Discours d'Ed. Martin, 2 décembre 1177, (p
Ou exposait pourtant certaines doctrines utiles à connaître pour la procédure : c de Regularibus ; de Jure patronatùs ; de Decimis, primitiis et oblationibus ; de Simonià; de Statu monachorum; de Renuntiatione ; de Clerico œgrotante » ou bien la matière mixte «de Divortiis. » Pour ce qui regarde le droit public de l'Église el les rapports avec Rome, on en revenait toujours aux principes gallicans. Ces altérations du Droit canon étaient une conséquence de renseignement des lois ecclésiastiques donné exclusivement par des laïques * et elles étaient en conformité avec Topinion de l'époque. Le président Rolland se faisait l'interprète de cet état général des esprits, quand il disait dans son plan d'éducation : ce Je désirerois... que l'on établit dans chaque faculté de Droit un professeur chargé spécialement d'enseigner les Libe^^iés de l'Eglise Oallicaney qui seroit obligé de suivre dans cet enseignement le savant ouvrage que M. Bossuet a par les ordres de Louis XIV rédigé pour la défense des IV articles du Clergé, lesquels ne sont que le précis de nos libertés '. » Le Gallicanisme, c'était bien la maladie dont souffraient presque tous les membres du clergé français : on en pourra juger du reste par ce qui arriva à l'infortuné docteur Truchon sur lequel la Faculté fit l'expérience d'une sévérité quelque peu rancuneuse.
M. Truchon, docteur stagié de la Faculté de Paris et avocat au Parlement, avait soutenu dans une thèse probatoire pour la place d'agrégé, la proposition suivante : « Majorum Sediuyn quaedam praerogativae à Oeneralibtts Conciliis concessae fuerwit : exemptiones autem, aut sunt juins, ut hodiè Ecclesiae cathedralis exemptio, aut indulgeiitur '. » M. Lalourcey, qui était alors syndic, jugea cette proposition excessive et la déféra au conseil de la Faculté, dont l'avis général fut de blâmer la doctrine du candidat, « eo quod per consequentias quœ ex eâ deduci posscnt, episcoporum auctoritati quam habent à Chriâto Domino concessam, aliquid detrahi posse videatur i>. M. Truchon, qui tenait avant tout à obtenir l'agrégation et n'était nullement désireux d'entretenir un
1. Les ecclésiastiques étaient assurément très infectés de gallicanisme, mais si renseignement du droit canonique fût demeuré en leur pouvoir, il est incontestable qu*il n'aurait pas subi en France une si longue éclipse. Ils essayèrent bien de reconquérir le droit d'enseigner les canons, mais leurs efforts ne furent pa« couronnés de succès. Cf. M Remontrance des Ecclésiastiques Docteurs Âggrégez de la Faculté des Droits de Paris, à Son Eminence Mgr le Cardiiial de Noailles, doyen d'honneur de la même Faculté. »
2. Recueil de plusieurs des ouvrages de M. le président Roland. (Paris 1783.) Plan d'éducation, p. 143.
3. tt Positio 4* M de la thèse de concours. Cf. Archives de la Faculté de droit, Reg. IX, Commentaire, etc., année 1T74 {Reg. IX), p. 80 et s.
conflit doctrinal dont le plus clair résultat devait être son exclusion, s'empressa d'obtempérer aux remarques de la Faculté et expliqua sa phrase dans le sens des opinions courantes : a Dico per exemptiones Juris intelligere me eas exemptiones quœ hodiè extant ex possessione, et ita acquisitœ fuerant. Sed improbo consequentias ! ^ » Cependant l'affaire avait eu un certain retentissement. L'archevêque de Lyon, qui était pour lors à Paris et qui tenait aux antiques prérogatives de son siège, reçut de la Faculté le procès-verbal de la condamnation doctrinale infligée à M. Truchon et celui de la rétractation de ce docteur. Le prélat fut sensible à ces égards de la Faculté; il vint lui-même féliciter le doyen, après lui avoir adressé pour la Compagnie la lettre de remerciements qu'on va lire :
t Je connoissois. Monsieur, le zèle de votre célèbre Faculté pour le maintien des vrays principes sur la constitution de l'Église et des droits de l'épiscopat. La nouvelle preuve qu'elle vient de donner de sa vigilance à cet égard ne peut qu'ajouter de plus en plus à sa gloire. Je ne sçaurais en mon particulier assez reconnoître l'attention que vous et vos Messieurs avez bien voulu avoir, de me faire part de la délibération que vous venez de prendre; je vous prie de partager avec eux le remerciement que je vous en fais, «t de recevoir les assurances de la parfaite considération avec laquelle, etc. '. »
Le docteur stagiaire ayant donné satisfaction à ses juges avait lieu d'espérer que les difficultés allaient avoir un terme. Il n'en fut néanmoins rien. Avait-il contre lui, comme il le supposait et comme il le proclama, l'inimitié de M. Hulot, dont l'affection pour M. Godefroy, un des compétiteurs de la chaire vacante, était notoire, ou bien la Faculté ne pouvait-elle revenir de sa première prévention?... Nous croyons pour notre part que M. Hulot sut entretenir les défiances du collège doctoral avec les prétendues opinions de M. Truchon, et c'en fut assez pour le faire évincer. M. Truchon protesta devant le conseil. On l'engagea à se pourvoir devant le Parlement, mais il préféra renoncer pour jamais à son admission, plutôt que de recourir à la voie contentieuse '.
Les étudiants exagéraient les sentiments de leurs maîtres et professaient à l'égard des lois ecclésiastiques un dédain qui touchait de bien près au mépris. La Faculté s'émut de cet état de choses, et M. Martin, pour rendre à l'enseignement canonique