III
caractères tout à fait diflFérents de ceux de la Craie de Gosau, dont les lambeaux transgressifs atteignent la Carinthie : c'est le faciès méridional des calcaires blancs, bien stratifiés. Ici, où il no s'agit pa:; d'établir un groupement morphologique, mais de rechercher le plan de Tédifice, notis devons séparer des Alpes toute la région montagneuse située à F Est de la Sesia, puis à l'Est de la Giudicaria et au Sud du Gail, et F attribuer aux Dinarides.
Cette région montagneuse présente la structure suivante : Tandis que les chaînes dinariques s'allongent du Sud-Est au Nord- Ouest, elles sont limitées au Nord-Est par le prolongement du massif ancien qui, du Rhodope, s'étend dans l'Est de la Serbie et doiil Ifdernier pointement surgit au voisinage d'Agram. La largeur de l'espace que ces chaînes occupent entre Agram et le bord de la mer atteint 120 kilomètres, et bien davantage encore si l'on y comprend les îles et l'istrie. A 70 kilomètres environ au Nord-Ouest d'Agram est situé le bord sud du Bacher-Gebirge, qui se dresse comme im pilier d'angle au bord des Alpes*. Cette large ouverture entre les collines d'Agram et le Bacher se trouve pour ainsi dire abritée par la conversion du faisceau dinarique, courant auN.W. Or, parcetl«» ouverture, toute une série de plis allongés venant de l'Ouest s'avancent au loin dans les plaines du Sud de la Styrie et de la Croatie, en sortant pour ainsi dire du dos des chaînes dinariques; ils affectent la direction presque Est- Ouest de la grande zone de dislocation et vont mourir peu à peu sous les dépôts tertiaires. D'après Teller, ces chaînons des bords de la Save ne correspondent que pour une faible partie à des plis; dans la plupart des cas, ce sont des bandes de couches fortement redressées, que limitent des failles séparatives. La même direction est encore très reconnaissable dans la région montagneuse plus élevée de l'Ouest, jusque vers Krainburg, et il semble que la grande plaine qui s'étend au Nord-Ouest de Laibach soit située près du point de contact des lignes dinariques et des accidents des bords de la Save.
Dans l'aire périadriatique, la direction dinarique s'infléchit alors du N.W. à l'W. et enfin au S.W., tandis que sur le bord septentrio-
1. C. Doelter, Bericht über die geologische Durchforschung des Bachei^gebirgef (Mittheil. Naturw. Ver. für Steiermark, 1892, p. 2-23); F. TeUer, Ueber den sogennanten Granit des Bachergebirges (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1893, p. 169-182); voir en outre J. Dreger, Ibid., 1894, p. 247-250 et 1896, p. 84-90; Teller und Drcger, SW- Gruppe, Nr. 83, Pragerhof; A.Pontoni, Ueber die mineralogische und chemische Zusammensetzung einiger Granite und Porphyrite des Bachergebirges (Tschermak Mineralog. PeJi-ogr. Mittheil., Neue Folge, XIV, 1895, p. 360-374); Ippen, Mittheil. Naturw. Verfür Steiermark, 1892.
LES TAURIDES ET LES DINARIDES. 451
nal de la faille du Val Sugana se dresse le horst de la Cima d'Âsta *. Au Nord de ce horst, le puissant massif porphyrique s'étend jusqu'aux environs de Meran (I, fig. 53, p. 319). Mais dans le « golfe » de TAdige, entre le bord ouest du massif porphyrique et la ligne de la Giudicaria, naît une série de flexures ou de plis en genou qui descendent parallèlement à la ligne de la Giudicaria vers le lac de Garde; ces accidents, renversés à TE.S.E., forment au delà du lac le Monte Baldo, puis, du côté de Vérone, s'écartent un peu à la façon d'un éventail et se terminent à la faille de Schio (1, p. 328). Au Nord, ces flexures sont dans le Trias ; au Sud, elles s'enfoncent dans le Crétacé, du moins celles de TEst, et elles s'éteignent dans la région tertiaire de Vérone et de Vicence.
Ces lignes de l'Adige ont une certaine analogie avec celles de la Save. De part et d'autre, il y a comme un rayonnement, de l'intérieur des montagnes, suivant une direction distincte et autonome. De part et d'autre, à mesure qu'on s'avance vers l'extérieur, l'intensité diminue et les accidents disparaissent. De part et d'autre encore, la séparation d'avec le domaine principal des lignes périadriatiques, par la Cima d'Asta et par les collines d'Agram, est imparfaite. Enfin, dans les deux cas, la direction des chaînons paraît être influencée bien plutôt par l'allure de la grande zone de dislocation que par celle du faisceau dinarique ou périadriatique.
Ces deux groupes d'accidents, placés aux deux extrémités de l'aire périadriatique, semblent répondre à des phénomènes secondaires de dispersion : ils sortent pour ainsi dire, par des issues latérales, du domaine où se sont déroulés les grands événements dynamiques *.
i. A Texemple do Krafft, je crois aujourd'hui devoir attribuer au granité de la Cima d'Asta un âge antérieur; A. von Krafft, Das Alter des Granites der Cima d'Asta {Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1898, p. 184-189); Salomon le considère comme beaucoup plus récent : Ueber Alter... der periadriatiscken... Massen, p. 494 et suiv., et Ueàer das Alter des Asta-Granites (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1898, p. 327-333). Il est question des schistes anciens de TAsta dans M. Vacek, Ueber die geologischen Verhältnisse des obersten Val Sugana (Ibid., 1896, p. 459 et suiv.)
2. On a dëjà vu quel intérêt se rattache à la connaissance des extrémités libres (Chap. vu, p. 407, note 1). — « Si nous considérons alors la surface..., comprimée ainsi peu à peu entre des mâchoires à contours irréguliers, cette surface ne se plissera pas partout en môme temps. Les premières rides se formeront tout d'abord dans les régions où la compression sera la plus forte... Ces rides s'étendront ensuite, par un effet évident de continuité, des deux côtés du centre de plissement >» (Ph. Zürcher, Sur les lois de la formation des plissements de Vécorce terrestre^ Feuille des jeunes Naturalistes Paris, III* sér., XXI, n» 231, 1" septembre 1891, p. 2); et Note sur la structure de la région de Castellane (Bull. Service Carte géol. de la Fr., VII, 1895-96, n- 48, p. 325 et suiv.). Cet exemple est choisi, il est vrai, sur une petite échelle, mais il demeure applicable aux plus grandes dimensions, même au prolongement latéral du Kouen-lun.
4o2 LA FACE DE LA TERRE.
Dans le centre de Taire périadriatique, jusqu'au bord septentrional, on ne voit rien qui corresponde aux plis de TAdige ou aux plis de la Save. Ce que Ton constate près de Bruneck, c'est, comme nous Tavons dit, le même contraste d'allures qui frappe à l'Est et à l'Ouest de Biella. Ici, les extrêmes ne sont plus éloignés que de quelques kilomètres. Les plis triasiques écrasés du Penser Joch (I, p. 320) se présentent tout contre la bande de tonalité qui, à partir de Meran, se dirige vers la route du Brenner. D'autres lambeaux triasiques du même genre se montrent également à l'Est de la route du Brenner; Teller a décrit l'un de ces plis à Inner-Villgratten, et un second affleure à Brunneck même. Il se prolonge versl'E.S.E. ou l'E. au Nord de Toblach, sous la forme d'une traînée de rochers blancs. Lorsque, des hauteurs qui dominent Toblach, on dirige le regard vers le Sud, par delà le Pusterthal, sur les cimes hardies de la Croda di Antruilles, du Monte Cristallo et du Zwölfer Kofel, qui s'élancent au-dessus d'une large base, on mesure facilement l'étendue de ce contraste immédiat. Le Pusterthal, qui s'étend aux pieds du spectateur, sert de limite dans cette région entre le domaine alpin et le domaine dinariquo.
Le pli écrasé, au-dessus de Toblach, appartient aux Alpes ; la foule des cimes blanches du Sud présente l'allure large, ouverte, plutôt tabulaire et en même temps le faciès méridional du Trias dinarique. C'est le bord de la cuvette périadriatique (I, p. 341).
Or, la traînée comprimée de lambeaux triasiques de Bruneck et de Toblach est précisément celle qui, comme Teller l'a montré, s'ouvre vers l'Est, passant ainsi, probablement d'ailleurs avec adjonction de la bande triasique d'Inner-Villgratten, aux Montagnes de Lienz, qui constituent l'extrémité occidentale des Alpes du Gailthal. Grâce aux levés détaillés de Geyer, cette hypothèse a été confirmée, et nous possédons du môme coup un tableau très exact de ce chaînon, morcelé par des failles longitudinales et étroitement comprimé : mieux qu'en aucune autre partie des Alpes Orientales, on peut y étudier les rapports des bandes « en forme de racine » avec les nappes triasiques continues. D'ordinaire, ces « racines » peuvent bien être, comme en Suisse, les extrémités écrasées de vrais synclinaux; mais le fait qu'au-dessus de Laas, le long de cassures longitudinales de ce genre, une esquille de calcaire triasique n'ayant que 400 à 500 mètres de largeur se suit sur 10 kilomètres, encaissée dans les schistes anciens du substratum, montre qu'il s'est formé aussi des fosses d'affaissement*.
1. 0. Geyer, Ein Beitrag zur Stratigraphie und Tektonik der Gailthaler Alpen in Kärnten (Jahrb. k. k. Geol. Reichsaiist., XLVU, 1897, p. 295-364, en particulier p. 361,
LES TAURIDES ET LES DINARIDES. 453
C'est avec cette structure que les Alpes du Gailthal, formées de Trias et de terrain jurassique, se prolongent entre le Gail et la Drave jusqu'à Villach; elles disparaissent sur une très petite distance audessous du fond de la vallée, et ressortent à TEst du confluent du Gail. Leur direction, d'E.-W., a tourné un peu plus àTE.S.E.; ensuite elle redevient E.-W.
Cette nouvelle chaîne calcaire est celle des Karawanken du Nord; Teller montre qu'elle est caractérisée aussi bien que les Alpes du Gailthal par le faciès septentrional de ses terrains et par de grandes failles*. Elle s'étend jusqu'au voisinage de Windischgratz, dans le Sud de la Styrie. Là, elle s'arrête à la rencontre d'une cuvette remplie de dépôts oligocènes. Mais au delà de ce bassin, près d'Ober-DoUitsch, on voit se coller au versant sud-ouest du Bacher, dont les roches archéennes sont J imitées par une cassure abrupte, un grand lambeau qui appartient encore aux Karawanken* (fig. 74).
De Bruneck à la cassure d*Ober-Dollitsch, la longueur de cette bande calcaire alpine est de 260 kilomètres. Le bord sud des Alpes du Gailthal et des Karûwanken du Nord coïncide avec le bord sud du Trias alpin.
Nous avons vu que la limite entre les Alpes et la Chaîne Dinarique passe par le Pusterthal, près de Toblach. Là, comme dans tout le Gailthal, on ne voit pas d'intrusions tonalitiques jalonner cette limite. Le prolongement rectiligne de la zone est indiqué, dans le Gailthal, par une large bande de terrains anciens et par la différence d'allure et de faciès des terrains calcaires au Nord et au Sud de cette bande. Les intrusions se sont séparées de la limite, dont elles s'écartent d'environ 9 kilomètres vers le Nord; elles forment au milieu du domaine alpin une longue bande de tonalité, orientée W.-E.
Nous avons déjà eu l'occasion de mentionner les premiers travaux de Teller et les études plus récentes de Löwl et de Becke sur cette région. D'après Löwl, cette bande de tonalité comprend deux massifs dont la largeur atteint 4 kilomètres, le noyau du Reinwald et le noyau du Rieser (Hoch-Gall, 3 440 m.), rattachés l'un à l'autre par un étroit pédoncule. Des lambeaux de gneiss les recouvrent, comme les fragments du toit dans les laccolithes. Le Zinsnock forme au Sud une sorte d'annexé plus petite. Le noyau du Rieser s'étend ensuite au
363); Ueber die geologischen Aufnahmen im Weslabschnitt der Karnischen Alpen (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1899, p. 89-117), et dans beaucoup d'autres publications.
1. Voir, par exeniple, F. Teller, Erlâulerungen zur Geologischen Karte.., Eisenkappel vnd Kanker, p. 78'.
2. F. Teller, Erläuterungen zur Geologischen Karte,., Prassberg , a. d. Sann, passim.
loin vers l'Est, sous l'aspect d'une chaîne allongée et très étroite. La longueur totale, du versant ouest du noyau du Reinwald à Tanfers jusqu'à l'extrémité orientale du Rieser dans le Defereggen Thal,
mm
FiG. 74. — Carte géologique des Karawanken, d*après F. Teller [Geologiîckf
1. Gneiss; 2. Terrains paléozoïqnes indëterminés ; 3. Silurien et Dévonien; 4. Carbonifère; 5. Permieo; 6. Tna> 13. Quaternaire et ÂUuvions ; 14. Granite gneissique du Bachor-Gebirge ; 15, 16. Tonalité et produits de son mcta-
ÉcheUfdo
est de 37 kilomètres. Là, grâce à un chevauchement venant du Sud, à ce qu'il semble, la tonalité disparaît ; mais quelques traces s'en retrouvent bien plus à l'Est. Teller en a trouvé dans Tlselthal et Canaval à une distance encore plus grande, mais suivant la même
LES TAUKIDES ET LES DÏNARIDES.
direction, au Graakofeldans le groupe du Kreuzeck*. Cela donnerait, à partir de Täufers, une longueur d'environ 85 kilomètres. Chose singulière, des roches eruptives de composition tout à fait analogue
mm
\e der östlichen Ausläufer der Karnischen und Julischen Alpen, 1896).
eur; T.Trias moyen et sapériear; 8. Jurassique; 9. Crétacé; 10. Oligocène; 11. Miocène; 12. Pliocène tiisme; 17. Granite amphibolique (Granitite); 18. Porphyre qnartsifère; 19. Andésite; 20. Tufs andésitiques. )000.
reparaissent encore une fois à Textrémité Est. Elles s'élèvent jusque dans les schistes à Aptychus, qui sont probablement jurassiques, et
1. F. Teller, Ueber porphyritische Eruptivgesteine aus den Tiroler CentraUAlpen (Jahrb. k. k. Geol.Reichsanst.,. XXXVI, 1886, p. 715-746, notamment p. 736); R. Cana-
4^6 LA FACE DÉ LA TÉftRË.
pénètrent également à travers les roches archéennes du |Bacher- Gebirge lui-même (fig. 74)*.
Il est probable qu'on démontrera un jour qu'il existe à TEstde Taufers, jusqu'au Bacher, dans Tintérieur du domaine alpin, une seconde zone intrusive de roches tonaliiiques, parallèle à la cicatrice principale.
Mais revenons à la dislocation maîtresse, c'est-à-dire à la limite dinarique.
Les travaux de Teller nous donnent une idée très nette de la façon dont la roche eruptive reparaît dans la partie orientale de celte limite '.
On ne peut guère déterminer exactement l'endroit où commence cette réapparition, parce qu'elle est encore masquée par un chevauchement dirigé vers le Nord. 11 y a d'abord une bande étroite de granitite, dirigée à peu près E.-W. ; elle est suivie, du côté du Sud, par une bande de schistes fortement modifiés au contact (Sf, flg. 75) ; ces schistes sont suivis à leur tour, du côté du Sud, un peu plus à l'Est, par une bande de tonalité, souvent transformée en gneiss tonalitique par les pressions subséquentes. Ces trois bandes, dont la troisième est destinée à devenir la plus puissante, se dirigent alors en ligne droite, étroitement associées, vers l'E., puis vers l'E.S.E. Leur plus grande largeur, ensemble, est de 3 à o kilomètres, et la longueur totale, en comptant un lambeau voisin du pied du Bacher, atteint 58 kilomètres. Vers l'extrémité orientale, on ne voit que delà tonalité. La granitite représente le terme le plus récent et forme une seconde injection dans la même zone de dislocation. La largeur apparente, notamment à l'Ouest, est affectée par des chevauchements.
La longueur totale de la ligne Giudicaria- Bachergebirge est de 420 kilomètres. Sur cette distance, 193 kilomètres environ coïncident avec des intrusions de tonalité : 1** celle de VAdamello (43 kilomètres), très large, légèrement déplacée à l'Ouest et au Nord par
val, Die Erzvorkommen von Plaitach und auf der Assam-Alm bei Greifenburg in Kärnten und die sie begleitenden Porphyr g esteine (Ibid., XLV, 1895, p. 103-124, en ])articulier p. 104).
1. E. Hussak, Ueber das Auftreten porphyritischer Eruptivgesteine im Bachergebirge (Verhandl. k. k. Oeol. Reichsanst., 1884, p. 247); H. B. v. Foullon, Ueber Quarzglimmerdioritporphyrite aus dem Östlichen Kirnten (Ibid., 1889, p. 90-96); F. TeUer, Erläuterungen zur Geologischen Karte.,, Prassberg a, d. Sann, p. 154.
2. Parmi les publications récentes, on peut citer : E. Reyer, Reiseskizzen über das SmrekuuZ'Gebirge (Y cvhandl. k. k. Gool. Reichsanst., 1878, p. 296-298); H. V. Graber, Die Aufbruchszone von Eruptiv- und Schiefergesteinen in Säd-Kärnten (Jahrb. k. k. Geol. Reichsanst., XLVII, 1897, p. 225-294, pl. V-VII), et les nombreux travaux de Teller sur ce sujet, en particulier : Erläuterungen zur Geologischen Karte,.. Eisenkappel und Kanker, p, 120 et suiv,, et Prassberg a. d. Sann, p. 18 et 136.
LES TAURIDES ET LES DINARIDES.
rapport à Taccident oriental (ligne de la Giudicaria) et à Taccident méridional (ligne du Val Trompia), mais située encore dans le domaine du faciès dinarique du Trias, dont la limite, inconnue dans ces parages, passe certainement à TOuest de la Giudicaria; 2^ la bande de rifßnger et de la route du Brenner (SS kilomètres environ) : elle coïncide probablement sur toute sa longueur avec la faille et avec la limite des faciès; à Tlffinger elle s'est un peu élargie, ailleurs elle demeure très étroite; 3® celle du Rieser- Ferner (37 kilomètres) ; repoussé de 9 kilomètres environ au Nord de la ligne de dislocation, ce tronçon est en plein domaine alpin; sa largeur, dans rOuest, atteint par deux fois 4 kilomètres (noyau du Reinwald et noyau du Rieser), tandis qu'elle est très faible dans TEst; si Ton y
Ole Petzen
N.Trias
Smrekoutz Kamen.Vrh Raduchs.
Andesit Andesit S.Trias
S.Tr1as
Fio. 73. — La vallée du Miss vue du col d'Uschowa (Carinthie), J d'après un dessin de l'auteur.
joint les quelques pointements isolés deTEst, sa longueur jusqu au groupe du Kreuzeck arrive à 8S kilomètres; mais il y aurait là une bande septentrionale parallèle ; 4® le tronçon oriental, y compris le dernier afideurement au voisinage du Bacher (38 kilomètres) ; très rétréci au début, il présente dans la moitié orientale une largeur presque constante de 1 800 mètres, et se montre bordé au Nord, sur une grande partie de sa longueur, par une intrusion parallèle plus récente de granitite, qui est fort étroite, mais s'élargit localement, à TEst de Koprein, jusqu'à 2 kilomètres.
Ces intrusions, s'alignant sur un arc de cercle dont la longueur dépasse 400 kilomètres, doivent être regardées, ainsi que le prouve l'uniformité de composition et d'allure de la roche, comme des phénomènes du même ordre et du même âge. On ne peut guère parler de « consanguinité » au sens d'Iddings, tant la roche est partout semblable à elle-même ; elle a d'ailleurs souvent été transformée par les mouvements ultérieurs en gneiss tonalitique. La gra-
nitite plus récente de l'Est provient sans doute du même foyer et du même magma. A TEst se montre en outre une andésite, qui est postérieure à Tune et à l'autre.
Des roches eruptives très variées sont venues au jour dans ce territoire depuis les diabases paléozoïques. Il suffira de renvoyer aux considérations que Brögger leur a consacrées*.
7. La Chaîne Gamique. — Au voisinage de Sillian, dans ie Tyrol, on aperçoit Fextrémité occidentale d'une chaîne de montagnes qui, bien que située en dedans de la cicatrice limitative, est néanmoins indépendante des Dinarides et, comme la Cima d'Asta, leur est antérieure. Un coup d'œil sur la fig. 53 du t. I (p. 319) montre de larges affleurements de phyllades anciens entre le bord septentrional du plateau de porphyre et la bande triasique, pincée dans les plis de Bruneck, qui vient des montagnes de Lienz. Il n'est pas du tout certain que ce soient les mêmes phyllades qui reparaissent plus à TEst. Au-dessus de Sillian, Geyer a trouvé sur le versant nord de la vallée et non loin de la bande triasique précitée, Fextrémité occidentale, dont nous avons déjà parlé, d'une bande paléozoïque qui acquiert bientôt une largeur considérable, court sur une centaine de kilomètres au Sud du Gailthal, sous le nom de Chaîne Carnique, et se prolonge même au delà vers l'Est. Au Sud de la Rienz, audessus de Sillian, cette série paléozoïque repose sur des quartzophyllades qui, à l'encontre des autres terrains, s orientent vers le S.E. (Helmspitz, 2450 m.; Eisenreich, 2664 m., etc.), atteignent le Comelico et ne disparaissent qu'au voisinage de Forni Avoltri. Vers le Nord, dans le Gailthal, la zone paléozoïque est précédée par une zone de micaschistes et de gneiss, à laquelle succède au Nord le Trias à faciès nord-alpin des Alpes du Gailthal. J'emprunte ce qui suit aux travaux de Geyer* : Au Sud, dans les environs de Sexten, le Trias dinarique est à peu près horizontal. Les quartzophyllades (Helmspitz, etc., et Comelico) et les couches paléozoïques de la Chaîne Carnique appartiennent à une seule et même unité tectonique, et forment un puissant massif refoulé vers le Nord en écailles multiples. Les micaschistes et les gneiss du Gailthal constituent de même une voûte localement ren-
1. W. C. Brôggep, Die Eruptivgesteine des Kristianiagebietes. IL Die Eruptions foige der triadischen Eruptivgesteine bei Predazzo in Sädtyrol, in- 8*, Kristiania, II, 1895, p. io4 et suiv. (Videnskabsselsk. Skr., I. Mathem.-naturv. Kl., 1895, n« 7).
2. G. Geyer, Üeber die geologischen Aufnahmen im Westabschnitt der Karniscken Alpen (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1899, p. 89-117), et Zur Kenntnis der Triasbildungen von Sappada, San Stefano und Auronzo in Cadore (Ibid., 1900, p. 119-140'
LES TAURIDES ET LES DINARIDES. 4è9
versée vers le Nord. Le Trias alpin des Alpes du Gailthal est également poussé vers le Nord.
Plus à TEst, la situation se modifie; les quartzophyllades du Comelico ont disparu ; le calcaire à Fusulines du Carbonifère supérieur recouvre en discordance les plis arasés de la Chaîne Carnique.
La Chaine Carnique est une chaîne étrangère aussi bien aux Dinarides qu'aux Alpes, de direction indépendante et cTdge varisqtie, plissée vers le Nord, et apparaissant au bord sud de la zone disloquée sous les Dinarides.
Cette chaîne ancienne a été Tobjet de travaux nombreux et importants ; Stäche y a découvert les premiers Graptolithes ; Frech s y est livré à des recherches fort instructives, en particulier sur le terrain dévonien ; Taramelli et ses élèves en ont étudié le versant of^t^ridional; puis Geyer a fait le levé détaillé de toute la partie située en territoire autrichien*. Actuellement, d'après les fossiles, on y connaît des traces du Silurien inférieur, les deux étages du Silurien supérieur de Bohème, divers niveaux du Dévonien, y compris le calcaire à Clyménies, et sur un point situé plus à TEst (Nötsch, près de Bleiberg), le Carbonifère inférieur à Productus giganteus, vient, en discordance, le Carbonifère supérieur*.
A l'extrémité occidentale, Tétage inférieur de la série paléozoïque, caractérisé par des diabases' et des schistes verts, forme sur une grande épaisseur le versant nord et, par suite de la disparition des quartzophyllades, s'étale largement sur le versant sud. Geyer a fait
1. Parmi les très nombreuses publications dont cette région a été [l'objet, je dois me borner à citer : Fr. Frech, Die Kaitiischen Alpen. Ein Beitrag zur vergleichenden GebirgS'Tektonik, in-8<», xiv-514 p., 24 pl., 3 cartes, Halle, 1894; S. Taramelli, Osservazioni stratigrafiche sut terreni paleozoici nel versante italiano delle Alpi Catmiche (Atti R. Accad. Lincei, Ser. 5, Rendic, 1895, sem. 2, IV, p. 183-193); G. Geyer, Ueber die geologischen Verhältnisse im Pontafeler Abschnitt der Kamischen Alpen (Jahrb. k. k. Geol. Reichsanst., XLVI, 1896, p. 127-234, pl. I : carte), et Veber neue Funde von Graptolithenschiefem in den Sudalpen (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1897, p. 237-252). Sur ses rapports avec les Alpes Orientales en général, voir C. Diener, Grundlinien der Struktur der Ostalpen (Petermanns Mitteil., XLV, 1899, p. 204-214).
2. Pour la succession des couches, voir G. Stäche, Die palaeozoischen Gebiete der Ostalpen, l (Jahrb. k. k. Geol. Reichsanst., XXIII, 1873, p. 175-248), et // (Ibid., XXIV, 1874, p. 135-274, pl. VI : carte, et VII- VIII : coupes); Stäche donne une coupe du Silurien dans Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1890, p. 121-126; voir aussi Frech, Ueber das Devon der Ostalpen, l (Zeitschr. Deutsch. Geol. Ges., XXXIX, 1887, p. 659-737, pl. XXVIII-XXIX), et // (Ibid., XLIII, 1891, p. 672-687, pl. XLIV-XLVII); en outre Ibid., XL VIII, 1896, p. 199-201, et ailleurs. Pour le Carbonifère et le Permien, consulter les nombreux travaux signalés dans les notes des pages suivantes.
3. Sur un point du versant sud, il existe, d*après A. Rosiwal, une porphyrite à enstatitc (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1895, p. 436); L. Milch signale des por« phyrites quartzifères dans lesquelles le feldspath est abondant (m Frech, Die Komischen Alpen, p. 185).
connaître comment les choses se passent. Le Silurien supérieur remplit des synclinaux s'ouvrant vers le Nord.
Un peu plus à TEst, le calcaire dévonien apparaît en outre dans les synclinaux et forme désormais les cimes (Paralba, 2692 m.; Königswand, 2684 m.). Plus on s'avance vers TEst et plus Taxe tectonique de la chaîne s'abaisse, car Timportance des étages inférieurs diminue et celle du Dévonien augmente. Enfin tout cet ensemble, étroitement plissé, s'enfonce sous la transgression du Carbonifère supérieur, qui est lui-même peu dérangé et que recouvrent les couches permiennes et aussi, comme au Gartnerkofel près d'Hermagor, quelques lambeaux isolés de Trias à faciès méridional *.
On pourrait dire que toute la chaîne s'abaisse vers l'Est et se relève vers l'Ouest à la manière d'un coin; et il est très remarquable que ce relèvement se produit tout près de l'endroit où le massif triasique de Lienz se relève vers l'Ouest, en ne laissant subsister d'autres restes que les « racines » de Bruneck et d'Inner-Villgratten.
Plus à l'Est, des environs de Mauthen, au centre du Gailthal, jusqu'au delà d'Hermagor, la modification suivante se produit : les bancs inférieurs, diabases et schistes verts, n'affleurent plus que sur le versant nord ; mais tandis que la chaîne est plissée du Sud au Nord, ces terrains anciens, au pied de ce versant, sont verticaux ou s'inclinent vers le Nord, de sorte que l'ensemble forme une voûte déjetée vers le Nord, nettement séparée au Nord des micaschistes adjacents du Gailthal.
Plus à l'Est encore, une zone longue et étroite de schistes verts et de diabase apparaît au Nord de la bande de granitite, entre cette bande et le Trias alpin du Nord des Karawanken ; on doit probablement la regarder comme représentant la partie inférieure de la série paléozoïque, et peut-être conviendrait-il même d'en rapprocher les schistes associés à des diabases qui, un peu plus au Nord, en plein domaine alpin, se montrent dans le MissthaP.
Mais les gisements fossilifères typiques du Silurien et du Dévonien sont complètement séparés, à l'Est, de la limite méridionale des Alpes et delà zone tonalitique. Ils forment à l'intérieur des Dinarides une chaîne allongée, indépendante, qui est à peu près parallèle
i. Voir notamment G. Goyer, Ueber die geologischen Verhältnisse im Ponta fêler Abschnitt der Karnischen Alpen (Jahrb. k. k. Gcol. Reichsanst., XLVI, 1896, p. 127, 136 et suiv.), et lieber die geologischen Aufnahmen im Westabschnitt der Karnischen Alpen (Verhandl., 1899, p. 90).
2. F. Teller, Erläuterungen zur Geologischen Karte der Östlichen Ausläufer der Kamischen und Jütischen Alpen (Ostkarawanken und Steiner Alpen). In-S", Wien, K. k. Geol. Rcichsanstalt» 1896, p. 46.
DigitizecUDy
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aux affleurements de tonalité, mais qui est isolée par les chaînons rocheux de la Koschuta [Koâuta] et de TUschowa [OvéevaJ, appartenant au Trias dinarique. Cette chaîne paléozoïque (Stegunek-Seeberg- Col de Wistra) est constituée par des plis normaux ou renversés vers le Nord et est entourée, exactement comme à TOuest, par le Carbonifère supérieur discordant. On la considère habituellement comme faisant partie des Karawanken orientales, mais ce nom sert à désigner, du Nord au Sud, d'abord une chaîne calcaire alpine (Obir, Petzen, etc.), puis la zone de granititc et de tonalité (Rappel, Schwarzenbach), un chaînon calcaire dinarique (Koschuta, Uschowa), enfin cette bande paléozoïque et sa ceinture de Carbonifère supérieur. C'est à F. Teller que revient le mérite d'avoir analysé la structure des Karawanken*.
L'espace sur lequel on connaît avec certitude une chaîne paléozoïque plissée, antérieure au Carbonifère supérieur, s'étend de Sillian au Col de Wistra, sur près de 200 kilomètres. A l'exception dos gisements douteux du Missthal, cette chaîne est située tout entière dans le domaine dinarique ou dans le domaine de la traînée eruptive qui s'allonge à la limite nord de celui-ci. Peut-être les schistes métamorphiques compris entre la tonalité et la granitite (au bas de la vallée sur la fig. 75) en font-ils également partie.
8. Transgression de la couverture dinarique. — Dans le Tsin-ling-Chan et dans les oasis du Kan-sou, comme dans tout le domaine des arcs varisques et armoricains, on observe une discordance des plus tranchées, qui a été attribuée tantôt au Carbonifère supérieur et tantôt au Permien. Dans l'arc de Yarkend, on a constaté au Tékélik-Taghla discordance du Carbonifère supérieur, et plus au Sud, sur la rivière Goussass, la discordance a été placée à l'époque permienne, comme étant probablement synchronique de la discordance des « Productus Shales » qui caractérise une grande partie de l'Himalaya. L'occasion présente est favorable pour examiner de près en quoi consiste une discordance de ce genre.
Nous devons d'abord déterminer la succession des couches dans la série récente.
Nous admettrons avec Frech que l'étage du Spirifer mosquensis, par lequel débute la discordance dans les Asturies, n'a pas encore été rencontré à la base de cette série récente, pas plus qu'ailleurs dans les Alpes Carniques, et nous désignerons avec ce savant l'étage
1. F. Tellor, Die silurischen Ablagerungen der Ost-Karawanken (Verhandl. k. k. Qeol. Reichsanst., 1886, p. 267-280), et dans d'autres publications.
inférieur par la lettre A : ce sont les couches de VAuernigg ou zone du Spirifer supra-mosqnensis , correspondant à Tétage gshelien des géologues russes, et alternant avec des bancs qui renferment la flore d'Ottweiler [Pecopteris arborescens, etc.)*. A ces couches succède dans notre coupe le terme B : calcaire noir à Schwagenna prtnceps.
Le troisième étage est le calcaire à Fusulines, de teinte claire, souvent rosée, où Schellwien a découvert près de Neumarktl en Carniole une faune très riche, rappelant celle du Sosio en Sicile [AgathiceraSy Scacchinella, etc.). Nous le désignerons, à l'exemple de Schellwien et de Geyer, par la lettre C, couches du TrogkofeP. Ce calcaire est suivi, ainsi que Ta montré à Geyer Texamen des superpositions, par un conglomérat bigarré à cailloux de quartz (D). C'est le Verrucano^ dont la distribution est irrégulière'. Au-dessus du Verrucano, dont il conviendrait peut-être de ne le pas séparer, repose Tétage E, le grès rouge de Crroden, contenant souvent des cailloux de porphyre et des plantes permiennes {Walchia), et au sommet du gypse. Ce grès est recouvert par le calcaire à Bel 1er aphon [F); Stäche en a le premier fait connaître la faune, qui est très étrange {Nautilus crux, Spirifer vullur, etc.); Diener y a découvert des Ammonites [Paralecanites), mais jusqu'à ce jour, un parallèle avec d'autres faunes est impossible à établir*. Cet étage est surmonté par les schistes de Werfen [G) ^ qui appartiennent au terme scythien du Trias inférieur. Par-dessus vient l'épaisse série des formations mésozoïques marines, qui constituent la plus grande partie des Dinarides.
A, Les Couches de rAuernigg s'appuient sur la surface arasée de la Chaîne Carnique, et les bancs à empreintes végétales qui y sont intercalés trahissent la proximité du rivage. Toutefois, Geyer a constaté que la superposition n'est pas absolument régulière : les dépôts ont dû parfois s'adosser aux terrains préexistants, car les assises supérieures de cet étage succèdent directement en certains points au calcaire dévonien, comme si les masses calcaires, grâce à
1. Lethaea geognostica, l. Lelhaea palaeozoica. 2. Bd., 2. Lief. IL Die Steinkohlen^ formation, von Fritz Frech, in-8% Stuttgart, 1899, p. 354-364.
2. E. Schell Wien, Bericht über die Ergebnisse einer Reise in die hämischen Alpen und die Karawanken (Sitzungsber. k. Akad. Wiss. Berlin, 1898, II, p. 693-700), et Die Fauna der Trogkofelschichten in den Karnischen Alpen und den Karawanken^ /. Die BracAtopoden (Abhandl. k. k. Geol. Reichsanst., XVI, Heft I, 1900, p. 1-122, pl. I-XV).
3. G. Geyer, Uggowitzer Breccie und Veirucano (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1899, p. 418-432.)
4. C. Diener, lieber ein Vorkommen von Ammoniten und Orthoceren im südtiroli^ sehen Beilerophonkalk (Sitzungsber. k. Akad. Wiss. Wien, Mathem.-natupw. Ci., CVI, 1897, Abth. I, p. 61-76, 1 pl.).
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leur résistance, avaient dominé la surface primitive*. Près de Schwarzenbach, les couches de TAuernigg atteignent la bande tonalitique, sans cependant empiéter nulle part sur le domaine alpin. Dans la direction de TEst, elles continuent à affleurer sur une grande distance, au Sud de la Styrie, le long des alignements de la Save, en formant la base de la série dinarique, et Rolle a constaté depuis longtemps que le minerai de fer de Weitenstein renferme des fossiles carbonifères.
Dans le domaine périadriatique, Toccasion s'ofl're fréquemment d'observer la superposition de la série dinarique aux terrains plus anciens, mais on n'y rencontre nulle part de Carbonifère supérieur marin. Cette occasion se présente sous la tranche septentrionale des couches du Trias, de Klausen jusqu'au versant sud des quartzophyllades du Comelico et de Forni Avoltri, puis le long de la faille du Val Sugana et des percées qui accompagnent TAdamello k TEst et au Sud, et suivant leurs prolongements probables jusqu'à la Sesia. En outre, vers le milieu de la bordure méridionale de cette région, le soubassement est mis au jour dans une sorte de « fenêtre », à Recoaro et dans les Valli dei Signori. Ce mot a été mis en usage par les géologues suisses, et nous l'emploierons désormais pour les cas où l'érosion fait affleurer un élément tectonique inférieur, où la dénudation locale pénètre assez bas par conséquent pour entamer soit le plan d'une discordance, soit une surface de recouvrement. Les superpositions visibles sur les bords de cette « fenêtre » ont été, de la part de Tornquist, l'objet d'une monographie*. Enfin à l'Est, dans plusieurs localités, et surtout dans l'intervalle des puissants massifs calcaires de la Menina et des Steiner Alpen, au Nord-Est de Stein, grâce aux failles et à l'érosion, des roches schisteuses et gneissoïdes se montrent au jour. Teller a décrit la structure compliquée de ces affleurements'.
Nulle part, dans ces nombreux gisements du pourtour de la région périadriatique, on n'a encore rencontré de traces du Carbonifère supérieur marin. Nulle part on n'y voit non plus la série paléozoïque inférieure de la Chaîne Carnique. Au Nord, dans les Alpes, on
1. Geyer, Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1898, p. 251, 252.
2. A. Tornquist, Das vicenlinùche Triasgebirge, in-8», vni-195 p., 14 pi., 2 captes, Stuttgart, 1901 ; voir aussi A. Bittner, Bericht über die geologischen Aufnahmen im Triasgebiete von Recoaro (Jahrb. k. k. Geol. Reichsanst., XXXIII, 1883, p. 563-634, pl. V : coupes).
3. F. Teller, Der geologische Bau der Rogac-Ginippe und des Nordgehänges der Menina bei Obei'burg in Südsteiermark (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1892, p. 119-134).
trouve à la Stangalp et au Steinacher Joch (Brenner) des plantes terrestres qui, d'après Stur, sont d'âge carbonifère supérieur, mais en deçà de la limite dinarique, je ne connais rien de semblable à quelque distance de la Chaîne Carnique; le gisement d'Assling dans la Haute-Carniole appartient encore à son voisinage*, et celui de Manno, près de Lugano, est plus ancien : les couches houillères y sont pincées dans un pli des phyllades*.
C. Les couches du Trogkofel : calcaires blancs, fossilifères, dont répaisseur est d'environ 400 mètres au Trogkofel, manifestent au sommet de cette montagne, à un certain niveau, la tendance à passer à une brèche formée de blocs anguleux ^ En s'éloignant, on voit souvent cette brèche remplacer seule les calcaires. Au début même de ces études. Stäche en avait reconnu l'importance et fixé la position stratigraphique, et il l'avait appelée Brèche d'Uggowitz, Comme il n'y a souvent pas le moindre vestige de récifs en place, à une grande distance à la ronde, Toller n'hésite pas à parler d'une transformation des rochers calcaires en brèche *.
La répartition de ces couches et de la brèche d'Uggowitz suit à peu près celle des couches de l'Auernigg. Elles pénètrent aussi vers l'Est dans le domaine des plis de la Save sans s'étendre davantage vers le Sud, mais la brèche va plus loin vers l'Ouest; elle a été découverte par Hoernes au voisinage de Sexten, dans le Tyrol, à une centaine de kilomètres à l'Ouest du récif le plus occidental, et les coupes que Geyer a données de cette localité sont fort instnictives *.
Au-dessus des quartzophyllades, qui représentent le côté sudouest de la bande du Comelico et en même temps l'étage inférieur de la Chaîne Carnique, il existe sur un point un calcaire noir qui correspond peut-être à l'étage Ä, et au Matzenboden on voit un prolongement lointain, d'ailleurs peu important, du porphyre quartzifère de Botzen, qui occupe le Nord-Ouest du domaine périadriatique. Le porphyre est recouvert par la brèche d'Uggowitz, réduite à 4 ou 6 mètres d'épaisseur, et à laquelle succèdent 150 à 200 mètres de
i. D. Stur, Oùeivarboniscfie Pflanzenreste vom Bergbau Beichenberg bei Assling in Oberkrain (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1886, *p. 383-385^; Teiler, Ibid., 1899, p. 399.
2. C. Schmidt, Allgemeine Darstellung der geologischen Verhältnisse der Umgegend von Lugano (Eclo^ae Geol. Helvetiœ, II, 1890, p. 6).
3. G. Geyer, Jahrb. k. k. Geol. Reichsanst., XLVI, 1896, p. 152.
4. Voir en particulier G. Stäche, Die Stellung der Uggowitzer Kalkbreccie innerhalb der im Gailthaler- und Karawanken- Gebirge vertretenen Aequivalente der Permforma" tion (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1878, p. 310-313); Teller, Ibid., 1899, p. 41«.
5. R. Hoernes, in E. Mojsisovics TOn Mojsvâr, Die Dolomit-Biffe von Sädlirol und Venetien, in-8», Wien. 1819. carte, p. 297 et suiv.; G.Geyer, Uggowitzer Breccie und Verrucano (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1899, p. 418-432).
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Verrucano, 200 à 300 mètres de grès de Gröden, des gypses, des dolomies et des cargneules, et enfin le calcaire à Bellerophon.
Ce qui précède permet de fixer, avec plus de précision qu'on n'avait encore pu le faire, Tage d'une partie au moins du porphyre ; la coulée a probablement suivi une dépression ; cette circonstance expliquerait en outre Tépaississement si marqué du Verrucano et du grès de Gröden ; la faible puissance de la brèche, qui ne se sépare pas du Verrucano d'une iaçon bien nette, n'en paraît que plus singulière.
Z). Verrucano et E, Grès de Gröden, Le Verrucano se présente dans un certain nombre de localités isolées, tandis que le grès de tiröden possède une distribution très étendue. On le voit sur le pourtour du massif porphyrique de Botzen et à son sommet (Ritten), dans le Val Sugana et autour de l'Adamello, de même qu'autour de la « fenêtre » de Recoaro. A l'intérieur de la chaîne paléozoïque, par exemple à TAchomitzer Berg, il recouvre directement le Silurien inférieur. Il n'y a guère de points, dans toute la région, où la super position presque générale du grès de Gröden ne soit visible, et au delà de la limite dinarique, dans les Alpes du Gailthal, cet étage forme également le substratum du Trias alpin. Vers l'Est seulement, c'està-dire dans le Sud de la Styrie, son importance diminue.
Mais le grès de Gröden n'est pas une formation marine. Les seuls restes organiques qu'on y ait rencontrés, à la base presque toujours, sont des plantes terrestres ; et vers le haut s'intercalent fréquemment des argiles gypseuses et des gypses. Ces caractères rappellent ceux de la série du Gobi ; ils répondent à une formation continentale, désertique, avec mares sans écoulement.
Le grand recouvrement par le grès de Gröden correspond à une époque de régression de la mer. Ce phénomène s'est produit au milieu de circonstances bien différentes de celles qui accompagnent les transgressions marines, ses relations avec le relief, notamment^ étant tout autres.
F. Le Calcaire à Bellerophon. Lors du retour de la mer, les conditions ont complètement changé; aussi la distribution de cet étage est-elle différente de celle des formations marines antérieures. En particulier, il ne s'étend plus vers l'Est.
Le calcaire à Bellerophon ne pénètre pas dans les Alpes ; Diener indique comme limites de son développement typique : à l'Ouest Gröden, au Nord le Pus ter thaï, Recoaro et le Val Sugana au Sud, et les environs de Tarvis à l'Esté Je ne connais pas de localité où le
1. C. Dioner, Veber ein Vorkommen von Ammoniten und Orihoceren im aüdtirol m. 30
grès de Groden manque et où en même temps le calcaire à Bellerophon existe. Sa distribution paraît plutôt indiquer une communication marine avec le Midi.
G. Entre la Menina et les Alpes de Stein et plus à TEst, dans la direction des plis de la Save, la série des couches transgressives ne commence qu'avec les schistes de Werfen, comme dans la plus grande partie des Alpes du Nord-Est. —
En tête d'un résumé des résultats précédents, un fait général ivdi^^ii. La couverture dinarique peut débuter par un étage quelconque, des couches de PAuernigg {Carbonifère supérieur) aux schistes de Werfen [Trias inférieur]; mais ensuite, jusqu'à une époque tardive, on n'aperçoit plus aucune discordance tectonique. Des inégalités ont pu se produire, grâce aux épanchements de porphyre quartziftre, aux tufs de Tétage de Wengen et à d'autres circonstances, mais on ne constate au sein de cette série aucun mouvement orogénique général. Les lambeaux de Néocomien, à la Croda di Antruilles par exemple, sont descendus dans une fosse, mais ils surmontent en concordance leur soubassement normal, et ce parallélisme d'allure s*étend dans le « golfe » de TAdige jusqu'aux couches de Schio.
Une conséquence évidente et très naturelle, c'est que la transgression s'est produite sur une surface irrégulière. De l'affleuremont des quartzophyllades dans la « fenêtre » de Recoaro et de l'absence de la transgression du Carbonifère supérieur dans cette localité, Tornquist a conclu que, dès l'époque paléozoïque, les environs de Recoaro constituaient un massif relativement élevé par rapport aux régions septentrionales, massif qui s'étendait peut-être jusque sur Taire adriatique. Nous ignorons quel est l'âge des phylladcs de Recoaro. Mais on ne peut guère s'empêcher de croire que les couches épaisses du Silurien et du Dévonien, dont les restes se sont conservés dans la Chaîne Carnique, ont dû être enlevées de très bonne heure par l'érosion sur une étendue notable. Le porphyre et la brèche d'Uggowitz reposent directement sur les quartzophyllades du Comelico, et de l'autre côté de la vallée les mêmes quartzophyllades sont recouverts par le Silurien. On ne doit pas oublier non plus qu'à l'Ouest, près de Manno, le Carbonifère moyen à empreintes végétales est pincé en concordance dans un pli des micabchistes.
Il semble réellement que la surface ait présenté des irrégularités importantes etquela région septentrionale se soit trouvée à un niveau
ischen BeUerophonkalk (Sitzungsber. k. Akad. Wies. Wien, Mathem.-naturw. CL, CVI, 1891, Abth. I, p* 73, Note 3).
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inférieur. D'après 1 etat actuel des observations, on peut en effet constater la disposition suivante :
Tout d'abord, lamer du Carbonifère supérieur a dû, de FEst, pénétrer entre le massif d' Agram et le Bacher et former un golfe allongé dans la partie septentrionale des Dinarides actuelles, entourant en partie la Chaîne Carnique et la recouvrant en partie : les pentes de cette chaîne étaient alors occupées par la flore d'Ottweiler, et les galets de quartz blanc des conglomérats du Carbonifère supérieur proviennent de ses quartzophyllades. Lors du dépôt des couches du Trogkofel,c est-à-dire à Tépoque de la faune des Scacchinelles, Tétat des choses était sensiblement le même ; et si l'on doit admettre que la brèche d'Uggowitz, près de Sexten, en est le prolongement direct, il en résulte que le golfe se serait agrandi vers TOuest, et qu'une partie du porphyre quartzifère s'était déjà épanchée au dehors. Des conditions continentales surviennent alors, et la nappe des grès de Gröden et des gypses se forme comme sous-sol d'un désert. La mer du calcaire à Bellerophon arrive probablement du Sud, puis le dépôt de cet étage est suivi pendant un temps très long par un déplacement positif des rivages (à l'époque des couches de Raibl, par exemple), — déplacement sinon continu, du moins prépondérant, qui crée l'épaisse couverture concordante.
Ainsi, quoique la discordance puisse commencer à différents niveaux, de la zone du Spirifer A2//?ramo5ywe7Ww jusqu'aux schistes de Werfen, on ne voit pas trace, pendant toute cette période, de modification tectonique sérieuse.
9. Mouvements récents. — Il résulte en même temps de la concordance des termes successifs de la couverture que les dislocations qui l'affectent doivent être récentes. De fait, ces dislocations ne remontent pas à une époque très reculée, mais leur âge est variable et le type en est également divers.
La première question qui se pose est celle de l'âge de la cicatrice tonalitique. Salomon, dans une pénétrante analyse, a essayé de montrer que l'intrusion s'est produite soit à l'époque crétacée, soit pendant la première partie de l'ère tertiaire, et plus tard il s'est prononcé en faveur de l'âge tertiaire, tandis que Lepsius ne croit pas fondée l'hypothèse d'un âge aussi récent*. A l'Adamello, une cri-
i. W. Salomon, Ueher Aller, etc., der peHadrialischen... MasseUf p. 36; et Neue Beobachtungen aus den Gebieten des Adamello, etc. (Sitzungsbcr. k. Akad. Wiss. Berlin, 1899, I, p. 35, 38); R. Lepsius, Ueber die Zeit der Entstehung der Tonalit'-Maf^se in Süd* Tirol (Notizblatt der Ver. für Erdkunde und der Grossherzogl. geol. Landesanflt. zu Darmstadt, IV. Folge, Heft 19, 1898, p. 50-55).
tique serrée des faits n'autorise qu'une conclusion, c'est que la tonalité est postérieure h une notable partie de la série triasique. Dans TEst, on constate quelque chose de plus. Si, comme cela est probable, les roches porphyritiques de Prävali en Carinthie doivent être regardées comme contemporaines de la tonalité, l'intrusion, d'après Teller, ne peut pas s'être produite avant la fin de la période jurassique. Teller montre en outre que la chaîne calcaire alpine des Karawanken du Nord est coupée brusquement à l'Est, près de Windischgratz dans la Styrie méridionale, et que la Craie de Gosau s'adosse à cette
Fio. 76. — Contact de la ligne tonalitique avec le Bacher-Gebirge, d'après la Carte géo~ logique générale de T Autriche de F. von Hauer et la feuille Prassberg delà Carte géologique détaillée, par F. Teller.
Échelle do 1 : 900 000 environ.
cassure, à laquelle elle est évidemment postérieure. Cet accident, il est vrai, ne s'étend pas tout à fait jusqu'à la tonalité, et Teller n'en conclut rien de plus au point de vue de Tage; mais la situation, à l'époque de la Craie de Gosau, paraît avoir été déjà très voisine de ce qu'elle est aujourd'hui*. Enfin l'andésite du Smrekouz vient s'appuyer directement sur la cicatrice, déjà complètement mise à nu lors de l'éruption. Cette andésite est postérieure à l'horizon de Castel Gomberto et antérieure aux lignites aquitaniens à Anthracotherium magnum; dans les tufs qui l'accompagnent on trouve des restes A'Anenchelum. Elle fait partie d'une longue traînée de pointements andésitiques, qui commence au contact même de la tonalité et recoupe
1. F. Teller, Erläuterungen zur Geologischen Karte,., SW-Gruppe Nr. 84, Prass* berg a, d. Sahfif p. 154; voir aussi p. 68 et 146.
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en biais, suivant la direction S.E., les plis de la Save (fig. 76).
L'âge variable des mouvements est mis en évidence par Tallure des couches tertiaires. Au milieu des montagnes calcaires de TEst, on voit des ingressions qui présupposent des vallées ; ordinairement, la série commence avec Thorizon de Castel Gomberto. Dans le ravin de Polschizza, au Nord-Ouest de Krainburg, j'ai rencontré par-dessous Tétage de Laverda. Mais plus à TEst, dans les accidents des bords de la Save, les couches méditerranéennes n'en sont pas moins portées à une grande altitude et plissées, comme les couches de Schio dans le faisceau des plis de l'Adige.
Or, abstraction faite de ces lignes rayonnantes et de cassures transversales subordonnées, toute la région que nous considérons ici est dominée par deux mouvements.
Le premier est l'affaissement en gradins successifs vers TAdriatique et la tendance au chevauchement qui se fait sentir dans la même direction. Au tableau de ce mouvement que nous avons déjà donné (I, p. 309), il y a lieu d'ajouter qu'il se manifeste également au Nord des failles de la Cima d'Asta, sur une plus grande échelle qu'on ne l'indiquait alors. En particulier, Salomon a constaté que tout le massif de la Marmolata est formé d'écaillés poussées dans la direction du Sud*.
Le second mouvement, complètement différent, s'observe au Nord, de Sexten et du Comelico jusque fort loin vers l'Est. Nous avons déjà vu que l'ancienne Chaîne Carnique est violemment plissée vers le Nord. On pourrait croire que cette direction des poussées s'est réveillée. Non seulement elle règne dans la région archéenne du Gailthal, mais elle pénètre plus au Nord, et le Trias alpin des Alpes du Gailthal présente partout, d'après Geyer, les indices d'un refoulement vers le Nord ^ Même les prolongements orientaux de la tonalité du Rieser-Ferner dans le Deffereggen Thal sont renversés vers le N. '. Le prolongement de la Chaîne Carnique du côté de l'Est (Stegunek) est aussi renversé vers le N.; et, là encore, la poussée vers le Nord dépasse la limite dinarique. La tonalité a pris une structure gneissique et en plusieurs endroits, la série des couches dinariques est nettement poussée du S. au N. sur la tonalité. An Nord de la tonalité, dans la vallée de Vellach, près de Rappel, tout le Trias alpin est renversé vers le N. Mais dans cette vallée, en
1. W. Salomonf Geologische und palaeontologische Studien über die Marmolata (Palaeontographica, XLH, 1895, 210 p., pl. I-VIII; carte, p. 71).
2. Gîyer, Jahrb. k. k. Oeol. Reichsanst., XLVIII. 1891, p. 363, et ailleurs.
3. F. Teller, Ueber porphyrilische Eruplivgesteinff aus den Tiroler Central-Alpen (Jahpb. k. k. Geol, Reichsa^8t., XXXVl, 1886, p. 136),
se dirigeant vers le Sud, on observe dans le Trias une sorte de « genou » : la partie supérieure est poussée vers le Nord et plonge au S. ; la partie inférieure est normale et plonge au N., de sorte qu'en un point, sur le versant oriental de la vallée, on voit les couches s'incliner au N. et sur le versant occidental s'incliner au S., comme si le chevauchement était venu d'en haut et n'avait affecté que les bancs supérieurs ^
Ainsi, sur une distance de plus de 200 kilomètres, la bordure septentrionale du domaine périadriatique est caractérisée par un refoulement du Sud au Nord, en contraste absolu avec le refoulement du Nord au Sud qui règne ailleurs. Il faut supposer, je le répète, que cette anomalie se rattache en quelque manière au plissement de la Chaîne Carnique vers le Nord, plissement dont l'âge est intercarbonifère. Elle ne semble se manifester nulle part à une distance notable, au Sud, de ce massif ancien et de ses prolongements orientaux ; par contre, elle empiète sans doute assez loin vers le Nord, au delà de la bande tonalitique, jusque sur les parties adjacentes des Alpes.
On peut se demander comment se comportent l'un vis-à-vis de l'autre ces deux mouvements opposés, le mouvement périadriatique et dinarique, dirigé vers le Sud, et le mouvement carnique, dirigé vers le Nord. Il y aurait lieu de s'attendre à trouver un éventail ou quelque chose d'analogue. Or, l'état des choses est tout autre.
Près de Pontebba, sur le bord méridional de l'ancienne chaîne, on ne voit qu'un contact à peu près vertical entre le Carbonifère et le Trias (Zirkelspitzen, I, p. 343, fig. 60), et vers le Sud, au delà de la vallée, viennent les grands massifsca Icaires périadriatiques, déplacés dans la direction du Sud. 11 paraît en être ainsi dans toute la moitié occidentale de cette région; mais les choses se passent autrement à l'Est. Pour décrire la structure qu'on y observe, menons une coupe N.-S. par le milieu de la carte des environs d'Eisenkappel, qu'a publiée Teller (fig. 74).
Au Nord, il y a du Trias alpin; au Sud de ce Trias vient une zone étroite de schistes verts, puis la bande de granitite, puis des schistes modifiés au contact, et la tonalité affleure aussi un peu plus à l'Est; en continuant vers le Sud, on trouve ensuite une bande étroite de Trias dinarique, puis le Silurien et le Dévonien de la bande ancienne
1. Ce « genou » a été décrit et figuré dans mon mémoire : Ueber die Äquivalent f des Rothliegenden in den Sûdalpen (Sitzungsber k. Akad. Wiss. Wien, Mathem.naturw. Cl., LVII, Abth., 1868, p. 276, pi. II, fig.l) ; F. Teller a dépeint le contraste local des deux versants de la vallée dans Erlfluterungn zw Geologischen Karte... SW-Gruppe, Nr. 83, Eisenkappe l und Kanker, p. 77.
LES TAURIDES ET LES DTNARIDES, 47i
Stegunek-Seeberg, qui appartient à la Chaîne Carnique. Toutes ces zones sont renversées vers le Nord, Au massif ancien Stegunek- Seeberg est superposé, vers le Sud, le premier des grands pâtés calcaires du Midi. Ce sont les Alpes de Stein,
Elles forment, avec une altitude de 2 000 mètres environ, un rectangle de 15 à 17 kilomètres do côté : c'est un massif typique do Trias dinarique, limité dans tous les sens par des escarpements. Le grand lambeau de Trias qui occupe l'angle sud-ouest de la figure 7i en fait partie. Le versant septentrional des Alpes de Stein, qui est fort large, a suivi le substratum silurien et montre les résultats du mouvement vers le Nord, Mais le versant méridional est renversé vers le Sud, et le Trias y recouvre une série tertiaire dont la base renferme YOstrea fimbrioides \
Ce grand massif calcaire est donc refoulé au Nord vers le N., comme la Chaîne Carnique, et au Sud vers le S., comme le domaine poriadriatique. Et néanmoins, il n'a été ni étiré, ni comprimé à la façon d'un éventail. // est impossible que ces mouvements aient été simultanés. Les Alpes de Stein ont été déplacées comme une masse h peu près rigide, une première fois vers le Nord et une autre fois vers le Sud, Et ce qui prouve que cette interprétation est exacte, c'est que la limite nord du mouvement méridional n'est pas régulière, car à rOuest des Alpes de Stein, Toller a constaté plus au Nord des chevauchements dirigés vers le Snd^.
Le mouvement méridional, périadriatiquo, doit être le plus récent, et il est très probable que le mouvement septentrional est même antérieur à la cassure transverse de Windischgratz, à laquelle s'adosse la Craie de Gosau. On pourrait encore imaginer que les doux mouvements se sont fait sentir alternativement.
Ces détails nous apprennent que la cicatrice tonalitique, qulcoïn-« cide avec la limite entre le faciès alpin et le faciès dinarique du Trias, indique sans doute do très importants mouvements orogéniques, mais que néanmoins elle n'a nullement arrêté la propagation des mouvements ultérieurs.
\, J'ai trouvé cette Huître dans les ravins qui dominent Sidrasch, au Nord d'Ulrichsbcpg; elle accompagne ordinairement le Cerithium margaritaceum. Pour le mouvement vers le Nord, voir F. Tellop, Erläuterungen zur Geologischen Karle.,, SW- Gruppe Nr. 83, Eisenkappel und Kanker, p. 4, HO.
2. F. Teller, Das Aller der Eisen- und Manganerz filhrenden Schichten im Stou- und Vigunsca-Ge biete (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1899, p. 396-418). Là, des couches aquitaniennes à empreintes végétales sont plissées avec le Carbonifère supérieur«