques inféra
pentes douces. Dans la région nord-est prédominent des calcaires souvent riches eu Polypiers, que caractérisent des parois abruptes, des cimes pointues, des grottes et de grands « cirques ))\ Là encore, nous arrivons au bord du grand plateau calcaire du Yun-nan, dont il sera question plus loin.
Passons à la rive occidentale du Fleuve Rouge.
Douvillé et Diener ont fait connaître la présence de Tétage julien
1. Michel Lévy, A. Lacroix et Leclère, Note sur les roches cristallines et eruptives de la Chine méridionale (C. R. Acad. Se., CXXX, 1900, p. 211-213).
2. Zeiller, Sur des empt^eintes végétales du bassin de Yen-Bai, au Tonkin (Bull. Soc. Géol. de Fr., 3« sér., XXI, 1893, p. cxxxv).
3. A. Billet, Deux ans dans le Uaut-Tonkin, Région de Cao-Bang (Bull. Scientifique de la France et de la Belgique, éd. par A. Oiard, XXVIII (4« sér., VU), 1890-98, p. 1-360, 18 pi., 3 cartes; en particulier p. 48-54). [Voir aussi : Le Haut-Tonkin, Région du CaO'Bang (Annales de Oéogp., VI, 1897, p. 431-449, pi. XII : carte).] Sur le chemin de fer de Phu-lang-thuong à Langson, qui doit traverser le prolongement au Sud- Est des hauteurs de Çao-Bang, on a signalé, dans des schistes noirs, des fragments
LES ALTAÏDES ORIENTALES.
du Trias sur le cours supérieur de la Rivière Noire*. Joubert déclare avoir trouvé le bord du plateau calcaire du Yun-nan dès la haute Rivière Noire (Nam-lé-Papien). Ce voyageur, qui venait de rOuest, traversa près de la ville de Pu-erh, encore à TOuest de la Rivière Noire, d'abord des couches anthraciteuses fortement redressées, puis des grès et des calcaires affectant une direction E.-W. assez marquée. Cette chaîne est désignée sur la carte de Francis Garnier sous le nom de Ho-liem; elle y apparaît comme le prolongement dévié d'une longue chaîne venant du Nord, qui, dans le Holiem, court à TE.S.E. et continue sur une grande distance au S.E. Sur la route dePu-erh àLin-ngan, il vit au Sud de hautes montagnes, dont il évalue Taltitude à 4 000 mètresau moins. D'après leur position,
^„ Roung-chi-l. R^i(s.^p.)
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Ergebnisse der Reise des Grafen Bêla Széchenyi in Osttuien, I,p. 700, Profiltafel III). llnvions; gl. Moraines; f, f. Failles. — Échelle des longueurs : 1 : 400000; hauteurs 1 : 200000.
ces montagnes ne peuvent guère être qu'un prolongement du ttoliem. Mais je ne possède aucune indication précise à leur sujet*.
Au delà de Pu-erh, près de Sémao (Szu-mao-ting), le pays, d'après Bons d'Anty, est découvert, et quelques massifs d'un calcaire tout percé de grottes le dominent. C'est à l'Ouest de cette même plaine, comme on l'a déjà dit, que le Mékong est bordé de chaînes courant au S.E. Nous approchons ainsi de la bordure occidentale des plis orientaux et de la zone où s'opère la bifurcation*.
d'Ammonites appartenant probablement au Trias inférieur (Douvillë, Bull. Soc. Gëol. de Fr., 3« sér., XXIV, 1896, p. 454).
1. Ch. Diener, ^ote sur Ueiix espèces d'Ammonites triasiques du Tonkin (Bull. Soc. Géol. de Pr., 3« scr.,lXXIV, J89Ü, p. 882-886) : Juvaviles Tonkinensis Diener.
2. Fr. Garnier, Voyage d'Exploration en Indo-Chine y in-4« et atlas in-folio, Paris, 1873, I, p. 442 et suiv. Un croquis des sources du Fleuve Rouge a été donné par C. E. Bonin, Bull. Soc. Géogr. Paris, T sér., XVUI, 1897, p. 202-206.
3. P. Bons d'Anty, Relation d*un voyage dans la région située au Sud de Semao (Annales do Géogr., VIII, 1899, p. 49-6i, pi. I : carte; en particulier p. 37).
294 l\ tACÊ IDE LA TERRE.
Quelque faible donc que soit le lien qui rattache les observations faites jusqu'ici, il n'en ressort pas moins une confirmation de l'idée exprimée depuis longtemps par Loczy et reprise par Leclère : c'est qu'une partie des hautes chaînes du Yun-nan, infléchies du S. au S.S.E. puis au S.E., se prolongent à travers le Tonkin, en diminuant d'altitude, parallèlement aux vallées de la Rivière Noire et du Fleuve Rouge. Ce sont surtout les branches occidentales du faisceau compris entre Ta-tsien-lou et Batang qui atteignent cette énorme longueur. A l'Est, la situation est beaucoup plus compliquée.
Revenons d'abord vers le Nord.
Le Ta-pa-Chan, qui vient s'appliquer contre le versant sud du Tsin-ling-Chan, est formé, d'après Richthofen,de plis s'imbriquant du N. au S. de Silurien, de Dévonien et de Carbonifère inférieur, plis sur les tranches desquels une série de couches venant du Sud reposent en discordance. Cette série transgressive débute par des calcaires attribués par Richthofen au Permien ou au Trias et dont l'épaisseur est d'environ 360 mètres; au-dessus seulement viennent les puissants grès rouges, jaunes ou verts, avec veines de houille, qui remplissent le « Bassin Rouge ». Ces grès sont sillonnés de failles en gradins qui s'inclinent au N.W., c'est-à-dire vers les hautes montagnes (II, p. 315).
Ce que Loczy a vu plus à l'Ouest est analogue. Au pied du Nioutou-Chan(5 800 m.) se trouvé la plaine de Tching-tou-fou, longue de 120 kilomètres et dont Taltitude n'est que de 480 mètres. En même temps, l'épais massif calcaire disparaît sous les grès. Loczy considère cette plaine comme un bassin d'affaissement *.
Les hautes montagnes dévient de plus en plus au S.W., puis au S., et entourent en arc de cercle la ville de Ya-tchéou-fou (531 m.). En même temps, elles s'abaissent à 4 000 mètres au Taouong-tin, puis, dans la première chaîne qui prend la direction du Sud, à 3 200 mètres. Sur le bord oriental de cette chaîne, au Sud-Ouest de Ya-tchéou-fou, on voit trois anticlinaux parallèles, où la série des couches à plantes est plissée avec son soubassement paléozoïque ; les montagnes plus élevées sont en granité, recoupé en biais par un synclinal où le Dévonien moyen à Spirifer undi férus et des grès à empreintes végétales montent jusqu'à 2500 mètres. Ldczy
1. G. Kreitner, Die wissenschaftlichen Ergebnisse der Reise des Grafen Bêla Széchenyi in Ostasien^ 1, 1893, p. 214; L. von Loczy, même ouvr., I. p. 690. Le voyage de Rosthorn a eu pour théâtre la même région ; A. von Rosthorn, Eine Reise im westlichen China (Mittheil. k. k. Geogr. Ges. Wien, XXXVIII, 1895, p. 285-320, carte).
LES ALTAÏDES ORIENTALES. 295
appelle cette première chaîne dirigée N. -S. Ta-chian-ling ; c'est une partie du bord oriental du faisceau de TEst.
Du Ta-pa-Chan et du Niou-tou-Chan au Ta-chian-ling, il existe donc un arc montagneux dont la concavité est tournée au S.E. et qui rappelle jusqu'à un certain point, par son allure, le Kharanarin-Oula.
F. von Richthofen montre que la structure du Ta-pa-Chan reparaît très loin au S.E., vers I-tchang sur le Yang-tsé-kiang. Une grande table de calcaire, d'ftge cambrien et carbonifère à la partie supérieure, présente à TOuest d'I-tchang une large ondulation, dirigée E.N.E., dans Taxe de laquelle affleurent des roches métamorphiques et du granité. Le flanc S. S.E. s'abaisse peu à peu; le flanc N.N. W. est disposé en plis simples qui surplombent légèrement au S.S.E. ; du côté du Sé-tchouen, les couches mésozoïques à empreintes végétales prennent part au plissement. Cette large zone, coupée par le Yang-tsé-kiang, passe directement, à TW.S.W., au haut massif du Kouei-tchéou et du Yun-nan*.
De cette manière, nous voyons s'annoncer une seconde chaîne, correspondant au Ta-pa-Chan, et dans l'intervalle, ou mieux peutêtre supporté par la chaîne méridionale, se trouve le Bassin Rouge. Dans le Sud-Ouest de cette région, Bourne est allé de Lou, sur le Yang-tsé-kiang, d'abord au S., en traversant la frontière du Kouei-tchéou, puis au S.W., jusque dans le bassin du Mékong, en passant par Yun-nan-fou. La limite du grès rouge est atteinte près de Yung-ning (330 m., 28« 10' de lat. N.); là, on arrive à une ligne d'escarpement très continue, qui coïncide en gros avec la limite entre le Sé-tchouen et le Yun-nan, puis le Kouei-tchéou. C'est lecommencement d'une région calcaire très étendue, où les rochers découpés par l'érosion affectent souvent les formes les plus bizarres. A peu de distance au Sud de cette limite, le calcaire s'élève à 1 650 ou 1700 mètres; au Sud-Ouest de Wei-ning, dans le Kouei-tchéou occidental, il atteint 2330 mètres, et 1 956 mètres à Yun-nan-fou. On constate que les couches sont redressées et plissées, aussi bien les grès du Bassin Rouge que les calcaires. A peu près à mi-route entre le bord sud du lac de Yun-nan-fou et le Fleuve Rouge, on trouve du granité (1 652 m.). La limite occidentale du calcaire est déjà franchie *.
1. F. Ton RichthofeQ, Über Gestalt und Gliederung einer Grundlinie in der Morphologie Ost-Asiens{Sitzun^sher.k.Pre\iss. Akad.Wiss. Berlin, 1900, XL,p. 893 et suiv.)*
2. F. S. A. Bourne, Report ofa Joumey in South-Weslern China [Blue Book]. China, N* 1 (1888).. London, in-folio, 92 p., 5 cartes. Litton s'est également ayancô au Nord- Ouest jusqu'à Sungpan; S. L. Litton, Repo7*t of a Jowmey to North Ssu-Chuan; Idem, Misccllaneous Séries, N" 457 (1898), 48 p., cartes.
On doit à Leclère la contribution la plus importante à la connaissance de la région calcaire. Son itinéraire s'est développé de Hanoï dans la direction du N.W. vers Mong-tsé, où un futur chemin de fer devra s'élever de 100 à 1700 mètres, puis par Yun-nan-fou et Ta-lifou, tournant à l'Est par Kouei-Yang et Kouei-lin et revenant à Hanoï par Nan-ning. Non seulement Yun-nan-fou, mais aussi Lin-ngan et Mong-tsé sont encore en terrain calcaire ; toute la région, d'après Leclère, est sillonnée de flexures qui s'orientent N.N.E.et la font descendre par gradins successifs, dans la direction de l'E.S.E., d'une hauteur moyenne de 2200 à 400 ou même 100 mètres.
Grâce à ce voyage et aux travaux de Douvillé et de Zeiller, basés sur l'étude des collections rapportées par Leclère, on se rend compte de la variété des terrains qui constituent cette région. Le Dévonien moyen et supérieur apparaît autour du Lou-nan,à l'Est de Yun-nanfou, et divers étages du Carbonifère et du Permien affleurent jusqu'à Kouei-lin, où l'on trouve du Carbonifère supérieur. Une espèce voisine du Lecanites psilogyrus du Salt-Range se montre non loin de Kouei-Yang. A l'Ouest, près de Mong-tsé, affleure un calcaire corallien gris contenant Naticopsis declivis, Delphinulopsis Cainali et d'autres formes d'Esino et de la Marmolata. Le Lias est encore très douteux ; par contre, il existe dans plusieurs localités des couches à empreintes végétales que Zeiller attribue à l'étage rhétien*.
Ce grand plateau calcaire, avec la répétition du Ta-pa-Chan qui se présente près d'I-tchang, sur le Yang-tsé-kiang, est coupé au Nord, dans sa partie principale, d'après les observations concordantes de Richthofen et de Leclère, parunefaille ou une flexuredirigéeN.N.E. ; pour le Sud au contraire, ces deux géologues ne sont pas tout à fait du même avis. Richthofen insiste sur un fait très remarquable, à savoir que la cassure d'I-tchang prolonge en tracé et en direction
1. Leclère, Sur la géologie de la Chine méridionale (C. R. Acad. Se, CXXX, 1900, p. 184-185); Sur la continuité tectonique du Tonkin avec la Chine (Ibid., CXXXI, 1900, p. 966-969, carte); et Géographie générale des provinces chinoises voisines du Tonkin (La Géographie, I, 1900, p. 267-288, pi. 8 : carte) ,* H. Douvillé, Examen des fossiles rapportés de la Chine par la mission Leclère (C. R. Acad. Se, CXXX, 1900, p. 592-595). [Voir surtout A. Leclère, Étude géologique et miniere des provinces chinoises voisines du Tonkin (Annales des Mines, 9« sér., XX, 1901, p. 287-492, pi. V-XVI; la pL XHl est une carte géologique d'ensemble à l'échelle de 1 : 5000000].] Lecanites psilogyrus appartient à l'horizon le plus ancien du Trias inférieur du Sait Range. Si cette détermination était confirmée, cette découverte aurait pour résultat d'étendre la limite de la Téthys mésozoïquo jusqu'au delà du 107" de long. E. et de 26*' de lat. N., au Nord. Mais le genre Lecanites a été également retrouvé pxr Diener dans les couches à Bellerophons du Pormicn des Alpes Méridionales. — E. Koken a décrit une faune triasique du type do Saint-Cassian, provenant d'une localité indéterminée du Kouéitchéou; Uebev triassische Versteinerungen aus China (Noues Jahrb. f. Min., 1900, 1, p. 186-213, pL IX-X).
LES ALTAIDES ORIENTALES. 297
la llexure du Taï-hang-Chan, dans le Chaii-si,et aussi l'escarpement par lequel le Tsin-ling-Chan se termine vers TEst. Plus au Sud, Leclère signale sur le même alignement, près de Hoaï-yuen, au Sud-Ouest de Kouen-lin, une arête de terrains précambriens et un culot de granité, accompagné à TOuest, sur le Si-kiang, par des roches précambriennes.
Les relations de ces terrains anciens ne se dégagent pas encore avec netteté des documents publiés jusqu'à présent. Il n'est guère possible de dire s'ils représentent le substratum de . la plate-forme calcaire, comme auprès d'I-tchang, ou s'ils font partie du massif ancien qui existe probablement dans le Sud-Est de la Chine, en formant un avant-pays indépendant des Altaïdes.
Les quelques faits que MadroUe a publiés sur Haï-nan montrent au centre de l'île un massif montagneux formé de granité et de schistes, le Saï, d'où partent dans diverses directions un certain nombre de crêtes. Une formation argilo-sableuse, rouge au Nord, jaune à l'Est, entoure ce massif *.
Nous avons déjà parlé du delta du Fleuve Rouge et de la côte du Tonkin (II, p. 277). Je dois avouer, à regret, que je n'ai pas encore réussi à me former une opinion sur les rapports des terrains de la plaine avec ceux des chaînes qui bordent le Fleuve Rouge. Il semble ressortir des notes additionnelles de Jourdy qu'en amont du delta, vers Phu-lang-thuong, ce rattachement est ménagé par un changement de direction ^.
La Coi'dillère de VAnnam, qui suit la côte orientale en formant un arc allongé, ressort très nettement sur la carte géologique de rindo-Chine publiée depuis longtemps par Edm. Fuchs (fig. 41)'. Bel a traversé cette chaîne sur toute sa largeur, en partant du petit bassin de houille mésozoïque de Tourane, sur la côte orientale
Sous cette latitude, elle est constituée par plusieurs coulisses de roches dioritiques et granitiques, s'élevant de 600 à 900 mètres, puis de gneiss et de schistes cristallins. C'est seulement du côté de rOuest qu'une bordure de terrains stratifiés plus récents parait s'y adjoindre. Nous avons déjà mentionné à Lakhon, sur le Mékong
1. Cl. Madrolle, Èi\ide sur Vile d'Hai-nan (Bull. Soc. Géogr. Paris, 7» sér., XIX, 1898, p. 187-228, carte).
2. E. Jonrdy, Note complémentaire sur la Géologie de CEst du Tonkin (Bull. Soc. Géol. de Fr., 3« s«r., XIV, 1885-86, p. 445, carte).
3. Kdm. Fuchs et E. Saladin, JEsquisse géologique de Vlndo-Chine (Annales des Mines, 8* sër., II, 1882, Mémoires, pi. VI).
(17** 20'), un petit territoire montagneux qui, très probablement, en fait déjà partie *.
Au delà d'Attopeu (au Sud du 15® de lat. N.), on trouve à FOuest de la Cordillère, dans la direction du Mékong, une région montagneuse autonome, où Joubert avait déjà signalé le grand développement des basaltes. Cette région doit appartenir au massif du Cambodge (II, p. 275).
9. Résumo. — Une fois dégagées de Tobstacle répondant au môle sinien (Ordos) à TEst et du rétrécissement formé par Tare de Yarkend (Altyn-Tagh, Anembar-Oula) à TOuest, les branches puissantes du Kouen-lun central et oriental, à partir de TArka-Tagb, s*allongent en ligne droite versrE.S.E.,auSud du môle sinien, dans le Tsin-ling-Chan. Mais bientôt se prépare un nouveau resserrement des coulisses, sous l'influence de l'Himalaya, à l'Ouest, et peutêtre, à l'Est, du lointain massif ancien encore peu connu qui occupe le Sud-Est de la Chine ; puis les chaînes, en s'avançant vers le Sud, sont encore une fois divisées par le massif du Cambodge, qui surgit dans l'intervalle. On ne peut décider si l'influence de ce massif se fait réellement sentir très au Nord, ou si l'augmentation d'espace suffit pour expliquer la divergence des faisceaux.
Le groupe occidental s'étend à travers la Birmanie jusqu'à la presqu'île malaise et le groupe oriental se suit du Yun-nan au Tonkin. Déjà, entre Ta-li-fou et Young-tchang-fou, on constate que les chaînes ont une tendance à s'écarter, et cette disposition s'accentue dans le bassin du Mékong. En même temps, les altitudes diminuent vers le Sud.
L'arrêt déterminé par l'extrémité orientale de l'Himalaya se traduit par l'avancée en arc de cercle des Monts Patkoï et Naga, de même que par la courbe que décrivent les montagnes d'Arrakan. A l'intérieur, cette allure a pour pendant la direction S.W. qui est visible de Kunlon à Thibaw et Mandalay. Puis, dans les États Shans de la Birmanie, plusieurs des coulisses venant du Nord et du Nord- Est disparaissent sous des plateaux de calcaires paléozoïques très étendus, dont l'aspect rappelle celui du Karst; ces plateaux sont plissés et ne doivent leur forme tabulaire qu'à ladénudation. De nouvelles coulisses se présentent dans le Sud et forment la presqu'île malaise. Une zone de disjonction très longue et extrêmement régulière se poursuit entre les coulisses des Altaïdes à partir du volcan
1. J. M. Bel, Müsion au Laos et en Annam (Bull* Soc. Géogr. Paris, V sér., XIX, 1898, p. 261-290).
Fig. 41.— Esquisse géologique de Tlndo-Chine, d'après Edm. Fuchset E. Saladin {Annales des MineSy 8* sér., II, 1882, pi. VI).
1. Roches granitiques; 2. Terrain ancien; 3. Calcaire carbonifère ou dévonien; 4. Bassins houillers; 5. Roches porphyriques ; 6. Gros et argiles versicolores ; 7. Roches volcaniques; 8. Alluvions. — Échelle moyenne 1 : 12 000 000.
LES ALTAïDES ORIENTALES. 301
Ho-shue-Chan, et s'étend selon toute apparence jusqu'aux îles Banda.
La configuration du groupe oriental est bien différente.
Le Ta-pa-Chan,dont les écailles sont refoulées vers le S., vient se mouler sur le flanc méridional du Tsin-ling-Chan ; il fait partie d'un arc concave au S.E., dont le segment occidental passe aux coulisses N.-S. du Yun-nan. Un tronçon de chaîne analogue existe à rOuest d'I-tchang, sur le Yang-tsé-kiang. La partie occidentale des hautes coulisses du Yun-nan se prolonge dans la direction du Fleuve Rouge et de la Rivière Noire ; selon toute apparence, la Cordillère de l'Annam doit aussi être attribuée à ce groupe. La partie orientale s'abaisse sous le grand plateau calcaire du Koueï-tchéou, du Sud- Est du Yun-nan et de l'Ouest du Kouang-si, de la même façon que les coulisses du Nord-Est de la Birmanie disparaissent sous le plateau calcaire des États Shans. De même que là, les calcaires sont également plissés et le plateau doit sa configuration à l'abrasion. C'est ce qu'ont constaté Middlemiss en Birmanie et Boume dans le Koueï-tchéou. On retrouve d'ailleurs ces calcaires percés de grottes dans les intervalles qui séparent les contreforts des montagnes , par exemple dans la plaine de Sé-mao. D'une façon générale^ le haut pays karstique des États Shans, en Birmanie j de même que la grande région calcaire du Sud- Ouest de la Chine y semble représenter la retombée du manteau sédimentaire plissé que l'érosion a fait disparaître au sommet des hautes chaînes y mais qui, dans les parties moins élevées, s'est maintenu à l'état de plateaux arasés, sous lesquels ces chaînes vont se perdre *.
C'est ainsi que se décompose peu à peu, à l'orient du Tibet, la large intumescence des Altaïdes. Tout s'abaisse. De nombreuses coulisses disparaissent. Seuls quelques faisceaux allongés se poursuivent, à l'Est jusqu'à la Cordillère de l'Annam, et à l'Ouest, en donnant sans cesse naissance à de nouvelles coulisses, à travers la presqu'île malaise et même jusqu'au delà de Java.
10. L'arohipel malais ; presqu'île de Malacca ; arc de Banda ; lie Ghristmas. — Nous sommes arrivés à l'une des parties les plus instructives de la surface terrestre. Quatre éléments se réunissent pour la former : l'extrémité de l'arc birman, les branches méridionales de la virgation des Philippines, les prolongements de la puissante Cordillère de la Nouvelle-Guinée, enfin le Continent
1. C'est ce qu'a supposé également Löczy {Reise des Graf m Bêla Széchenyi in Ostaaien, I, p. 160)»
australien, avec la Cordillère qui jalonne son bord oriental et traverse le détroit de Torres.
Pour nous rattacher au paragraphe précédent, considérons d*abord le premier de ces éléments.
Les coulisses de cette branche des Altaïdes, qui est celle qui s'avance le plus loin au Sud-Est, se décomposent en péninsules, puis en îles. Les parties visibles des faisceaux de plis s'écartent toujours davantage. C'est là un phénomène que l'on observe souvent quand une chaîne plissée atteint la mer. Les îles et les récifs se font plus rares à mesure qu'on s'éloigne des péninsules, et la détermination des lignes directrices suivant lesquelles elles s'ordonnent finit par devenir impossible. Mais il n'en va pas toujours ainsi pour les volcans. Très souvent, l'on constate que plus la mer masque une cordillère et plus les volcans se multiplient, et il arrive même que la cordillère disparaît presque complètement, tandis que des courbes de volcans demeurent visibles en révélant le plan de l'édifice disparu. C'est ce qui se produit aux Aléoutiennes, aux Kouriles, aux îles Riou-Kiou, aux Philippines, et en partie également dans l'archipel malais ; aussi est-il particulièrement intéressant, dans tous les cas de ce genre, de voir dans quelles circonstances, par rapport aux coulisses de la cordillère, les lignes volcaniques passent des péninsules à la mer.
La zone crétacée et tertiaire inférieure des Monts Naga et de la côte d'Arrakan, avec ses longues traînées de serpentine, plonge sous les flots au Cap Négraïs pour reparaître aux Andaman. et aux Nicobar * (I, p. 592), et la chaîne d'îles située à l'Ouest de Sumatra, de Poulo Nias jusqu'à Engano(I, p. 600), peut être regardée comme son prolongement.
Puis vient la large dépression comprise entre cette chaîne et le Sittang, à laquelle appartiennent la plaine de l'Iraouaddi et la ride tertiaire du Pegu-Yoma. A ce sillon allongé correspond le Golfe de Martaban.
Ce n'est pas dans le prolongement d'un des longs faisceaux de plis, mais dans le prolongement de cette dépression et du golfe de Martaban qu'est située la longue traînée de volcans qui s'étend du Ho-chue-Chan (23«30' de lat. N.), par le Puppa-doung {2^^) et le petit rocher trachy tique du Chouk-talon (16^22'), jusqu'à Narcondam (13<>24') et à Barren Island (12M7') ^
1. R. D. Oldham, Geology of the Andaman Islands (Records Geol. Survey of Indla, XVIII, 1885, p. i35-145, carte). L'auteur de ce mémoire confirme une fois de plus ridcntité des terrains de ces îles avec ceux de TArrakan.
2. Voir I, p. 597; II, p. 271; A. Garpenter, On Soundings recently taken of Bar^ i^en Island and Narcondam /Records Geol. Survey of India, XX, 1887, p. 46>48, carto
LES ALTAÏDES ORIENTALES. 303
A FEst, viennent au delà de la cassure du Sittang toute une scorie de coulisses, qui se prolongent ensuite dans la presqu'île malaise (I, p. 399).
Warington Smyth décrit en termes excellents l'extraordinaire régularité et la longueur de ces bandes. A TOuest des lambeaux carbonifères supérieurs, que Ton connaît jusqu'à Tenasserim, vient la première bande granitique, qui se termine à Junk Ceylon (7^50'). En plusieurs endroits, elle renferme de Tétain. Puis vient, à l'Est, une bande calcaire; près de Champawn, sur la côte orientale (10*30'), on voit quelques montagnes isolées, au profil abrupt, qui en font partie. Elle a pour prolongement le promontoire rocheux de Sam Roi Yawt (par environ 12*6'; 619 m.); au Sud de Langsuan reparaissent les rochers calcaires. L'île Antawng est formée de calcaires plissés, et la bande calcaire, dans son ensemble, correspond à la dépression du fleuve Bandon, qui traverse en biais, comme une large coulisse, toute la péninsule.
A TEst de cette vallée s'élève la seconde coulisse granitique, dont les roches sont également stannifères. Elle émerge du golfe de Siam à Tîle Kaw Tau (par 10*6' environ, 375 m.), forme les hautes îles Kaw Pungunn et Kaw Samui (9*45', 676 et 691 m.), puis, pénétrant dans la péninsule, constitue la Lakawn-Range, qui coïncide désormais avec Taxe de celle-ci *.
Plus au Sud, cette longue chaîne de granité est remplacée par des croupes isolées, et en compagnie de sédiments anciens, elle atteint la mer à Singapore*. Mais une série de récifs et de petits îlots témoigne de sa continuité avec les îles de Bangka et de Billiton, si riches en mines d'étain.
et profils) ; voir aussi D. Prain, On the Flora of Narcondam and Barren Island (Jouru. Asiatic Soc. Bengal, LXII, 1893, part 2, p. 39-86, pi. III-IV ; cartes).
1. H. Warington Smyth, Joumeys in the Siamese Easl Coast States (Geogr. Journ., XI, 1898, p. 465-492, carte); au Nord de Singora (7«'6'), il paraît y avoir des traces d'une nouvelle bande calcaire à l'Est, autour de Y « Inland Lake » (p. 482). Consulter en outre les travaux antérieurs de Low, Notes on the Geological features of Singapore and some oftlie Islands adjacent (Journal of the Indian Archipelago, Singapore, I, 1847, p. 83-100, 1 pi.); J. R. Logan, Sketch of the Physical Geography and Geology of the Malay Peninsula (Ibid., II, 1848, p. 83-138), et Notices of the Geology of the Straitsof Singapore (Ibid,, VI, 1852, p. 179-217, 1 carte gëol. ; reprod. Quart. Journ. Geol. Soc, Vil, 1854, p. 310-344, carte); J. R. Logan, Notices of the Geology of the East Coast of Johore (Journ. of the Indian Archipelago, II, 1848, p. 625-631^.
2. H. Lake, Johore (Geogr. Journ., III, 1894, p. 281-302, carte); voir aussi H. Louis, On the River Telubin (Ibid., IV, 1894, p. 228 et suiv., carte). Quelques fossiles mésozoïques d'affinités vagues ont été rapportés de « Pahang trunk road, on the Lipis River » ; Pahang se trouve sur la côte sud-est de la presqu'île ; comparer R. Bullen Newton, On Marine Triassic Lamellibranchs discovered in the Malay Peninsula (Froc. Malacol. Soc. London, IV, 1900, p. 130-135, pi. XII). [Voir aussi R. B. Newton, Geological LUeralure of the Malay Peninsula (Geol. Mag., Dec. 4, VIII, 1901, p. 128-135).]
Grâce aux travaux très détaillés de Verbeck, les îles situées à TEst de Sumatra, de Katjangan à TW.N.W. jusqu'à Nangka à l'E.S.E., c'est-à-dire sur une distance d'environ 400 kilomètres, comptent parmi les régions les mieux connues de l'archipel (fig. 42). Des sédiments anciens fortement redressés et des culots de granité constituent tout ce domaine. Les premiers consistent en quartzites et en schistes, avec roches à Radiolaires, et passent pour être les équivalents de la série des schistes anciens de Sumatra, qui est sur-
FiG. 42. — Bangka et Billiton, d'après Verbeek (Jaarb. v. h. Mijnwezen in Neder;. Oost-Indië, XXVI, i897, atlas, carte n« 1).
1. Àlluvions; 2. Schistes et quartzites; 3. Oranite. — Les traits Doirs indiquent la direction dos plis et des couches, les traits ponctués la limite des massifs granitiques. — Échelle de 1 : 4 000 000.
montée par le Carbonifère supérieur. Leur allure est indépendante de celle du granité, dont la venue, d'après Verbeek, a été beaucoup moins la cause que la conséquence du plissement des terrains anciens. Sur quelques points, on voit dans ces mêmes terrains des filons de granité, et les phénomènes de contact montrent qu'une grande partie du granité est postérieure au plissement.
Dans ces îles, la direction des terrains anciens n'est pas absolument rectiligne. Déjà, aux environs de Singapore, on voit des schistes argileux s'orienter 165®. Dans les petites îles entre Bangka et Billiton, on trouve la direction 90* et même 75®, puis, à Nangka (203O' de lat. S., à l'Est de 108^30' de long. E.), de nouveau 165®. Malgré ces déviations, la chaîne insulaire conserve dans l'ensemble
LES ALTAIDES ORIENTALES. 305
la direction E.S.E., et c'est aussi dans la même direction que se trouve Taffleurement le plus extrême connu de cette zone de terrains anciens, dans le petit groupe des îles Karimoen-djawa, au Nord de Java*.
La structure de Sumatra a été décrite dans un chapitre antérieur (1, p. 600). Des schistes anciens, et même des roches analogues au gneiss, servent de substratum ; leur direction est en rapport avec la forme de l'île; au-dessus viennent en discordance des schistes dont Tage est inconnu, mais probablement carbonilères, puis le Carbonifère supérieur, avec fossiles, et des lambeaux de Trias et de Tertiaire. Il existe à Sumatra deux lignes disjonctives : Tune, le long de la côte occidentale — c'est la ligne des éruptions andésitîques, d'âge tertiaire; l'autre, plus à l'Est — la ligne des volcans actuels. La seconde court à l'Est des Monts Barisan, formés de schistes anciens, et s'étend à travers toute la longueur de l'île. Le versant oriental de l'île est plat. On peut croire que c'est le prolongement de la dépression de riraouaddi et du golfe de Martaban : si le niveau de la mer se relevait, même sur une faible hauteur, cette continuité apparaîtrait clairement. Le Carbonifère supérieur, depuis longtemps connu sur le versant occidental, a été retrouvé par Volz sur le versant oriental, où ce géologue a découvert en outre les lambeaux de Trias dont nous avons déjà parlé ^.
Il semble donc probable que l'ancienne chaîne schisteuse de Sumatra, traversée ou recoupée par ces deux lignes disjonctives, appartient à une coulisse indépendante, qui n'est pas visible en Birmanie.
Tout le domaine de l'archipel, jusqu'au continent australien, qui n'a été touché au contraire que par quelques transgressions isolées, appartient à la Téthys, qui pénétrait par le Yun-nan dans l'Asie actuelle, et la série des couches marines ne paraît y présenter aucune lacune importante, du Carbonifère supérieur à l'époque
1. R. D. M. Verbeek, Geologische Beschrijving vtm Bangka en Billiton (Jaarb. van het Mijnwezen in Nederl. Oost-Indië, XXVI, 1897, p. 1-272, pi. I-IV et atias). L'étain apparaît comme une imprégnation en rapport avec des filons de quartz, absolument indépendante des « cornes » de l'auréole de contact des granités ; on en trouve beaucoup dans les terrains anciens, en dehors du granité.
2. W. Volz, Beiträge zur geologischen Kenntniss von Nord-Sumatra (Zeitachr. Deutsch. Geol. Ges., LI, 1899, p. 1-61, carte, 5 pl.); L. MUch, lieber Gesteine von der Battack-Hoch fläche, Central-Sumatra (Ibid., p. 62-74); pour un aperçu général, voir J. F. Hoekstra, Die Oro- und Hydrographie Sumatra*s nach dem Standpunkte unserer heutigen Kenntnisse, in-8«, Groningen, 1893, 128 p., carte. [Voir aussi C. Schmidt, Observations géologiques à Sumatra et à Bornéo (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4* sér., I, 1901, p. 260-267) : signale lexistence, sur le versant oriental, de couches marines tertiaires plissces, puis, à Palembang, de granités identiques à ceux de Bangka.]
à06 La fACE DE LA TERRE.
actuelle. Les sédiments mésozoïques offrent beaucoup de ressemblance avec ceux de l'Europe méridionale, comme c'est le cas pour toute retendue de la Téthys; en particulier, une masse énorme de silicates de magnésie s'y développe dans le terrain crétacé, comme en tant de régions de Flysch de TÉurope, Les grandes bandes du Flysch de TArrakan, en partie au moins crétacé, se prolongent non seulement aux Andaman et aux Nicobar (I, p. 597) : Traverso décrit encore aux îles Mentawei des péridotites et des serpentines, en y signalant aussi, d'ailleurs, des amphibolites*. Depuis que Martin est parvenu à montrer combien sont étroites les relations qui existent, à Java, entre la serpentine et le niveau de YOrbitolina concava, Verbeek attribue au terrain crétacé, dans tout ce domaine, non seulement les serpentines des diverses îles de l'archipel, mais aussi des gabbros et des diabases, certaines roches regardées jusqu'ici comme des amphibolites et des schistes verts feldspathiques^.
C'est seulement à l'époque tertiaire, au début ou un peu avant le début du premier étage méditerranéen de l'Europe méridionale [Burdigalien de Depéret), que les faunes marines commencent à accuser un cachet spécial, propre à l'Inde, qui rend la comparaison directe avec les gisements d'Europe plus difficile. Les calcaires caractérisés par des OrbitoïdesLépidocyclines acquièrent une grande épaisseur; K. Martin en a désigné certaines subdivisions sous le nom A^ étage javanais : on peut nettement affirmer que cet étage est plus récent que le calcaire éocène à Nummulites et plus ancien que les formations continentales renfermant la faune des Siwaliks. Dans les Alpes Méridionales, des Lépidocyclines se trouvent dans les couches de Schio\
Les volcans actifs de la zone principale de Sumatra et de Java se prolongent à l'Est jusqu'à l'île Pantar. A partir de là, on ne connaît à Alor, Kambing et Roma (Romang) que des cratères éteints, mais qui visiblement font partie du même alignement, et au delà de Roma les volcans actifs recommencent. En même
1. St. Traverso, Rocce di Siporuy Isole Meniavei (Atti Soc. Ligustica di Se. Nat. e Googr., Gonova, VI, 1895, p. 3).
2. R. D. M. Verbeek, Vorloopig Vers lag ooer eene geologische Reis door hei Ooslelijk Gedeelle van den Indischen Archipel en 1S99, in-S", Batavia, 1900, p. 15; Verbeek et Fennema, Descriplion géologique de Java et Madoura, in-S«, II, 1896, p. 928, et
' ailleurs.
3. K« Martin, Eintheilung der Tertiärschichten auf der Insel Java (2eitschr. Deutsch. Geol. Ges., LH, 1900, Protokolle, p. 2-9) ; en s'appuyant sur les études consacrées aux Orbit^ïdes par Douvillé (Bail. Soc. Gcol. de Fr., 3- sér., XXVI, 1898, p. 593 et suir.j, Martin attribue les Lépidocyclines à l'Oligocène*
LES ALTAÏDES ORIENTALES.
temps, à partir de Flores, l'allure arquée de la chaîne tout entière s'accentue de plus en plus.
Le fait est si frappant que, depuis des années déjà, la liaison
Fio. 43. — Les Philippines et rArchipel de la Sonde, d'après R. von Dräsche, Molengraaff, Verbeek, A. Wichmann, K. Martin, Koto. etc. — Échelle de i : 30 000 000.
des volcans situés au delà de Roma : Dammer, Tiau, Nila et Saroea, a pu être reconnue. Cet alignement a été prolongé à tort, d'après les connaissances de Tépoque, par Tioor, tandis qu'en
réalité la courbe passe par Manoek et le groupe des Banda. Néanmoins, Tanalogie avec la structure des Petites Antilles était dès lors évidente. A Tcxtérieur des volcans en question, une chaîne en arc de cercle d'îles non volcaniques fut distinguée, et la Mer de Banda fut comparée à la Mer des Caraïbes, tandis que la Mer des Alfourous était assimilée au Golfe du Mexique, c'est-à-dire à ravant-pays (II, p. 272).
Presque en même temps, A. Wichmann décrivait Tare qui s'étend de Roma aux îles Banda. Martin et Koto se sont également occupés de cette question, et malgré certaines divergences qui n'affectent que des points secondaires, le tableau qui se dégage de leurs exposés est le même : c'est qu'il existe dans la Mer de Banda un arc volcanique s'ouvrant vers l'Ouest, et entouré au Sud, à l'Est et au Nord par une guirlande d'îles constituées soit par des roches anciennes, soit par des sédiments tertiaires*. Cette disposition ressort avec une grande netteté sur la carte publiée par Wichmann en 1899 (fig. 44). L'on y remarque une cassure qui, entourant la Mer de Banda, court de Wetter par Roma et les volcans précités jusqu'à la côte sud de Nœsa Laut et d'Amboine. La lèvre affaissée est à l'intérieur, c'est-à-dire vers la Mer de Banda. Une seconde cassure, à peu près parallèle à la première, est indiquée comme passant à Kisser, Moa, à l'Ouest des îles Tenimber, et aboutissant à Tioor, au Sud de Ceram [Serang] et de Boeroe, et toujours avec affaissement vers l'intérieur. Une troisième cassure concentrique passerait à l'Est des îles Tenimber et Kei, puis au Nord de Céram et de Boeroe, avec affaissement à l'extérieur. D'après cela, toute la zone des îles Tenimber, Kei et Watoe Bella coïnciderait avec un horst disposé en arc de cercle. Une fosse séparerait ce horst, au Nord, de la Nouvelle- Guinée et des îles Misool et Obi ^
L'un des savants qui connaissent le mieux ces régions, Verbeek, nous en donne un tableau un peu différent. D'après sa manière de
1. A. Wichmann, Gesteine von Kisser (Sammlungen des Geol. Reichsmusemn's in Leiden, II, i887, p. i83-201, pi. V [et Jaarb. v. h. Mijnwezen in Nederl. O.-Ind.. XVI, 4887, wetensch. !*• ged., p. 104-122, pi. V]). Voir aussi l'esquisse publiée dans la Tijdschr. K. Nederl. Aardrijksk. Gen., 2. Ser., IX, 1892, pi. XIII, fig. 4; K. Marün,Z>itf Kei-Inseln und Vir VerhûUniss zw Auslralisch-Asiatischen Grenzlinie ^Tijdschr., etc., 2. Ser., VII» 1890, p. 240-280, en particulierp, 260 et suiv.); B. Koto, On the Geological Structure of the Malay Archipelagv (Journ. College of Science, Imp. Univ. Tokyo, XI, pt. 2, 1899, p. 85-120, pi. I : carte).
2. A. Wichmann, Der Wawani auf Amboina und seine angeblichen Ausbräche (Tijdschr. K. Nederl. Aardrijksk. Gen., 2. Ser., XVI, 1899, Nr. III, p. 109-142, carte II); voir aussi, sur ce sujet, K. Martin, Einige Worte über den Wawani sowie über Spalten bildungen und Sirandverschiebungen in den Molukken (même yol., p. 709-742].
LES ALTAiDES ORIENTALES.
voir, à cause de l'âge plus ancien des volcans compris entre Pantar et Roma, une jonction de la chaîne principale Java-Soembawa- Flores avec la courbe des volcans actifs de Tare de Banda n'est pas admissible. Cette courbe est regardée comme jalonnant le bord d'un affaissement distinct, qui passerait par Dammer, Tiau, Nila, Saroea, Manoek, le groupe des Banda, puis, bien loin de là, à TOuest des
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Fio. 44. — Fractures de la Mer de Banda, d'après A. Wichmann. Échelle de 1 : 7500 000.
îles de la Tortue et Lucipara, formées de calcaires, aboutirait au . volcan Api, au Nord de Wetter, et enfin à Dammer, en dessinant une ellipse fermée*.
Nous devons d'abord considérer la configuration du fond de la mer (fig. 48).
1. R. D. M. Verbeek et R. Fennema, Description géologique de Java et Madoura, 2 Tol. in-S" et Atlas in-folio, Amsterdam, 1897, pi. I et en beaucoup d'autres passages; Verbeek, Voorloopig Verslag over eene geologische Reis door het Ooslelijk Gedeelte van den Indischen Archipel in i899; Extra-Bijvoegs d. Javash. Courant, Nr. 6, Batavia, 1900, 48 p., 1 carte. [Voir aussi R. D. M. Verbeek, Geologische beschrijving van de Bandaeilanden (Jaarb. v. h, Mijnw. inNederl. O.-Iad., XXIX, 1900, p. 1-29, 3 pi. et cartes).]
On savait depuis longtemps que la Mer de Banda, au-dessous de 1 600 mètres, et contrairement à ce qui se passe dans TOcéan, possède une température uniforme d'environ 3®C. ; de même, dans la Mer de Célèbes, entre la profondeur de 1 300 mètres et les portions les plus déprimées du lit, les eaux se maintiennent h 3®,7 C. On en avait conclu que les eaux plus froides des régions abyssales de l'Océan ne trouvent pas d'accès jusqu'aux parties profondes de ces deux bras de mer. Les rapports de Weber sur les sondages du navire hollandais « Siboga » montrent qu'il existe en effet des seuils sousmarins, limitant de toutes parts ces cuvettes *.
L'isobathe de 1 000 mètres relie par une vaste courbe l'Australie à la Nouvelle-Guinée et à Halmahera. Au Sud de Halmahera, les îles Obi représentent une longue bande supérieure à 1 000 mètres, qu'une étroite interruption sépare seulement d'une bande de même profondeur rattachant Besi, Mangoli et Taliabo aux îles Peling et à la partie adjacente de Célèbes.
Si, en se basant sur les indications données par Weber, l'on essaye de construire une coupe allant du centre de la Mer de Banda vers l'Est ou le Sud-Est, à travers la courbe d'îles dont il est question en ce moment, on arrive aux résultats suivants:«) la Mer de Banda est très profonde et atteint là S 684 mètres; b) les volcans récents sont alignés, de Dammer au groupe des Banda, sur un socle commun;
c) ce socle est suivi, vers Textérieur, d'un sillon en arc de cercle, qui possède des profondeurs de 3 000 et même 4000 mètres;
d) enfin l'on atteint la guirlande insulaire externe, et en même temps les fragments de la cordillère.
Je crois donc pouvoir admettre que la cassure principale coïncide avec le bord interne de d, et que la crête ô, qui sépare les deux dépressions a et c, est formée de déjections volcaniques.
En outre, un haut-fond distinct, la « crête du Siboga », court du volcan Api au N.E., et comprend les îles Lucipara et de la Tortue. Au delà de ce relèvement, au N.W., le fond de la mer redescend audessous de 4 000 mètres.
Si maintenant nous écartons par la pensée la nappe liquide qui recouvre non plus seulement la cuvette de la Mer de Banda, mais tout l'archipel malais à partir de Sumatra, en masquant les prolon-
1. M. Weber, Die niederländische ,, Siboga '"^Expedition zur Untersuchung der marinen Fauna und Flora des Indiaclien Archipels und einige ihrer Resultate (Petermanns Mitteil., XLVl, 1900, p. 182-191, carte] [et Description de ^Expédition aux Indes Néerlandaises Orientales entreprise en 1899-1900 à hord du Siöoga, gr. in-S", 159-15 p., 6 cartes, Leydc, 1902].
LES ALTAÏDES ORIENTALES.
3ir
gements de Tare birman, le plus grandiose des spectacles va s'offrir à nos regards. )
La falaise sous-marine, plongeant rapidement à 3 000 ou 3 500 mètres, qui borde à l'Ouest les Nicobar et les îles Mentawei, se rapproche de la côte méridionale de Java, et le fond de la mer ne se relève que bien plus à l'Est, au voisinage de Soemba, où ce grand;
Profbndeur«
de O à. ZOOO rn.
— 10OO à. UOOO m«- Mooo d^ 3fH>f> rn 3ooo d' ^1000 m.:
plus de^ooom
PiG. 'k'i. — Profonde uri do la Mer do Banda, d'aprôs les sondages du « Siboga » (Petermanns Mitteil., XLVI. 1900, p. 18i). — Échcllo de 1 : 25 000 000.
escarpement tourne au^Sud-Est. Un peu plus loin de Java, dans la fosse de Maclear, les profondeurs dépassent 7 000 mt>tres, et au delà de cette dépression, à environ 280 kilomètres au Sud de Java, s'élève une grande montagne isolée, l'île Christmas (+336 m.), dont le sommet aplati dépasse d'autant le fond de la mer que les cimes entre Ta-tsien-lou et Batang dominent sa surface : émergée, on peut aisément se figurer combien l'aspect en serait formidable.
Les profondeurs, dans ces parages, oscillent entre 4S00 et 6000 mètres.
Ainsi, Sumatra et Java nous apparaissent comme les parties culminantes d'un énorme talus montagneux, limitant du côté de rOcéan les faibles profondeurs du pourtour de Bornéo et tout le domaine des plis birmans, talus incomparablement plus important que la plupart des limites du même genre existant sur le continent asiatique. Il est vrai, l'action nivelante des dégradations atmosphériques est loin déjouer ici le même rôle, et d'autre part, tes déjections des volcans interviennent. On n'est pas moins en droit de se demander jusqu'à quel point, en évaluant l'importance d'une chaîne de montagnes plissée, il convient de tenir compte, à côté de sa largeur, de sa hauteur absolue ou relative ; or ce problème en soulève d'autres, et des plus difficiles. Laissons-le de côté pour le moment, et revenons à Vîle Christmas, dont Andrews a donné une description si instructive*.
L'île Ghristmas (fig. 46) est l'une de ces îles, de plus en plus nombreuses, que l'on considérait autrefois comme des récifs coralliens soulevés et qui se trouvent être constituées par des sédiments normaux de l'époque tertiaire. La montagne que couronnent ces dépôts est sans doute un ancien volcan, dont les pentes sont si rapides et si UBiformes que tout autour de l'île, à environ 30 kilomètres de la côte, la sonde trouve plus de 5000 mètres de profondeur. Ce volcan supporte une couverture de couches tertiaires, découpée de tous côtés par des falaises et autrefois plus étendue, avec une intercalation de trachyte et deux lits de basalte plus récents, interstratifiés. Jusqu'à 250 ou 300 pieds (76-91 m.), se voit un premier calcaire, éocène ou oligocène, et au-dessus, jusqu'à 550 pieds au moins (167 m.), on retrouve le calcaire à Orbitoïdes (Lépidocyclines) du Tertiaire moyen qui possède une si grande extension à Java, ainsi que plus au Nord et à l'Est. Les parties supérieures de l'île sont couvertes d'une végétation très dense et d'une terre fort épaisse, résultant de la décomposition des cendres volcaniques. Au voisinage du sommet se montrent des blocs épars de calcaire qui no contiennent que des traces de fossiles et sont en grande partie transformés en dolomie.
Au sommet même (356 m.), la roche, qui est dure et d'un blanc jaunâtre, renferme 40,02 p. 100 de carbonate de magnésie.
1. Ch. W. Androws, A Monograph of Christmas Island [Indian Océan) : Phyùcal Features and Geology. In-8% xiii-337 p., 22 pi., 1 carte, London, 1900 (Publ. British Museum) ; en parliculier p. 269*298, et la carte.
LES ALTAÏDES ORIENTALES.
Andrews croit y reconnaître les traces d'un ancien atoll. On y trouve de petits rognons formés d'enveloppes concentriques de phosphate de chaux alternant avec du bioxyde de manganèse. D'anciens bancs de guano, les cendres volcaniques, Teau de mer et le calcaire ont fourni les éléments de ces réactions chimiques*. A ces formations du sommet succèdent, dans Tordre chronolo-
NWPoml
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Fio. 46. — L'île Christmas, d'après C. W. Andrews. — Échelle de 1 : 200 000.
gique, les terrasses des pentes, qui tantôt résultent de raffouillement des couches tertiaires et tantôt représentent une bordure calcaire distincte. Elles s'abaissent vers la mer en dessinant des paliers plus ou moins nets; Tavant-dernier de ces gradins, à 15 mètres environ d'altitude, est formé d'un calcaire corallien d'aspect frais; Le dernier n'est qu'à 2,7 ou 3 mètres au-dessus de la mer.
En parlant de l'isthme de Suez, (I, p. 482) nous avons distingué
1. Andrews, ouvr. cité, p. 290; E. W. Skoats, Ibid., p. 268; J. W. Gregory pense que le calcaire tertiaire arrive probablement au niveau du plateau (même ouvr., p. 208).
une série de couches ascendantes (superposées) et une série descendante (adossée). Pour ce qui concerne la seconde, il est certain qu'elle s'est formée à une époque où les mouvements négatifs des lignes de rivage ont été prépondérants; quant à la première, la solution est douteuse. La limite des deux séries coïncide avec le sommet des montagnes tabulaires. De même, les roches dolomitisées de la partie culminante de Tîle Ghristmas représentent le dernier terme de la série ascendante, appartenant en tout ou on partie à Tépoque tertiaire, tandis que les terrasses sont Texpression visible d'un mouvement négatif ayant procédé par saccades. Les formations du sommet indiquent la hauteur à laquelle ce mouvement négatif a atteint le fond de la mer, tel qu'il était alors; et si l'on pouvait être assuré qu'aucun mouvement tectonique n'est survenu depuis, cette hauteur serait de 365 mètres au-dessus des plages actuelles. Mais à Java, les couches tertiaires sont parfois violemment plissées, et il n'est nullement certain qu'à l'île Ghristmas, à côté des mouvements eustatiques négatifs du rivage, des modifications tectoniques simultanées n'aient pas pu se produire depuis l'époque tertiaire.
Cette conjecture devient une probabilité lorsqu'on s'avance vers l'Est, oii Ton voit entre 119<» et 124** de long. E., de Soemba à Timor, une chaîne de montagnes plissées sortir de la fosse de Maclear.
Soemhüj d'après Verbeek,est faite de schistes anciens,;de granité et de diabase crétacée; Rendjoewa et Savoe montrent des traces de Permien et de Trias ; à Rendjoewa, on voit du Tertiaire moyen à Lepidocycliiia en couches très redressées, et il existe à Savoe, dans l'Eocène, un anticlinal dirigé N.E., au-dessus duquel ces mômes bancs à Lepidocyciuia atteignent 40** d'inclinaison *.
Rotli et Timor exposent la série si variée des terrains qu'ont fait connaître d'abord, il y a de longues années, les envois de Schneider à Beyrich, où Rothpletz a signalé ensuite, d'après les collections do Wichmann, le Permien, le Trias, plusieurs étages du Lias et des traces du Jurassique, et où G. Boehm a enfin reconnu la présence du Macrocephalites macrocephaliis (échantillon recueilli à Rotti par Verbeek). Cette série recouvre des terrains archéens, que Beyrich indiquait déjà le long de la côte nord-ouest de Timor d'après les observations de Salomon Müller ; et au-dessus, l'on connaît, d'après Verbeek, des roches eruptives crétacées, puis des couches tertiaires*.
1. Vorbeck, Vorloopig Verslag over eene geologische ßcw, etc., p. 18 et suiv.
2. Beyrich, Zeitschr. Deutsch. Geol. Gos., XIV. 1862, p. 537, et lieber eine Kohlenkalk-Fauna von Timor (Abhandl. K. Preuss. Akad. Wiss., Berlin, 1864, p. 61-98,
LES ALTAÏDES ORIENTALES. 315
La constitution des petites îles situées au Nord-Est de Timor est importante à connaître, parce qu'elle montre que la Cordillère de rare de Banda provient de Soemba et de Timor, De fait, nous apprenons par les observations de Verbeek que Letti est formée de calcaire permien à Crinoïdes, de gabbro et de serpentine, que ces roches eruptives crétacées reparaissent à Afoa, Kisser^ et Sermata, et que Luang est faite de calcaire à Crinoïdes ; à Babber, on connaît du Trias (?), un Lytoceras mésozoïquc et des diabases; ces dernières roches constituent aussi Daï.
A Seera, dans le groupe des Tenimber, Martin signale un calcaire cristallin, de la dolomie et des quartzites, tandis que sur les. autres îles de cet archipel, pour autant qu'on les connaît, prédominent des couches tertiaires. Vordate est en Tertiaire moyen, ainsi que la Grande Keiy celle-ci présentant peut-être de TÉocène dans ses parties profondes ^ Koor, d'après Verbeek, est faite de schistes anciens qui reparaissent à Tioor, île où n'existe pas do volcan, mais seulement des roches eruptives basiques crétacées ; ces roches so prolongent par Watoe Bella et Manawoko. Nous arrivons ainsi, en suivant la courbe, jusqu'au voisinage de Céram; mais, avant de parler de cette grande île, nous devons exposer ce qui suit.
La nature des roches, de Timor jusqu'aux îles Babber, ne laisse aucun doute sur l'appartenance de Timor à l'arc ^ Quelques îles sont cependant situées au Nord de Timor (Kambing, Lirang, Wetter), et les deux dernières se trouvent même au Nord et par conséquent à l'intérieur du segment de l'arc volcanique regardé par Verbeek comme plus ancien, entre Pantar et Roma. Déjà plus à l'Ouest, à Alor, on observe d'après Verbeek des mélaphyres, puis à Kambing des traces du Lias ou du Trias*. Lirang et Wetter sont formées de roches eruptives anciennes, surtout de diabase.
3 pi.); C. F. A. Schneider, Bijdvage lot de geologische kennis van Timor (Natuurk. Tijdschr. voor Ncderl.-Indië, XXV, 1863, p. 87-107), et Geologiacfie Uehersicht über den holländisch-ostindischen Archipel (Jahr)), k. k. Oeol. Reichsanst., XXVI, 1876, p. 113- 134, cartes); A. Wichmann, Bericht über eine im Jahre i8S8-89 ausgeführten Reise nach dem Indischen Archipel (Tijdschr. K. Nederl. Aardrdjksk. Gen., 2. Ser., IX, 1892, p. 161- 176); A. Rothpletz, Die Perm-j Trias- und Jura-Formation auf Timor und Rotti im Indiscfien Archipel (Palœontographica, XXXIX, 1892, p. 57-106, 6 pi., 1 carte [rcprod. Jaarb. v. h. Mijnwezen in Nederl. O.-Ind., XXIII, 1894, wetensch. gcd., p. 5-98, 6 pl., 1 carte]) ; G. Bochm, in Verbeek, Vorloopig Verslag^ etc., p. 48, et Reisenotizen aus Ost-Asien (Zeitschr. Deutsch. Geol. Ges., LH, 1900, p. 554-558).
1. Wichmann, Gesteine von Kisser (voir ci-dessus, p. 308, note 1).