CHAPITRE m
Droit romain : l^' Période pré-imôrienne. — L'École
de Bologne.
Afli&iblissement du Droit romain et légende des Pandeeie$, — Permanence
du droit Justinien avant la prétendue déccaverte d'Amalfl.
Lois des Wisigothsetdes Bavarois; le droit de Justinien dans les écoles
préboloDaises dltalie. — Renaissance du droit.
Nous n^entreprenons assurément pas de donner ici en détail l'historique des lois romaines ; de telles particularités n'intéressent pas la Faculté de Paris, mais ce qu'il importe maintenant de savoir, c'est comment ces lois sont venues à y être enseignées et comment elles ont dans une certaine mesure continué à y être connues. C'est là seulement, en effet, ce qui, pour nous, est digne de remarque, et ce qui est sujet à controverse.
L'envahissement de l'Europe civilisée parles Barbares diminua à tel point l'influence du Droit romain, dans certaines provinces de l'empire, qu'on le crut depuis complètement disparu dans le cataclysme général : de là ces récits longtemps acceptés comme des faits historiques incontestables, et aujourd'hui relégués dans
i. Signalons cependant les principaux commentateurs des Décrétales : Vincentias Hispanus; SinU>tldiis Fliscus, depuis pape sous le nom d^Innocent IV; Bernard de Bo* tone ; Henri de Suze et Nicolas de Tudeschis.
le domaine de la fable. Pour rintelligence des événements que nous aurons à exposer, il est nécessaire de dire quelque chose de cette légende.
Uempereur Lothaire, allié du pape Innocent II, avait mis le siège devant la ville d'Amalfi \ où les partisans de Tantipape Pierre de Léon, soutenus par Roger, duc de Galabre et roi de Sicile, défendaient les intérêts du schisme. Une flotte de vaisseaux pisans prêta un concours effectif au César d'Occident. La ville fut bientôt emportée d'assaut (1133), et dans le butin, on découvrit un exemplaire des Pandectes de Justinien qui étaient alors, sinon complètement ignorées, du moins, très peu connues en Europe. Les Pisans firent tant de cas de ce trésor qu'ils le demandèrent à l'Empereur pour seul paiement de leur alliance. C'est à cet exemplaire des œuvres juridiques de Justinien qu'on devrait la renaissance du droit romain. Tel est le récit traditionnel.il est malheureusement impossible d*en admettre aujoiird'hui l'authenticité. Les travaux de Savigny, les savantes recherches de Schrader', Schulte et Fitting ne laisse plus aucune place au doute. M. Mommsen, dans la préface de son édition du Digeste, ne mentionne même plus l'histoire que nous venons de rapporter*. La découverte d'Amalfi, en effet, est aussi invraisemblable que possible, car, des guerriers ignorants comme l'étaient ceux de l'époque, auraient attaché bien peu de prix à un manuscrit qu'ils n'auraient même pas su lire. Ce qui permet également de repousser, â priori, la curieuse découverte des Pandectes, c'est le silence incroyable qui aurait été gardé à ce sujet pendant deux siècles*; mais le
1. Ville marilime, située près de Salerae, où le commerce et les arts étaient très florissaDts.