CHAPITRE PREMIER Les Docteurs-Régents
Nom. — Charge. — Avantages. — Serments.
Jusqu^à présent nous avons surtout paùrlé des élèves de la Faculté et si quelquefois, en décrivant l'ensemble de cette école, nous avons été amené à mentionner quelques détails relatifs aux professeurs, ce n*a été que d'une façon occasionnelle. Nous allons maintenant accorder notre attention à ce collège respectable qui, malgré des défaillances partielles et le cortège inévitable des ambitions et des susceptibilités humaines , maintint si longtemps l'émulation de la Faculté à la hauteur des études auxquelles elle se livrait. -
A l'origine les maîtres étaient tous les docteurs et les seuls docteurs. Dans la suite, quand le titre de doctor devint un grade spécial, les maîtres ajoutèrent une épithète à leur nom : doctores régentes j actu régentes^, mais, il est bon de remarquer en passant qu'ils n'étaient pas pour cela les seuls à enseigner, puisque, nous l'avons vu, les bacheliers formés avaient eux aussi, sous la direction des docteurs^ certains cours à présider. Les docteurs* régents étaient les seuls professeurs reconnus comme membres de la Faculté et ils n'en faisaient partie que pendant la durée de leur régence. C'est en 1437 que nous trouvons signalé pour la première fois un « regens honorarius non utilis », encore convient-il d'ajouter que ce régent « ad honores >, s'il était regardé comme participant aux réunions de la Faculté , ne partageait pas les avantages pécuniaires qui étaient répartis entre ses collègues. Le fait même de l'adeptiôn du doctorat suffisait en principe pour avoir le droit d'enseigner dans la Faculté , mais , quand les béné-
1. On trouve cette appellation de « regens » pour la première fois dans une lettre relaUve à runÎTersité d'Oxford (1330) (Ap. RYiccii,t. IV, p. 411, col. 1 et p. 413, col. 1). — a. Do Cajioi, Glou.
fices et les rentes vinrent donner aux régents des droits et des obligations spéciales, quand la qualité de maître enseignant fut distincte du grade lui-même, il fallut un nouveau stage et une épreuve spéciale pour aspirer à remplir les vacances qui survenaient dans le sein de la Faculté. Les traces de la constatation officielle des capacités des candidats apparaissent dès lors fréquemment dans le Mémorial. Le témoignage ordinaire de Tidonéité des docteurs à la régence et leur agrégation définitive se retrouvent dans les procès-verbaux des conseils réunis pour statuer sur ce sujet spécial ; cependant, à certaines époques, soit par suite d'un relâchement de discipline, soit par Tinfluence de la faveur, peut-être aussi en considération des qualités exceptionnelles du récipiendaire ou du besoin immédiat de pourvoir à une chaire, nous constatons la promotion directe de licenciés reçus à la fois docteurs et régents*. Les régents, ainsi que tous les écrivains canonistes des xii®, xni', xiv« et xv* siècles, étaient des membres du clergé. C'est à ce motif qu'il faut attribuer l'origine du nom de c Magistri > qu'ils portèrent tout d'abord. Ils s'appelèrent ensuite « Doctores », comme à Bologne, et ce nom était considéré comme l'un des titres les plus honorifiques d'alors '.
Une particularité remarquable dans le caractère des anciens régents, c'est le dédain qu'ils affichaient pour l'enseignement des Décrétales.' Le Décret de Gratien était leur domaine : en sortir leur semblait une déchéance, presque une trahison. Il fallait pourtant que les Constitutions nouvelles des Papes reçussent un développement, que leurs rapports avec l'ancien droit, leurs divergences et leurs modifications fussent exposées, mais ce soin était laissé aux bacheliers. Une telle manière d'agir nous semble invraisemblable, et pourtant elle était non seulement admise dans la pratique , mais indiscutable en théorie. C'était un dogme scolastique d'une importance telle, que les docteurs qui lisaient les Décrétales, même après avoir préalablement obtenu l'autorisation de la Faculté, perdaient tous leurs privilèges et n'étaient plus considérés que comme de simples bacheliers. Nous aurons occasion de revenir plus loin sur les causes de cette singularité.
La charge de docteur-régent n'était pas très accablante, ainsi qu'en témoignent les nombreuses vacances inscrites au KcUenda-