NEVEU. DU BAN
donner avis par la présente, par laquelle nous vous mandons et ordonnons de faire mettre incessaniunent ladite chaire de professeur au concours , comme vacante par la destitution dudit sieur Neveu ; et ce en la manière qui a coutume de se pratiquer en cas de vacances de pareilles charges ; nous défendons, au surplus, de plus reconnaître le sieur Neveu en ladite qualité de professeur, ni de lui permettre d'en faire aucune fonction, sous quel prétexte que ce puisse être ; et la présente n'étant pour autre fin, nous ne vous la ferons plus longue ni plus expresse. N'y faites donc faute ; car tel est mon plaisir. Donné à Marly, le 13 de mai 1707. Signé Louis, et plus bas Chamillard.» L'adresse portait : a A nos chers et bien-aimés les distributeurs de l'université de notre ville de Besançon. > Suivant de Billy, Hilaire-Joseph du Ban devrait trouver place dans cette galerie, parmi les professeurs de cette époque, à côté de Longeville, Guy Perrin et Neveu, dont il aurait été le collègue à Besançon. De Billy se borne à cette indication, dont il ne produit aucune preuve. Nous avons tout lieu de croire, contre cette opinion, qu'Hilaire du Ban, né à Gray le 22 décembre 1656, enseignait à luniversité de Dole en 1683 ; mais Louis XIV n'avait pas tardé à le gratifier d'un siège de conseiller, et lors de la translation du parlement à Besançon, il n'appartenait plus à l'université. Nous trouvons la constatation de ces faits
dans les registres mêmes conservés par la famille du Ban, originaire d'Arnay-le-Duc, tenant à la noblesse, et qui comptait plusieurs chevaliers de Malte 0). Du Ban vécut entouré de Testime publique, et lorsqu'il mourut, le 14 août 1724f, un de ses contemporains put dire de lui : c Ce fut l'un des hommes » les plus instruits, le plus sage, le meilleur ami et y» parent de son siècle. Aussi fut-il regretté comme » il a dû rétre. > Il habitait, rue du Mont-Sainte- Marie, un hôtel qui échut après lui à Jean-François du Ban, son fils, comme lui conseiller au parlement, puis à son petit-fils Sébastien du Ban, capitaine mestre-de-camp de cavalerie. Cet hôtel, après avoir appartenu à M. le premier président Alviset, est aujourd'hui occupé par son fils le président, qui tient un rang si distingué à la cour ; ainsi il n'a pas cessé d'être la résidence de la haute magistrature.
Parmi les professeurs qui inaugurèrent l'établissement de la faculté de droit à Besançon, il en est,comme on vient de le voir, qui n'ont laissé après eux que des souvenirs trop fugitifs ; d'autres ont été plus heureux; nous retrouvons dans leur vie des événements dont le temps n'a pas effacé la trace; parmi ces derniers se distinguent Despotot, Joseph Bret et Talbert.
(1) Ordre religieux militaire remontant aux croisades , et trop connu pour qu'il soit nécessaire d'entrer dans aucun détail.
PBSPOTOT. 73
Despotot (Ferdinand-Gaspard- Joseph), seigneur d'Autechaux (^), tenait à l'une des plus anciennes familles de Besançon. Une vaste et belle maison de la rue des Granges a porté pendant longues années sur sa façade les armes des Despotot, dont elle était Tbabitation avant de devenir le couvent des Annonciades W. 11 comptait parmi ses ancêtres Léonard Despotot, maître des requêtes dès Tannée 1447, sous les ducs Pbilippe le Bon et Charles le Belliqueux, puis conseiller au parlement, et enfm promu à la dignité de premier président en 1491. Ce dernier avait pour frère Etienne Despotot, qui fut, lui aussi, employé parle duc Charles dans les affaires d'Alsace, alors que cette province venait d'être acquise de l'archiduc Sigismond. En 1500, Etienne Despotot était nommé premier conseiller lai au parlement par l'archiduc Philippe, fils de l'empereur Maximilien.
Ferdinand Despotot avait fait ses premières armes à la barre; par la facilité de sa parole et l'étendue de ses connaissances, il s'était élevé et il se maintint pendant longues années au premier rang ; sa réputation était dans tout son éclat lorsqu'il fut porté, on peut le dire, par l'opinion publique à l'université, où
(1) Petite commune aux environs de Baume.
(S) Cette famille porte d'azur à un pot d*or, dont sortent trois fleurs de lis tigées de même.
74 GHAPITBJS DEUXIÈME.
il obtint la chaire de droit canon. Avocat distingué, il fut un professeur éminent , mais il avait le sentiment de sa supériorité, et il ne tolérait pas qu'il fût porté atteinte à ses prérogatives. Il eut une querelle de préséance avec le professeur des rubriques, et il éleva plusieurs incidents sur le rang qu'il devait occuper. Il mourut en 174f9, et d'Aguesseau, qui tenait alors d'une main si ferme et si digne les sceaux de France, rendit justice à son mérite dans la lettre qu'il écrivit, le 24 mai 174?9, aux distributeurs : « J'ai reçu la lettre par laquelle vous m'informez que le concours de la chaire de professeur vacante en votre faculté par le décès du sieur Despotot a été fixé au 31 juillet prochain. Je souhaite qu'il se passe avec autant d'éclat que le dernier, et qu'on puisse y choisir des sujets dignes de remplacer l'ancien titulaire, i» Despotot eut pour contemporain, comme professeur des rubriques du droit civil, Joseph Bret, dont la réputation égala la sienne. Bret professait déjà en 1712; il soulevait, en 1720, une question fort intéressante pour la compagnie. De tout temps , les professeurs avaient revendiqué la qualité de noble et de messire. En 1696, celte prétention leur avait été contestée; quatre professeurs ne se rattachant pas à des familles nobles avaient été assignés pour justifier de leur titre. Le collège intervint pour les défendre , et un jugement rendu à l'intendance leur donna gain