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bien au pays qu'il honorait et à Taffection de tous ceux auxquels il avait été donné de le connaître.
Si l'on faisait un jour l'histoire de notre barreau, on retrouverait le nom d'Oudet parmi ceux des avocats les plus distingués de l'ordre.
Tels furent quelques-uns des hommes qui, «ortis de cette école centrale, dont la durée fut pourtant si courte, surent conquérir hors de leur province un nom justement honoré. Notre pays ne peut les oublier ; car, malgré leur éloignement, ils lui sont toujours restés attachés de cœur. Mais la Franche- Comté peut aussi citer avec fierté des jurisconsultes élevés dans son sein, et dont la vie s'y est écoulée tout entière.
François-Bonaventure Alviset, que nous mentionnerons en première ligne, appartenait à une ancienne famille parlementaire, et cette origine l'appelait naturellement à la magistrature; aussi, ses études de droit terminées à Técole centrale, fut-il nommé, en 1807, conseiller auditeur à la cour de Besançon, substitut du procureur général en 18H, conseiller en 1813 et président de chambre en avril 1816, en remplacement de M. de Bouligney, son beau-père. Lors de la révolution de Juillet, il parvint à la haute position de premier président, que laissait vacante la démission de M. Chiflet.
Né en 1782, Alviset avait vu les monstrueux excès
de la Terreur et les agitations dn Directoire. Cette époque avait produit dans sa jeune âme une impression qui ne s'effaça jamais, et qui eut sans doute la plus grande influence sur la ligne politique qu'il devait suivre plus tard. Convaincu, en effet, que Tordre et la tranquillité sont le premier besoin des peuples, il se rattacha à tous les gouvernements qui pouvaient donner le repos à la France. A ce titre, l'empire avait ses sympathies : la forte organisation donnée par Napoléon à l'administration et à la justice plaisait à cet homme, ami de l'ordre. Lorsque vint la Restauration, il se rallia à une monarchie dans laquelle il voyait le salut de la patrie , compromis par les désastres de nos armées ; toutefois il se refusa à s'associer à la violente et im politique réaction qui signala l'avènement des Bourbons, et il demeura toujours dans les limites d'une sage et libérale modération, soit comme magistrat, notamment lors des procédures instruites à la chambre d'accusation à l'occasion des désordres de cette époque, soit dans la vie civile, en appuyant aux élections la candidature et les principes de M. Courvoisier. La révolution de 1830 le trouva aussi résolu dans les mesures de nature à maintenir la tranquillité publique ; son rôle ne pouvait que grandir avec cette dignité de premier président, dont il se trouva investi ; il ne se servit de cette augmentation de puissance que pour combattre avec
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une énergie intrépide le trouble matériel et le trouble moral que les théories socialistes jetaient dans les esprits au!x approches de 1848. Ce qu'il avait été toute sa vie, il le demeura sous le second empire, toujours sur la brèche contre le désordre, reconnaissant pour un gouvernement qui assurait la tranquillité du pays.
Nous avons envisagé Thomme politique seulement, le magistrat mérite aussi qu'on s'y arrête. Une infaillible rectitude de jugement, une mémoire exceptionnelle, une science juridique accrue sans cesse par un travail de tous les jours, et une rare expérience qui, dès les premiers mots d'une affaire, lui permettait de juger de quel côté se trouvait le droit, donnaient au premier président Alviset, dans sa compagnie, une prépondérance qui tournait à l'avantage de la justice.
Petit-fils et neveu d'un président et d'un conseilter au parlement de Franche-Comté, il devait avoir un digne représentant de sa famille dans son fils, président de chambre à cette même cour de Besançon, aussi distingué par son savoir et sa rapidité d'i»tuition, qualités héréditaires, que par sa fermeté.
Si nous abordons le barreau, nous allons y rencontrer toute une génération d'avocats ardents au travail, puisant dans une pratique assidue l'expérience, le sens juridique, la connaissance des af&ires, sans
lesquels la science théorique la plus profonde ne saurait rendre de véritables services. Elèves de l'école centrale, ils ont étudié la jurisprudence ancienne, connaissent Torigine de nos lois modernes et ont comparé les deux législations. Ils visent à l'utile plus qu'à l'élégance, et subissent les habitudes d'une province où, par caractère, l'on fait passer le fond avant la forme, mais ils excellent à présenter les faits dans un ordre méthodique, dégagent le point de droit avec netteté, et il est difficile de procéder avec plus de clarté et de logique. Nous essaierons, en choisissant trois hommes au milieu de ce grand nombre que l'on pourrait citer, de faire comprendre quels étaient les caractères généraux et la physionomie de ce barreau franc-comtois, qui se trouva prêt à remplir honorablement sa mission lors de la réorganisation de la magistrature. De Mérey, Demesmay, Curasson, nous fourniront les exemples que nous cherchons.
De Mérey peut être représenté comme le modèle de toute cette génération de jurisconsultes et comme l'un des exemples les plus éclatants de ce que peut la volonté. Reçu avocat, il ne voulut entrer dans la lice qu'avec le savoir d'un maître, et dix années entières il se condamna à étudier en silence et à méditer le texte de la loi et les règles de l'éloquence, méritant par cette rare persévérance cet éloge que donnait Pasquier à un avocat de son temps, c lequel voua au
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silence quatre ans entiers assidus sans mot dire, et depuis, se jetant au barreau, fit reluire en lui un ta* lent admirable entre les avocats. » De Mérey attendit que son heure fût venue et que sa conscience lui dit qu'il était de force à justifier l'ambition de son légitime orgueil ; aussi ses premières causes furent-elles une série de triomphes. Dès le premier jour sa réputation fut faite et ne fit que grandir. Il brillait par la dignité et la force ; il parlait une langue correcte, énergique, dont la forme commandait l'attention et le respect. Il ne fut jamais ni vulgaire ni trivial, et le caractère particulier de son talent était une grande élévation dans la pensée aussi bien que dans l'expression. Il excellait surtout dans la réplique ; c'est là qu'il attendait son adversaire et que, mordant sans violence, vigoureux et pressant dans son argumentation, il répondait à toute la plaidoirie qu'il venait d'entendre, si longue, si détaillée qu'elle pût être. Mémoire, méthode, tout était completdans de Mérey. Son attitude et sa haute taille ajoutaient au prestige de sa parole ; droit et ferme, il y avait dans ses traits quelque chose d'ardent et de sévère ; c'est ainsi que l'on se représente les tribuns, quand ils parlaient au nom du peuple. Une grande distinction de manières et de langage dénotaient toujours en lui l'homme de bonne compagnie.
Il est regrettable que d'un tel talent il ne reste que
des souvenirs destinés à périr avec ceux qui ont pu l'entendre. Soit qu*il comptât sur les émotions de Taudience, et que, certain de tradaidre sa pensée dans une improvisation facile, il jugeât inutile de fixer ses idées, soit que sa phrase écrite et privée de la puissance qu'y ajoutent l'accent et le geste lui parût audessous de ce qu'il rêvait, il ne confia rien au papier : à peine prenait^-il de courtes notes, presque illisibles, dans lesquelles on chercherait vainement l'ordre de son discours. Il ne rédigea que de rares mémoires, et on ne retrouve dans sa prose ni l'éclat ni rélégance de sa parole.
Guy-Etienne-Donat Demesmay, d'une ancienne femille de Pontarlier, s'était lié avec Loiseau, son compatriote, d'une de ces amitiés d'enfance que la mort seule peut rompre. Venus tous deux à Paris, ils se livrèrent à des travaux de jurisprudence, et Demesmay fut l'un des collaborateurs du Dictionnaire des arrêts moderneSy publié sous la direction de Loiseau et avec le concours de Dupin. Ce dictionnaire élait destiné à résumer tous les autres recueils ; il formulait sur chaque question le point de droit dans une notice, avec un commentaire doctrinal pour l'intelligence et la conciliation des décisions judiciaires. En 1810, Demesmay s'inscrit au barreau de Besançon, et pendant vingt-huit années, athlète infatigable, on le voit chaque jour à la barre. Son talent lui donne un
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rôle dans toutes les affaires importantes» et toutes contribuent à étendre sa renommée. Plein de verve et de logique, il avait une science étendue, une dialectique très serrée et un esprit éminemment pratique. Président du conseil général, conseiller à la cour de Besançon en 1838, il sut, par son expérience, sa modération, ses connaissances étendues, rendre partout d'éminents services.
Doué de cette bonhomie fine qui se retrouve souvent chez les habitants de son pays, il était bienveillant pour tous, plein de loyauté et d'aménité. Aussi a-t-il légué à la nombreuse famille qui lui survit un nom entouré de l'estime de tous, et qui est pour elle un titre d'honneur (^).
C'est naturellement après de Mérey et Demesmay que nous devons placer un homme auquel il ne manquait, pour être leur égal, qu'une certaine distinction de langage et de forme, qu'il ne rechercha jamais. Cet homme est Jacques Curasson. Il était né en 1770, à Neublans (Jura), d'un vigneron de souche mainmortable. Devenu orphelin de bonne heure et placé à la maîtrise de Dole, il se livra avec ardeur à l'étude de la théologie ; mais la révolution ferma les séminaires, et Curasson suivit en Suisse une partie de
(1) Voir journal la Franche-Comté du 22 décembre 1860 ei Journal de Pontarlier du 80 du même mois.
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ses maîtres. Rentré en France, il fat enrôlé sons les drapeaux de la république ; le mauvais état de sa vue le fit réformer. Ses opinions, fort exaltées d'abord dans le sens républicain, se modifièrent peu à peu, et il fut même dénoncé après le 18 fructidor comme étant à la tète d'un complot royaliste. Heureusement pour lui, deux de ses amis, Oudet et Trémolières, secrétaires de l'adjudant général, le sauvèrent en brûlant les pièces de la procédure.
Gurasson était infirmier militaire, lorsqu'il entra un jour dans la salle où Proudhon faisait son cours ; il fut illuminé en quelque sorte par renseignement de ce grand maître, qui lui révéla sa véritable vocation. Il se livra avec ardeur à l'étude du droit, et, pendant trente années, il figura au barreau de Besançon au nombre des avocats les plus occupés et les plus habiles ; chose unique peut-être dans cette profession, il ne perdit pas une cause durant tout le cours de l'année 1814. Il défendit avec un grand succès le général Marchand, accusé d'avoir trahi les Bourbons pendant les Gent-Jours, . et il le fit acquitter.
Gurasson était toujours resté fort ardent dans ses opinions royalistes et homme de parti. En 1831, il fondait la Gazette de Franche-Comté^ qui fimt par succomber à la suite de trois condamnations.
Incisif, mordant, vigoureux dans son argumenta-
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tioiiy la correction lui manquait, et il se jetait comme à plaisir dans des trivialités que le goût ne pouvait que réprouver. Sa grande qualité élait de savoir ramener les affaires les plus difQciles à un argument capital» qu'il développait alors sous toutes ses faces et souvent avec un rare bonheur. Figure originale, accentuée, Gurasson demeurera comme un type, bien qu'on ne puisse en tout le proposer comme modèle. Il a composé plusieurs ouvrages importants, un Commentaire du Code forestier et une savante révision du Traité de l'usufruit de Proudhon. Son œuvre principale est celle qu'il a publiée en 1838, sur la Compétence des juges de paix. Membre de l'Académie de Besançon, il a communiqué à cette compagnie plusieurs mémoires sur la formation territoriale et politique de la France.
Beaucoup d'autres élèves de Proudhon, lors de son enseignement à Besançon, mériteraient une étude spéciale ; où nous faisons une ébauche, il faudrait une histoire. C'est ainsi qu'à ces noms nous pourrions ajouter le président Trémolières, nommé juge à Besançon, puis président du même tribunal ; Daclin, sous-préfet dans la même ville, de 4814 à 1844 ; le président de chambre Bourqueney ; Colin, ancien député, procureur général à Dijon et à Douai, conseiller à la cour de cassation ; Papillon, président du tribunal de Lons-le-Saunier ; Charles Sermage, qui
suivait les cours en Tan xi ; ^Monnot Bruno Arbilleur, Maurice, Claude-Louis, Callet, Droz, qui étudièrent le droit de Tan vi à l'an ix, et qui tous devinrent conseillers à la cour de Besançon.
Mais une simple esquisse sur chacun de ces hommes ne saurait, si rapide qu'elle pût être, rentrer dans le cadre de cet ouvrage.
Cet essai suffira d'ailleurs pour montrer ce qu'a été renseignement du droit en Franche-Comté, ce qu'il a produit pendant cet espace de cent quinze années. Il n'est pas de province qui ait fourni autant de professeurs que la nôtre aux facultés de droit établies en France ; il en est peu qui puissent s'honorer de jurisconsultes aussi éminents et en aussi grand nombre, et s'il nous eût été permis d'aborder la génération actuelle, nous aurions montré combien cette contrée compte aujourd'hui de talents remarquables et combien il s'y rencontre déjeunes hommes dont les brillantes études promettent de dignes successeurs aux professeurs dont nous avons rappelé les noms. Aussi nous devons, en finissant, formuler un vœu, partagé par tous ceux qui s'occupent des choses de rintelligence : c'est qu'une faculté de droit soit accordée par le gouvernement de l'empereur à cette ville de Besançon, dans laquelle l'enseignement a donné des résultats aussi brillants. Nous vivons à une époque où la science ne peut que gagner à se muiti-