Arrêt da Parlement, de i54S
Tous les étudiants en droit appartenaient dé près ou de loin, soit par leurs relations, soit par leurs vues d'avenir, au royaume de la basoche, et, dans les « montres > célèbres qui avaient lieu au Pré-aux-Glercs, ainsi qu'aux séances théâtrales qui se tenaient sur la table de marbre de la grande salle du Palais, on les voyait toujours nombreux. C'était, pour eux, comme une sorte d'initiation au métier de la chicane; car, c'est dans ces réunions tumultueuses qu'ils nouaient souvent des rapports avec les clercs du Parlement ou du Ghâtelet, avec les procureurs et autres gens de loi dont ils étaient les futurs collègues. Mainte amitié joyeuse commencée parmi les éclats de rire de la fête, s'est poursuivre pendant une longue carrière d'honneur et de considération, au milieu de ces vénérables assemblées judiciaires où tous aspiraient à s'asseoir un jour.
Déjà à plusieurs reprises, les étudiants avaient tenté d'échapper à la tutelle arbitraire qu'exerçaient trop souvent sur eux les régents, et d'établir un ordre de choses à peu près identique à celui de Bologne. En 1281, tous les élèves de l'Université réunis avaient élu un chancelier pour défendre leurs intérêts particuliers : « ScholaresParisienses instituerunt quemdam Cancellarium proa pria authoritate contra libertatem Ecclesiœ Parisiensis*. » Leur audacieuse entreprise ne pouvait manquer d'échouer en face de la puissance, alors inexpugnable, des docteurs. Vers la: fin du xv« siècle, les Décrétistes essayèrent de reprendre pour euxmêmes cette idée et de conquérir sur la faiblesse actuelle du collège la liberté qu'il leur avait refusée dans sa puissance. Un bachelier, nommé Volant, constitua, à côté des chaires doctorales, une concurrence hardie, en s'instituant de sa propre autorité privât docent*. Plus tard survinrent de nouveau, entre docteurs et étudiants, des débats assez acres pour la désignation des bacheliers chargés de faire les cours supplémentaires, et le Parlement dut interposer sa médiation^ 17 décembre 1521 '. Ces faits, quoique antérieurs à la période qui nous occupe, méritent d'être rapprochés des révoltes répétées qui eurent lieu au xvi« siècle, parce qu'ils en exposent la genèse et en éclairent les résultats. Les registres du Parlement de 1521 contiennent des détails du plus haut intérêt, relatif à ces empiétements scolastiques \
1. Chronic. Eccl. Roihom., cap. 8. — Cf. Cl. HiMBRiEns, De Academia parisienn, p. 128.
2. Défense des droits de l'Université, p. 22. — Le libelle de Volant est daté de 1496 tt die secuadâ legibili post festum beat! Dyonisii. »
3. Du BouLAY, t. VI, p. 1.33.— Crbvibb, Histoire de l'Université, t. V, p. 149 et s.
4. En la cause d'entre M. Pierre Messier, syndic des Escholiers Estudians en la Faculté de décret en l'Université de Paris, appeliant en plusieurs instances des docteurs
Lefl élèves qui s^étaient portés demandeurs, étaient au nombre de cent vingt. Le meneur s'appelait Didier, leur syndic était H« Pierre Messier, et leur avocat, M« Charmolue. De part et d'autre, les débats furent très animés. Les mattres reprochaient à leurs disciples de venir chercher à Paris les avantages du séjour, les situations lucratives et honorables, et de ne pas même se faire graduer dans la Faculté : c .... incontinent que un escholier a icy « un peu estudié, il s*en va aux autres Universitez se faire grac duer. Et tellement, que à Paris, en un an, il n*y a aucune fois c que trois ou quatre bacheliers par an ^ > Les étudiants attaquaient vivement les maîtres, au sujet de leur inertie, de la mul-^ tiplication des substituts et du favoritisme qui écrasait tout effort généreux. Le Parlement, sans accéder immédiatement au désir des jeunes gens qui auraient voulu anéantir les anciens statuts, ne put s'empêcher de blâmer sévèrement le relâchement des docteurs. Lizet, avocat général du Boi, était moins Tinspirateur que l'interprète des sentiments de la Cour, quand il disait : « Et ceux », dit-il, « qui ont privilège sous ombre d'une administration, s'ils c ne l'exercent, n'en doivent point iotiir. Et ad idetn de Dodoc ribtÂS Regentibus. Et semble que les docteurs en décret veulent c estre honoraires, combien que leur estât soit Munus publia « cum...^ » Il ajouta même, en passant, le grand reproche si souvent renouvelé de faiblesse coupable et d'indulgence injuste pour certains candidats : a Et on dit publiée, que à Paris, on y passe « bacheliers et licentiez non suffisans... y L'arrêt déûnitif fut enfin porté le 16 avril 1522. Il était facile d'y lire, malgré les restrictions de la Cour, un juste mécontentement pour la Faculté, qui répondait si mal aux aspirations des étudiants, et une menace de réforme qui se réalisa en 1534. Ce procès fut comme la première partie d'un duel gigantesque, engagé entre la jeunesse studieuse et l'élément universitaire en retard sur son époque. Il allait durer longtemps encore et l'ambition généreuse de savoir ne devait pas cesser de sitôt d'être opprimée par un obscurantisme inexcusable et dont les autres Facultés n'ont pas donné de si nombreux exemples que le Décret.
La situation était de nouveau extrêmement tendue en 1541. Les étudiants, au nombre de trois cents, réclamèrent avec la dernière
de ladite Faculté, et MeMire François de Laage, chancelier, docteur es droit, lisant rOrdinaire en la Faculté de décret, demandeur et requérant Tentérinement de certaine Requeste d*une part; et M* Nicole le Cirier, intimé, et lesdiU docteurs d'iceUe Faculté, deffendeurs à Tentérinement de ladite Requeste d'autre part.