ÉCOLE CENTRALE
votre triomphe, citoyens professeurs : c'est d'inculquer à vos élèves le besoin du travail, la haine de Toisiveté, l'amour de la vertu, le respect pour les lois et le culte de la patrie. ^
De son côté, l'administration centrale favorisa ellemême les études ; non-seulement elle s'occupa activement de l'installation de la nouvelle école, mais elle prit soin de faire payer aussi exactement que possible le traitement des pi'ofesseurs, qui l'attendaient quelquefois assez longtemps. Elle essaya de stimuler le zèle des élèves, en ordonnant que les concours ne pourraient se faire qu'avec solennité, en présence de plusieurs de ses membres, voulant, selon les expressions consignées dans un de ses arrêts, former des hommes utiles à la patrie, qui les appelait à la haute destinée de républicains. Des prix furent décernés, le 10 fructidor de chaque année, aux étudiants qui.s'élaient distingués(^). Entre les mains d'un
(1) En Tan vi, 90 francs étaient consacrés à l'acquisition de ces récompenses, qui se composaient de :
Corpus juris civilis, 6 vol. in-fol., 24 fr.
Id., 5 vol., U
Lois civiles de Domat, 5 voL in-4o, 15
Traité du droit des gens, par Emmerich Vattel, 12
Traité des prescriptions, par Dunod, i
Leçons de droit de la nature, par Felice, 3
Œuvres de d'Aguesseau, 5
Contrat social de Rousseau, 3
90 fr.
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seul professeur^ l'enseignement du droit ne produisit pas moins d'heureux résultats; et ce fut à cette époque de transition que se formèrent des jurisconsultes éminents ; Técole centrale devint bientôt aussi florissante, au point de vue de renseignement, que l'ancienne faculté.
Les premiers professeurs furent :
MM. Jourdain, professeur de dessin.
Vuillemin, professeur de langues.
Debesse, professeur d'histoire naturelle.
Demeusy, professeur de mathématiques.
Guillemet, professeur de physique.
Ordinaire, professeur de grammaire générale.
Briot, professeur de belles-lettres.
Viguier, professeur d'histoire.
Monnot, professeur d'anatomie.
Et Grappe, professeur de législation.
Coste fut bibliothécaire.
Et Charles Nodier, bibliothécaire-adjoint.
Ainsi, l'ancien professeur de 1791 allait inaugurer le nouveau cours de législation; le procès-verbal constatant le résultat des examens faits par le jury d'instruction portait :
« S'est présenté le citoyen Grappe, qui n'a fait que confirmer au jury la réputation distinguée qu'il a déjà acquise dans la connaissance des lois et dans la manière de les envisager. Il est heureux pour la
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ehose publique qu'il désire remplir les fonctions de professeur, et le jury lui donne son suffrage. Signé : Guillemet, Millot, Girod. »
Le i3 floréal an iv, la nomination fut approuvée par Tadministration départementale dans les termes suivants :
c Séance du 13 floréal an rv, à neuf heures du matin. Etaient présents: le citoyen Rambour, président, Masson, Perriguey, Besson et Quirot, commissaires du directoire exécutif; vu le procés-verbal d'examens faits par le jury des écoles centrales du département, le l^r du courant, par lequel, en persistant dans la nomination qu'il avait faite des citoyens Grappe, professeur de législation, Victor Goucherey, pour celui de grammaire générale, et Viguier, pour celui d'histoire, il a nommé le citoyen Besse pour celui d'histoire naturelle, et Briot pour celui des belleslettres ; le rapport du citoyen Perriguey, et le commissaire du directoire exécutif entendus,
» L'administration départementale approuve la nomination faite par le jury des écoles centrales des citoyens Grappe, Besse et Briot. j>
Mais, au moment où l'érudition et la science de Gnippe lui faisaient obtenir une chaire de droit, il devait recueillir une nouvelle preuve de l'estime que lui avaient acquise la modération de ses idées et l'honnêteté de son caractère ; il était, en effet, nommé
président du district de Besançon, fonctions qu'il ne devait occuper que quelques mois pour arriver bientôt au conseil des Cinq-Cents.
Grappe ne professa donc pas, et c'est seulement vingt années plus tard, en 1818, que la carrière de renseignement s'ouvrit de nouveau devant lui ; le 17 prairial an iv. Clerc fut appelé à le remplacer.
Pierre-Michel-Dorothée Clerc était né à Besançon, le 2 septembre 1762; son père avait été avocat au parlement, et lui-même, après s'être engagé comme soldat dans un régiment d'artillerie^ était venu étudier le droit à Tuniversité de cette ville. Elève de Courvoisier et de Seguin, il avait sous la présidence de ce dernier remporté à vingt-un ans le grand prix du concours ; avocat, puis homme de loi, il était resté étranger à tous les excès révolutionnaires et avait même employé son crédit et son talent à préserver de la mort ou à maintenir dans l'intégrité de leurs droits ceux que poursuivaient les haines politiques ; il n'avait pas moins conquis une position exceptionnelle, et, quelque suspect qu'il pût paraître, la profondeur de ses connaissances , l'éloquence de sa parole, n'étaient, d'après un de ses biographes (*), contestées par personne, et devaient nécessairement attirer l'attention du jury. Les termes dans lesquels
(1) Notice sur M. Clere, par M. de Golbéry. 1851.