CHAPITRE V
Les Grades académiques : 2» Doctorat; Avantages
des grades.
Doctorat : Caractère particulier de ce grade; serments du docteur. — Actes
du doctorat : Vespéries, Répétition solemielle. Revenus du récipiendiaire ; frais d'examen. — Avantages des grades.
On n'envisageait guère le titre de docteur en dehors de la profession de maître enseignant. Les maîtres formaient une corporation étroite, unie d'intérêts et de vues, dans laquelle il était
1. Au xYi* siècle, la réception de la licence qui était le véritable aflranchiçsement de la vie scolaire recevait dans les registres de la Facalté le nom de « manomissio. >»
bien difficile de se faire admettre, étant donnés surtout, leur petit nombre et la crainte qu*ils avaient, de voir diminuer leurs bénéfices. Les étudiants qui n'aspiraient pas à être comptés parmi eux, soit qu'ils n'eussent pas le goût de renseignement, soit que leurs ressources fussent trop modiques pour élever si haut leurs prétentions, se bornaient à conquérir la licence. Il y avait cependant des docteurs qui n'enseignaient pas, mais nous les voyons très rarement pendant la première période de la Faculté.
Le futur docteur commençait par présenter sa supplique ; dès qu'elle était agréée, il prononçait les serments d'usage, puis subissait les actes officiels. Il promettait donc, en prenant Dieu à témoin :
1<^ De ne pas troubler la concorde et l'union des docteurs présents et futurs ;
2^ De ne rien révéler des secrets\ délibérations ou décisions du Conseil ;
3® De visiter individuellement les docteurs la veille de son « principium », pour les prier d'assister à ses actes et au dtner qu'il leur offrirait;
4® D'observer les droits , privilèges et coutumes de la Faculté ;
5<* De répondre sans fraude aux questions arrêtées par le Collège pour lui être proposées ;
6^ D'offrir à son docteur les cadeaux ordinaires, c'est-à-dire « bonas et honestas robas seu vestes de panno de Bruxellis seu « de consimili villa notabili ad magnam mensuram, et etiam fora raturas de bonis pennis et grossis et minutis variis, cum cappà a descarlato, cum pennis prout est fieri consuetum. Religiosis a vero doctoribus fiet satisfactio in equivalenti' >;
1^ De donner à chaque bedeau de docteur quatre sous parisis, et deux à chaque sous-bedeau ;
8*» De faire ses Vespéries dans l'espace de quinze jours ;
9® D'inviter à un repas convenable les docteurs, licenciés, ba-
1. La Faculté sévissait contre ceui qui oubliaient de tenir leurs serments. Emmanuel, archidiacre de Crémone, fut ainsi déposé en 1277 pour y avoir manqué : « ... Immo plus, cum idem Emanuel reverenciam et obedienciam jurasset decano... et ea qas dicerentur in facultate celare, ipse proprium juramentum conlempnans... decannm irrevereater... coram offîciali Parisiensi trahere minime formidavit. » Chartul, Univ, Paris., p. 542, n» 472.
2. L'usage de ces gratifications était général dans toutes les Universités : Cf. Gnioo pÂifaROLOs, De claris legum interpretiôus. Ups., 1721, p. 78. De sportulis ab eo dandis qui doctor creatur : « Creandus Jurisconsultus pecuniam inter Doctores Collegii prout est diversa locorum consuetudo dividendam deponit, quod et antiquitas in pierisque actibus observatur. Qui enim virilem togam induebat, nuptias celebrabat, etc.. »
cheliers, bedeaux, sous-bedeaux, prélats, nobles et conseillers du Parlement*;
10<* De donner des barrettes ' aux personnages qui assisteraient à ses actes etun cierge de quatre livres lors de la prochaine messe de la Faculté;
11» Enfin, il devait affirmer sous serment qu'il n'était pas chapelain d'un collège ou d'un seigneur*.
Les actes à subir pour arriver au doctorat se bornaient à deux : les Vespéries et la Repetitio.
a) Les Vespéries avaient toujours lieu un samedi. Cet exercice scolastique n'était autre chose qu'une argumentation serrée et brillante sur des questions déterminées à l'avance, et au cours de laquelle tous les bacheliers présents pouvaient attaquer le récipiendaire. La Doctorizatio ou imposition du bonnet était le complément nécessaire de cette cérémonie. Il semble presque inouï qu'un docteur ait échoué dans la soutenance d'une argumentation de ce genre; toutes les fois, en effet, que nous voyons des licenciés se présenter à la dernière épreuve, le JkfiémaHa^ rapporte à quelques jours d'intervalle le procès-verbal de leur supplique et infailliblement aussi la collation de la barrette. Les seuls idoines devaient probablement être admis à présenter leur requête. Les succès remportés dans les examens de baccalauréat et de licence étaient un gage préalable qui répondait de l'épreuve doctorale, et celle-ci était la consécration suprême de Térudition du jeune savant: aussi, les écrits et le langage du temps qualifiaientils les Vespéries de l'épithète élogieuse de « triomphales » [Actus iriùmphalis).
p) La Repetitio constituait le second acte doctoral : c'était une leçon solennelle par laquelle le nouveau docteur inaugurait pour ainsi dire le cours de son enseignement, comme le faisaient chaque année à l'ouverture des classes les docteurs -régents. Nous verrons dans un des chapitres suivants quelles matières compor-
i. Voir au sujet de ces repas le curieux petit livre de Rob. Goulet, Compendium de multipliei Parisienns Universiiatis magnificentiâ, 1517. Paris, ia-4.
2. Voici Tordre de distribution des barrettes : 1« Au prince, s'il y en avait un;
2* Aux archevêques et évêques;
3o A la Faculté (chaque régent avait droit à deux barrettes, chaque docteur non régent,
à une seulement) ; 4« Aux abbés et aux nobles; 5* A tous ceux qui étaient sur Testrade d'honneur ; 6* Aux maîtres de théologie.
A Bologne, le candidat remettait, en outre, au doyen et aux prieurs, des bagues en or et des gants fins. Cf. R. Lbonharo, Die Universitût Bologna, p. 30.