LE PARLEMENT A BESANÇON
dont nos mœurs ne peuvent nous faire apprécier rimportance. Cet incident tourna à l'avantage des professeurs de Paris, dont le roi fit augmenter le traitement, pour qu'ils ne fussent pas tentés à l'avevenir d'accéder à de semblables propositions.
En transférant l'université à Besançon, Louis XIV avait supprimé celle de Dole. Notre ville voulut reconnaître cette faveur en offrant au roi cinquante mille livres. La translation du parlement lui-même dans la nouvelle capitale de la Comté était récente ; £lle remontait à 1676. Jean-Ferdinand Jobelot était alors à sa télé, c Jobelot,. grand en science et grand 3 en piélé, suivant le langage d'un contemporain (^),
> magistrat instruit, infatigable au travail, humain et 9 charitable même pour ses plus grands haineux,
> ayant toujours ignoré ce que c'était que la ven- » geance. i> Premier président depuis 1675, la mort devait l'enlever à son siège en 1702, après quarante*neuf ans de magistrature. Le parlement brillait d'un vif éclat. Ne comptait-on pas dans son sein d'Orival, Ferdinand Lampinel, Pierre Belin, Talbert, François Bocquet, seigneur de Courbouzon, écrivains distingués pour la plupart, et sachant allier à M science du droit le culte des lettres I Au moment où Claude-
Ci) Ferdinand Lampinet, Histoire inédite du parlement de Franche' Comté. •
14 GBAPITRE PREMIER.
Etienne Favîère composait son livre RubrioB cum cùncorduntiiSy sa muse enfantait un poème, et ce poëme avait pour sujet les règles du droit sous le titre majestueux d'Apostoleidos. Richard d'Orival, conseiller depuis 1684, se faisait remarquer par sa science, et son parent, Claude-François d'Orîval, auquel l'admiration des contemporains décernait le surnom de Plume d'or^ devait publier plus tard, en 17S1, un commentaire très apprécié des usages et coutumes de Besançon. On trouverait bien çà et là dans son livre certaines hardiesses et quelques étymologies un peu risquées. Que pensera-t-on de celle qui retrouve Besançon dans un bison ou vison, animal, dit l'auteur, ressemblant à un cerf ? A cette époque, le parlement avait encore les Terrier. Jacques Terrier, de Vesoul, conseiller à Dole, mort en 4658 , étail représenté par son fils et son petit-fils, comme lui conseillers. Le premier avait commenté le droit et les coutumes dans des notes manuscrites que Dunod mit à contribution (t). Le parlement possédait aussi Ferdinand de Lampinet, digne soutien d'un ancien nom judiciaire, avocat général en 1675, puis conseiller , l'un des meilleurs et des plus instruits ; à sa mort en 1740, il laissait plusieurs ouvrages consacrés à l'histoire juridique. On n'a pas oublié son ancêtre ,
(1) Dunod, TraUé au preseriiUioni^ Avertissement, page 6.
BESANÇON, mOBTANCB DE CETTE VILLE. 15
Jean Lamphiet, auquel le testament de son beatt^pére, le conseiller Pierre Sachant, mort en 1630, et qui lui avait adroitement légué sa robe rouge, valut son entrée au parlement; ce legs, d'une diplomatie consom* mèe, lui porta bonheur; d'autres titres le recomman<> datent sans doute ans suffrages de ses collègues. L'histoire nous a aussi coaservé le nom de Pierre Belio, qui, entré au parlement en 1685, en était le doyen lors de sa mort en 17âS, magistrat fort estimé et six fois jugé digne par la compagnie de la représenter dans des cérémonies d'apparat. C'est lui qu'elle désignait en 1716 pour se rendre à la oour avec trois de ses collègues, et complimenter le roi sur son avènememL
Besançon méritait à tous égards l'honneur que ve* sait de lui faire Louis XIV, en la désignant comme siège de l'université. La ville s'était agrandie, et elle effaçait de beaucoup eji importance celle de Dole. Elle était déjà la résidence des principales autorités de la province. On reconstruisait avec une certaine élé* gance une partie du palais pour l'installation du parlement; l'hôtel de l'intendance allait bientôt être édifié. L'hôpital Saint-Jacques, le séminaire, dont Pierre de Grammont venait d'inaugurer les travaux ^ s'élevaient rapidamenti et ils étaient achevés en 1707. Le commerce était florissant, la ville acquérait chaque jour un nouveau développement*
16 GHAPITBE PREMIER.
L'université donna bientôt une vive impulsion à rétude des lettres et des sciences. Elle offrait aussi à ses élèves d'attrayantes distractions. La muse tragique y avait ses autels : on composait des pièces de théâtre avec force prologues et dédicaces. Un poète distingué, Jean Mairet, qu'on peut citer comme l'un des précurseurs du grand Corneille, venait de mourir à quatre-vingt-six ans, après avoir donné au public de nombreuses pièces de théâtre, notamment la Sophonisbe et Marc-Antoinej deux pièces appréciées à juste titre et qui suffirent à l'honneur de son nom. L'archéologie et la numismatique étaient représentées par l'abbé Boisot, prêtre de Saint-Vincent, qui vieillissait dans la retraite, au milieu de ses bronzes, de ses médailles et de ses tableaux, entouré des témoignages d'estime et de respect que tous les savants de son temps se plaisaient à décerner à son érudition et à ses vertus. Des bénédictins, parmi lesquels on distinguait dom Fauste Labbey, pénétraient au fond des monuments pour en tirer tout ce qui pouvait intéresser l'histoire de la province. C'était pour la Franche-Comté une époque de renaissance et l'aurore de temps meilleurs, à la suite des guerres continuelles qui l'avaient bouleversée et épuisée pendant près d'un demi-siècle. Depuis la conquête, le calme avait reparu ; la vie intellectuelle se ranimait, grâce à larchevêque Pierre de Grammont, qui