‹ La faculté de droit et l'école central a BesançonChapitre 15 sur 35 · NOUVELLE ÉCOLE A DIJON · texte numérisé non relu

NOUVELLE ÉCOLE A DIJON

cause Paris et plusieurs autres villes ; il pouvait invoquer d'assez nombreuses raisons, la possession d'abord et les droits acquis, puis ses sacrifices, qui ne s'élevaient pas à moins de 150,000 livres, comme l'attestent les lettres patentes de mai 1691 . Néanmoins la fortune trahit nos pères, et la Franche-Comté succomba. Le 6 juillet 1722, sur la supplication des états, Dijon obtint sa faculté de droit.

Malgré notre défaite, le patriotisme ne nous aveugle pas au point de méconnaître les heureuses destinées de cette nouvelle école, qui compta parmi ses nombreux professeurs des hommes aussi distingués par leur science que par leurs écrits, tels que Delusseux et Davot, et qui devait avoir pour doyen deux Franc-Comtois, Joseph Bret, et plus tard notre Proudhon, qui, lui du moins, dans tout l'éclat de sa gloire, ne devait jamais oublier son pays natal. Notre université eut donc une puissante rivale. On lui accorda toutefois, comme dédommagement, grâce à l'intervention énergique du cardinal Fleury, deux bénéfices d'un revenu de plus de quatre mille livres, celui du prieuré de Vaucluse, et une pension sur l'archevêché de Besançon (délibération des distributeurs du l^^ septembre 1725). « Il était si juste, écrivait le cardinal aux distributeurs (8 novembre 1724), de vous dédommager des pertes que vous aviez souffertes par l'érection de la nouvelle université de Dijon,

iiO CHAPITRE TROISIÈME.

que je n'ai eu aucune peine à obtenir de Monseigneur le duc de vouloir bien entrer dans vos raisons. Votre université a toujours été d'un grand lustre dans votre province, et il est très avantageux pour le service du roi de la maintenir toujours dans un tel état. >

La création de cette nouvelle université ne devait pas être le seul malheur qui frappa à cette époque la faculté de Besançon ; une autre mesure ne tarda pas à diminuer son personnel. Un arrêt du conseil d'Etat (23 septembre 1724) supprime deux lectures dans celte faculté, celle des rubriques et une chaire de droit canon. Les professeurs eux-mêmes applaudirent à cette réduction, qu'ils avaient provoquée en secret, et s'empressèrent de faire enregistrer au parlement la décision du conseil (17 août 1725). 11 est vrai que les émoluments de ces deux lectures devaient accroître leur traitement ; triste mobile, et qui n'est pas de nature à leur faire pardonner leur conduite ! Mais les distributeurs, gardiens vigilants des intérêts de l'université, s'indignèrent de la suppression de ces deux lectures ; ils comprirent qu elle ne pouvait qu'amoindrir l'importance de l'établissement confié à leur tutelle, et ils prolestèrent, le 4®^ septembre 4725, dans une délibération dont les considérants portaient : « qu'ayant examiné l'exposé sur lequel les professeurs ont poursuivi cette suppression, clandestinement

SUPPRESSION 1>E DEUX LECTURES. lli

et sans en faire part à messieurs les distributeurs, sans le consentement desquels il ne leur était pas permis de former une pareille demande, ils ont reconnu qu'ils ont surpris la religion de Sa Majesté par des allégations obreptices et subreptices.

> Que tous les ordres s'élèvent contre la suppression proposée, comme étant contraire au bien public de la province ; que, d'ailleurs, elle tend à diminuer l'honneur et la dignité de l'université. » Et les distributeurs ajoutaient : « Il a été délibéré qu'il était extrêmement important au bien public de la province et à celui de l'université, de demander au roi, par de très humbles remontrances, la révocation de cette suppression, mais qu'il était à propos d'attendre un temps convenable pour le faire. »

Les distributeurs n'en restèrent pas là : ils signifièrent, le 25 mai 1726, aux professeurs un autre acte pour manifester plus vivement encore leur désapprobation. Ils se demandent, dans cet acte, comment les professeurs qui restent dans les deux facultés de droit civil et canonique ont pu demander et poursuivre une suppression aussi nuisible pour l'université, sans en avoir communiqué aux distributeurs, eux qui, par les fonctions de leurs charges, étaient en état de rendre un compte fidèle à Sa Majesté de tout ce qui concernait une pareille demande.

En second lieu, ils s'étonnent < que les cinq pro-

ilâ CHAPITRE TROISIÂBOS.

fesseurs qui ont obtenu par surprise la suppression de ces deux lectures, aient formé cette demande sous le prétexte d'un dédommagement, dans le temps où ils venaient d'obtenir ce dédommagement par l'abandon d'un bénéfice d'un revenu considérable, le prieuré de Vaucluse. »

L'opinion publique se prononça pour les distributeurs ; elle blâma les professeurs d'avoir sacrifié à leur intérêt personnel celui de l'université ; chacun comprit que cette suppression ne pouvait que nuire à la faculté de droit ; mais les protestations des distributeurs ne purent conjurer la nouvelle atteinte portée à l'université ! C'est en vain qu'ils firent signifier de nombreux actes à Maréchal de Longeville, ancien des professeurs ; Sa Majesté n'en décida pas moins < que la lecture des Rubriques, que celui qui en était pourvu avait quittée, demeurerait supprimée, de même que la première qui viendrait à vaquer en droit canon, et que les gages et émoluments attribués à ces deux lectures, seraient attribués aux professeurs restant en exercice. »

Tels furent les faits principaux qui se rattachent à la faculté de droit depuis l'installation de l'université à Besançon jusqu'en 4725; à cette époque, Dunod prit rang parmi les professeurs. Il est temps d'arriver à lui. Nous avons du jusqu'ici constater le manque de documents et de détails concernant la vie des

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