‹ La faculté de droit et l'école central a BesançonChapitre 2 sur 35 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

à leurs adeptes le goût des fortes et solides études. Autour de ce foyer, d'où jaillissait la lumière , venait se presser toute une jeunesse avide de connaître, et sur laquelle reposaient les destinées de l'avenir. Pasquier en parle avec enthousiasme, en disant « qu'elles )) avaient le privilège d'attacher un chacun aux belles- 5) lettres. > Ces universités étaient presque toutes florissantes; celle de Paris attira de tout temps une foule nombreuse autour de ses professeurs. On venait de loin, même de l'étranger, assister à leurs leçons ; on tenait à honneur d'avoir disputé à Paris ; on put voir Raymond Lulle et le Dante assis au pied de la chaire de Denis Scott. L'université de Paris devint même le modèle de toutes les autres, et telle fut son autorité que Luther, levant le drapeau de la réforme, l'acceptait pour souverain arbitre. Pasquier professait pour elle une admiration sans bornes. « Qui voudra re- » passer, nous dit-il , par toutes les universités de » l'Europe, n'en trouvera une seule qui revienne au ]D parangon de celle-ci. » Il la compare au cheval de Troie, ^'où sortirent tant de héros, et il rappelle qu'elle a produit « une infinité de grands personji nages dont la postérité bruira tant que le monde > sera monde. » L'université de Paris ne fut pas la seule qui ail conquis une éclatante renommée; il en est aussi dans les provinces qui eurent leur splendeur; parmi elles il faut citer celles de Toulouse , de

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Montpellier, de Nancy, qui ne se distinguaient pas moins par le nombre des élèves que par la force des études.

L'une de ces universités qui mériteraient d'être mieux connues, est celle du Comté de Bourgogne. S*il ne lui fut pas donné d'exercer sur les esprits un souverain prestige, son rôle ne fut pas sans importance, et elle obtint une certaine renommée. Les noms des Dumoulin, desGattinara, des de Marenches, des Froissard, etc., qui prirent part à ses travaux, ne suiB* raient-ils pas pour la préserver de l'oubli? A peine transférée à Besançon^ ne devient-elle pas bientôt célèbre par la science et le talent de ses professeurs, tels que Bullet, Dunod, Atbalin, Courvoisier.? Au moment où il créait en 1744 une chaire de droit français à Besançon, Louis XV ne déclarait-il pas dans son édit d'institution que la plupart de ses membres étaient d'une science et d'une capacité exceptionnelles , et que leur renommée était venue jusqu'à lui ?

Cette université a déjà eu son historien. Labbey de Biily n'a pas consacré moins de deux volumes compacts à en retracer les vicissitudes. De Bill y remonte à l'époque où elle siégeait à Dole„ et la suit à Besançon, que Louis XIV venait d'ériger en capitale de la province; il retrace les obstacles qu'elle eut à surmonter,. ses eiTort&pour empêcher la création d'un

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étabUssement rival à Dijon. H ne se borne pas à nous faire connaître l'organisation et l'hisloire de Taniver* site; son livre nous donne ht nomenclatore et jusqu'à la généalogie des archevêques, des chanceliers, des premiers présidents et présidents, enfin des dislri-» buteurs, recteurs et autres officiers de runiversité. L'oeuvre, à ce point de vue, peut paraître complète ; elle laissait néanmoins à rechercher et à reproduire, en interrogeant les documents que l'histoire nous a transmis, la physionomie ^ le caractère et le rôle de ceux de ces personnages qui sont comme les illustrations de cette vieille université franc-comtoise» De Billy Tavait compris; un troisième volume devait compléter son travail, que la mort ne lui a pas per* mis d'achever.

Je voudrais pouvoir combler oette lacune, sans me dissimuler les difficultés d'une telle entreprise. De Billy avait connu cette univerûté , il avait vécu avec tin certain nombre de ses professeurs. Entraîné par une sorte de penchant vers les études généalogiques, ii savait l'histoire de presque tontes les familles de Franehe-Comté. Esprit laborieux, investi-* gateur, avec certaines prétentions à là noblesse, il pouvait nourrir l'espérance de mener à bonne fin la tâche qu'il s'était imposée, La main du temps n'avait pas encore passé sur la mémoire de ces hommes, dont il se proposait de retracer la vie elles travaux;

8 IMTRÛDUGTION.

ils avaient laissé des souvenirs encore vivants ; aujourd'hui ils sont presque oubliés.

Comment retrouver, dans ce vague lointain des âges et à travers tant de bouleversements qui ont lavi à l'histoire ses documents les plus précieux, les informations nécessaires à l'étude biographique de tous ces jurisconsultes, de ces professeurs, de ces médecins, de ces théologiens, dont plusieurs ont pourtant joué un rôle considérable? Il en est qui vivent dans leurs ouvrages, hélas ! trop oubliés ; ceux-là, du moins, nous ont légué des monuments qu'il est permis d'étudier ; mais les autres n'ont laissé à la postérité que le souvenir d'une célébrité dont il n'est plus «possible de contrôler les titres. La présomption la plus audacieuse ne saurait prétendre à remplir le cadre que de Billy s'était tracé ; une trop juste défiance, m'eût d'ailleurs garanti contre cette témérité. Enfant de cette province, j'ai voulu néanmoins continuer l'œuvre de Billy dans les limites où cette tâche me parais^ sait pouvoir être encore abordée. Un sentiment de patriotisme m'a conduit à apporter mon faible tribut aux efforts de ces esprits si distingués qui reconstituent de nos jours avec tant d'éclat et d'autorité l'histoire de notre pays natal. Je m'estimerais heureux si mes études pouvaient contribuer à faire revivre quelques-uns de ces hommes que leur illustration si tôt effacée n'a pu préserver de l'oubli du temps.

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Puisse cet essai montrer que la Franche-Comté a toujours été la terre du droit et la patrie d'éminents jurisconsultes I Avant le xviu® siècle, elle donnait le jour à Boguet , à Jean et Prudent de Saint-Mauris, à Grivel» à Boyvin, à Jobelot et à Claude Chiflet ; Du* nod, Courvoisier, Seguin, se montraient au siècle suivant les dignes héritiers de ces grands esprits, et servaient comme de transition des temps anciens aux temps nouveaux; Grappe, Loiseau, Curasson, Dallez, Bugnet, Valette, Proudhon surtout, qui fut leur maître à tous et le chef de l'école moderne , ont prouvé de nos jours que nos vieux jurisconsultes n'avaient pas laissé en eux des fils dégénérés^

De Billy méditait, dans la trop vaste conception de son plan , d'embrasser la vie et les travaux de tous les anciens professeurs ; à chacun d'eux il réservait une notice ; pour nous , nous n'oserions aborder une semblable entreprise, d'ailleurs irréalisable à nos yeux. Nous ne nous occuperons ni de la théologie, ni de la médecine, ni même de la faculté des arts ; nous restreindrons nos recherches à la faculté de décret W. Nous devons à regret renoncer à remonter jusqu'aux professeurs qui ont rendu jadis si justement célèbre l'université de Dole. L'écho de leurs voix éloquentes s'est perdu depuis longtemps

(1) De droit.

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dam réloignemenl des siècles , et l'kisiiffisa&ce des documents ne periDeitrait pas, pour la plupart d'eotre eux , de retracer leur vie. La faculté de droit depuis sa translation à Besançon sera seule l'objet de cette étude. Le champ est d'ailleurs assez vaste ; il l'est trop peut-être pour le nouveau venu qui lente aujourd'hui de le cultiver. N'est-il pas téméraire d'entreprendre l'histoire de cette faculté, que de fiiliy nous représente comme le séminaire du parlement avant la vénalité des charges, un poste d'^honneur et vme sorte de vélérance pour ceux des anciens avocats qui s'étaient le plus distingués par le talent et le caractère î

Quelle était l'organisation de cette faculté, dont la renommée fut si grande? Quelle était celle de notre vieille université fracM>-camtoise ? Il n'est pas sans intérêt de jeter sur l'une et sur Taulre un rapide coup d'œil , avant de nous occuper des professeurs. Si de Billy doit être notre guide, nous aurons souvent à le rectifier et à le compléter.

Translation de runiversîté à Besançon.. ~~ Importance de cette ville. — Composition du collège de Tuniversité. — Prérogatives, privilèges, traitement des jH^ofesseurs de droit. — Dot de Tuniversité. — Droits d'examen. — Temps d'étude. — Grades. — Mode d'enseignement. — Les étudiants ou

En 1691» par ordre de Lauis XIV, l'université était transférée à Besançon. Gray avait été son berceau, et elle ne comptait pas seulement parmi les plus anciennes de la Gaule , mais aussi de TAlIemagne , de l'Espagne et de l'Italie; Dole l'avait obtenue en 1421 par lettres patentes de Philippe le Bon. La mesure prise par Louis XIV avait pour but de donner une marque de satisfaction à Besançcui pour la fidélité qu'elle avait témoignée et qu'elle témoignait chaque jour à son service, et ses lettres portaient que € chacun des pro*

> fesseurs, distributeurs et autres officiers de l'uni- » versité &e rendraient à Besançon pour y enseigner

> et y tenir à l'avenir les séances, dans l'hôtel qui

12 GHÀPITRE PREMIER.

» leur serait fourni^ de la même manière qu'ils faij» saient dans ladite ville de Dole. » Le roi ajoutait que, rapprochée du barreau, l'université ne pourrait que devenir plus florissante et procurer à ses sujets de nouveaux éléments d'instruction.

Depuis longtemps, Besançon aspirait à devenir le siège de l'université; confiante dans les promesses des empereurs , elle s'était flattée du succès , et elle avait déjà recherché le concours de Cujas. Le grand maître» qui enseignait alors le droit à Bourges, n'accepta pas cette offre ; il se borna à répondre que dans Claude Chiflet la faculté avait un autre .Cujas. Repoussés de ce côté, mais non découragés, les gouverneurs se tournèrent vers l'un des professeurs dont s'honorait le plus la faculté de Paris, François Baudouin. La proposition fut acceptée, et Baudouin expédia à Besançon sa bibliothèque, qui avait déjà été installée dans un logement choisi pour lui et sur sa demande , par les gouverneurs. Le roi de France , ne voulant pas priver son université d'un tel professeur, opposa une résistance absolue à son départ. Baudouin fut contraint de s'excuser; mais, ne voulant pas être à charge à la ville , il demanda à supporter seul les dépenses faites pour le recevoir. Les gouverneurs, loin d'accepter cette offre, s'empressèrent de lui expédier dans une boîte d*or les litres qui lui conféraient le droit de cité à Besançon, faveur bien rare>

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