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CHAPITRE PREMIER Les Nouvelles écoles

Nécessité d*élever de nouvelles écoles. — Expédients temporaires ;

habiles procédés de MM. Trudaine

et Martin. — Inauguration des bâtiments de la place Sainte-Geneviève.

Logement des professeurs. — Sort des anciens

bâtiments. — Extinction des dettes causées par la construction

des nouvelles écoles. — Entretien de cet immeuble.

Un des événements les plus marquants des dernières années de la Faculté fut la construction inespérée des bâtiments destinés à remplacer les masures de la rue Saint- Jean de Beauvais, et leur solennelle prise de possession le 2 décembre 1772. Nous avons donné en commençant une idée de ce qu'étaient les édifices du Glôt-Bruneau : jamais ils n'avaient été confortables, souvent, ils s'étaient trouvés insufGsants ; au xvii* siècle ils étaient dans le plus complet délabrement. Philippe de Buisine, qui en avait entièrement accaparé les dépendances, comme on s*en souvient, se

i. LiARD, Bévue Internationale de l'enseignement, p. 554, année 1887 (15 novembre). 2. Id., ibid,, p. 563.

plaignait même, dans un étonnant mémoire justificatif adressé à l'Université, de pouvoir à peine s'y loger lui et sa famille. Lorsque parut l'édit de 1679, on constata qu'il serait impossible de se conformer au règlement royal si Ton ne disposait de nouveaux locaux : comment, en effet, donner les quatre leçons prescrites pour la matinée dans l'unique salle de la Faculté? Pour parer momentanément à l'éventualité, quelqu'un suggéra de demander au roi l'usage du collège de Cambray qui avait été acquis par ses ordres pour les agrandissements projetés du collège royal. Grâce à l'intervention toujours bienveillante de MM. Boucherat, de Bezons et Le Pelletier, l'affaire s'arrangea sans trop de difficultés, et deux professeurs purent se transporter journellement dans cette maison pour y faire leur cours l'un après l'autre. Ce n'était naturellement là qu'une mesure provisoire, et ce caractère même qui lui était attribué laissait l'autorité universitaire dans l'obligation de pourvoir à la reconstruction des écoles de droit. On se mit à l'œuvre pour découvrir dans le quartier de l'Université un emplacement convenable et le dévolu fut définitivement jeté sur le collège de Bourgogne situé rue des Cordeliers. L'idée était émise par le chancelier de France, il n'aurait dû venir à la pensée de personne d'y mettre opposition, mais ceux dont elle lésait les intérêts n'étaient pas disposés à céder sans défense. Le principal et le procureur du collège qui, par le transfert de leurs élèves à Sainte-Barbe auraient perdu à la fois une situation honorable, un traitement fixe et le logement, n'étaient pas faciles à convaincre : ils firent si bien, usèrent de tant de ruses et d'adroits retards qu'ils parvinrent enfin à détourner la menace suspendue sur leur tête et que la Faculté dut encore une fois se contenter de ses tremblantes demeures. Cependant la salle de Cambray causait de vives alarmes, à plusieurs reprises on parla de l'abandonner, une visite d'architectes faite en juillet 1761 ne laissa pas de doutes sur l'imprudence qu'on commettait en y restant, et on transporta les cours au collège de Montaigu * (aujourd'hui bibliothèque Sainte- Geneviève), et dans la chapelle du collège de Reims*, au sommet de la rue Saint-Jean de Beauvais.

La Faculté avait, en 1763, un doyen d'honneur qui lui portait un vif intérêt : c'était M. Trudaine', intendant général, ami du

1. Le collège de MooUigu possédait uoe des plas belles salles de rUoireraité, ses élèves eo Ihéologie y célébraient leurs actes soleooels et y soutenaient lears thèses publiques.

2. La Faculté s'y établit à la rentrée de Pâques 1162. Cette chapelle, oo platôi ee qui en restait, a été détruit au mois d'octobre 1887 pour faire place aai noarelles conatmc* tioDs de Louis-le-Grand.

3. Trudaine, qui avait pour mère la Olle de la fimeuse amie de La Footaioe, M** de la Sablière, était un ancien élère de la Ficalté.

docteur Martin, auquel la charge du décauat annuel se trouvait alors dévolue. Hommes de valeur et d'action, tous deux étaient capables de tenter ensemble la difficile entreprise de la reconstruction des Écoles. La tâche était d'autant plus ardue que les fonds faisaient absolument défaut. Les deux doyens résolurent donc de garder un silence prudent, de dissimuler même à la^ Faculté les démarches qu'ils allaient entreprendre en sa faveur. Ils avaient leur idée, et la façon dont elle fut réalisée fait grand honneur à l'esprit pratique et ingénieux de l'administrateur éminent auquel la France a dû tant de grandes améliorations \ ainsi qu'à la collaboration prudente du savant professeur. Depuis la réunion des petits collèges à la maison Louis-le-Grand, de vastes étendues de terrain s'étaient trouvées inoccupées sur les flancs de la montagne Sainte-Geneviève, les deux doyens en profitèrent pour choisir un emplacement dans les anciennes dépendances du collège de Lisieux et des Chollets qui s'étageaient en face Sainte- Barbe, à l'angle N de la place Sainte-Geneviève. Martin rédigea un projet de requête que M. Trudaine s'engageait à faire autoriser par des Lettres patentes. On y joignit le plan que SoufQot', l'architecte du Panthéon et l'ami de Trudaine, avait gracieusement dressé sans vouloir accepter aucune rétribution. Le Conseil d'Ëtat approuva sans hésiter ces dispositions préalables, et deux intendants des finances, MM. Moreau de Beaumont et de BouUongne, furent chargés d'acquérir pour Sa Majesté « tous les terreins et bàtimens nécessaires, tant pour former la place au-devant de l'église Sainte- Geneviève et rues adjacentes, que pour l'emplacement et la construction des nouvelles Écoles de la Faculté des droits de Paris, sur ladite place'. » Dix jours après étaient expédiées les lettres patentes nécessaires à l'expropriation de deux maisons qu'on avait l'intention de démolir \ Toutes ces négociations et ces multiples arrangements s'étaient poursuivis pendant plus de six mois, sans que la Faculté en eût été informée : elle ne fut instruite du projet en voie d'exécution que le 29 août 1763. Cependant, il ne suffisait pas d'avoir un terrain, il fallait des fonds pour construire un édifice digne de figurer dans l'ensemble décoratif que Soufflet destinait à la place Sainte-Geneviève. Ce fut à la loterie qu'on recourut pour les frais du gros œuvre et

1. Cf. Notices biographiques sur Us ingénieurs des ponts et chaussées, par TARié DB SAtifT-HARDom (1884). Éloge de M. Trudaine lu à rAcadémie des sciences le 5 a?nl 1769. (Bibliothèque des ponts et chaussées, cart. &33.)

2. Voir à l'Appendice I, les pièces relatives aux nouvelles écoles.

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